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© JACQUES WITT / POOL / AFP
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Point de non-retour ?

La dette française passe la barre des 100% de PIB et voilà pourquoi il ne faut pas du tout s’en inquiéter pour les raisons évoquées habituellement (mais s’en préoccuper néanmoins)

Publié le 08 septembre 2018
Selon l’économiste François Ecalle, ancien rapporteur général sur la situation et les perspectives des dépenses publiques, la dette française aurait pu franchir la barre des 100% du PIB du pays au cours de cette année 2018, notamment en raison du reclassement de SNCF réseau en administration publique.
Michel Ruimy
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Michel Ruimy est professeur affilié à l’ESCP, où il enseigne les principes de l’économie monétaire et les caractéristiques fondamentales des marchés de capitaux.
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Selon l’économiste François Ecalle, ancien rapporteur général sur la situation et les perspectives des dépenses publiques, la dette française aurait pu franchir la barre des 100% du PIB du pays au cours de cette année 2018, notamment en raison du reclassement de SNCF réseau en administration publique.

Atlantico : Au-delà de cette question précise, en quoi la question financière de la hauteur de l’endettement pourrait-elle être moins importante que la structure même de cet endettement ?

 
Michel Ruimy : Au sein de l’OCDE, la France se singularise par le niveau élevé de ses dépenses publiques, bien plus important qu’ailleurs. Il s’établit à plus de 56% du Produit intérieur brut contre environ 45% en moyenne dans les autres pays, soit un écart d’un peu plus de 220 milliards d’euros. 
 
Malgré leur niveau élevé, les prélèvements obligatoires ne suffisent pas à couvrir la dépense publique, qui est largement financée par l’endettement. 
 
Il est vain d’évoquer une « propension française au déficit » car il existe un problème dans tous les grands pays développés qui rend nécessaires les déficits et les dettes publics. En outre, une dette publique n’est pas en soi illégitime. Il existe deux situations dans lesquelles on peut penser que le recours à la dette est cohérent. Tout d’abord, lorsque des investissements bénéficient à plus d’une génération, il n’est pas anormal que leur paiement soit étalé sur différentes années. Ensuite, lorsque les secteurs financés par les dépenses publiques contribuent à la croissance, par exemple l’éducation. 
 
Il n’en demeure pas moins que, depuis 1978, le poids du stock de la dette française par rapport à la richesse nationale a quasiment quintuplé en 40 ans, passant de 21% du PIB à près de 100% du PIB en 2018, notamment sous l’effet de la récente crise économique et financière. 
 
Ce haut niveau des dépenses publiques s’explique par leur forte socialisation : les prestations sociales et autres transferts courants (vieillesse, maladie, invalidité, famille, chômage) mais aussi les dépenses de santé sont importantes (un peu moins de 60%). Les dépenses de fonctionnement (10%) et la rémunération des 5,6 millions de fonctionnaires - 20% de l’emploi total - (25%) représentent environ un tiers de la dépense publique, les dépenses d’investissement seulement un peu moins de 6% et la charge d’intérêt payés par les administrations publiques, 3%. 
 
Des chiffres qui viennent rappeler que la France a, depuis de nombreuses années, préféré mettre l’accent sur la redistribution économique entre les contribuables plutôt que sur des services publics étendus. Ils soulèvent également la question de l’efficacité de la fonction publique française, qui a un moindre recours à la sous-traitance que ses consœurs européennes : 5% du PIB contre près de 9% au Royaume-Uni, et de la qualité, plus que de la quantité, de l’utilisation des deniers publics.
 
On voit donc bien qu’il convient plus de s’intéresser à la structure qu’à la hauteur de l’endettement public. 
 
Dès lors, toute politique de diminution de la dépense publique doit porter sur les deux principaux postes de dépenses : les prestations sociales et les dépenses de personnel.
 
Par ailleurs, aucune politique de baisse des dépenses publiques ne pourra réussir si elle ne concerne pas l’intégralité des acteurs : Etat, établissements publics, collectivités territoriales et administrations de sécurité sociale. 
 
 

En quoi la question de l’endettement en France devrait plutôt glisser vers la question de l’organisation de l’Etat, entre financement des excès de services publics et financement, par exemple, d’investissements ?

 
Une dette publique dépassant la barre des 100% du PIB pèse sur la croissance. Tous les pays ayant une dette publique élevée, que ce soit le Japon ou encore l’Italie, étouffent sous le poids de leur dette. 
 
En France, l’exécutif semble ne pas avoir de stratégie claire pour réduire la dépense publique. Sans grande réforme, le gouvernement se retrouve à faire une politique classique de « rabot ». Or, la réduction de la dépense publique exige un grand coup de volant assumé. Il faut un discours clair et volontaire, des explications et de la pédagogie, et répartir les sacrifices de façon intelligente. On ne peut mener une telle politique qu’au début d’un mandat présidentiel. 
 
Dès lors, celle-ci devra passer par la réduction du déficit structurel c’est-à-dire avant le remboursement des intérêts de la dette. Cette diminution nécessite, notamment du fait que les recettes fiscales soient aléatoires et que leur hausse dépende du contexte économique international, une minimisation des coûts. En d’autres termes, il convient, pour l’Etat, de diminuer son « train de vie » - les dépenses de fonctionnement - et privilégier les dépenses d’investissement qui lui permettra d’avoir un rôle économique pleinement efficace et plus efficient. Ceci passe donc par une réforme de l’organisation de l’Etat.
 
Or, si celle-ci prendra du temps, elle doit être nécessaire d’initiée au plus tôt. Politiquement, il ne reste qu’1 an au gouvernement pour le faire.
 

Quels sont les points qui méritent réellement une attention particulière en termes d’excès sur les questions de dépenses publiques ?

 
A ce jour, la France n’est pas partie pour vraiment réduire la dette publique ni même de la dépense publique alors même que les engagements de campagne du président de la République étaient de baisser le poids du secteur public. Emmanuel Macron avait alors annoncé une réduction de 120 000 fonctionnaires alors que François Fillon prévoyait un chiffre bien plus important puisqu’il s’agissait de supprimer 500 000 postes durant le quinquennat.
 
La question qui se pose dès lors est de savoir si, en tentant de sauvegarder notre modèle social, le pays a-t-il trop de fonctionnaires ? 
 
 
Pour tenter d’y répondre, il faudrait rapporter leur nombre non pas à la population active : en France, 1 personne sur 5 travaille dans le secteur public contre 1 sur 9 en Allemagne et 1 sur 6, en moyenne, dans l’OCDE, mais plutôt à la population totale puisque les agents des services publics travaillent pour l’ensemble des habitants et, non uniquement pour la population active. 
 
Que constate-ton ? La densité d’agents publics varie considérablement selon les pays. Les chiffres vont de 58 personnes pour 1 000 habitants en Espagne, à 117 en Suède et à 168 en Norvège. La France avec 85 agents se situe au milieu du peloton, chiffre bien inférieur à celui d’Israël – 95 -, pays réputé pour son sens de l’efficacité. 
 
En fait, ces écarts tiennent essentiellement au niveau de développement économique des pays. Plus un pays est riche, plus il a la possibilité de dédier un nombre important d’agents à des tâches qu’il considère comme étant d’intérêt général. Ceci peut être illustré par la bonne corrélation entre le PIB par tête - variable explicative - et le nombre de personnes employées dans la fonction publique. Nous constatons que le « bon » nombre de fonctionnaires pour la France serait de 79 emplois publics pour 1 000 habitants soit une population de fonctionnaires de 5,3 millions environ. Un excédent de 300 000 agents qui, après minoration de la fin des contrats aidés, s’établirait à 150 000 personnes. Notons que si nous rapportons ce ratio aux effectifs de la population active, le nombre de fonctionnaires serait d’environ 4,8 millions !
 
Ainsi, la réforme principale à laquelle il faudrait procéder consisterait à réduire considérablement le nombre des agents bénéficiant d’un statut leur assurant un emploi à vie. Cela donnerait aux dirigeants des services publics de la souplesse dans la gestion de leurs effectifs. Au Royaume-Uni, seuls quelques centaines de hauts fonctionnaires bénéficient d’un emploi à vie. En Suède, un effort considérable a été fait pour qu’une grande majorité des agents de la fonction publique soit employée, à présent, selon des contrats semblables à ceux su secteur privé. En Suisse, le statut particulier de fonctionnaire a été aboli par referendum en 2002.
 
Ainsi, la dette ne me semble pas avoir été identifiée par Emmanuel Macron comme étant un problème primordial de l’économie française. Il considère que d’autres problèmes doivent être réglés avant. Il est vrai que la véritable urgence est la réforme du marché du travail afin de réduire le taux de chômage. 
 
Toutefois, en ce qui concerne la dette publique, plus on attend, plus il est difficile de la réduire. Et aujourd’hui, nous entrons dans une zone dangereuse. Il va donc s’agir de ne pas se tromper sur la nature des réformes à accomplir.
 
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