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Comment la guerre commerciale entre Washington et Pékin montre les tensions internes du parti communiste chinois

Publié le 10 août 2018
En Chine, la gestion du conflit commercial avec les Etats-Unis provoque des dissensions au sein du Parti communiste chinois. Beaucoup critiquent une position chinoise trop nationaliste qui aurait eu pour effet de durcir la position des Etats-Unis vis-à-vis de Pékin.
Barthélémy Courmont est maître de conférences l’Université Catholique de Lille, directeur de recherche à l’Iris, et rédacteur en chef de Monde chinois, nouvelle Asie. Il est l'auteur de L’énigme nord-coréenne (Presses universitaires de Louvain) et...
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Emmanuel Dubois de Prisque est chercheur associé à l'Institut Thomas More et co-rédacteur en chef de la revue Monde chinois nouvelle Asie. 
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En Chine, la gestion du conflit commercial avec les Etats-Unis provoque des dissensions au sein du Parti communiste chinois. Beaucoup critiquent une position chinoise trop nationaliste qui aurait eu pour effet de durcir la position des Etats-Unis vis-à-vis de Pékin.

Atlantico : De nombreux économistes et intellectuels estiment que la position actuelle de la Chine a été trop stricte dans sa politique de guerre commerciale et que les dirigeants ont clairement mal jugé la situation.  Autre élément de discorde, une exagération de la force économique, technologique et militaire du pays par certaines institutions chinoises qui auraient influencé les perceptions américaines, et même les opinions nationales.   Quelle rupture la guerre commerciale croissante avec les Etats Unis a-t-elle révélée au sein du Parti communiste chinois ?

Emmanuel Dubois de Prisque : Il existe au sein de l'élite chinoise  un courant libéral favorable à une évolution progressive de la Chine vers un système proche de celui des Occidentaux. Ce courant ne croit pas à une voie de développement originale chinoise et doute des ressources que la culture chinoise serait susceptible de fournir à la Chine contemporaine dans sa lutte pour la prééminence mondiale. Depuis l'arrivée de Xi Jinping, ce courant est mis sous le boisseau. Des sites ont été fermés, des revues reprises en main par les conservateurs, des think tanks liberaux harcelés par les autorités. Avec l'arrivée de Xi, les points de vue critiques sont soumis à une censure stricte. Au-delà du constat, il n'est pas évident de comprendre cette évolution : l'extinction des voix libérales correspond-elle à un renforcement du régime ou au contraire à une crispation d'un régime aux abois?Je l'ai déjà noté ailleurs, mais bizarrement, tout se passe comme si les craintes et le triomphalisme du régime se développaient de conserve, comme chez un individu maniaco-depressif, avec une ampleur des cycles hauts et bas de plus en plus grande. Depuis la crise financière de 2008, et donc bien avant l'arrivée de Xi Jinping à la tête du Parti fin 2012, les dirigeants et l'opinion chinoise étaient entrés dans une phase haute. Ils avaient  globalement le sentiment d'être installés dans le sens de l’histoire, alors que l'Occident était irrémédiablement en déclin. La vigoureuse offensive de Donald Trump a brutalement mis fin à ce cycle. Il existe en Chine une fascination pour l'homme fort, qui obtient ce qu'il veut en roulant des mécaniques. Face au très policé Obama, c'est Xi qui incarnait cette figure. Mais aujourd'hui, c'est Trump qui l'incarne face à un Xi Jinping qui semble sur la défensive. C'est dans ce contexte que quelques voix critiques ont pu s'exprimer, remettant en cause la posture triomphaliste, voire agressive du Parti, et appelant même à un retrait de Xi. Ces quelques voix, malgré l'écho qu'elles trouvent dans une partie de l'élite chinoise, suffiront-elles à fragiliser l'emprise de Xi sur le Parti et donc sur le pays dans son ensemble? C'est peu probable. 
 
Barthélémy Courmont : Les débats au sein de l'appareil politique chinois autour de cette question ne datent pas d'hier, et opposent des libéraux, favorables à une ouverture économique accrue de la Chine en arguant qu'il s'agit de la base de son développement, à des nationalistes - ou conservateurs - inquiets des risques d'occidentalisation et sensibles à un principe de contrôle accru des importations. Aux Etats-Unis, on est parfaitement informé de ces dissonances au sein de l'Etat-parti, et c'est sans doute ce qui a motivé l'administration Trump à provoquer une guerre commerciale, dans le but de négocier des accords plus profitables à Washington en misant sur les divisions chinoises. Mais il convient de rester prudent quant aux conséquences de ces dissonances, qui restent assez logiques dans un tel contexte. 
 
 

À quel point Xi Jinping p ourrai t-il s'en trouver affaibli ? Existe-t-il des fragilités à ce pouvoir ?  

Emmanuel Dubois de Prisque : La vie politique est partout fondée sur le phénomène du bouc émissaire. C'est particulièrement vrai en Chine où Xi Jinping a assis son pouvoir sur la lutte contre la corruption en éliminant grâce à elle des rivaux gênants, parfois lors de grands procès spectacles qui fournissaient leur lot de victimes expiatoires à une population chinoise affolée par la vitesse des changements sociaux et économiques que connaît le pays. Mais l'empereur en Chine risque toujours de voir se retourner contre lui la violence politique qui est à la source de son pouvoir. Cela arrive lorsque, pour reprendre les termes mystico-politiques de la Chine antique, lui est retiré "le mandat du Ciel". A Rome, on disait qu'il n'y avait pas loin du Capitole à la roche tarpéienne. Cependant, il est peu probable que la situation évolue aussi radicalement. Il est probable au contraire que Xi parvienne à conserver la main, et à canaliser la violence politique vers des individus dont il estimera (on le comprend) que leur sacrifice est préférable au sien. 
 
Barthélémy Courmont : Les fragilités du pouvoir chinoise se mesurent à l'aune des résultats, et non des intentions. Si la guerre commerciale se traduit par une baisse significative de la croissance, et a surtout des répercussions sur le quotidien des Chinois, ceux-ci se montreront très critiques du pouvoir, qui verra sa crédibilité affaiblie. Mais attention, cela ne signifie pas un affaiblissement tel qu'on peut le concevoir dans les démocraties occidentales, plus précisément d'un rapport entre le pouvoir et la population qui pourrait en être modifié. Xi Jinping est parvenu à renforcer son pouvoir et il parait assez difficile, dans le contexte actuel, de prévoir un affaiblissement sensible, sauf à rencontrer de très gros problèmes. Or, la force de la Chine au cours des dernières années a justement consisté à briser la relation d'interdépendance économique avec les Etats-Unis, en développant notamment les échanges avec d'autres régions, en particulier les pays émergents. Résultat, si l'économie américaine reste très dépendante de la Chine, la Chine est moins dépendante des Etats-Unis, même s'il s'agit de son principal partenaire commercial.
 
 

Comment peut on anticiper l'évolution de la situation, aussi bien dans la réponse apportée par la Chine à la guerre commerciale, que pour les tensions internes au PCC ? 

Emmanuel Dubois de Prisque : Il faut donc s'attendre, après la période de flottement actuelle, alimentée par les spéculations que suscitent les rituelles rencontres d'été du leadership chinois, à un nouveau serrage de vis de la part du régime. Les voix dissonantes seront traquées et ceux qui ont osé se joindre à elles verront leur carrière brisée. La routine en somme. Ceux qui auront dénoncé le caractère contre-productif du triomphalisme chinois seront punis d'avoir eu raison. Il est même possible, dans la période de doute qui semble s'amorcer, qu'on tienne compte de leur avis et que le régime chinois fasse preuve d'une plus grande prudence dans les années qui viennent, surtout face aux États-Unis. Il ne faudrait cependant pas imaginer que la Chine renoncera pour autant à ses objectifs de puissance. Seule la méthode sera (peut-être) amendée, et un retour à l'ostentatoire modestie prônée par Deng Xiaoping envisagé. Jusqu'à ce que l'humeur du pays ne s'inverse de nouveau, vers le haut cette fois. Mais le fond du régime, essentiellement lyncheur et totalitaire, restera le même. Il est cependant  possible que certains sympathisants du régime chinois  tirent de cet épisode des arguments en faveur de sa maturité et de sa capacité à se remettre en cause. Il est même possible, qui sait ? que ces arguments trouvent des oreilles complaisantes en Occident.
 
Barthélémy Courmont : Tout dépend de quel côté on se place. A ce titre, il convient de s'interroger sur la posture de l'Union européenne et des principales puissances qui la composent. Si la "guerre commerciale " - rappelons ici que le terme reste excessif, et qu'il n'est pas officiellement validé, ni par Bruxelles, ni par Washington, ni par Pékin - est perçue en Europe de la même manière qu'aux Etats-Unis, alors la Chine est clairement désignée comme l'adversaire. Si au contraire ce sont les Etats-Unis qui sont montrés du doigt, en raison des répercussions sur les exportations européennes, alors c'est plutôt vers un rapprochement - de circonstance - entre l'UE et la Chine que nous pourrions nous diriger. Certains politologues américains, comme Ian Bremmer, ont récemment identifié la possibilité de voir se renforcer la relation entre Bruxelles et Pékin afin de contrer les offensives de l'administration Trump. Cette option n'est pas à écarter. Quant à l'anticipation des tensions internes au PCC, il convient de ne pas s'emballer et surtout de ne pas fantasmer sur la possibilité d'une transformation politique profonde de la Chine consécutive au contexte actuel. La tendance à une affirmation du pouvoir chinois semble nettement plus probable à moyenne échéance.
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