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Mauvais augure

10 ans après la crise de 2008, voilà pourquoi le contexte actuel nous rapproche de la prochaine

Publié le 15 septembre 2018
Depuis la faillite de Lehman Brothers, il y a dix ans, la plupart des pays, qu’ils soient développés ou émergents, ont relâché les rênes du crédit pour redresser leur rythme de croissance économique. Cela a alimenté des bulles.
Rémi Bourgeot est économiste, chercheur associé à l’IRIS et spécialiste des marchés de capitaux. Il a poursuivi une double carrière de stratégiste de marché dans le secteur financier et d’expert économique sur la zone euro et les marchés émergents pour...
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Rémi Bourgeot est économiste, chercheur associé à l’IRIS et spécialiste des marchés de capitaux. Il a poursuivi une double carrière de stratégiste de marché dans le secteur financier et d’expert économique sur la zone euro et les marchés émergents pour...
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Depuis la faillite de Lehman Brothers, il y a dix ans, la plupart des pays, qu’ils soient développés ou émergents, ont relâché les rênes du crédit pour redresser leur rythme de croissance économique. Cela a alimenté des bulles.

Atlantico : 10 ans après la faillite de Lehman Brothers, comment évaluer le contexte économique ? Quels sont les risques découlant de la conjoncture actuelle ? Quelles sont les zones géographiques qui présentent un risque pour la stabilité économique mondiale ? 

Rémi Bourgeot : Le grand paradoxe de ces dix années depuis le déclenchement de la crise mondiale consiste en un curieux mélange de focalisation sur les déficits, d’envolée simultanée de la plupart des types de dettes, publiques comme privées, et de gonflement de bulles en tous genres.

A un moment ou l’autre, la plupart des pays, qu’ils soient développés ou émergents, ont relâché les rênes du crédit pour redresser leur rythme de croissance économique. Aux Etats-Unis, cela a en particulier été le fait de la Réserve fédérale qui a, judicieusement, activé l’arme monétaire au début de la crise en abaissant rapidement les taux directeurs à zéro puis en lançant plusieurs salves d’achat massif de titres de dettes pour relâcher autant que possible les conditions de crédit. Cependant, ces mesures ont, par manque d’encadrement de leurs effets secondaires, alimenté des poches de bulle sur les marchés financiers et notamment des capitalisations boursières fantaisistes, mais aussi entraîné d’importants déséquilibres dans les pays émergents qui ont reçu une partie des liquidités engendrées par la politique de la Fed.

La zone euro s’y est également mise, mais avec environ sept années de retard et après environ quatre années de politique d’austérité pro-cyclique qui ont paradoxalement propulsé la plupart des ratios de dette publique. Le programme d’achat de la BCE, mis en place progressivement à partir de 2015 était indispensable pour sortir les pays du sud de la zone de l’ornière sur le plan de la croissance et détendre enfin véritablement leurs conditions de crédit. Ce faisant, l’abaissement des taux à nourri une bulle immobilière qui est non seulement périlleuse du point de vue de la stabilité financière, mais qui détériore en plus dramatiquement la compétitivité de pays comme la France. On note le renoncement à mettre en place ce que l’on appelle dans le jargon économique des mesures « macro-prudentielles », qui auraient visé à compenser l’effet de la politique monétaire en termes de gonflement de bulles par la mise en place d’encadrements spécifiques de l’allocation de crédit.

Du fait de la politique monétaire américaine et de la compression des taux qu’elle a entraîné, les pays émergents ont reçu, pour leur part, dans les années qui ont suivi la crise, d’immenses flux de liquidité attirés par les taux plus élevés qu’on pouvait y trouver et par l’appréciation de ces devises, entretenue par ces flux eux-mêmes. Se sont constituées dans la plupart des pays émergents de considérables montagnes de dette dans les entreprises. De plus, ces dettes ont eu tendance à être libellées en dollars dans les pays traditionnellement déficitaires sur le plan commercial et qui ont donc besoin d’attirer des capitaux étrangers, souvent de court terme, pour financer leur déséquilibre.

Comment évaluer la capacité de résistance de nos économies ? Sommes nous institutionnellement mieux préparés à faire face à une nouvelle crise, notamment en ce qui concerne le système financier ? 

Une fois passée l’épisode de forte croissance aux Etats-Unis, qui résulte notamment de la politique de baisse d’impôts de l’administration Trump, les années qui viennent vont s’avérer compliquées. Le durcissement de la politique monétaire américaine est un objectif de l’actuel président de la Fed, Jerome Powell, qui fait de plus face à une remontée de l’inflation, portée notamment par le programme de relance présidentiel. A la remontée déterminée, bien que progressive, des taux d’intérêt, s’ajoute la réduction du bilan de la Réserve fédérale, qui aggrave l’effet de durcissement des conditions de crédit aux USA et pour tous les marchés mondiaux qui dépendent fortement du dollar. On risque donc d’assister au ralentissement de l’économie américaine, à l’horizon d’un ou deux ans, en conjonction avec une politique de hausse de taux et de nettoyage du bilan de la banque centrale.

Cette transition risque de s’avérer tout à fait compliquée pour les Etats-Unis, mais aussi d’exercer une pression difficilement soutenable pour un certain nombre de pays émergents, ceux-là même qui connaissent des périodes de crise à répétition depuis 2013.

La zone euro pour sa part, est entrée en phase de ralentissement après avoir connu un rebond seulement modéré au cours des cinq dernières années. L’union monétaire se retrouve confrontée à une situation de fond encore plus difficile qu’à l’aube de la crise de l’euro. La résorption des déficits commerciaux des pays dits périphériques tranche certes avec cette période ; ce qui fait que ces pays jouissent d’une forme d’autonomie financière vis-à-vis du reste de la zone et du monde en ce qui concerne les flux actuels. Mais les montagnes de dettes publiques et privées passées, dont le poids s’est fortement alourdi du fait d’une politique de gestion de crise ratée, restent particulièrement sensibles à tout durcissement des conditions de crédit. Cette vulnérabilité reste d’autant plus centrale, dans un contexte d’impasse confirmée sur la question de l’intégration budgétaire de la zone euro. A cet égard, le secteur bancaire reste le talon d’Achille de l’union monétaire, et pèse très directement sur la solvabilité des Etats où sont domiciliées les banques en question. On pense naturellement à l’Italie, où l’effet d’une nouvelle récession ferait voler en éclat le répit financier actuel. Une remontée des taux en tandem avec une chute des marchés boursiers et une récession plus ou moins mondiale entraînerait directement les banques, déjà très fragilisées, dans une spirale de détérioration de leur bilan. Cela est d’autant plus préoccupant qu’il ne s’agit pas là d’un scénario pessimiste ou extrême, mais probable à l’horizon de quelques courtes années.

La BCE commence tout juste à normaliser sa politique monétaire, en mettant progressivement fin à son programme d’achats, mais en maintenant encore ses taux directeurs au plus bas. Il n’existe aucune limite à l’extension du bilan d’une banque centrale, tout comme à l’ampleur possible de ses pertes, qui ne sont régies par aucun encadrement légal relatif au concept de faillite. Néanmoins, ne serait-ce que du fait des pressions politiques diverses, notamment en Allemagne, la BCE n’est pas aujourd’hui en position pour affronter une nouvelle crise et risquerait de cruellement manquer d’outils d’assouplissement monétaire.

Quelles pourraient être les conséquences d'une nouvelle crise de l'ampleur de celle de 2008 sur nos sociétés, et nos institutions ? 

La crise mondiale a bouleversé la réalité politique de la plupart des pays et les croyances des citoyens de façons très variées. L’idée d’une structure politique qui reposerait dans la durée sur l’opposition théâtrale entre populistes et progressistes, en remplacement des débats propres à la démocratie libérale, est une impasse. Cette notion électoraleprétend ignorer l’ébranlement du système mondial il y a de ça déjà une décennie et la nécessité de mettre au point une véritable stratégie de développement en lieu des arguties fiscales qui monopolisent le débat politique depuis les années 1970. Une nouvelle crise exposerait une dynamique politique relativement stérile qui, dans la plupart des cas, au-delà des clivages idéologiques, bute sur la question de la réorientation du modèle productif.

L’Europe, à cet égard, ferait face à une situation particulièrement périlleuse. Il n’existe ni de dynamique populiste commune ni de dynamique libérale commune en Europe. Au contraire, les bouleversements politiques en cours ne font que pointer le fossé qui sépare les diverses cultures politiques, notamment entre la France et l’Allemagne. Une nouvelle crise économique en Europe entamerait encore davantage l’idée d’une politique coordonnée inspirée par un idéal d’intégration fédéral, mais ferait également voler en éclat les attentesrelatives àune communauté de vues populiste.

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Danper
- 21/11/2018 - 17:54
L'Europe dirigée par l'Allemagne est inutile
Les politiques budgétaires appliquées en Europe sont néfastes pour tous les pays. L'UE est préoccupée par le respect des "règles". En fait des règles qui conviennent à l'Allemagne. Ce pays a perdu la guerre mais gagné la pays en faisant appliquer par ses valets bruxellois les règles quand elles lui sont favorables mais pas dans le cas contraire (par exemple pour l'excès de sa balance commerciale). L'Europe avait d'après les différents traités l'objectif de croissance économique et le plein emploi. On n'a ni l'un ni l'autre en conséquence de sa politique financière. Junker devait engager un plan de relance européen de plusieurs centaines de milliards d'euros. On n'en parle plus. Quand à Macron, après son discours au Bundestag, on comprend pourquoi cette assemblée l'a acclamé debout étant donné que comme Pétain il est le meilleur collaborateur de l'Allemagne triomphante.