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Retour de bâton : l’affaire Benalla ou quand l’Etat se cabre face au mode de gouvernement commando d’Emmanuel Macron
Publié le 25 juillet 2018
Un des "soutiens actifs" d'Emmanuel Macron confiait au Monde que le président "et ses proches ont conquis l'Elysée en mode commando. Quels exemples de "gestion commando" peut-on donner pour appuyer ce témoignage ? L'affaire Benalla est-elle la preuve qu'Emmanuel Macron continue de gérer l'État de cette manière ?
Universitaire, Edouard Husson a dirigé ESCP Europe Business School de 2012 à 2014 puis a été vice-président de l’Université Paris Sciences & Lettres (PSL). Il est actuellement professeur à l’Institut Franco-Allemand d’Etudes Européennes (à l’Université...
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Universitaire, Edouard Husson a dirigé ESCP Europe Business School de 2012 à 2014 puis a été vice-président de l’Université Paris Sciences & Lettres (PSL). Il est actuellement professeur à l’Institut Franco-Allemand d’Etudes Européennes (à l’Université...
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Un des "soutiens actifs" d'Emmanuel Macron confiait au Monde que le président "et ses proches ont conquis l'Elysée en mode commando. Quels exemples de "gestion commando" peut-on donner pour appuyer ce témoignage ? L'affaire Benalla est-elle la preuve qu'Emmanuel Macron continue de gérer l'État de cette manière ?

Atlantico.fr : Un des "soutiens actifs" d'Emmanuel Macron confiait au Monde que le président "et ses proches ont conquis l'Elysée en mode commando. Mais ils ne comprennent pas qu'on ne peut gérer l'État comme un commando". Quels exemples de "gestion commando" peut-on donner pour appuyer ce témoignage ? L'affaire Benalla est-elle la preuve qu'Emmanuel Macron continue de gérer l'État de cette manière ?

 
 
Edouard Husson : Emmanuel Macron a pris le pouvoir avec une garde rapprochée encore beaucoup plus légère que les “Républicains indépendants”, qui avaient permis à VGE d’arriver à l’Elysée sans dépendre du plus gros parti de l’époque, le parti gaulliste. Alors, oui, il y a un côté commando. Aussi bien pour l’équipe de campagne, politique et experte (Gérard Collomb, Richard Ferrand, Jean Pisany-Ferry....) que pour les hauts fonctionnaires, largement issus de l’Inspection des Finances, qui ont rejoint le président lors de son entrée à l’Elysée.  Mais, quelle que soit leur origine, ils ont été confrontés à la même difficulté: comment faire en sorte qu’une cavalerie légère, aussi efficace soit-elle, soit capable de mettre en branle un gros appareil d’Etat au fonctionnement complexe.? Dans une grande mesure, il y a la répétition d’une séquence: à l’immobilisme (relatif) de l’ère Chirac avait succédé la fougue et l’énergie de la présidence Sarkozy; de même Macron a été élu pour sortir de la période Hollande, très “chiraquienne”, par bien des aspects. La comparaison entre Macron et Sarkozy est intéressante parce que l’actuel président n’a sans doute pas suffisamment médité l’échec partiel de son prédécesseur. Nicolas Sarkozy a réussi là où il avait des ministres capables de porter sa politique - par exemple Valérie Pécresse à l’enseignement supérieur. Ailleurs, les choses ont patiné, et ceci d’autant plus que le président de l’époque affichait son mépris des “corps intermédiaires”. Emmanuel Macron est obsédé par une certaine inefficacité de l’Elysée, telle qu’il l’a vécue de l’intérieur lorsqu’il était secrétaire général adjoint, sous Hollande. Mais il ne suffit pas d’avoir, avec sa “garde rapprochée”, un accélérateur. Il faut un embrayage: c’est normalement le rôle du Premier Ministre; mais Macron a tendance à reproduire - les vexations publiques en moins - le confinement du Premier ministre que pratiquait déjà Sarkozy. Et puis il faut être capable aussi de freiner, pour ne pas faire de sortie de route. C’est sans doute ce qui est le plus difficile à faire quand on a le tempérament de Sarkozy ou Macron. 
Le pouvoir disproportionné accordé à Benalla, pour ce que l’on comprend, témoigne bien de la tentation qui guette le système macronien: que le commando des conquérants préfère fonctionner en circuit fermé plutôt que de s’appuyer sur les relais établis de l’appareil d’Etat. 
 
 
 

La crise institutionnelle (blocage et report de la réforme constitutionnelle) est-elle la conséquence logique de l'affaire Benalla avec une administration qui réagit surtout en réaction avec ce mode de gestion ? Est-ce qu'il y a une incompatibilité de fait entre le rythme présidentiel et celui de l'administration du pays ?

 
Emmanuel Macron a mis en place un système qui peut marcher: les directeurs d’administration centrale sont intégrés, théoriquement, au travail des cabinets ministériels. Malheureusement le système ne s’est pas déployé comme espéré. D’abord, économies obligent, les cabinets ont été fortement réduits. Résultat, toute l’énergie, ou presque, des conseillers ministériels est absorbée par la masse de travail, qui a plutôt tendance à augmenter, vue l’action réformatrice du président. Résultat, on a affaire à des conseillers ministériels en état de surmenage, des directeurs d’administration centrale placés en situation d’insécurité et des services ministériels qui se sentent houspillés plutôt que mis en responsabilité et encouragés. Je ne crois pas que ce soit seulement une question de rythme - le mode commando du sommet étant, selon votre hypothèse, incompatible avec le rythme, plus lent, des services. Nos fonctionnaires sont bien formés et ils sont mobilisables pourvu qu’on les traite avec égard, qu’on les place en situation de responsabilité, qu’on les associe à la détermination des modalités de mise en oeuvre des décisions. J’ai participé, entre 2010 et 2012, à la conception et la mise en place des “inverstissements d’avenir” pour la partie enseignement supérieur et recherche. J’ai eu le sentiment que la vision stratégique du président de l’époque et le leadership du commissaire général à l’investissement, René Ricol, entouré d’un management public de grande qualité, permettaient de mettre en place des outils efficaces en un temps record. La réforme de l’Education Nationale par Jean-Michel Blanquer est un exemple très actuel de la même capacité de mobilisation des énergies au sein de l’appareil d’Etat; et elle est menée à un rythme très soutenu. Il n’y a donc pas de raison a priori que la machine étatique se grippe parce qu’un président voudrait aller trop vite. Insistons sur la qualité de notre (haute) fonction publique. C’est une question de relais du leadership et de modernité du management. 
 
 
 

Pensez-vous qu'Emmanuel Macron saura "signer une trêve" ? Saura-t-il trouver un équilibre ? Quelles pourraient être les conséquences s'il continue de gérer l'Etat de cette manière ?  

 
Je ne crois pas qu’il faille une trêve. Non, vous savez, la France se met “en marche” alors que les grandes nations du monde courent. Que la France se dote d’un leadership fort dans un monde où les grandes nations du monde sont menées par des personnalités  telles que Xi Jiping, Narendra Modi, Vladimir Poutine ou Donald Trump - tout jugement de valeur mis à part -  c’est indispensable. Le drame de l’Europe, c’est l’inadaptation du style de leadership d’Angela Merkel, fondé sur une très grande lenteur de décision, au rythme du monde. Le problème n’est donc pas dans le rythme mais dans le manque de confiance d’Emmanuel Macron et de sa garde rapprochée dans des relais qui leur sont pourtant indispensables. On ne mène pas une guerre en se limitant à l’Etat-Major. Il faut avoir confiance dans les officiers généraux et supérieurs. Il faut que les sous-officiers se sentent porteurs de la stratégie décidée au sommet. Certains observateurs redoutent une dérive bonapartiste d’Emmanuel Macron. Mais il y a des qualités de Napoléon dont il devrait s’inspirer plus: chaque fonctionnaire devrait être destinataire de messages réguliers du chef de l’Etat, du Premier ministre ou du ministre en charge, selon les circonstances, et être félicité de la peine qu’il se donne. Dans tous les postes de responsabilité que j’ai occupés, j’ai rarement vu des fonctionnaires qui ressemblaient à leur caricature chez Courteline. En revanche j’ai souvent vu des individus démobilisés parce qu’on ne leur avait jamais expliqué le sens de leur action et où elle se situait dans le cadre plus vaste de la politique en cours. De même, comment Emmanuel Macron pense-t-il réussir ses réformes s’il ne se fait pas confiance aux corps intermédiaires, s’il ne répond pas à l’aspiration de l’époque: déconcentration du pouvoir, décentralisation de la décision? La grande erreur de la réforme territoriale de François Hollande, qui a fait passer les régions de 22 à 13, a été d’éloigner la décision du citoyen.  Et quel sens a une réforme fiscale comme la suppression de la taxe d’habitation voulue par Emmanuel Macron - au moment où, en outre, il souhaiterait augmenter le budget de l’Union Européenne ? N’est-ce pas plutôt au centre (niveau européen et national) qu’il faut diminuer les dépenses alors que permettre aux collectivités locales de disposer de moyens est vital pour l’avenir du pays? 
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