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Ce que les critiques de François Hollande sur Emmanuel Macron révèlent (de gênant) sur lui même

Publié le 02 septembre 2018
François Hollande n'est pas en reste de critiques sur le nouveau chef de l'Etat. Mais toutes ces critiques révèlent peut-être ses propres défauts de gestion de l'Etat et de sa famille politique.
Jean Petaux est docteur habilité des recherches en science politique. Ingénieur de recherche, directeur de Communication, des Relations extérieures et institutionnelles de Sciences Po Bordeaux, il dirige une collection aux éditions Le Bord de l’Eau, «...
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Jean Petaux est docteur habilité des recherches en science politique. Ingénieur de recherche, directeur de Communication, des Relations extérieures et institutionnelles de Sciences Po Bordeaux, il dirige une collection aux éditions Le Bord de l’Eau, «...
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François Hollande n'est pas en reste de critiques sur le nouveau chef de l'Etat. Mais toutes ces critiques révèlent peut-être ses propres défauts de gestion de l'Etat et de sa famille politique.

Atlantico :  A l'occasion d'une interview donnée à Europe 1, François Hollande a commenté la démission de Nicolas Hulot en déclarant : "S'il a pensé qu'il n'avait pas les moyens de poursuivre son action et de contrecarrer l'influence de lobbies notamment dans le domaine qui est le sien, il a eu raison", venant ainsi critiquer une nouvelle fois l'action du gouvernement. Si derrière la réelle divergence de personnalité, il est possible d'avancer que le hollandisme n'est pas fondamentalement différent du macronisme en termes d'orientations politiques, comment comprendre ces critiques ? 

Jean Petaux : On constate, chaque semaine pour ne pas dire chaque jour, qu’à la faveur de sa « tournée » « Dédicaces et tête de gondole (des rayons de librairies)… » que François Hollande ne manque presqu’aucune occasion, avec des modes opératoires variés, sur des terrains différents qui tiennent à l’actualité nationale ou internationale, de s’exprimer. Cette parole est d’ailleurs autant mal ressentie par l’Elysée (il y a de quoi) que par la direction du PS (il y a de quoi aussi, mais pour d’autres raisons évidemment). Même si François Hollande ne vise pas systématiquement et directement Emmanuel Macron ou Olivier Faure, l’interprétation qui est faite de ses propos, la compréhension (plus ou moins capillo-tractée par les traducteurs du « Hollande courant », ramènent toujours la parole de l’ancien président de la République à une critique plus ou moins cachée de ses successeurs (l’actuel locataire de l’Elysée et l’encore locataire de la rue de Solférino). Ce qui ne manque pas de surprendre quand on prête attention aux paroles de François Hollande, à celles qui sont rapportées, c’est qu’il répète très souvent le même mantra (encore hier à Cherbourg en présence de son dernier (et, largement, meilleur) Premier ministre : « Je n’ai pas quitté la politique. Je continue de m’intéresser au sort des Français, aux événements du monde, à la vie politique tout simplement ». Dans son livre est plus subtile. S’il revient longuement sur tout son quinquennat (d’où le titre « Les leçons du pouvoir ») il consacre les derniers chapitres à une analyse qu’il veut prospective de ce que c’est que la social-démocratie aujourd’hui et ce qu’elle pourrait (devrait) devenir pour se rénover et s’adapter au XXIè siècle. C’est sans doute de ce côté qu’il faut essayer de chercher pour comprendre le sens caché des critiques émises par F. Hollande à l’égard de son successeur E. Macron et de sa « ligne » politique. La relation personnelle dégradée, le ressentiment que l’un et l’autre peuvent désormais éprouver l’un envers l’autre sont autant de déclencheurs des critiques, ils n’en sont pas les causes profondes. Hollande assimile clairement Macron à la trahison, à la ruse, à la dissimulation… Macron, de son côté, n’a sans doute guère révisé le jugement et l’appréciation qu’il a forgés de François Hollande quand celui était son patron à l’Elysée puis celui qui présidait les conseils des ministres auxquels il assistait : procrastineur ; vélléitaire ; préoccupé par les détails de forme et pas par le fond, préférant un bon mot à une décision courageuse et toujours soucieux de l’opinion des journalistes sur son action…

Sur le fond en revanche les critiques de Hollande à l’égard de Macron cherchent à accréditer, dans l’esprit du premier mais aussi chez le second, l’idée selon laquelle il y aurait bien deux cosmogonies différentes et surtout deux voies distinctes pour transformer ces deux représentation du monde. La réalité montre que ce désir de différenciation n’est pas qu’un pur construit politique et symbolique. Il existe des deux côtés et n’est pas sans consistance concrète. Mais cette différence procède plus de comportements ou de traits psychologiques que de fractures idéologiques.

Comment lire le quinquennat de François Hollande au travers des critiques que l'ancien président exprime à l'égard d'Emmanuel Macron ? Celles-ci ne sont-elles pas révélatrices des propres incohérences du quinquennat de François Hollande ? 

Ce qui a considérablement plombé le quinquennat de François Hollande n’est pas son attentisme et son absence de volonté de réforme c’est son incapacité à réduire les oppositions qui se sont manifestées très vite dans son propre camp. A cet égard le président élu en 2012 aurait dû trancher bien plus tôt et placer les « Frondeurs » (soit disant détenteurs des morceaux de la « vraie croix socialiste ») devant leurs responsabilités : « Ma politique est légitime, approuvée par une majorité de Français, vous y adhérer ou vous quittez les rangs de la majorité  parlementaire ». D’une certaine façon on pourrait considérer que lorsque François Hollande critique Emmanuel Macron aujourd’hui, il envie en fait secrètement la discipline et la loyauté du groupe parlementaire LREM pléthorique sorti des urnes législatives de juin 2017. Lui n’a pas eu cette opportunité politique (plus exactement il n’a pas su faire en sorte qu’elle se présente).. Il n’a même pas réussi à surveiller (et à contrôler) la désignation des candidats PS aux législatives de juin 2O12. « Héritant » ainsi d’autant de petites bombes à retardement dûment amorcées par sa camarade Martine Aubry.

Il y a un deuxième élément qui ressort des échanges plus aigres que doux entre Hollande et son cadet. L’ancien patron du PS pendant plus de 10 ans, qui a « inventé » en 1987  les « Transcourants » dans un PS encore déchiré entre 1981 et 1995 par le conflit violent et dur qui a opposé Mitterrand à Rocard au Congrès de Metz en 1979, François Hollande plus deloriste que mitterrandiste, déteste les conflits. Sans faire de la psychologie politique élémentaire, il les déteste depuis sa plus tendre enfance quand il voyait son frère (décédé aujourd’hui) se quereller frontalement avec son père, chaque fois plus méchamment. Le quinquennat de Hollande a été marqué par ce trait de caractère. Ainsi, lors du débat sur la loi Taubira autorisant le mariage pour tous, pour « déminer » ce qu’il a cru être une fronde des maires hostiles au projet de loi, François Hollande a proposé que ceux-ci fassent jouer une sorte de clause de conscience leur permettant de ne pas célébrer des mariages entre personnes du même sexe si cet acte était contraire à leurs convictions. Bronca générale des associations défendant la cause homosexuelle. François Hollande, tout à son souci de ne pas opposer des Français à d’autres, a failli ici ne pas retirer un des rares avantages politiques, à gauche, d’une loi qu’il a réussi à fait adopter malgré l’opposition dans la rue de la droite conservatrice. En l’espèce comme souvent chez Hollande il ne s’agissait ni d’incohérence ni de manque de courage (il en a fait preuve, sans aucune faille, pour le « go » à Serval et lors des attentats de 2005-2016), ce qui se révélait alors c’était cette quasi-panique à l’idée de dresser durablement une part des Français contre une autre. C’est évidemment-là que l’on mesure combien Hollande est, intrinsèquement, l’héritier du radical-socialisme d’Henri Queuille et de Jacques Chirac, tous deux hommes politiques de Corrèze…

Qu'est ce que cet échange à distance éclaire de ce que sont réellement le macronisme et le hollandisme ? 

Le hollandisme et le macronisme sont deux pragmatiques. Ce ne sont pas des pensées politiques sophistiquées et construites sur un appareil théorique qui puiserait chez les grands auteurs de référence de telle ou telle grande famille idéologique. Cela peut surprendre chez Emmanuel Macron qui revendique un statut de « président-philosophe » (assez largement construit d’ailleurs pour la seconde partie de l’expression). Hollande, plus modeste, ne se présente pas comme un intellectuel original, il s’est (pratiquement tout le temps de sa carrière politique) présenté comme un héritier de toute l’histoire du PS sans prétendre apporter sa pierre à l’édifice théorique construit depuis Jaures.

Même Mitterrand (dont Guy Mollet, qui avait la dent dure mais qui visait juste a dit, après la refondation du PS à Epinay en 1971 et la prise de contrôle par le futur président qui allait entrer 10 ans plus tard à l’Elysée : « Mitterrand n’est pas devenu socialiste, il a juste appris à le parler »), même Mitterrand donc, bourgeois opportuniste qui n’avait rien de socialiste faisait plus semblant, dans le verbe, que Hollande. Quant à Macron, si on sait qu’il n’est pas de gauche, si on comprend maintenant qu’il est économiquement adepte d’un libéralisme thatchéro-scandinave, on a le sentiment que sa « doctrine » procède plus d’une forme bien personnelle que d’un fond emprunté et vaguement contradictoire (quand le « en-même-temps » confronté au réel – Lacan dit : « Le réel c’est quand on se cogne » - révèle davantage d’apories qu’il ne règle de contradictions…).

Emmanuel Macron et sa proto-pensée (le macronisme) est exactement à l’opposé de François Hollande de sa pragmatique (le hollandisme). Il fonctionne à l’antagonisme et au  conflit permanent. D’où la relation privilégiée qu’il entretient avec Jean-Luc Mélenchon. D’où sa jubilation lors du débat qui l’a opposé entre les deux tours de la présidentielle à une étrange et survoltée Marine Le Pen : plus MLP était énervée et plus le conflit entre les deux finalistes de la présidentielle était apparent et plus Macron se renforçait. D’où, dernier exemple en date, à Copenhague : la charge contre le premier ministre hongrois et le ministre de l’Intérieur italien (« Ils disent que je suis leur premier adversaire et ils ont raison, je le suis…) et « l’humour » contre « les Gaulois réfractaires au changement » qui remet du carbure dans la relation déjà tendue entre une majorité de Français et lui selon les récents sondages. Hollande contourne, Macron confronte : c’est là une vraie différence entre eux.

Emmanuel Macron qui était au Danemark cette semaine aurait dû en profiter pour aller voir dans une salle obscur l’excellent premier long métrage d’un cinéaste danois de 40 ans, Gustav Möller sortit en France en juillet dernier, « The Guilty ». Dans ses propos le président français a convoqué le sociologue Max Weber et son « éthique protestante » pour expliquer en quoi la forte influence du protestantisme (« ce peuple luthérien » (sic)) a permis le développement du capitalisme dans ce pays et en Scandinavie plus globalement. Emmanuel Macron aurait pu retenir aussi un autre marqueur culturel que le protestantisme a inculqué : l’aveu et le rapport à la faute. Dans « The Guilty », Asger Holm policier à l’écoute au 112, présent quasiment seul à l’écran pendant 85 minutes, avoue un assassina dans l’exercice de ses fonctions. Régis Debray a montré dans un petit livre, toujours aussi brillant et inspiré, combien « Le Nouveau pouvoir » (Cerf, 91 p.) qui s’incarne dans le macronisme  doit à l’avènement de la civilisation issue du néo-protestantisme. Il semble quand même qu’Emmanuel Macron ait sauté quelques pages de Luther : en particulier celles qui parlent de la reconnaissance des erreurs commises. Peut-être n’est-ce qu’une question d’âge et d’expérience avec François Hollande, parce que sur ce dernier aspect, l’ancien président la République n’est pas avare d’autocritique dans son dernier ouvrage.

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