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Déficit de formation
Les Gilets jaunes, une France pénalisée par ses compétences trop faibles
Publié le 12 décembre 2018
Les mesures annoncées par le président ont leur mérite, mais elles ne s'attaquent pour l'instant pas au vrai problème qui touche les gilets jaunes : leur manque de compétences pour affronter le monde moderne.
Patrick Artus est économiste.Il est spécialisé en économie internationale et en politique monétaire.Il est directeur de la Recherche et des Études de Natixis. Patrick Artus est le co-auteur, avec Isabelle Gravet, de La crise de l'euro: Comprendre les...
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Patrick Artus est économiste.Il est spécialisé en économie internationale et en politique monétaire.Il est directeur de la Recherche et des Études de Natixis. Patrick Artus est le co-auteur, avec Isabelle Gravet, de La crise de l'euro: Comprendre les...
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Les mesures annoncées par le président ont leur mérite, mais elles ne s'attaquent pour l'instant pas au vrai problème qui touche les gilets jaunes : leur manque de compétences pour affronter le monde moderne.

Atlantico : Cette question des compétences de la population active rentre-t-elle selon vous en résonance avec la crise des Gilets jaunes que traverse le pays ?

Patrick Artus : Les gens qui protestent en ce moment ont justement ce problème de compétence, ils sont mal adaptés à l'économie mondialisée. Cela fait apparaître un sentiment d'inadaptation au monde moderne qui est réel. Il faut que cela change vite car toutes ces personnes peu compétentes seront condamnées à des petits boulots de service payés au SMIC.

Plus généralement, la perte de compétence est en train de faire baisser la qualité des emplois. Je vous donne un exemple, nous observons une corrélation parfaite entre le niveau de compétence de la population active et la robotisation de l'industrie. En fait, nous robotisons dans les pays ou la compétence est élevée. En France, nous ne faisons pas le virage de la robotisation et notre industrie maigrie à toute allure, car elle devient obsolète.

Nous perdons des emplois industriels que nous remplaçons par des emplois des services moins bien payés. Cela provoque un sentiment de déclassement. Ce qui est encore plus impactant que le pouvoir d'achat ! Nous avons tout simplement le sentiment que nos enfants auront des emplois de moins bonnes qualités que les nôtres.

Quelle est la part des entreprises dans ce phénomène ? La montée en gamme des entreprises françaises ne passe-t-elle pas aussi par ce choix de la formation en interne, aujourd'hui défaillante ?

Les entreprises ne peuvent pas attendre de l'Etat qu'il leur livre le lundi des salariés qui pourront travailler le mardi ! Il faut qu'elles s'habituent à l'idée qu'il faut former. Dans certaines industries, la métallurgie par exemple, on fait énormément de chose. Mais de manière générale, l'attitude du patronat français constitue encore à dire que l'Etat doit livrer des gens qui doivent directement être en mesure de travailler. Ce n'est pas raisonnable.

Quel que soit l'amélioration des systèmes, l'Etat n'y arrivera pas si nous ne relevons pas ce défi. Il faut former. Soit dans l'entreprise, soit au niveau de la branche. C'est une culture que l'on retrouve en Allemagne, en Suisse mais pas vraiment en France. Ici, nous préférons embaucher au bout de la troisième expérience professionnelle. Les entreprises n'aiment pas recruter des gens qu'ils doivent former elles-mêmes.

Ce qu'a fait Emmanuel Macron, c'est simplement de la redistribution. Même s'il n'y a pas de hausse des impôts et que cela passe par le déficit public, ça reste de la redistribution entre aujourd'hui et demain. On dépense aujourd'hui ce qu'on a demain. Le gâteau n'a pas augmenté. Tout cela ne sert pas à grand-chose à part gagner du temps. La seule interprétation optimiste du discours du président de la République est de dire "nous sommes conscient que les réformes que nous mettons en œuvre  vont améliorer les compétences" et que, de ce fait, nous aurons d'avantage d'emplois demain donc nous pouvons dès aujourd'hui nous permettre d'avoir plus de déficit public.

Une version plus pessimiste consisterait à dire que nous allons faire du déficit public mais sans monter les compétences. Dans ce scénario, il faudra plus tard le réduire et nous perdront ce que nous avons gagné. Il n'a pas le choix, Emmanuel Macron doit croire à la version optimiste.

Dès lors, quelles sont selon vous les mesures qui permettraient de faire évoluer la situation positivement ? Les réformes du gouvernement vont-elles dans ce sens ?

La réforme met un peu de temps à se mettre en place car il faut fusionner tous les domaines de formation et leur financement va changer complétement. Dorénavant, les organismes n'auront plus automatiquement l'argent public collecté par l'Etat mais uniquement en fonction de leur performance, du taux de retour à l'emploi.

Jusqu'à présent, nous donnons de l'argent aux organismes de formation en fonction du nombre d'inscrits. Avec cette réforme, une agence qui s'appelle France Compétence va mesurer l'efficacité des organismes en fonction du taux de retour à l'emploi et elles n'auront de l'argent public que si elles sont efficaces. C'est d'une grande violence comme réforme ! Nous passons là  d'une logique ou les gens reçoivent automatiquement de l'argent public à une logique ou ils n'auront de l'argent que s'ils sont bons.

Il y a le système éducatif aussi qu'il faudrait changer. En France, nous savons former l'élite. Notre système éducatif d'élite est parmi les meilleurs au monde. Mais nous avons deux gros problèmes :

Les formations scientifiques d'abord.  Ce sont 20% de jeunes français qui suivent une formation scientifique, (ingénieurs, mathématiques, informatiques…) contre 45% d'Allemands. L'industrie française ne trouve simplement pas de scientifiques à embaucher. Il faut redonner le goût de cette filière à nos jeunes.

Deuxième problème, les décrocheurs. 17% de jeunes quittent le système éducatif sans aucun emploi, aucune qualification. Comment peuvent-ils avoir un emploi stable après ça ? Il faut reprendre en main le système. Récupérer ces jeunes et les repartir.

On peut toujours améliorer la formation professionnelle mais la formation défectueuse de nos jeunes dégrade aujourd'hui la qualité de la population active. On peut bidouiller les dépenses publiques, les impôts tant que l'on veut, si les gens ont des problèmes de compétences, nous n'y arriveront pas. 

De toutes les réformes, celles qui touchent aux compétences sont les plus importantes.

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Pharamond
- 14/12/2018 - 20:50
budget de la formation
budget de la formation professionnelle:32 milliards d'Euros/an. Qui forme qui?
hoche38
- 12/12/2018 - 20:42
On peut rêver!
Pour mettre en oeuvre les recommandations de bon sens de Patrick Artus et en tenant compte des propos de Fredja, il faudrait, là aussi, un pouvoir qui possède sa souveraineté et qui soit légitime pour la majorité des Français. On s'en éloigne chaque semaine un peu plus.
Fredja
- 12/12/2018 - 15:59
suite
et également de mettre le paquet sur la formation dans le primaire, pour acquérir au moins les bases... Et accessoirement, si l'Education Nationale donnait comme lettre de mission aux professeurs la réussite des élèves et pas le temps de présence, on n'en serait pas là aujourd'hui ! Quand à votre affirmation sur le fait que nous formons les meilleures élites du monde, elle n'engage que vous... Où sont les Jeff Bezzos ou Bill Gates Français ? Carlos Goshn est en prison, et il n'est même pas d'origine Française... non, vraiment je cherche ? Si vous faites références à nos Enarques, c'est loupé, car ce sont les champions toutes catégories des plantages d'entreprises : il n'y a qu'à voir ce qu'ils ont géré en direct : Air France, Areva, SNCF, la BPI, que des catastrophes industrielles ! Sans compter la façon dont ils gèrent l'Etat Français, champion du monde des prélèvements... Je suis un peu défaitiste sur ce point là, voyez vous ?