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Face au pouvoir
La grande peur des bien-pensants face aux Gilets jaunes : mais au fait, qui sont les légitimistes, les bonapartistes et les orléanistes dans l’histoire ?
Publié le 08 décembre 2018
A droite comme à gauche, une partie de l'opposition a finalement apporté son soutien à Emmanuel Macron contre les Gilets jaunes. Ce réflexe, qu'on pourrait qualifier de légitimiste, tend à protéger le chef en place et les institutions traditionnelles.
Essayiste, diplômé de Sciences Po, il a débuté sa carrière au cœur du pouvoir législatif et administratif avant de se tourner vers l'univers des start-up. Il a coécrit avec Dimitri Casali L’histoire se répète toujours deux fois (Larousse, 2017).
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Olivier Gracia
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Essayiste, diplômé de Sciences Po, il a débuté sa carrière au cœur du pouvoir législatif et administratif avant de se tourner vers l'univers des start-up. Il a coécrit avec Dimitri Casali L’histoire se répète toujours deux fois (Larousse, 2017).
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A droite comme à gauche, une partie de l'opposition a finalement apporté son soutien à Emmanuel Macron contre les Gilets jaunes. Ce réflexe, qu'on pourrait qualifier de légitimiste, tend à protéger le chef en place et les institutions traditionnelles.

Atlantico : A rebours, on pourrait considérer que la trajectoire du président Macron tient plus de l'orléanisme, porteur d'un renouveau en rupture avec l'ancien monde/régime. Mais de qui a-t-on besoin aujourd'hui : d'un novateur orléaniste ou d'un conservateur légitimiste ?

Olivier Gracia : Emmanuel Macron a été plutôt fort. Il a réussi à réconcilier les bourgeoisies de droite et de gauche, ce qui était aussi le pari de Louis Philippe. Il a en commun avec l'orléanisme politique, tel que conçu par la famille d'Orléans, d'avoir voulu mettre l'accent sur l'économie. Louis Philippe était modernisateur et n'avait qu'une grande volonté pour la France : développer la révolution industrielle, construire une France moderne et accompagner ce mouvement dans l'économie.

Un autre point les rapproche, c'est dans la construction idéologique d'En Marche !, cette volonté de mettre au placard toute cette aristocratie de l'Ancien Régime pour promouvoir de nouveaux talents issus de la société civile. Les députes de Louis Philippe étaient principalement des hommes de l'est, des banquiers… Il y avait une vraie volonté de promouvoir une nouvelle forme de génération bourgeoise et talentueuse qui était un peu l'héritière de 1789.

Mais ce qui devient vraiment intéressant, c'est qu'Emmanuel Macron a les mêmes qualités que Philippe, et les mêmes défauts.

Louis Philippe a régné 18 ans en France, ce qui est tout de même un exploit au 19eme siècle, mais on lui a tout de même reproché sa déconnexion avec les classes populaires. On l'appelait le roi bourgeois. Toutes ses mesures, sa communication et son comportement a cristallisé une partie de l'opinion publique des classes modestes contre lui. On fait la révolution de 1848 contre lui ! Contre une caste privilégiée qui n'a pas voulu entendre le peuple. Il faut attendre l'effondrement de la monarchie de juillet pour avoir en France une deuxième République, le suffrage universel avant de repartir avec Napoléon…

Chez ces deux monarques - si je peux m'exprimer ainsi - il y a bien à la fois la volonté de moderniser la France, de la transformer avec de nouveaux venants qui n'étaient pas dans l'échiquier politique jusque-là, mais aussi ce défaut d'être sourd au peuple, voire même plus que l'ancienne génération.

Si l'on devait faire une cartographie en reprenant la célèbre tripartition de la droite selon René Rémond, qui serait légitimiste aujourd'hui ?

La droite de René Rémond date un peu. Il est vrai que l'on avait défini trois formes de droite :

. Une droite bonapartiste, moderne, audacieuse et démocratique au sens où elle voulait incarner une forme de démocratie autoritaire avec la dimension d'incarnation du chef de l'Etat.

. La dimension orléaniste remise au gout du jour par Valérie Giscard d'Estaing avec cette volonté plus néolibérale de considérer l'économie comme une chose primaire.

. Et le légitimisme qui était ce qu'on pourrait appeler la droite de la droite avec l'idée du conservatisme. 

Ce qui est intéressant c'est que René Rémond lui-même ne calque pas les partis politiques traditionnels dans ces différentes branches. Aujourd'hui, ça n'a plus beaucoup de sens. Le vrai légitimisme politique reste la monarchie. Même au sein de la droite de la droite on peut trouver du bonapartiste aussi bien que du légitimisme. Mais il n'y a pas de marqueur qui permette de définir un parti qui s'apparente à l'une des grandes familles. La classe politique la plus claire serait peut-être En Marche ! et l'orléanisme.

Justement, qui dans ce cas est orléaniste ?

Tout le centre qu'a réussi à récupérer Emmanuel Macron. De gauche comme de droite car on trouve aussi chez les Républicains une forme d'orléanisme. Ils ont été les premiers à rejoindre les rangs de la macronie. Laurent Wauquiez en revanche ne s'est pas inscrit dans cette démarche. Il représente plus une logique bonapartiste.

La famille politique qui est le mieux incarnée en France des différentes droites de René Rémond,  c'est bien la droite orléaniste.

La droite bonapartiste en revanche est complexe. Elle demande un chef incontestable, incontesté voire providentiel.

Et qui serait bonapartiste - et donc peut-être plus prompt à être du côté des gilets jaunes ?

Il est compliqué de calquer une idéologie commune aux Gilets jaunes. Ils ont des revendications presque contradictoires. Mais il est vrai qu'on entend de la part de certains d'entre eux une volonté d'ordre et de retour à une forme de démocratie souveraine. Une volonté d'en finir un peu avec la démocratie représentative pour remettre en place d'une démocratie directe. En cela c'est du bonapartisme.

Le bonapartisme se définit par ce lien vertical entre le chef et le peuple. Il y a bien dans les revendications de certains Gilets jaunes une volonté d'incarnation individuelle du pouvoir.

Car ce que l'on reproche à Emmanuel Macron aujourd'hui, indépendamment de ses réformes, c'est son incapacité à parler au peuple et à le représenter. Les Français attendent de lui qu'il s'adresse à eux, ils veulent un message fort. Dans la gestion de cette crise, il ne l'a jamais fait directement. En cela le président n'est pas du tout bonapartiste.

Peut-être l'est-il dans sa conquête fulgurante du pouvoir. Mais il ne l'est pas dans l'incarnation. La première qualité que l'on reconnaissait à Napoléon, c'était justement cette proximité avec le peuple. C'était un homme né de la Révolution. Emmanuel Macron, lui, est plutôt dans une logique de retrait.

Je note en revanche que récemment à la radio un Gilet jaune évoquait le général Pierre de Villiers. Je ne connais pas sa pensée et j'ignore s'il a des ambitions politiques, mais ce qui est sûr c'est qu'il y a aujourd'hui une envie d'un chef fort, autoritaire qui remette de l'ordre.  Ce qui est assez amusant car je rappelle que c'est Napoléon Bonaparte qui met fin à la Révolution d'une certaine manière et qui remet de l'ordre après des années de chaos.

On part donc du principe qu'un général d'armée serait plus proche du peuple. On tente de s'extraire des hommes politiques pour trouver des solutions de remplacement.

 

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