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“Démission” sous pression du patron d’Interpol : l’Occident s’est-il résigné à ne plus demander d’explications à la Chine sur ses dérives autoritaires ?
Publié le 12 novembre 2018
Ce n'est pourtant pas notre liberté de critiquer Pékin qui s'est réduite, c'est notre volonté d'exercer cette liberté.
Emmanuel Dubois de Prisque est chercheur associé à l'Institut Thomas More et co-rédacteur en chef de la revue Monde chinois nouvelle Asie. 
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Ce n'est pourtant pas notre liberté de critiquer Pékin qui s'est réduite, c'est notre volonté d'exercer cette liberté.

Atlantico : Suite à la démission, dans des conditions troubles, de Meng Hongwei- président d'Interpol-lors d'un voyage dans son pays, l'organisation "se refuse à contrarier" Pékin, comme le révélait Le Monde ce 9 novembre. Alors qu'Interpol est basé sur le territoire français, comment analyser le silence français dans cette affaire ? 

Emmanuel Dubois de Prisque : La déclaration de la diplomatie française sur le sujet, le 8 octobre dernier, est en effet particulièrement timorée. La France « prend acte » d’une démission du président d’Interpol dont on peut suspecter qu’elle a été rédigée sous la contrainte, à moins qu’elle n’ait pas été rédigée du tout par l’intéressé, comme semble l’indiquer les éléments réunis par Le Monde : extrêmement laconique, le document par lequel Meng Hongwei est censé démissionner n’est pas signé par lui.  Il fait officiellement l’objet d’une « enquête » en Chine pour avoir « reçu des pots-de-vin », mais rien n’indique qu’il était plus corrompu que les autres dignitaires du régime. Ce que l’on sait en revanche, c’est qu’il n’était pas particulièrement bien en cour : il vient semble-t-il d’être remplacé en tant que vice-ministre de la Sécurité publique par Lin Rui qui lui vient du Fujian, où Xi a longtemps officié et dont il est semble-t-il très proche. Complètement laissée dans l’ignorance par Pékin, Interpol subit les conséquences des luttes de clan qui se poursuivent encore à la tête du Parti communiste chinois. Difficile dans ces conditions de prendre au sérieux la volonté de la Chine d’être considérée comme une grande puissance responsable sur la scène internationale. 

L’embarras de la France et plus largement des Occidentaux vient de ce qu’il est bien difficile dans le même temps de traiter la Chine comme un partenaire à qui on devrait accorder toute la vaste place qu’elle réclame dans la direction des instances internationales, et de réagir en la critiquant lorsqu’elle contrevient à l’État de droit qu’elle prétend garantir. Difficile d’imaginer qu’Interpol puisse lancer un mandat d’arrêt international contre le responsable de la détention arbitraire de Meng Hongwei, qui serait Zhao Leji, secrétaire de la commission centrale de contrôle de la discipline et numéro six du régime. A qui transmettre ce mandat? A Zhao Leji lui-même ? Organisation internationale ou pas, il n’est jamais facile de critiquer le patron, surtout lorsque celui-ci se montre généreux financièrement.  

Peut-on considérer que notre "liberté de parole" vis à vis de Pékin s'est réduire au cours de ces dernières années ? Sommes nous entrés dans une phase de "subordination" vis à vis de la Chine ? 

Ce n’est pas notre liberté qui s’est réduite, mais notre volonté de l’exercer. Rien n’empêche la France de se prononcer plus clairement sur les arrestations arbitraires dont souffrent nombres de citoyens chinois, sur les programmes de « transformation » et de rééducation qui vident les villes et villages ouighours de leurs habitants, sur les pressions exercées par la Chine sur nos compatriotes d’origine ouïghours juste sur notre territoire, sur les libertés civiles religieuses qui sont systématiquement bafouées en Chine. Dans ce pays, qui interdit dans certaines régions la fréquentation des églises aux mineurs, le régime politique s’auto-sacralise dans un morne culte nationaliste auquel il ne croit plus lui-même, et étouffe toute aspiration à autre chose, comme s’il préférait entraîner avec lui dans la mort spirituelle toute sa population. 

Quelles pourraient en être les causes ? Une telle attitude ne peut-elle pas avoir des effets inverses à ceux recherchés ? 

La cause est évidente : nous ne voulons pas heurter la Chine qui est une puissance majeure, déterminée…et particulièrement susceptible. Mais plus nous cherchons à apaiser la Chine et plus les motifs qu’elle a de se vexer semblent se multiplier. L’expulsion de touristes chinois d’un hall d’hôtel en Suède a provoqué un incident diplomatique et l’ire de millions d’internautes chinois tandis que le sort de leurs compatriotes ouighours ne suscite chez ces mêmes internautes qu’une indifférence de plomb. 

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