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Contre-révolution
Pourquoi le féminisme n’est aujourd’hui plus une question de femmes, mais celle de l’imposition d’un nouveau modèle de société
Publié le 16 septembre 2018
Un an après sur la vague de dénonciation des violences faites aux femmes que constituaient les mouvements #Metoo et #balancetonporc, Bérénice Levet dénonce dans son nouveau livre le modèle de société prôné par les néo-féministes.
Bérénice Levet est philosophe et essayiste, auteur entre autres de La Théorie du Genre ou le monde rêvé des anges (Livre de Poche, préface de Michel Onfray), le Crépuscule des idoles progressistes (Stock) et vient de paraître : Libérons-nous du...
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Bérénice Levet
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Bérénice Levet est philosophe et essayiste, auteur entre autres de La Théorie du Genre ou le monde rêvé des anges (Livre de Poche, préface de Michel Onfray), le Crépuscule des idoles progressistes (Stock) et vient de paraître : Libérons-nous du...
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Un an après sur la vague de dénonciation des violences faites aux femmes que constituaient les mouvements #Metoo et #balancetonporc, Bérénice Levet dénonce dans son nouveau livre le modèle de société prôné par les néo-féministes.

Atlantico : Votre nouveau livre, "Libérons-nous du féminisme" (éditions de l'Observatoire) revient un an après sur la vague de dénonciation des violences faites aux femmes que constituaient les mouvements #Metoo et #balancetonporc, que vous décrivez comme "un grand moment d'intoxication des esprits". Vous accusez même cette mouvance d'avoir utilisé les violences faites aux femmes comme un alibi pour servir "un modèle de société". Quelle société prône ce féminisme que vous décriez ? 

Bérénice Levet : Permettez-moi d’abord de justifier cette conclusion sévère, « un grand moment d’intoxication des esprits » en effet… Deux hashtags, les réseaux sociaux s’enflamment et les médias décident de donner à cette campagne un retentissement inédit. Une vision absolument cauchemardesque de la condition des femmes au XXIe siècle s’impose, et pas de n’importe quelle femme, des femmes occidentales. Harvey Weinstein nous est finalement présenté comme la vérité du mâle. Et l’esprit critique, l’esprit d’examen abdique devant l’émotion. Je reviendrai sur deux assertions dont on nous a tympanisé les oreilles. Chacun s’est félicité de ce qu’enfin le silence qui enveloppait les violences faites aux femmes était brisé, on nous a même parlé d’omerta. Or, voilà des années que ce thème occupe la une des médias, que régulièrement tombent des chiffres absolument affolants. Je rappellerai un fait des plus significatifs : en 2003 –il y a donc quinze ans -, Elisabeth Badinter publie Fausse Route impatientée, précisément, par ces campagnes orchestrées de manière sonore et sans riposte autour des thèmes du harcèlement sexuel, des agressions, des violences dont les femmes seraient massivement victimes. Mais ce n’est pas le seul élément qui prouve que cette question n’était frappée d’aucun interdit, je les détaille dans mon livre.

Se féliciter de « la libération de la parole », juger que c’était une excellente chose fit également parti des sermons obligés. L’occasion était belle cependant de s’interroger sur cet usage de la parole que la pratique des réseaux sociaux met plus que jamais à l’ordre du jour. Car la libération de la parole signifie d’abord, et les exemples ne manquaient pas, la libération d’une parole libérée de tout scrupule, livrant à la vindicte populaire des hommes publics privés des moyens de se défendre, bref, la libération des passions les moins glorieuses (règlement de compte qui trouvait enfin son heure, mise au piloris d’hommes publics privés des moyens de se défendre). Je n’ai guère entendu que la romancière et dramaturge Yasmina Reza oser briser ce concert d’unanimité: « je n’ai aucune intention de libérer ma parole ». Elle sait que la parole de vérité suppose un travail de mise en forme, exige du temps.

J’en viens à présent à la question que vous me posez concernant le modèle de société prôné par les féministes. Chacun invoque une société où, enfin, l’égalité régnerait entre les deux sexes mais cette notion d’égalité est une nébuleuse et surtout un puits sans fond. Quand l’égalité sera-t-elle atteinte ? Quand les hommes seront des femmes comme les autres, remplissant les mêmes tâches domestiques, s’asseyant comme leurs compagnes, les jambes sagement serrées ou repliées l’une sur l’autre – la lutte contre le « manspreading », (l’attitude proprement masculine qui consiste à s’asseoir les jambes largement écartées) est une des grandes occupations des féministes des pays occidentaux, cette attitude est punie d’une amende dans les transports en commun dans certains Etats américains, en Espagne et dans maints autres pays européens, la RATP n’a pas encore cédé aux pressions des associations soutenues par le maire de Paris, Anne Hidalgo -, quand ils urinerons en étant assis – la Suède est pionnière en ce domaine ?

Sous couvert d’égalité, ce qui est poursuivi est l’indifférenciation, l’interchangeabilité et donc la récusation de la polarité qui non seulement est une donnée anthropologique, liée à ce que le philosophe Merleau- Ponty appelle l’incarnation : nous naissons dans un corps et un corps sexué mais ces idéologies sont platoniciennes ou cartésiennes, si on peut leur faire cet honneur : les apparences sont nécessairement trompeuses. La polarité fait en outre la saveur, le sel des relations humaines.

On notera un paradoxe qui n’en est peut-être pas un : sont tenus pour coupables les hommes qui s’obstinent à voir une femme dans une femme et à ne pas y être indifférents et d’un autre côté, le néo-féministe, inspiré du modèle anglo-saxon et à la différence du féminisme universaliste à la Française, sont dans l’exaltation permanente de leur identité de femme. Ce qui est fautif au regard de l’histoire de l’humanité, c’est le masculin, la virilité, le salut serait dans la féminisation… Les hommes n’ont plus qu’un devoir, faire repentance d’être des hommes, battre leur coulpe.

Il n’est donc pas tout à fait illégitime de se demander si nos féministes n’aspirent pas à une société où les femmes seraient partout, auraient partout la préséance…les hommes sont ringardisés…Un parti qui nomme à la tête de l’Assemblée nationale un homme est accusé de pactiser avec le vieux monde – je ne verse pas de larmes sur Richard Ferrand, arroseur arrosé car il ne doit pas manquer dans les déclarations passées de cet ex-socialiste des propos allant dans ce sens !

Le monde rêvé par nos féministes est également un monde où tout est sous surveillance : le langage, l’ami des femmes se reconnaît à ce qu’il pratique l’inversion des préséances (les femmes et les hommes, toutes celles et tous ceux…) adoptent les règles de l’écriture inclusive. L’inquisition se fait culturelle : nos féministes visitent les musées avec leur petit livre rouge à la main et une seule question : quel traitement l’artiste a-t-il réservé à la femme ? Soit elles exigent des institutions muséales qu’elles décrochent les œuvres incriminées, soit elles réclament l’apposition d’un cartel prévenant le regard du spectateur. De plus en plus souvent, ce sont les responsables des institutions muséales eux-mêmes qui procèdent à ce travail d’épuration. Elles s’attaquent avec la même fièvre inquisitrice aux œuvres littéraires, musicales de notre patrimoine.

C’est enfin, sans être exhaustive, un monde où les hommes et les femmes se regarderaient en chiens de faïences les propos de Caroline de Haas sont particulièrement éloquents sur ce point : il s’’agit de briser la confiance entre les deux sexes, l’homme est ce qu’il est, un prédateur, un dominateur, un violeur… J’ai retrouvé une affiche datant de 1981 signée du Mouvement de libération des femmes et réalisée proclamant : « cet homme est un violeur. cet homme est un homme. » Contre l’art de la mixité des sexes, qui fait le génie de la France, les néo-féministes préconisent le séparatisme. Les Etats-Unis sont déjà familiers des espaces de travail réservés aux femmes, avec des bibliothèques comprenant exclusivement des livres écrits par des femmes, où ne sont invitées à prononcer des conférences que la gent féminine… Ces pratiques commencent de se répandre en France, on a appris très récemment la création d’une application proposant aux femmes de n’être véhiculées que par des femmes….Concessions qui font dans le sens des revendications des islamistes, soit dit en passant.

Il n’est peut-être pas inutile de rappeler que ce n’est pas une concession que les femmes font aux hommes que de vivre, de travailler, de converser, de faire l’amour avec vous… les femmes françaises ne souhaitent pas vivre A entendre certains discours féministes, nous finirions par en douter.

Vous critiquez la constitution artificielle d'un "nous" féminin - de ce que certaines féministes nomment une "sororité". Est-ce à dire que le féminisme serait artificiel dès lors qu'il s'érigerait comme une problématique universelle ?

La sororité est un mythe, la solidarité ne procède pas de la commune appartenance à un sexe – la fraternité n’a pas d’ancrage dans l’identité sexuée, et c’est bien pourquoi elle n’exclut pas les femmes. Les femmes entre elles ? Croyez-vous que ce soit si édénique que nous le prétendent les féministes ? Interrogez les gardiennes de prison… La rivalité féminine est venimeuse.

C’est précisément en se voulant une grille de lecture universelle que le féminisme bascule dans l’idéologie, au sens qu’Hannah Arendt attache à ce terme, comme logique d’une Idée. Et cette Idée, à partir de laquelle le féminisme va dévider le fil de l’histoire des femmes depuis les origines et partout dans le monde, est celle de la domination masculine. Le réel doit y entrer de gré ou de force. C’est par là qu’il exerce sa séduction, le récit idéologique offre ceci de formidablement réconfortant pour l’esprit humain : il « permet de tout expliquer jusqu’au moindre événement », ainsi que l’écrivait Arendt. C’est bien pourquoi il me semble nécessaire de nous libérer du féminisme afin de retrouver les nuances, les singularités, bref le réel cruellement sacrifié par l’idéologie. Les relations entre les hommes et les femmes se dérobent à l’approche systématique et c’est bien pourquoi nos maîtres en la matière sont les romanciers, les poètes…

Votre livre est aussi un plaidoyer pour une forme de France libertine et galante, autant de mots que le féminisme réprouve. Le "puritanisme" des féministes qui s'y oppose impliquerait selon vous un "rejet de la sexualité". Les indicateurs récents montrent d'ailleurs que les gens ont de moins en moins de rapports sexuels de nos jours : le féminisme puritain n'a-t-il pas déjà gagné ?

Par puritanisme, j’entends la hantise du désir hétérosexuel, du jeu qui s’instaure entre les deux sexes…Les féministes ont enténébré la sexualité hétérosexuelle. Et j’insiste sur ce point, car on pourra toujours m’objecter le parler cru des femmes qui croient attester leur émancipation en parlant de chatte, de bite, de cul et consacrent des spectacles entier à l’évocation de leur vagin. Donc ce n’est pas tant le sexe que les féministes pourfendent que l’érotique masculine, l’imaginaire masculin, les fantasmes des hommes. De là la criminalisation du regard par quoi tout commence – nous avons désormais une loi destinée à surveiller et punir l’homme qui s’y risquerait.

« Mon corps m’appartient », répètent-elles, Assurément, mais il est aussi ce par quoi nous sommes présents au monde, pris dans la chair du monde, dit Merleau-Ponty, offert aux regards, et donc au désir de l’autre, comme l’autre est offert à mon regard et à mon désir. Mon corps m’appartient donc mais il s’échappe, et m’échappe dans le regard d’autrui. Nous assistons à un véritable déni de la condition humaine comme condition incarnée. Je me suis attachée à ce point capital. Je ne peux ici développer mais cela a avoir avec l’individualisme, la prétendue autosuffisance de l’individu.

Et que le monde, et surtout que notre corps serait triste sans l’imaginaire masculin, sédimenté par les siècles, nourrie par l’art et la littérature. Je cite une militante du mouvement Femen, ce mouvement qui s’est fait une spécificité de manifester le torse nu, se réjouissant de ce que désormais elle sait que ses seins ne sont rien d’autres que des « excroissances » de chair. Diable ! Maudit imaginaire phallocratique qui nous fait dans le sein autre chose qu’une excroissance ou dans le pied autre chose qu’un bien utile appendice permettant de tenir debout et de se déplacer !

Le féminisme puritain n’a pas encore gagné mais il est fort actif, et notamment, j’y ai déjà fait allusion, dans le domaine culturel.

Marlène Schiappa dénonçait il y a quelques jours la différence d'implication des parents selon leur sexe aux réunions parentales de leurs enfants, considérant que les femmes étaient surreprésentées. En tant que secrétaire d'Etat chargée de l'Egalité Homme-Femme, n'est-elle pas dans son rôle ? Où s'occupe-t-elle d'une organisation privée des familles qui ne la concerne pas ? Cela n'illustre-t-il pas une certaine prise d'influence très importante du féminisme dans notre société ?

Au nom des femmes, de l’égalité, des violences dont elles seraient victimes de la part des hommes, et du principe selon lequel « tout est politique », remis à l’honneur alors qu’on aurait pu penser que l’expérience totalitaire du siècle passé nous avait dessillé sur ce qu’il entraînait, les associations, la société et l’Etat pénètre dans chacun des recoins de notre vie. On forcera les hommes (au sens universel du terme) à être heureux - et d’un bonheur défini par eux ! C’est toujours au nom de ce principe que les révolutionnaires et les progressistes se sont autorisés à traiter comme du simple matériau l’humaine nature. « Changer les mentalités », « régénérer l’homme ».

Vous parlez de l'avènement d'une forme d'islamo-féminisme. Il existe bien entendu des féministes qui condamne une certaine application de l'Islam au nom de leurs convictions, mais il est plus compliqué de comprendre comment deux mouvements qui semblent s'opposer se retrouvent alliés au nom du principe d'intersectionnalité. Est-ce à dire que le problème n'est finalement pas le féminisme, mais plutôt l'idée de victimisation générale qui touche nos sociétés occidentales ?

Si je parle d’islamo-féminisme, c’est que je déplore le deux poids deux mesures pratiqués par les féministes et par les médias pleinement acquis à cette idéologie, dès lors que des hommes musulmans sont en question, les égéries parisiennes se retirent ou cultivent l’art du déni. Qu’on se souvienne des événements de Cologne, de la mobilisation des femmes du quartier La Chapelle-Pajol, de Sevran.

Le féminisme est en effet un des grands indicateurs du prestige du statut de victime. Le bénéfice moral de la victimisation est incontestable. La conversion du féminisme à un discours victimaire caractérise ce que l’on appelle le néo-féminisme et le distingue du féminisme des années 1970. Les aînées avaient davantage de panache ! Les femmes sont incitées, pressées même par les associations à fouiller dans leur histoire pour se découvrir ce statut. Il y a «une injonction à se déclarer victime » disait la députée Barbara Pompili, entraînée dans l’affaire Denis Baupin.

De cette complaisance, de cette délectation à se présenter comme victime, je ferais volontiers une lecture nietzschéenne, ou tocquevillienne. Ce mouvement me semble s’inscrire dans le processus de démocratisation des esprits. L’esprit aristocratique ne conçoit rien de plus haut que la notion de responsabilité : répondre de soi, de ses actes, s’y risquer en personne. C’est cet esprit qui nous quitte, le sens aussi de la pudeur. Cette logique est commune à tous les prétendus défenseurs des minorités, qu’on songe aux comités de sensitivity readers¸ qu’on traduit parfois par des « détecteurs de faux-pas littéraires » auxquelles des éditeurs soumettent les ouvrages de leur catalogue afin de s’assurer que leur contenu ne heurtera aucune catégorie ethnique, sexuelle, religieuse (à une exception, les catholiques qu’on peut toujours outragés…) « Sortir l’homme de l’état de minorité », telle est la définition de l’émancipation pour Kant, le féminisme nous y replonge. C’est aussi pour cette vision dégradée et dégradante des femmes que je me sépare vivement du féminisme contemporain.

Votre livre défend un passé galant et libertin, celui de Marivaux, de Beaumarchais ou de Laclos et de l'importance qu'a eu celui-ci dans la constitution de l'identité et de la société française. Défendriez-vous de la même façon la révolution sexuelle de 1968 ? 

La révolution, ou plutôt la libération des mœurs et de la sexualité ne date pas de 1968. Les années 1960 sont décisives et d’ailleurs Michel Houellebecq qui s’est fait le fin limier de cette évolution sociétale et morale dans Les Particules élémentaires s’attache à cette décennie. Et la grande conquête pour les femmes est la légalisation de la contraception en 1967.

Mais assurément, de la libération sexuelle, Mai 68 reste le symbole. « On aurait dit des enfants lâchés dans une pâtisserie» se souvenait avec gourmandise Pascal Bruckner. La société était corsetée, le XIXe siècle était passé par là. L’image de Bruckner est juste, car s’est mis en place un rapport consumériste au corps de l’autre. Les formes, les manières qui différaient l’acte d’amour ont été renvoyées au magasin des vieilleries, tenues pour synonymes d’hypocrisie.

Nous sommes tombés de Charybde en Scylla, d’une sexualité et d’un désir exaltés sans réserve à une sexualité enténébrée par les féministes. Si les premiers ont péché par défaut – car le sexe n’est pas sans ombre –, les seconds pèchent par excès – le sexe n’est plus qu’abîme.   

L’analyse la plus pénétrante de ce qui se joue dans les années 1960-1970, nous la devons à Michel Houellebecq : « Il est piquant, écrit-il dans le roman que j’ai cité plus haut, de constater que cette libération sexuelle a parfois été présentée sous la forme d’un rêve communautaire, alors qu’il s’agissait en réalité d’un nouveau palier dans la montée historique de l’individualisme. Comme l’indique le beau mot de ‘’ménage’’, le couple et la famille représentaient le dernier îlot de communisme primitif au sein de la société libérale. La libération sexuelle eut pour effet la destruction de ces communautés intermédiaires, les dernières à séparer les individus du marché ».

Et la réalité d’aujourd’hui est bien à l’individualisme et au consumérisme. Y compris dans le rapport à l’enfant, on le voit avec la revendication de l’extension de la PMA aux femmes célibataires et aux couples d’homosexuelles.

Qu'est-ce que ce passé libertin et galant a selon vous à nous apprendre aux hommes et femmes du XXIe siècle? 

Tout. Le sens du jeu, de la légèreté, la passion des mots, de la conversation, l’art de la répartie. Plutôt qu’une éducation à la sexualité, qui fait aujourd’hui polémique non sans raison, je milite pour une éducation sentimentale : il faut donner à notre jeunesse, les mots pour dire le désir, pour le mettre en forme, c’est la meilleure arme contre la brutalité. Arlequin, pour paraphraser Marivaux, est poli par l’amour, il apprend des tours et des détours…

Dans l’héritage galant, le plaisir du bien dire est une fin en soi, Voltaire a ce mot magnifique : Zadig « se promenait dans ses jardins avec deux amis et une dame, à laquelle il disait souvent des choses galantes, sans autre intention que celle de les dire »

Notre héritage libertin ne nous dissimule rien des ruses du désir, de ses perfidies, de ses ombres. J’invite à relire les Liaisons dangereuses et tout particulièrement la lettre XCVII de Cécile Volanges et la réplique de Madame de Merteuil.

Notre littérature nous permet de gagner l’intelligence de ce qui se joue entre les deux sexes. Car après tout, de quoi nous parle l’art et la littérature, l’opéra sinon de ce jeu du désir et de l’amour ? L’esprit viendra davantage aux jeunes filles et aux jeunes gens en lisant Molière, Marivaux, Stendhal Balzac, Philip Roth, qu’en se laissant bercé par la liturgie féministe.

Les féministes arrivent avec leurs gros sabots, leur grille interprétative, inaccessibles à la savoureuse partition que la France a composée sur ce donné universel de la différence des sexes. Elles se comportent comme des éléphants dans un magasin de porcelaine, car cet héritage est infiniment fragile.

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