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Pourquoi la France s'obstine-t-elle à construire sa démocratie sociale sur des syndicats si peu représentatifs ?
Publié le 01 mai 2012
8% de syndiqués en France, 10 à 20% seulement de participation aux élections professionnelles : qu'ils représentent les salariés ou les patrons, les syndicats n'ont pas su évoluer avec la société depuis 1945. Pourtant, ces partenaires sociaux beaucoup moins contrôlés que n'importe quel autre corps social demeurent investis de nombreuses responsabilités. Les propositions de 3 responsables syndicaux en colère pour un big bang refondateur de la démocratie sociale française.
Hervé Lambel est chef d'entreprise et ancien membre de la CGPME, Jean-Luc Touly est syndicaliste et juge prudhomal et Eric Verhaeghe est énarque chef d'entreprise et ancien directeur des Affaires Sociales de la Fédération Française des Sociétés...
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Hervé Lambel, Jean-Luc Touly, Eric Verhaeghe
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Hervé Lambel est chef d'entreprise et ancien membre de la CGPME, Jean-Luc Touly est syndicaliste et juge prudhomal et Eric Verhaeghe est énarque chef d'entreprise et ancien directeur des Affaires Sociales de la Fédération Française des Sociétés...
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8% de syndiqués en France, 10 à 20% seulement de participation aux élections professionnelles : qu'ils représentent les salariés ou les patrons, les syndicats n'ont pas su évoluer avec la société depuis 1945. Pourtant, ces partenaires sociaux beaucoup moins contrôlés que n'importe quel autre corps social demeurent investis de nombreuses responsabilités. Les propositions de 3 responsables syndicaux en colère pour un big bang refondateur de la démocratie sociale française.

L’insatisfaction collective vis-à-vis de la démocratie sociale explique en grande partie le résultat du premier tour de l’élection présidentielle. Et les déclarations tonitruantes de Nicolas Sarkozy sur «les corps intermédiaires», autant que les appels de François Hollande à renforcer le dialogue entre les «partenaires sociaux», ne sont que la traduction du sentiment des Français que quelque chose ne tourne pas rond dans la société française.

Mais personne ne semble avoir pris conscience que nombre de réformes demandées par les Français portent sur des domaines qui souffrent de plus en plus de dysfonctionnement, sont frappées de toujours plus de scandales (formation professionnelle, 1% logement, complémentaires santé obligatoires, caisse de congés du bâtiment, CE, CCI…), et ont pour dénominateur commun les partenaires sociaux qui en ont la charge. Partenaires sociaux qui, en plus de ne recevoir aucun mandat réel des Français pour prendre des décisions qui s’imposent à tous, ne sont soumis à aucun contrôle, ni à aucune évaluation de leur action : que ce soit sur le plan des alertes, des analyses ou des solutions proposées et mises en œuvre.

Contrairement à la politique, les élections professionnelles n’agissent jamais en sanctions correctrices des égarements, mais visent seulement à réajuster la distribution des subsides publics en fonction des résultats obtenus… Il faut donc bien chercher dans l’inutilité de ces élections les raisons profondes qui conduisent les Français à ne pas y participer. La syndicalisation ne cesse de diminuer, et les salariés  perçoivent leur solitude et la surdité du politique comme une situation insupportable dont ils souhaitent sortir.

Passer au big bang

Une remise à plat de la gouvernance sociale est une condition nécessaire pour rendre aux entreprises et aux salariés la voix dont ils sont spoliés, à la croissance les fondements sur lesquelles s’ériger. Ce big bang social doit passer par trois étapes décisives.

Premièrement, il faut régler le problème de la représentativité patronale sur un paradigme plus ambitieux que celui de la représentation salariale. L’élection doit être le fondement de la représentativité. Certes. Mais des entreprises, pas des organisations.

Cela implique de simplifier le paysage patronal en formalisant une Chambre économique regroupant l’ensemble des  institutions existantes, chambres consulaires et ordres professionnels, composée d’élus au suffrage universel proportionnel. Elle seule serait représentative. Il en résulterait une parole patronale démocratique, unifiée, enracinée sur des fondements clairs. Cette solution offre l’avantage d’avoir le Préfet pour tutelle et d’être contrôlée par les élus eux-mêmes et la Cour des Comptes.

Cette Chambre aurait des déclinaisons territoriales destinées à donner une cohérence à l’expression locale des entreprises. Sa vocation serait de représenter l’ensemble des entreprises, dans la diversité de leurs activités et de leurs points de vue, dans l’originalité de leurs contributions et, chaque fois que nécessaire, d’organiser la médiation.

Ce modèle répondrait au souhait du Medef d’une représentation patronale unique, tout en respectant celui de la CGPME, des branches et des alternatifs, de ne pas être dissoute pour la première, inféodés pour les autres. Il permettrait, en cas de défaillance d’un ou plusieurs acteurs, l’émergence de nouvelles voix. Il aurait l’avantage également pour les pouvoir publics de proposer un interlocuteur dont la représentativité tirée du scrutin universel serait incontestable.

Deuxièmement, comme pour les chefs d’entreprise, la représentation des salariés doit être le résultat de la désignation démocratique de leurs représentants dans des institutions transparentes et indépendantes. Le modèle proposé doit donc être étendu à la représentation des salariés. Et l’on pourrait s’inspirer pour cela du modèle des Chambres d’agriculture ou agriculteurs et salariés siègent ensemble.

Troisièmement, il faut régler de façon définitive la question des sources de financement des organisations syndicales. Le lien de dépendance entre fonds paritaires et subsistance des organisations biaise fondamentalement toute représentation et tentative de réformer pour permettre au système de gagner en efficacité.

L’état de la formation professionnelle en est la preuve. Les organisations syndicales qui vivent des fonds de la formation, CGPME en tête, sont autant de forces de blocage dans une réforme de plus en plus cruciale pour notre économie.

Les financements affectés aux missions paritaires, celles-ci n’étant plus assumées par les syndicats (sauf au niveau des branches) mais par les instances représentatives, seront affectés à ces dernières.

Cette refondation apporterait une nouvelle dynamique au dialogue social et aurait le mérite de sortir enfin la représentation des entreprises et des salariés de ses habits éculés, hérités de la Libération, qui ne correspondent plus à aucune réalité économique mais font le lit du populisme que les uns et les autres disent vouloir combattre. Les politiques peuvent contribuer, plus que jamais à la reconstruction de cette légitimité.

 

 

 

 

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a.l.l.
- 02/05/2012 - 00:41
lunettes
Atlantico toujours pas sur Android : je suis en train de me casser les yeux
walküre
- 01/05/2012 - 23:30
La réponse au titre est évidente
Parce que la France n'est pas une véritable démocratie.
hl
- 01/05/2012 - 23:24
@germain : très, très simpliste
Il est regrettable surtout, de vous voir confondre critique du système et discours sur ses composantes. L'article de référence n'est en rien une critique des syndicats et surtout pas pro-medef : allez leur demander ce qu'ils pensent de la réforme qui consiste à leur retirer leur "représentativité" pour la transférer à des élus des entreprises.

De grâce, cessez de tout sur-interpréter et surtout de faire dire ce qui ne se trouve pas dans les propos que vous incriminez.

Enfin, vous semblez regretter que dans les autres pays, les salariés bénéficient de "tout cela" que s'ils sont adhérents. Ce que vous oubliez, c'est qu'en général, ils ont également moins de chômage... et qu'ils ne sont pas nécessairement moins bien soignés ou pris en charge qu'ici.

L'évaluation de l'efficacité syndicale (patronale et salarié) est une nécessité qui ne remet pas en cause le syndicalisme.