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Défaitisme
Ecoles, hôpitaux, lieux de culte, de débats ou de spectacles… : faut-il vraiment se résoudre à vivre dans un pays sous protection policière ou militaire ?
Publié le 28 octobre 2018
Christophe Castaner envisage d'envoyer la police dans les écoles face à la recrudescence de la violence. Cette solution pourrait également être envisagée dans les lieux publics comme les hôpitaux, les édifices religieux, les salles de spectacles. Comment en sommes-nous arrivés là ? Le recours à la police ne cache-t-il pas une certaine forme de lâcheté politique ?
Alain Bauer est professeur de criminologie au Conservatoire National des Arts et Métiers, New York et Shanghai.Il est notamment l'auteur de Les polices en France (Puf, 2010), Les politiques publiques de sécurité (Puf, 2011), Dernières nouvelles du...
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Christophe Castaner envisage d'envoyer la police dans les écoles face à la recrudescence de la violence. Cette solution pourrait également être envisagée dans les lieux publics comme les hôpitaux, les édifices religieux, les salles de spectacles. Comment en sommes-nous arrivés là ? Le recours à la police ne cache-t-il pas une certaine forme de lâcheté politique ?

Atlantico : Christophe Castaner dans la foulée du #pasdevague n'exclut pas la présence ponctuelle de policiers dans les écoles. Si cette mesure peut aisément se justifier dans certains établissements, une question demeure : comment en est-on arrivés là ?

 
Alain Bauer : C’est en fait une question bien plus ancienne. Dans "La République",  Platon rappelait déjà en 315 avant Jésus Christ que  :
"Lorsque les pères s’habituent à laisser faire les enfants,
Lorsque les fils ne tiennent plus compte de leurs paroles,
Lorsque les maîtres tremblent devant leurs élèves et préfèrent les flatter,
Lorsque finalement les jeunes méprisent les lois parce qu’ils ne reconnaissent plus au dessus d’eux l’autorité de rien ni de personne,
Alors c’est là, en toute beauté et en toute jeunesse, le début de la tyrannie".
 
Plus récemment, Claude Lelièvre dans son livre Histoires Vraies des violences à l’école (Fayard 2007)rappelait que : "On peut suivre l’une des « révoltes » les plus célèbres de ce temps-là dans le « saint des saints » des lycées de France, le lycée Louis-le Grand, à partir des rapports de son proviseur. Cela commence dans la soirée du 17 janvier 1883 par un chahut qui prend de l’ampleur suite à une injustice ressentie par les élèves. Le proviseur appelle sept agents de police et procède à l’expulsion des plus turbulents ; cinq élèves sont mis aux arrêts – au « cachot »-, ce qui a pour effet d’accentuer le désordre.
 
Trois cents élèves « insurgés » se rendent dans les dortoirs : les vitres, les vases de nuit, les lavabos sont cassés et jetés, les matelas sont éventrés à coups de couteau. Les agents de police, renforcés par des troupes nouvelles (ils sont alors soixante) bloquent les « émeutiers » dans un dortoir. Armés de tessons de vase et de barres de fer arrachés aux lits, les élèves se battent contre eux. Les dégâts matériels sont évalués à 20 000 francs or, soit le revenu annuel moyen de 10 enseignants. Les sanctions suivent rapidement : 89 élèves sont exclus définitivement de Louis-le-Grand et 13 autres de tous les lycées de Paris. Des mesures qui n’empêcheront toutefois pas une autre révolte, cinq ans plus tard ».
 
En fait les violences se sont plutôt raréfiées et la situation s’est civilisée avant de se red&égradeer dans les années 90. Et au lieu de prendre les problématiques en face et avec les enseignants de première ligne, les dispositifs se sont empilés entre postures est gesticulations sans jamais reconnaître les phénomènes ni mettre en place des outils forgés en commun.
 
Gérald Pandelon : Nous avons pu en arriver là tout simplement parce que, par démagogie, nous avons depuis des décennies minimisé les problèmes, par idéologie tout autant que par lâcheté et d'arrières-pensées politiques. L'explication est donc simple et toujours la même depuis que nos gouvernants depuis une quarantaine d'années, ont décidé résolument de se mentir à eux-mêmes, afin de ne pas déplaire pour certains d'être eux, notamment à gauche, à leur lumpemprolétariat électoral, une certaine gauche par conséquent irresponsable car toujours prompte à préférer le mensonge à la réalité, pire encore le mensonge à soi...  Pourtant ce ne sont pas ceux qui affirment que les difficultés à l'école ou ailleurs seraient liées à un communautarisme débridé teinté d'islamisme qui sont à proprement parler "racistes", mais davantage ceux qui par idéologie ont toujours préféré nier les réalités, les évidences, peut-être en raison d'une autre forme de racisme méconnue ou ignorée, celle qui a trait à ce qui constitue la France, les français et leurs institutions. 
 
Yves Michaud : Comme toujours, les facteurs sont multiples. Il y a eu du laxisme de la part des responsables hiérarchiques (notamment l'inspection générale qui fonctionne comme un édredon, mais aussi les rectorats et les services centraux qui veulent de « bons chiffres »), de la peur aussi chez des professeurs, proviseurs et principaux sous pression, coincés entre élèves, parents et hiérarchie. Je me souviens d'une proviseure de lycée d'Alfortville terrorisée par une bande de vrais délinquants qui avaient compris que leur lycée était aussi sur qu'une cathédrale au temps du droit d'asile. Il y a plus encore l'absence de sanctions efficaces : pourquoi faire des conseils de discipline quand les mauvaises têtes et leurs parents y viennent souvent avec leur avocat ? Et pour quelles sanctions quand on sait qu'un élève exclu ira automatiquement pourrir la vie d'un autre établissement ? L'absence de sanction va encore plus loin : les suites judiciaires sont absentes et on a affaire, comme toujours, à de pauvres petits mineurs sur qui toutes les bonnes âmes pleurnichent même quand ce sont déjà des dealers ou des proxénètes patentés. Mettre des policiers dans les établissements pas trop perturbés ne servira pas à grand chose. Dans les établissements durs, ce sera une incitation à aller casser du flic (« tout le monde déteste la police ». Allez donc mettre un policier au lycée Bergson dans le XIXème et vous m'en direz des nouvelles ! N'oublions pas que le mauvais exemple vient de très haut : Mélenchon bousculant les magistrat et provoquant les policiers donne un triste exemple. Idem quand Sarkozy fait tout pour paralyser les procédures judiciaires.
 
Jean-Louis Auduc : On assiste aujourd'hui à un accroissement de la violence des jeunes dont témoignent la multiplication des bandes  dans de nombreux quartiers, les incidents dans les stades de football dus à de jeune supporters et les incidents dans les collèges et lycées. Si chaque secteur agit de son côté sans signaler aux autres les incidents qui se produisent, on ne pourra pas lutter efficacement contre cette violence.
 
La présence de policiers à certains moments dans les écoles peut sans doute obliger les forces de l'ordre à signaler aux chefs d'établissement les comportements dangereux dans la rue ou les stades de certains de leurs élèves. Prévenus , les établissements scolaires pourront mener une vraie politique de prévention des violences. ils pourront également signaler aux policiers des comportements répréhensibles ayant lieu dans leurs établissements. Aujourd'hui, c'est à postériori qu'on découvre que tel élève violent en lycée l'était aussi dans un stade, un commissariat ou dans la rue.....Les établissements scolaires ne peuvent agir seul  si personne ne fait circuler les informations sur la violence dans le territoire. Combattre pour une meilleure sécurité implique une véritable coopération de tous les acteurs!
 
Si l'on veut lutter contre la violence des jeunes, il est important que le jeune ne soit pas découpé selon les temps de ce qu'ils fréquentent: la rue, les associations, l'établissement scolaire. Il doit y avoir une cohérence éducative sur tous les territoires que fréquentent le jeune et que chacun des services publics qui y interviennent coopèrent entre eux. Le développement des bandes de jeunes interrogent toute la société et concerne en premier lieu les établissements scolaires que ces jeunes fréquentent. 
 
La présence d'un policier dans un collège ou un lycée peut permettre qu'ils échangent avec le CPE et le chef d'établissement, notamment pour évoquer avec eux ce qui se déroule dans le quartier. Il est anormal qu'aujourd'hui un chef d'établissement ne soit pas averti si un jeune de son établissement est retenu plusieurs heures par la police, ne serait-ce que pour surveiller s'il n'y a pas des retombées dans le collège ou le lycée de ce qui se passe à l'extérieur. Ainsi on apprend vendredi soir que le jeune de Créteil s'était battu avec un policier dans le commissariat de Bonneuil et que la police avait gardé l'information pour elle.....
 
Une politique de prévention et d'actions contre la violence dans les établissements scolaires implique de réfléchir au nombre d'adultes intervenant dans les collèges et les lycées. Or, depuis vingt ans, les professeurs ont souvent été laissés seuls dans les établissements scolaires, le nombre d'adultes surveillants, intervenants a fortement diminué laissant le jeune seul durant les inter-classes. Alors que les collèges et les lycées accueillent aujourd'hui tous les jeunes d'une génération avec leur diversité, leur forte hétérogénéité, le nombre de surveillants par établissement est inférieur en moyenne à ce qu'il était il y a quarante ans lorsque seule une partie de la jeunesse était scolarisée en établissement du second degré. On marche dans ce domaine sur la tête!
Un investissement en moyens humains supplémentaires dans les collèges et les lycées est donc un impératif absolument nécessaire comme le recrutement plus important de policiers dans certains territoires.
 
 

Face à la montée des violences et des tensions dans notre société, quels sont les endroits, à l'instar de certains établissements scolaires, que l'on pourrait juger bon de devoir sécuriser ? (lieux de cultes, transports, lieux de débats, de spectacles, hôpitaux, permanences politiques ou associatives…)

 
 
Alain Bauer : On peut tout sécuriser mais la problématique n’est plus le statique mais le dynamique. Il ne faut pas se limiter à la prévention situationnelle classique, limitée, mais intégrer les flux plus que les lieux. Il faut donc penser un dispositif global, qui intègre de nombreuses dimensions et ne se limite pas à des enceintes ou des gardes.
 
Comme nous l’écrivions avec François FREYNET, l'un des grands champs théoriques de la sécurité publique était celui dit de la « prévention situationnelle ». Au début des années 70, les urbanistes Oscar Newman et Jane Jacobs sont à l'origine du concept de prévention par l'architecture - « defensible space ». L'idée consiste alors à décourager le passage à l'acte criminel et diminuer le sentiment d'insécurité par la conception adaptée de l'espace urbain. 
 
Il était déjà très tard, mais personne ne s'était rendu compte de la dégradation des conditions de vie tant le négationnisme ambiant et le culte des espaces ouverts et la déconstruction des enceintes avaient empêché un douloureux débat sur l'insécurité ambiante. C'était déjà le temps de la « légitime défense » ou de l'autodéfense dans la rue comme au cinéma. Deux mondes déjà ne se rencontraient plus? Cependant, les principes de prise en compte des contraintes de sûreté dans les politiques d'aménagement et d'urbanisme ont été formalisés. La séparation entre espace privé et espace public, le marquage territorial, la limitation de la hauteur des bâtiments, les nouveaux procédés de surveillance formelle et informelle, l'appropriation « naturelle » de l'espace sont autant de concepts qui découlent des travaux de Jacobs et Newman. 
 
Les principes de prévention situationnelle ont guidé très largement la mise en place de la réglementation en France, notamment depuis  la loi n° 95-73 du 21 janvier 1995 et l'article L. 14-1 du Code de l'urbanisme. L'application réglementaire de ces principes s'adapte aujourd'hui à l'évolution des menaces terroristes. Il tend à renforcer l'espace défendable : durcir les cibles, mieux contrôler les accès avec le support de la vidéoprotection, améliorer la résistance des bâtiments, etc. Mais cette notion d'espace défendable a perdu une partie de sa pertinence 
 
Le fait d'accepter la notion d'espace indéfendable amène à une logique différente. La concentration des moyens de sûreté n'est plus dans la protection statique d'un espace, mais dans la protection dynamique des personnes qui s'y trouvent.
 
Gérald Pandelon : Tous les lieux devraient être sécurisés, au premier rang desquels nos quartiers dit difficiles, grands oubliés de nos politiques publiques. En effet, c'est devenu un truisme de considérer que c'est davantage un regain d'autorité dont notre pays aurait un impérieux besoin, et ce, sans confondre l'autoritarisme et tout simplement une réhabilitation de l'autorité, c'est dire de la hiérarchie, de repères forts, sans lesquels toute société verse dans l'anarchie. Car pour éviter le désordre dans nos sociétés il faudrait avoir enfin le courage, si ce n'est l'intelligence, de comprendre que seule la force dans nos sociétés post-modernes sans traditions, est de nature désormais à inspirer le respect. Que valent de beaux discours sur l'universalisme cosmopolite et béat issus des Lumières face à ceux qui vous braquent avec un 9 mm ou un Beretta ? Pourquoi sommes-nous devenus si bêtes, aveugles et lâches ? Nos illustres aînés, résistants face au mal qui venait, vrais combattants de la liberté, doivent se retourner dans leurs tombes... 
 
Yves Michaud : Hélas tout espace public est aujourd'hui menacé. 
Soit il l'est directement parce qu'il est une cible sensible (un concert de rock, un musée, une gare), soit parce que tout le monde se croit tout permis. La sécurisation contre la menace directe est d'une certaine manière « facile » et les forces de l'ordre spécialisées ont fait de grands progrès, y compris en commençant par le dispositif Sentinelle. Protéger les espaces publics contre les incivilités graves – et pour tout dire la violence de nombreux groupes -  est une autre paire de manches. 
D'abord, les forces de l'ordre d’État ne sont pas faites pour ça. Ce devrait être l'affaire des services de sécurité privés assermentés à l'américaine : on ne plaisante pas avec une police de campus aux USA. 
Ensuite, les forces de l'ordre (et les sociétés de sécurité privées) sont elles-mêmes contestées, surveillées, traquées par n'importe quel type avec sa Go pro ou son i-phone. Encore une fois, voyez comment ça s'est passé avec Mélenchon ou quand il se produit la moindre bavure dans une manifestation violente. Un zadiste de Notre Dame des Landes ou une racaille de Grigny peut mettre le feu à des policiers mais si le policier sort son arme, il aura l'IGPN sur le dos, plus Twitter, plus Whatsap, plus Snapchat et il finira en garde à vue, lynché sur les « réseaux sociaux », son adresse sera dévoilée. 
 
 
 

Mais faut-il vraiment se résoudre à sécuriser tout cela ? Est-ce seulement possible ? Comment faire la distinction alors entre la gestion du risque au long cours comme la lutte contre le terrorisme que l'on doit accepter et ce que l'on ne devrait pas accepter car cela ne serait que des actions cosmétiques ?

 
 
Alain Bauer : Tout dispositif de lutte contre l’insécurité passe par un processus clinique : diagnostic, pronostic, thérapeutique qui impose donc d’analyser les phénomènes et leurs causes, pas seulement leur conséquences.Nous avons zappé de processus, et pas seulement sur cette question, depuis longtemps. Il faut donc reconstruire l’outil préventif, dissuasif et réactif adapté. Il n’y.a pas des prêt à porter mais seulement du sur mesure.
 
Gérald Pandelon : Votre question est pertinente mais inquiétante. Elle laisserait accroire qu'en toutes hypothèses, nous devrions nous résoudre à accepter le risque définitif que constitue le terrorisme comme une fatalité, par conséquent que nous ne puissions envisager d'autres solutions désormais pour pallier sur le fond, c'est à dire en profondeur, ledit risque, en réalité cette menace. Autrement dit, que nous soyons condamnés à vivre avec, par un refus assumé d'une quelconque alternative idéologique donc politique.  Permettez-moi à mon tour de soulever une question. Et la résistance, vous connaissez ? En maîtrisant nos frontières, en maîtrisant notre immigration, en imposant aux nouveaux arrivants qu'ils apprennent notre langue, notre culture, à défaut de l'aimer. Il faudrait inspirer un nouveau concept qui intègre à la fois notre tradition humaniste mais qui lui rajoute la fermeté de nos principes, un nouveau paradigme qui serait celui d'un humanisme réaliste ou responsable, dont notre société fragilisée a un urgent besoin. Car ce sont les naïfs qui nous ont conduits dans cette impasse et à ces ingénus irresponsables tout autant que moralisateurs, il convient de substituer l'âge des responsables ! C'est urgent car la République brûle. 
 
Yves Michaud : Chaque fois qu'il se passe quelque chose de grave, le gouvernement annonce des renforts policiers mais les mesures de fond ne sont pas prises. Or ce sont chaque fois des mesures particulières qui seraient requises.
Par exemple on peut remédier momentanément aux violences aux urgences avec des policiers et des vigiles, mais le problème ne se réglera que si l'on crée des unités de premier soin décentralisées, des sortes de maison de la santé locales pour dissuader ceux qui cherchent un généraliste gratuit d'aller embouteiller les urgences et faire la loi à coups d'insultes et d'agressions. 
Pour les transports en commun (SNCF, RATP, etc.), il faut pourchasser sans discontinuer la fraude qui est largement associée aux comportements violents. Dans feux les Id-TGV, l'atmosphère était nettement plus paisible que sur les lignes normales parce qu'il y avait contrôle complet à l'accès. 
 
Et puis, il faudrait réprimer sérieusement les violences anti-civiques. Le problème est que l’État de droit est devenu une baudruche. Il ne fonctionne plus que pour les riches ayant des armées d'avocats procéduriers et pour les délinquants qui saturent le dispositif et découragent policiers et juges. De ce point de vue, il faudrait aussi inventer de nouvelles peines et de nouvelles sanctions  – comme celles que j'ai proposées de Travaux d'intérêt culturel (TIC), qui obligeaient un certain nombre d'abrutis à lire des chefs d’œuvre. Condamner un type à lire La chartreuse de Parme, avec contrôle de sa compréhension quand il estimerait avoir compris, ce serait génial !
 
Jean-Louis Auduc : J'espère que c'est le démarrage d'une politique cohérente de sécurité à l'échelle d'un territoire.
Je pense que des projets territoriaux de sécurité concernant les établissements scolaires, les équipements municipaux, les bailleurs sociaux, la police nationale ou la gendarmerie, la police municipale est indispensable. Que chacun échange les informations qui permettent d'agir efficacement dans leurs différents secteurs.
 
Il est également nécessaire qu'il y ait des stages de formation de lutte pour une meilleure sécurité réunissant CPE, enseignants,  policiers, éducateurs de la protection judiciaire de la jeunesse. Si chacun se connait et se reconnait dans son métier et ses responsabilités, on pourra agir plus efficacement.
 
Contre la dispersion des politiques, une cohérence éducative et anti-violence des jeunes travaillant aussi dans le domaine des responsabilités des familles est une nécessité. Elle implique également une exemplarité des adultes qui doivent se garder de tout discours ou de toute attitude donnant à penser qu'en tout état de cause, seule la violence permet de résoudre un problème.
 
 
 

Est-ce que cette volonté de sécurisation de chaque lieu possiblement "sensible" de la part de la classe politique n'est pas révélatrice d'une certaine incompétence politique à gérer sur le fond les problèmes qui touchent notre société (crise de la citoyenneté, montée des tensions, inefficacité du caractère dissuasif de la justice…) et de l'omniprésence de l'esprit du #pasdevague ? 

 
 
Alain Bauer : Non. Je crois que les politiques plutôt lucides et volontaires. Mais enfermés dans une logique de l’instant qui leur impose de réagir à tout tout de suite sans prendre le temps de la mise en perspective et de la consturction de la réponse. Les opérateurs médiatiques assument autant que les politiques la lourde responsabilité de cette situation.
 
Gérald Pandelon : Il y a certes de l'incompétence mais davantage encore de la lâcheté. Une incompétence liée au fait que nos acteurs politiques ne sont pas suffisamment sur le terrain pour en mesurer les difficultés. Ce faisant ils sont systématiquement décalés dans leur diagnostic. Il faudrait presque que les ministères de l'intérieur, de la justice et de l'éducation nationale se situent géographiquement au sein des quartiers sensibles pour comprendre réellement la gravité de la situation. En qualité d'avocat pénaliste, je connais de l'intérieur ces cités dites sensibles et je puis attester que les caïds qui y règnent se moquent des mesurettes de nos trois ministres respectifs en dépit de leur bonne volonté, car M.M. BLANQUER et CASTANER témoignent effectivement, par leurs qualités personnelles, d'un réel souhait de remédier à la situation mais risquent rapidement de se heurter au mur des réalités, car leur approche est d'ores et déjà hors-sujet, ils ne pourront qu'échouer car ils confondent les causes et les conséquences. Mais bien davantage il existe depuis des décennies une lâcheté de nos gouvernants respectifs, par une grave démagogie, à reconnaître que la difficulté principale réside dans notre incapacité désormais à intégrer des populations qui non seulement ne le peuvent pas car elles ne le veulent pas, mais surtout dont les objectifs, non avoués bien sûr, pour se maintenir sur notre territoire sont de moins en moins respectables. 
 
Yves Michaud : Oui, c'est affaire d'incompétence mais aussi de dissolution du sentiment civique. 
L'incompétence, précisons-le, vient de très loin. Le problème des urgences ne date pas d'hier, ni celui de l'insécurité dans les transports en commun ou les établissements scolaires.  Avec les gouvernements de pitres nommés pour la « com » par Sarkozy ou Hollande, on se moquait bien des questions de fond comme des remèdes de fond. Et il faudrait que Macron en soit conscient pour ne pas tomber dans les mêmes ornières. Juste une illustration : voyez combien de ministres de l'éducation nationale on a eu depuis Ferry et Darcos les mondains : Fillon, Chatel, re-Darcos, Peillon, Vallaud-Belkacem : pas un qui soit resté plus de deux ans, avec un record pour l'opportuniste Hamon : quatre mois ! Il faudrait que l'on pratique une localisation fine des problèmes et une identification fine des remèdes et des leviers d'action. Au lieu de ces approches de bon sens, on laisse régner boboïsme, pleurnicherie et effets d'annonce. Et puis il n'y a quasiment aucun apprentissage de la citoyenneté, qui devrait commencer à la maternelle. J'espère que Blanquer va rester longtemps. Idem pour la Santé, la Police et même le Sport.
 
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