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Budget, Europe, populisme : Geoffroy Roux de Bézieux embarque les patrons dans le débat politique mais reste tellement prudent ou indécis sur le rôle et la mission du Medef
Publié le 29 août 2018
Université d’été du Medef, le nouveau président, tout nouveau, tout beau, a cédé au politiquement correct.
Jean-Marc Sylvestre a été en charge de l'information économique sur TF1 et LCI jusqu'en 2010 puis sur i>TÉLÉ.Aujourd'hui éditorialiste sur Atlantico.fr, il présente également une émission sur la chaîne BFM Business.Il est aussi l'auteur...
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Université d’été du Medef, le nouveau président, tout nouveau, tout beau, a cédé au politiquement correct.

Il faut dire que l‘exercice ne prêtait pas forcement à l’énoncé d’un programme d’action. Mais pourquoi se souvient-on de Ernest-Antoine Seillière il y a plus de 20 ans ou de Pierre Gattaz plus récemment ? Ils n’avaient pas mâché leur mot, ni leurs ambitions. Fini les promesses de campagne, place aux responsabilités et derrière les responsabilités, les ambiguïtés d’un discours qui hésite entre l’opposition au gouvernement et le soutien aux réformes.

Pour son premier discours de président du Medef, Geoffroy Roux de Bézieux s’est engouffré dans le débat politique en essayant avec difficulté, de se positionner par rapport à l’action politique de Emmanuel Macron, et dans un second temps beaucoup plus facilement en s’engageant franchement et sans réserve à défendre la construction européenne.

Pour les adhérents du Medef, c’est certainement intéressant de savoir que leur nouveau président a des convictions et une vision géopolitique de l’économie de marché. Mais il a peut-être cédé à la contrainte trop polissée de l‘exercice. La question est de savoir si les adhérents du Medef, et au delà les chefs d’entreprise, attendaient une telle posture. Pas forcément ou du moins, pas seulement.

Après les remerciements d’usage que doit tout nouvel élu à ceux qui l’ont fait roi, après avoir mesuré l'ampleur de la responsabilité qui est désormais la sienne, Geoffroy Roux de Bézieux est rentré dans l'actualité et c’est là qu’il a plongé dans l’ambiguïté.

1er point : le nouveau président du Medef s’est évidemment félicité du changement de climat en France depuis l’arrivée d’Emmanuel Macron à l’Elysée, des postures délibérément pro business qui favorisent l’expression et l’image de l’entreprise, d’un diagnostic polarisé sur le déficit de compétitivité, lequel est partagé par tous les chefs d’entreprise. Et des premières réformes sur la flexibilité du travail et sur la fiscalité. Mais en sortant du chapitre dominé par la satisfaction, il a abordé quelques questions d’actualité qui fâchent.

D’un côté, un budget resserré qui rabote quelques avantages promis aux entreprises comme la baisse de charges qui sera sans doute reportée.

Mais surtout, un budget qui ne propose rien de très nouveau sur le front des dépenses publiques, seul moyen de financer des baisses d’impôts. Alors, le président du Medef ne se met pas en colère, pas encore, mais il fait savoir que ses troupes sont un peu déçues.

Bref, le Medef en vient à reprocher au gouvernement d’Edouard Philippe de s’embourber dans les habitudes ancestrales et de renoncer à franchir le pas vers un Etat plus libéral sur le plan économique.

Quelque part, les reproches formulés par le patron du Medef sont assez justifiés. Le gouvernement recule dans sa reconquête de la souveraineté budgétaire, le gouvernement recule dans son ambition de réformes structurelle, etc. Mais de là à se mettre en position d’affrontement, il n’y a qu’un pas. Et s’il le franchissait, le Medef se rapprocherait de l’hôpital qui se moque de la charité.

Parce ce que s’il y a une catégorie socio professionnelle qui a bénéficié de toute l’attention et la bienveillance de la part du chef de l’Etat, c’est bien celle des chefs d’entreprises. Ça lui a d’ailleurs valu d’abimer son image politique en lui collant à la peau le qualificatif guère élogieux de « président des riches ».

2e point : D’un strict point de vue politique, les plus cyniques des analystes y verront une manœuvre plus ou moins habile de Geoffroy Roux de Bézieux. Parce qu’en tapant sur Emmanuel Macron, le président du Medef peut vouloir montrer que le président de la République a lâché les chefs d’entreprises, ce qui viendrait à désamorcer les critiques qui submergent l’Elysée depuis un an. Si les patrons se plaignent de Macron, c’est qu‘ils n’en sont pas contents.  Donc en se plaignant, le Medef rend service à Emmanuel Macron.

3e point : Ce raisonnement un peu spécieux relève de la politique politicienne. Le président du Medef sait mieux que quiconque, que si le gouvernement piétine et tergiverse dans la poursuite de ses projets de réformes, c’est parce qu‘il sent monter la grogne et la rogne de l’opinion. Laquelle rogne et grogne sont alimentées par certains lobbys patronaux. Les réformes libérales sont acceptées en théorie... Elles ne sont plus acceptables par ceux qui se voient supprimer quelques rentes ou quelques avantages par la mise en concurrence. La fin programmée des impôts de production est incontournable pour alléger le poids de la fiscalité, sauf que ces impôts de production financent un tas de subventions que des secteurs industriels entiers défendent bec et ongles. Si les patrons ont acquis de la liberté, ils doivent aussi en assumer les responsabilités et renvoyer l’ascenseur, selon l’expression du Premier ministre, beaucoup plus direct dans sa réponse.

4e point : En engageant le mouvement patronal dans la bataille pour la protection de l’Europe, Geoffroy Roux de Bézieux ne manque ni d’audace, ni de courage. L’enjeu est considérable, parce qu’il s’agit de faire reculer, partout en Europe, des forces populistes qui refusent le système libéral de marché et qui veulent tourner le dos à l’Europe. Ce faisant, c’est courageux parce que beaucoup de patrons ont plein de raison de se plaindre de l’Europe et de la mondialisation.

Alors, une telle position serait utile et intéressante si le Medef allait jusqu'à proposer des solutions pour débloquer le fonctionnement de l’Union européenne. Quelle organisation, quelle hiérarchie de pouvoir, quel degré de fédéralisme, quel niveau d’harmonisation. Le problème est gigantesque et en ne faisant que dénoncer les dysfonctionnements pour rappeler que les entreprises ont besoin de l’Europe sans dire de quelle Europe on parle, le président du Medef prend le risque d’apporter de l’eau au moulin de ceux qui travaillent contre le système. Le projet Europe est donc un piège.

5e point : GRDB - c’est comme cela qu’on l’appelle depuis qu’il est président du Medef - avait une autre solution pour éviter cette série d’ambiguïtés. C’était de ne point en parler. Rester au niveau des faits et des chiffres en essayant d’être cohérent. Réclamer des allègements de charges et d’impôts, oui, mais à condition d’accepter de se voir privé d’un certain nombre de prestations et de subventions.

Mais c’était aussi et surtout de redéfinir l‘utilité et la mission de l’organisation patronale. Le problème central est là : dans ce monde qui a terriblement changé en 20 ans, quel peut être le rôle du Medef dans la société française ? C’est le cœur du problème du Medef.

Doit-il continuer d’être l'acteur majeur du jeu social sachant que la solidarité du modèle a obligé l’Etat à intervenir pour faire les fins de mois des organismes sociaux, parce que c’est le coeur du problème ?

Ou alors doit-il devenir un prestataire de services aux entreprises comme c’est le cas dans d’autres grands pays européens, l’Allemagne par exemple ?

Faute de faire ce choix très simple, le nouveau président du Medef a préféré rendre à son organisation son rôle de groupe de pression politique. Quitte à le mettre en porte-à-faux, compte tenu de l’action du gouvernement.

Le gouvernement ne mérite pas une approbation aveugle, loin s’en faut. Mais il ne mérite pas pour autant des critiques court-termistes. Il mérite avant tout des propositions de réformes acceptables.

Surtout de la part des chefs d’entreprise qui se veulent mondialistes, européens et digitaux... Trois caractéristiques qui sont porteuses d'évolutions anxiogènes pour ceux qui n'ont accès ni au digital, ni au marché mondial ou même à Bruxelles.

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