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Impact réel ?

Sarkozy renvoyé en correctionnelle : quelle attention les Français prêtent-ils encore aux affaires ?

Publié le 26 octobre 2018
La cour d'appel de Paris a annoncé ce jeudi le renvoi de Nicolas Sarkozy devant un tribunal correctionnel dans le cadre du dossier Bygmalion. Les "affaires" ont-elles encore une réelle influence auprès des citoyens ?
David Nguyen
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David Nguyen est directeur conseil en communication au Département Opinion et Stratégies d'Entreprise de l'Ifop depuis 2017. Il a été conseiller en cabinet ministériel "discours et prospective" au ministère du Travail (2016-2017) et au ministère de l...
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La cour d'appel de Paris a annoncé ce jeudi le renvoi de Nicolas Sarkozy devant un tribunal correctionnel dans le cadre du dossier Bygmalion. Les "affaires" ont-elles encore une réelle influence auprès des citoyens ?

Atlantico : Comment peut-on mesurer l'impact des « affaires » sur les hommes politiques, notamment les Présidents ?

 
David Nguyen: Depuis 1958, l'Ifop mesure chaque mois la popularité présidentielle avec le JDD, ce qui nous permet de mesurer l'impact immédiat de toutes les affaires, du Rainbow Warrior jusqu'aux diamants de Bokassa en passant par l'EPAD, Cahuzac ou Benalla. Si on cherche un fil rouge en observant toutes les affaires, on  constate que les séquences les plus déflagratoires sont celles qui impliquent de l'argent public. Avec l'affaire Cahuzac, François Hollande perd 12 points de popularité entre février et avril 2013, alors que l'affaire du Rainbow Warrior, qui a conduit à la mort d'un membre de Greenpeace avec l'implication des services secrets français, n'a quasiment eu aucun impact sur la popularité de François Mitterrand. L'affaire des Diamants de Bokassa, qui est encore évoquée aujourd'hui comme une véritable tâche sur le quinquennat de Valéry Giscard d'Estaing, n'a pas eu non plus à l'époque d'impact sur sa popularité. L'affaire Benalla vient contredire ce lien entre argent public et chute de popularité présidentielle, car on observe une baisse brutale de la popularité d'Emmanuel Macron durant l'été. Cependant cette chute s'est opérée jusqu'en septembre et s'est aujourd'hui stabilisée. Elle me semble davantage s'expliquer par un enchaînement de déreglements : hésitation sur le prélèvement à la source, démission de Nicolas Hulot, chiffres de croissance décevants et affaire Benalla. Bien sûr, il ne faut pas se baser uniquement sur la cote de popularité mensuelle des présidents pour mesurer l'impact d'une affaire sur le long terme. Les traits d'image peuvent se modifier à ces occasions et avoir des répercussions plus tard, lors d'élections.
 

Concernant le cas de Nicolas Sarkozy, sa réaction joue-t-elle à le protéger de cette affaire, que ce soit Bygmalion ou la Libye ?

Ces affaires ont eu une influence limitée sur la popularité de Nicolas Sarkozy au moment de leurs révélations, mais l'effet d'accumulation a conduit à plus long terme à un renforcement de l'anti-sarkozysme qui s'est exprimé au moment de la primaire. 
 
Un mois après l'affaire Bygmalion, en mars 2014, Nicolas Sarkozy perd 6 points de bonnes opinions dans notre tableau de bord des personnalités réalisé avec Paris Match, mais revient dès le mois suivant à 50% d'adhésion. Surtout, la base des sympathisants UMP lui reste totalement fidèle : 90% d'entre eux ont une bonne opinion de l'ancien président en mars 2014 et il reste leur candidat favori pour la présidentielle de 2017 loin devant Alain Juppé. Comment expliquer cette résistance ? Concernant le grand public, il faut rappeler que, lorsque cette affaire éclate, Nicolas Sarkozy n'est plus au pouvoir et est donc légèrement moins au centre de l'attention. Surtout, il n'y a, a priori, pas eu d'enrichissement personnel. Ça change tout. François Fillon a beaucoup souffert des suspicions de détournement de fonds publics pour son propre bénéfice. On a retenu l'idée selon laquelle le présumé emploi fictif de sa femme lui avait permis de s'enrichir d'un million d'euros en quelques années avec l'argent des Français. Il y a un lien entre argent public et enrichissement personnel qui est insupportable aux yeux de l'opinion. C'est la même chose pour Jérôme Cahuzac, c'est de l'évasion fiscale pour pouvoir s'enrichir personnellement. Avec Nicolas Sarkozy, c'est différent. C'est, d'une certaine manière, « au service » d'une cause politique collective qui dépasse sa personne. Cet argument marche particulièrement bien auprès des sympathisants UMP fidèles à l'ancien président. Une part d'entre eux adhère aux discours à tonalité complotiste, selon laquelle des juges politisés harcèlent Nicolas Sarkozy. Une autre partie se dit : au fond il a fait ça pour gagner, pour appliquer notre programme. Il s'est passé la même chose pour François Fillon pendant la campagne. Une partie des électeurs LR a adhéré à l'idée d'un complot des juges, une autre s'est dit : « il y a une affaire, mais au final, je veux que ce soit son programme qui soit appliqué ». Ils y sont peut-être allés en se pinçant le nez mais ils ont hiérarchisé leurs priorités. Et pour Nicolas Sarkozy, il s'est passé la même chose. Une bonne illustration de cette logique c'est le Sarkothon lancé pour renflouer le parti après les dépassements de plafonds de la campagne en 2012. Ce dépassement, c'est quelque chose d'illégal et pourtant il y a eu un engouement phénoménal et la dette a été remboursée en quelques semaines. 
 
 
 
Bien entendu, la primaire de 2016 a prouvé que ces affaires n'ont pas été sans conséquences. Si un noyau de sympathisants LR est resté ultra fidèle à l’ancien président, un halo plus large, comprenant même des sympathisants de gauche, s’est mobilisé pour faire front face à Nicolas Sarkozy au moment de la primaire. Les affaires n’y sont certainement pas pour rien. Nicolas Sarkozy a payé cette accumulation de démêlés judiciaires qui incarnait un ancien monde et des pratiques rejetées par les Français
 
 

Récemment, l'actualité a été marquée par « l'affaire Mélenchon ». Quel impact sa réaction a-t-elle eu sur sa popularité ?

 
Le comportement de Jean-Luc Mélenchon lors de sa perquisition a des conséquences spectaculaires sur l’opinion. Selon les chiffres de l'Ifop, alors que 77% des Français le trouvaient honnête en avril 2017, ils ne sont plus que 22% à partager cette opinion aujourd’hui,
 soit une chute de 45 points. Le travail judiciaire vient juste de débuter, mais le mal est fait. On aurait pu penser que les Français allaient retenir uniquement que c'était le retour de « Mélenchon le bruit et la fureur » de la campagne de 2012 et que ça allait permettre de mettre sous couvercle le fond de l'affaire. Mais on voit justement que concernant l'item « honnête » nous avons bel et bien une chute très importante. Est-ce qu'il a dérapé de façon incontrôlée ou était-ce une volonté de surjouer la résistance face à un pouvoir supposément intrusif pour étouffer le fond de l'affaire ? Toujours est-il que le capital accumulé pendant la campagne de 2017, pendant laquelle le leader de la France Insoumise avait réussi une vraie révolution en incarnant une forme de sagesse républicaine, s'est complètement effondré après cette séquence.  Celui qui avait dénoncé pendant la campagne les "pudeurs de gazelle" pour inciter à dénoncer les affaires liées à François Fillon ou Marine Le Pen, se retrouve désormais pointé du doigt. 
 
Cela prouve que la réaction face à une affaire importe probablement autant que le fond de l'affaire pour l'opinion. Quand Jean-Luc Mélenchon déclare "ma personne est sacrée", il parle bien sûr de sa fonction de député qui bénéficie de garanties constitutionnelles face au pouvoir judiciaire, mais il n'y a pas cette lecture au sein de l'opinion. La lecture est « Jean-Luc Mélenchon pense qu'il est au-dessus des lois ». Même si à ce stade il n'est coupable de rien, le prix à payer auprès de l'opinion est élevé.
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