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Laurent Wauquiez et l’union des droites : (être obligé d’) y penser toujours, n’en parler jamais ?
Publié le 07 octobre 2018
En dépit des appels qui lui sont adressés de la part de certaines personnalités politiques se situant à la droite du parti Les Républicains, Laurent Wauquiez a maintenu jusqu’à présent le silence sur sa position vis-à-vis d’une possible « union des droites » à construire. Un silence qui nourrit bien des ambiguïtés et donne à penser si LR saura manœuvrer suffisamment habilement pour s’extraire en gagnant de la dangereuse tectonique des plaques dans laquelle la droite est engagée.
Christophe Boutin est un politologue français et professeur de droit public à l’université de Caen-Normandie, il a notamment  publié Les grand discours du XXe siècle (Flammarion 2009)  et co-dirigé Le dictionnaire du conservatisme (Cerf 2017).
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Christophe Boutin est un politologue français et professeur de droit public à l’université de Caen-Normandie, il a notamment  publié Les grand discours du XXe siècle (Flammarion 2009)  et co-dirigé Le dictionnaire du conservatisme (Cerf 2017).
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En dépit des appels qui lui sont adressés de la part de certaines personnalités politiques se situant à la droite du parti Les Républicains, Laurent Wauquiez a maintenu jusqu’à présent le silence sur sa position vis-à-vis d’une possible « union des droites » à construire. Un silence qui nourrit bien des ambiguïtés et donne à penser si LR saura manœuvrer suffisamment habilement pour s’extraire en gagnant de la dangereuse tectonique des plaques dans laquelle la droite est engagée.

Atlantico : Au cours des années 1970, le Parti socialiste de François Mitterrand avait su parfaitement mettre en œuvre la stratégie du « programme commun » pour renverser le rapport de force défavorable qui le liait au Parti communiste, et finalement conquérir le pouvoir en 1981. Suivant l'éventualité d'un rapprochement futur des droites, les Républicains auraient-ils les moyens de prendre le dessus dans une telle alliance ?

Christophe Boutin : C’est le cas d’école que tout le monde cite, la manière dont François Mitterrand aurait su conquérir le pouvoir avec l’aide du Parti communiste français – et des radicaux, menés par Robert Fabre, mais infiniment moins puissants électoralement parlant – liant l’ensemble dans le Programme commun de 1972, pour peu à peu épuiser le PCF, le conduire à des contradictions entre sa participation au pouvoir après 1981 et son idéologie et ainsi faire du PS le parti autour duquel la gauche allait s’organiser… jusqu’en 2017.

Maintenant, attention à ne pas aller trop vite. Il est vrai qu’après 1972, pour la première fois depuis 1945, le PS prend électoralement le pas sur le PCF. Vrai aussi que le PCF entamera après 1981 une longue descente aux enfers. Mais tout n’est pas uniquement le résultat du machiavélisme du Florentin charentais. Dans les années soixante-dix, les régimes communistes en place dans le monde sont clairement perçus par de plus en plus de gens, et pas seulement par les « agents de la CIA », comme totalitaires, et leurs millions de morts ne peuvent plus être écartés d’un  revers de la main comme des dommages collatéraux d’une marche vers un avenir radieux. Or la direction du PC(F) est toujours inféodée à Moscou. Par ailleurs, les étudiants révoltés de 1968, qui investissent peu à peu le monde des médias, où ils vont devenir omnipotents, considèrent pour beaucoup que ce même PCF les a privés de leur révolution et ne le lui pardonnent pas. Quant à la base électorale, les ouvriers communistes, entre déclin économique et concurrence de l’immigration, s’effacent peu à peu. Sans ces éléments, le Programme commun et les manœuvres de Mitterrand n’auraient pas eu les mêmes effets.

Il faut donc la conjonction d’un politique finaud et de circonstances favorables pour rejouer la scène. Or on chercherait en vain les deux dans l’hypothèse de LR utilisant « l’union des droites » pour reprendre le pouvoir d’abord, marginaliser le RN ensuite, et s’installer enfin comme la seule force de droite.

Que la droite institutionnelle, c’est-à-dire les partis qui y sont classiquement classés, soit en capilotade apparaîtra comme une évidence au plus inculte commentateur. Leur incapacité à nettoyer leurs écuries d’Augias et à renvoyer certaines badernes à leur néant est déjà en soi un problème. Mais le hiatus qui continue à exister entre les discours de nombre de ses dirigeants et les attentes de ses électeurs, un écart qui a même tendance à se creuser, et l’incapacité à bâtir un programme qui ait du sens et sache répondre aux angoisses clairement exprimées par les Français, en est un plus grave encore.

PS et PCF de 1972 se retrouvaient dans une même doxa marxiste - à laquelle, certes, tous ne croyaient pas avec la même foi. Mais LR est incapable de trouver un plus petit dénominateur commun qui, d’une part, résolve les tensions entre ses deux principales composantes, les héritiers du gaullisme et ceux des démocrates-chrétiens pour remonter aux débuts de la Ve, ceux du RPR et de l’UDF pour des époques moins lointaines, et, d’autre part, permettre de construire un pôle d’attraction dans lequel, alliés d’abord, le RN et DLF se dissoudraient ensuite en grande partie, les résidus non assimilables étant renvoyés à une marginalité d’extrémistes. On le voit de manière prégnante dans l’incapacité actuelle à produire un discours-programme pour les élections européennes de 2019 : on mélangera sans doute quelques vestiges à prétention gaulliste pour rassurer l’électorat à des amis en attente de point de chute après 2017, le tout autour de l’idée qu’il faut « réformer l’Europe » de l’intérieur, et vogue la galère.

Dans ce cadre, penser à la manœuvre subtile d’un nouveau condottiere usant de « l’union des droites » pour s’emparer du pouvoir ressort plus de la pensée magique que de l’analyse politique. Certes, les commentateurs politiques se trompent souvent ; certes on a connu des situations désespérées retournées en triomphes ; certes, il est toujours délicat d’enterrer un politique - qui aurait parié un franc d’alors sur le Mitterrand d’après les jardins de l’Observatoire ; certes il est des victoires surprises où un jeune banquier conquiert la présidence à la hussarde. Disons simplement alors que les probabilités ne jouent quand même pas en faveur de cette hypothèse.

Quelles obstacles de fond trouveraient face à eux Les Républicains s’ils s’engageaient finalement dans cette voie ? Existe-t-il une manière de les contourner.

Le plus grand obstacle des Républicains pour faire l’union des droites n’est sans doute pas tant l’existence de partis concurrents que… Les Républicains eux-mêmes. Il est en effet difficile de se poser en centre de gravité d’une union quand on ne fait pas partie de la famille. Or Les Républicains est et reste en 2018 une alliance de centre-droit et pas une alliance de droite, et ce quand, entre le centre et la droite, il y a actuellement trop de questions clivantes.

À l’époque de l’alliance entre RPR et UDF, les questions portaient de manière prioritaire sur la gestion économique de la Cité : fallait-il être plus libéral-colbertiste ou plus libéral-mondialiste pour lutter contre ce qui était la crainte principale des Français à l’époque, le chômage, et donc répondre au mieux aux attentes de l’électorat. Le véritable point de friction était sans doute alors (déjà !) l’Union européenne : les gaullistes en tenaient pour l’Europe des nations et s’indignaient des abandons de souveraineté, les centristes, volontiers fédéralistes, attendaient comme une panacée les Etats-Unis d’Europe.

Mais les choses ont changé. Tous les sondages font remonter trois inquiétudes prioritaires des Français – et notamment des Français votant à droite : immigration, insécurité et identité, les « 3 I » sur lesquels vient se fracasser l’alliance de centre droit tant les réponses données à ces questions par les deux blocs sont différentes. Si l’on ajoute que le clivage persiste au sujet d’une politique européenne qui influence plus que jamais les décisions nationales, on comprend que Les Républicains ne peuvent pas, à l’heure actuelle, être la matrice d’une union des droites. Le pourraient-ils d’ailleurs que nombre de leurs hiérarques, à qui la formule même fait horreur, et qui ne souffriraient pas plus que Michel Noir de « perdre leurs âmes », ne le voudraient pas.

Cet obstacle majeur disparaîtrait si les priorités des Français changeaient. Que, demain, lutte contre l’immigration, contre l’insécurité et pour la défense d’une identité  ne soient plus leurs attentes, que d’autres demandes se fassent jour et s’y substituent, et les cartes seront rebattues. La question est donc de savoir si ces trois questions peuvent être résolues dans un avenir proche. Mais la poser, c’est déjà y répondre…

Comment le parti Les Républicains pourrait-il alors aborder de la meilleure manière l’agenda des élections européennes et locales à venir d’ici le rendez-vous de 2022 ?

Pour les européennes, en priant d’abord pour qu’Emmanuel Macron continue d’écorner son image par de grossières erreurs de communication, ce qui décrédibilise son nouveau discours selon lequel il ne serait ni « européiste » ni « mondialiste », mais uniquement préoccupé de l’identité des peuples. Cela peut ramener à une liste LR qui aurait bien du mal à se différencier de celle de LaREM sur le fond quelques électeurs déçus par le comportement de Jupiter. Et en priant encore pour que les jeux d’egos empêchent la création d’une liste unissant les droites souverainistes, non pas tant pour le résultat des européennes que pour ce que ce résultat apporterait comme élan pour les élections locales qui suivront.

Dans ces élections locales en effet, à part aux élections départementales, le mode de scrutin des municipales et régionales – des listes pouvant se rassembler au second tour - pourrait pousser en effet à l’union des droites sans LR… voire sans les appareils des partis si ceux-ci s’avéraient incapables de mener à bien ces alliances que souhaite l’électorat.

C’est ce qu’ont bien compris les signataires de l’Appel d’Angers, lancé en mars 2018, et que l’on aurait tort de croire oublié parce que l’on en parle un peu moins. Des signataires qui, comme l’avait fait par exemple Robert Ménard à Béziers, ont compris que la conquête du pouvoir pouvait, et même devait, se faire autant par la base, par les communes, que par la création de la mythique « écurie présidentielle ».

Bien sûr, ces nouveaux venus n’ont certes pas l’ancienneté politique des édiles de LR. Mais les candidats de LaREM aux législatives semblaient eux-aussi de bien ridicules concurrents aux élus des « partis de gouvernement ». Cela n’a pas empêché ces derniers d’être brutalement conviés par des électeurs peu reconnaissants de leurs sacrifices à laisser leurs sièges aux jeunes impétrants. Or il n’est pas certain que cette lassitude manifestée par l’électorat à l’encontre de ses anciens maîtres, ce sentiment qu’on a qualifié de « dégagisme », ne soit pas encore vivace.

 
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