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G20 et tensions commerciales : Donald Trump le président qui réussissait ce à quoi personne ne croyait
Publié le 03 décembre 2018
Au G20, Xi Jinping a ouvert les discussions sur plusieurs dossiers clés grâce à l'administration Trump.
Michel Ruimy est professeur affilié à l’ESCP, où il enseigne les principes de l’économie monétaire et les caractéristiques fondamentales des marchés de capitaux.
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Au G20, Xi Jinping a ouvert les discussions sur plusieurs dossiers clés grâce à l'administration Trump.

Doit-on faire le constat d’une très grande victoire de Donald Trump lors de ce G20 ?


Michel Ruimy : Rappelons rapidement le contexte. La pression et les attentes étaient maximales. D’une part, Donald Trump a fait du conflit commercial avec la Chine un des éléments centraux qui définissent sa politique. D’autre part, il essaie de faire monter la pression, et les enchères, sur la Chine. Mais, en même temps, le président américain est, lui-même, sous pression parce qu’il y a beaucoup de protestations au sujet de sa guerre commerciale : il était donc à la recherche d’une victoire.
Par ailleurs, les deux parties ont imposé des droits de douane sur des marchandises valant des milliards de dollars. Les États-Unis ont touché à 250 milliards de dollars de marchandises chinoises soumises à des droits de douane depuis juillet, et la Chine a riposté en imposant des droits sur 110 milliards de dollars de produits américains. M. Trump avait également déclaré que si les négociations en Argentine échouaient, il menacerait les 267 milliards de dollars restants d'exportations chinoises annuelles vers les États-Unis de droits de douane compris entre 10 et 25%. Une rencontre infructueuse aurait débouché sur un durcissement de la « guerre » commerciale lancée par le président américain : l’imposition de nouvelles taxes, le 1er janvier 2019, sur les importations en provenance de la Chine, qui aurait été probablement suivie par des mesures de rétorsion de Pékin.
Qu’en est-il ressorti de ce G20 qui s’est tenu, ce week-end, à Buenos-Aires ? 
Soucieux manifestement de ménager son interlocuteur, alors que l’économie de son pays semble plus durement impactée par les effets des taxes américaines que celle des Etats-Unis par les ripostes chinoises, le président Xi a consenti, selon la Maison Blanche, à acheter plus de produits américains agricoles, industriels et énergétiques. Il a même eu « un geste humanitaire merveilleux » en acceptant de mieux contrôler un opioïde produit notamment sur son territoire, le fentanyl, qui fait actuellement des ravages aux Etats-Unis. 
Mais, sur les problèmes de fond qui remettent en cause son modèle de développement, la Chine est beaucoup moins prête à négocier. A regarder de plus près, elle n’a pour ainsi dire renoncé à rien dans cet accord. Lorsque le ministre chinois des Affaires étrangères, Wang Yi, a parlé aux journalistes après la réunion, il a déclaré que les deux dirigeants s’étaient mis d’accord pour ouvrir les marchés l’un à l’autre et que ce processus pourrait conduire à la résolution des préoccupations « légitimes » des États-Unis. Il faut y voir deux choses : d’une part, une reconnaissance du fait que Washington avait des préoccupations légitimes et d’autre part, un moyen de différencier les préoccupations américaines qui sont raisonnables de celles qui ne sont pas réellement « légitimes ». Elle a même obtenu un sursis de 90 jours au cours duquel les deux parties se sont engagées à intensifier les négociations.
Ainsi, ce n’est pas une suspension de la « guerre » commerciale mais une suspension de l’escalade des « problèmes commerciaux », du moins pas pour le moment. Pour l’instant, nous sommes au passage du gué car les dirigeants du G20 ont adopté une déclaration commune qui note les divisions sur le commerce international mais ne critique pas le protectionnisme - les participants notent les « problèmes commerciaux actuels » - et que, par ailleurs, de grandes questions subsistent quant à permettre à la communauté internationale d’accéder, à l’énorme marché chinois, à un niveau qui satisferait l’administration Trump, et qui entraînerait, de fait, un arrêt complet des tensions commerciales. 
Dans ces conditions, certes la ligne a bougé mais de là, à crier victoire, il faut encore attendre beaucoup de choses concrètes.

A-t-il obtenu ce qu’aucun président américain ni aucun dirigeant occidental avait réussi à obtenir avant ? 


Les Etats-Unis reprochent régulièrement, à la Chine, ses pratiques anticoncurrentielles, alors que la Chine se présente comme un pays toujours en développement, et qui a donc encore besoin de mesures protectionnistes. 
Durant la réunion bilatérale, Xi Jinping a accepté d’ouvrir des discussions sur toute une série de points sensibles, abordés, jusqu’ici sans succès, par les différentes administrations américaines : le respect de la protection de la propriété intellectuelle, l’ouverture de son marché intérieur ou encore les transferts forcés de technologie pour les entreprises étrangères installées en Chine. En ce sens, c’est une victoire pour l’Administration Trump.
En fait, le président américain, touché par les élections de mi-mandat qui ont amené une majorité démocrate à la Chambre des Représentants, peut, avec cet accord, atténuer les problèmes des Etats agricoles qui exportent vers la Chine, notamment du soja alors que Xi Jinping évite, avec cet accord, une pression accrue sur une économie chinoise qui tend à ralentir. Dans le contexte post-électoral américain, c’était une occasion unique pour les Chinois de tenir bon sur des points essentiels tout en faisant des concessions majeures. 
C’est pourquoi, les conclusions des négociations présentent, pour Donald Trump, les atours d’un accord extraordinaire qui aura un impact positif pour les fermiers américains alors qu’il s’agit, pour Wang Yi, d’un résultat gagnant - gagnant. Pour combien de temps ? Car, le plus dur, dorénavant, est de trouver les bases pour un accord réel qui règle les grandes questions en suspens plutôt que de se mettre d'accord sur une pause.


Jusqu’où faut-il valider sa stratégie de rééquilibrage d’une concurrence devenue déloyale ?


Le système du commerce international basé sur certaines règles traverse aujourd’hui la plus profonde crise depuis sa formation. Ce ne sont pas les sujets qui manquent, tant il est vrai que certaines des critiques américaines du système commercial international actuel sont parfaitement fondées, et d’ailleurs partagées, y compris par les Européens. En particulier, le rééquilibrage de la balance commerciale américaine, dont chacun sait qu’elle est en déficit structurel de long terme en raison d’une consommation domestique supérieure à la norme des économies développées et d’un taux d’épargne plus faible, le tout financé sans difficulté par le privilège du dollar. Il en également va des règles de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) qui devraient encadrer plus fermement certaines pratiques chinoises et qui n’ont pas été ajustées ou instaurées depuis leur entrée à l’OMC en 2001 : subventions industrielles, marchés publics, discriminations diverses à l’égard des investisseurs étrangers. 
Aujourd’hui, Donald Trump souhaiterait se débarrasser du système multilatéral et forcer le recours à la négociation bilatérale. Il ne s’agit plus d’améliorer le système actuel en remédiant à ses insuffisances, mais d’abattre l’édifice construit depuis soixante-dix ans, puisqu’il ne servirait plus les intérêts américains. Ce scénario est beaucoup plus dangereux que le précédent pour une économie mondiale désormais intégrée par des chaînes de valeur qui traversent de multiples frontières. Ce danger est d’autant plus menaçant que le président américain croit fermement aux vertus du protectionnisme pour défendre les intérêts de son électorat. Il croit, en économie comme ailleurs, à la loi du plus fort, aux vertus de l’intimidation et à l’importance du langage corporel, comme au poker.
Au plan économique, cela pourrait nous rejeter plus de 20 ans en arrière. Le monde reviendrait alors dans un milieu commercial où les règles sont respectées seulement par ceux que cela arrange et où les forts dictent leur volonté aux faibles. C’est dans cette fracture idéologique que réside la principale menace. 
Le rééquilibrage de la concurrence passe, au niveau européen, par l’urgence d’une stratégie ferme des institutions qui ont la charge de la défense et de la promotion des intérêts commerciaux de la région, au-delà des réactions « à la petite semaine ». Elle devrait être clairement basée sur l’affichage, puis sur la mise en œuvre d’une triangulation entre les trois éléphants du commerce mondial : avec les Américains, pour faire pression sur les Chinois et améliorer les disciplines multilatérales ; avec les Chinois, pour protéger l’OMC et le système multilatéral contre une tentative américaine de mettre à mal notre assurance collective contre les méfaits du mercantilisme.

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aristide41
- 04/12/2018 - 07:47
Ce que Trump a fait à la Chine
Il va nous le faire à nous. Alors arrêtez d'en faire le champion de l'Occident. Il va nous imposer boeuf aux hormones, poulet javel et voitures américaines. Je ne vois pas où est la victoire à moins que vous n' envisagiez de devenir Américain. La méthode de négociation américaine est plutôt une mauvaise nouvelle pour nous.
Liberte5
- 03/12/2018 - 19:55
Trump mène un combat crucial contre une Chine dominatrice...
Il est le seul à réagir à l'hégémonie de la Chine qui ne respecte rien et pour qui l'OMC a ouvert les portes d'une concurence non équilibrée. L'Europe est tellement anti Trump qu'elle en oublie ses intérêts. E. Macron montre là aussi ses limites de compétences et s'enferme dans un multilatéralisme dont la France paie aujourd'hui l'addition lourde.
gerint
- 03/12/2018 - 11:57
Ceux qui ont pris Trump pour un débile en sont pour leurs frais
Mais je pense que les négociations d'Etat à Etat sont les plus efficaces et je voudrais voir Macron négocier pied à pied avec Trump et Xi Jinping selon les intérêts Français. La différence de taille entre les Etats n'empêche pas de tirer des bénéfices, s'il nous reste des atouts négociables à travers nos productions dont nos technologies. Mais il est vrai que nous avons laissé nos usines partir en Chine et que n'ayant plus d'industrie suffisante à taxer (raisonnablement) ni de secteur bancaire sous contrôle de l'Etat nous vivons de la dette détenue hélas par des étrangers en grande partie et qui explose. Merci Maastricht.