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Générations gâchées : comment l’Education nationale passe totalement à côté des besoins des (nombreux) neuro-atypiques
Publié le 24 septembre 2018
Autistes, dyslexiques, dyspraxiques, hyperactifs... les neuro-atypiques sont très nombreux, près d'un sur quatre des enfants à s'installer sur les bancs de l'école. Pour eux, la rentrée est cependant souvent un parcours du combattant.
Formateur à l'INS HEA, docteur en sciences de l'éducation, qualifié aux fonctions de maître de conférences en 70e section.
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Autistes, dyslexiques, dyspraxiques, hyperactifs... les neuro-atypiques sont très nombreux, près d'un sur quatre des enfants à s'installer sur les bancs de l'école. Pour eux, la rentrée est cependant souvent un parcours du combattant.

Atlantico : Un récent article de Wired détaille comment les écoles ont longtemps échoué à former les enfants neuroatypiques parce qu'il les ont préparés à des emplois classiques adaptés à la société post-révolution industrielle. Est-ce quelque chose que vous avez également constaté ? Pourquoi l'école classique a-t-elle échoué à former les enfants neuroatypiques ?

Philippe Garnier : Effectivement, parfois la scolarisation ne prend pas assez en compte la diversité. C'est à dire qu'il y a certains enseignants - sans qu'il faille pour autant généraliser - qui ont tendance à faire la même chose pour tout le monde, y compris avec des élèves qui s'éloignent un petit peu de la norme. Donc les activités proposées ne correspondent pas forcément aux besoins spécifiques des enfants neuroatypiques. 

Il y a probablement une remise en cause de l'école à effectuer. Chez certains des enseignants, c'est leur formation qui est en cause. Celle-ci ne prépare pas forcément à accueillir au sein de leur classe des élèves avec des profils très divers. On leur apprend à enseigner les maths, le français, etc pour l'élève moyen, et pas forcément à adapter les programmes aux différentes spécificités. 

Il est aussi vrai qu'en France, on a un système qui repose sur la présence d'un enseignant pour un groupe d'élèves, pour une classe. Ce n'est pas le cas dans tous les pays. En Italie, par exemple, pour des élèves en situation de handicap, il y a deux enseignants dans la même classe : un enseignant classique et un enseignant spécialisé qui va aider à faire en sorte que la pédagogie soit plus adaptée aux élèves qui ont des besoins spécifiques. Dans d'autres pays encore - et quelques établissements français le font -, l'école s'organise de telle façon à ce que ne soit pas forcément tout le temps le même enseignant avec les mêmes élèves mais que des groupes de besoin soient organisés, de telle façon à ce que l'ensemble de l'équipe pédagogique puisse essayer de répondre aux besoin des enfants. Par exemple, pour un groupe de non-lecteurs, plusieurs classes peuvent être regroupées avec un enseignant et la pédagogie sera adaptée à ces jeunes-là, au moins pour un petit moment. 

Comment, en France, sont désormais pris en charge les enfants neuroatypiques ? Quelles différences il y a-t-il avec les cursus classiques qu'ils suivaient auparavant ? Dans quelle proportion les enfants neuroatypiques suivent-ils des cursus adaptés ?

Il y a, en France, des dispositifs institutionnels qui sont mis en place. Dans les écoles, collèges et lycée, il y a ce qu'on appelle des unités localisées pour l'inclusion scolaire (ULIS), des dispositifs destinés aux élèves en situation de handicap, parmi lesquels on retrouve des élèves autistes, dislexiques, des élèves avec des déficiences intellectuelles, etc. Ces ULIS sont des dispositifs dans lesquels les élèves vont être regroupés pendant une période de la semaine dans une classe spécifiques. Le reste du temps, ils vont aller dans une classe ordinaire et pouvoir être conseillés, accompagnés par un enseignant spécialisé. Ce dernier va conseiller les enseignants ordinaires pour adapter leur pédagogie. Ceci dit, ces dispositifs ne sont pas du tout présents dans chacune des établissements scolaires en France. Il y en a un certain nombre. 

Egalement, certains élèves neuroatypiques en classes ordinaires sont accompagnés par ceux qu'on appelle des accompagnants des élèves en situation de handicap (AESH). C'est la maison départementale pour les personnes handicapées qui indique, à travers une commission, que ces élèves ont vraiment d'un accompagnant, mais ce n'est pas automatique. Ce sont les parents, en premier lieu, qui font la demande auprès de l'entité publique. Toutes les informations relatives à l'enfant (médicales, scolaires, sociales, etc.) sont ensuite transmises à la maison départementale, puis une commission examine les dossiers et détermine les aides qui peuvent être apportées à ces enfants. Il peut s'agit d'une aide humaine, d'aides techniques. Par exemple, pour les élèves dyslexique, il y a des logiciels, des ordinateurs adaptés, qui permettent de faciliter le travail des enfants.

Que reste-t-il encore à faire pour ces enfants neuroatypiques ? Comment améliorer leur apprentissage, les orienter vers une formation, puis un métier, adapté à leur condition ?

De plus en plus, et cela à un niveau international, se développe ce qu'on appelle l'école inclusive. C'est faire en sorte que les enfants neuroatypiques ne soient pas dans des centres spécialisés mais le plus possible dans une école et des classes ordinaires. La condition est que la pédagogie soit adaptée. Pour que cela marche, il y a la formation des personnels au sens large, et en premier lieu celle des enseignants. Quelque fois, ces derniers n'ont aucune formation pour travailler efficacement avec ces élèves qui sont très différents les uns des autres, qui présentent des spécificités. Il existe déjà un certain nombre de formation mais à mon sens, il faudrait qu'elles soient plus répandues, que pour chaque enseignant de classe ordinaire formé, cette problématique soit abordée de manière forte. Que l'on travaille pour faire progresser la diversité des élèves, et non pas seulement les éléves "classiques". 

Il devrait également y avoir de la formation continue pour les enseignants. Pour l'autisme, un plan a récemment été annoncé et si les mesures prévues se mettent en place, je pense que ce sera effectivement très positif. Dans le même temps, il faut donner accès à ceux qui en ont besoin à différentes aides (humaines ou techniques). 

Je pense qu'en alliant une meilleure formation des enseignants et en aidant les familles de ces enfants neuroatypiques les plus en difficultés, on pourra répondre mieux qu'on ne le fait actuellement aux besoins spécifiques de ces élèves.

Sur le plan de la formation professionnelle de ces élèves, je pense qu'on peut sensibiliser en amont le milieu professionnel. Je sais que des actions de sensibilisation sont faites auprès des managers, dans les entreprises, pour faire en sorte de faire connaitre cette diversité. 

Il faut, par exemple, que si des jeunes adultes entrant dans le milieu professionnel ont besoin de matériel technique spécifique pour exercer une activité, les employeurs sachent que ce matériel existent. D'autre part, les employeurs doivent savoir que se munir de ces outils pourra rendre le jeune adulte neuroatypique tout à fait efficace dans son travail.

Dans le cas de jeunes autistes, parfois avec des déficiences intellectuelles associées, l'important est également d'avoir un diplome permettant d'accéder à l'emploi. Ce que prévoit la nouvelle stratégie des autorités, c'est que même si on obtient pas un diplome dans sa totalité, on puisse tout de même obtenir une attestation de compétences pour montrer que quel que soit le jeune, quel que soit son niveau, il a des compétences et pourra trouver un travail. 

Il faut aussi essayer de trouver quels sont les points forts de ces étudiants neuroatypiques. Car la scolarité leur constamment montré quels sont leurs points faibles, toujours en termes négatifs. Or, certains jeunes autistes, certains jeunes dyslexiques ou même d'autres ayant des troubles du comportement, par exemple, ont des points forts. Il s'agit alors que le système scolaire mette en valeur ces points forts, que les élèves puissent définir eux-mêmes leurs points forts afin de trouver un emploi qui correspond à ces points forts. Il y a beaucoup de jeunes neuroatypiques présentant des qualités de ce type mais ne sont pas forcément mis en valeur par l'école, alors qu'elles pourraient attirer des employeurs. Je pense par exemple aux personnes autistes qui sont souvent très vigilantes dans des tâches répétitives, plus vigilantes que des personnes plus typiques. C'est le cas, par exemple, pour déceler des bugs dans des programmes informatiques. Les personnes autistes peuvent alors être plus performantes que les personnes qui ne le sont pas. 

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