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LR : le bulletin de Laurent Wauquiez après sa 1ere "année scolaire" à la tête du parti

Publié le 23 juillet 2018
Après les tempêtes du tract polémique et de l'éviction de Virginie Calmels ces derniers mois, quel bilan peut-on tirer de la première année de Laurent Wauquiez aux commandes de la droite et des Républicains ? Est-il à la hauteur de son rôle d'opposant au pouvoir ?
Jérôme Fourquet est directeur du Département opinion publique à l’Ifop.
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Après les tempêtes du tract polémique et de l'éviction de Virginie Calmels ces derniers mois, quel bilan peut-on tirer de la première année de Laurent Wauquiez aux commandes de la droite et des Républicains ? Est-il à la hauteur de son rôle d'opposant au pouvoir ?

Atlantico : Quel bilan peut-on faire de cette première "année scolaire" pour Laurent Wauquiez comme tête de file de la droite et des Républicains ?

Jérôme Fourquet : Le bilan est mitigé, mais à la décharge de l'élève Wauquiez, pour rester dans la métaphore scolaire, la situation de départ était déjà extrêmement dégradée. On est face à une formation qui devait incarner traditionnellement l'opposition mais qui est disqualifiée à l'issue du premier tour. Et on se rappelle dans quelles conditions. Et LR n'a envoyé finalement que 100 députés à l'Assemblée. Circonstance aggravante aussi le départ ou la désertion de l'ensemble des ténors qui animaient cette famille politique depuis 20 ans (Fillon, Juppé, Sarkozy…). Ajoutons à cela le Big Bang de la recomposition politique, avec l'offensive et l'OPA marconienne sauf une partie des cadres et des électeurs de cette droite… On était parti en novembre 2016 avec une élection triomphale de Fillon à la primaire qui devait, on se souvient, être le futur président de la République. On arrive en mai 2017 avec un deuxième tour Le Pen-Macron et une droite à terre et peu de députés. Dans ce contexte, Wauquiez sort de la mêlée, est élu assez largement par les militants, et tente de reconstruire quelque chose. 
 
Premièrement, le parti, les cadres et les militants ont été durablement chamboulés par l'affaire Fillon, puis par le débauchage d'Edouard Philippe et d'autres (Le Maire…). 
Si on élargit à l'électorat de droite en général, toute une frange de cette droite a été satellisée et est désormais sous orbite d'influence macronienne aujourd'hui. C'est très compliqué pour Laurent Wauquiez d'arriver à rebâtir en si peu de temps d'une part une famille politique qui a été durement affecté, et ce dans un contexte où elle n'était pas sortante. Et c'est aussi compliqué parce qu'il dirige son parti dans un paysage politique qui a été complètement modifié. Il n'y a plus de balancier gauche-droite. L'équation politique fait que le bloc politique présidentiel a pour vocation d'aller marcher sur les plates-bandes de la droite. C'était très compliqué pour Laurent Wauquiez, quand on prend tous ces éléments de contexte à décharge.
 
Ensuite, sans doute a-t-il commis un certain nombre d'erreurs. J'ai en tête ses propos devant les étudiants lyonnais, qui ont fait couler beaucoup d'encre et ont abimé sa stature d'homme d'état, d'opposant en chef. On a ensuite peut-être aussi un mode de gestion et de direction des Républicains qui est peut-être un peu trop vertical. Et ce même si je ne pense pas que sous Sarkozy cela ait été le règne de la démocratie participative à LR. Il y a toujours une culture du chef à droite. 
 
On peut peut-être y voir un tropisme propre à la personnalité de Laurent Wauquiez et de son équipe rapprochée, mais il y a aussi la nécessité de mettre un peu d'ordre dans une famille où les individualités souhaitent s'exprimer et où chacun joue sa propre partition. On l'a vu avec le signe d'ouverture fait quant Laurent Wauquiez avait accordé un poste symboliquement important à Virginie Calmels dont il a été obligé de se séparer après quelques mois puisque cette dernière le contestait ouvertement. Encore une fois, il y a sans doute des erreurs qui ont été commises, mais la situation est toujours problématique. 
 

Comment juger son rôle d'opposant au pouvoir ? Est-il à la hauteur de son rôle?

 
Il fallait en effet aussi pour Laurent Wauquiez s'imposer comme l'opposant politique en chef à Emmanuel Macron. Du fait de la situation politique nouvelle, c'est là aussi très compliqué. Les Mélenchonistes donnent de la voix. Les Frontistes également. Et même si le PS est encore plus convalescent que les Républicains, ils ne se gênent pas comme on a pu le voir ces derniers jours, pour critiquer l'action gouvernementale. 
 
Là aussi, il faut avoir la bonne distance pour apprécier que les règles du jeu ont changé. Historiquement, la personne qui aurait pris les rênes des Républicains aurait été mécaniquement propulsé comme opposant en chef dans les mois qui auraient suivi. Ce n'est pas que lui qui a mal fait : c'est que ce leadership n'est plus évident. Et on peut le voir dans l'affaire Benalla, où l'on observe pour une fois un tir groupé de toutes les oppositions contre le camp présidentiel. Comme cette affaire a pris naissance contre un militant de la France Insoumise, c'est encore une fois la France Insoumise qui a de l'avance. Après, une fois qu'on a dit cela, il faut constater que Wauquiez et ses lieutenants ont réussis à proposer un certain nombre d'angles critiques qui à terme vont faire mal à Macron. Je pense à l'accusation d'être un "Président des villes". On le voit sur la mesure impopulaire de réduire la vitesse à 80 km/h. Hier, j'entendais des députés LR qui disaient qu'il y a une justice à deux vitesses, affirmant que pour les amis du Président, on pouvait passer l'éponge, mais qu'en revanche à partir de 81 km/h, l'automobiliste se faisait allumer. Tout cela n'est pas anodin. A droite, on tape toujours sur le clou du président des grandes métropoles qui fait fi de la France des provinces. Cette critique-là, c'est à Laurent Wauquiez qu'on la doit. Et elle rencontre un certain écho. Côté "président des riches", la droite ne s'est pas gênée pour y aller elle aussi, mais elle est un peu habituée et légitime pour la formuler. Malgré toute la paternité de cette critique est partagée et elle fonctionne également. On va voir ensuite quels vont être les nouveaux angles d'attaque que Wauquiez va trouver. Jeudi, il était sur une critique d'une dérive du pouvoir monarchique de l'exercice présidentiel par Emmanuel Macron. 
 

Comment analyser sa reprise en main de la droite comme courant politique ?

Face à la configuration politique nouvelle, c'est-à-dire un gros bloc macronien flanqué de deux extrêmes avec deux partis de gouvernement qui sont réduits à la portion congrue puisque le bloc a agrégé des personnalités et des cadres de centre gauche d'une part et de centre droit et de droite modérée d'autre part, les choses ont changée. L'avènement de ce bloc central vient percuter et déstabilise en profondeur les stratégies du PS et de LR. Pour la droite, la question se pose : "à qui doit s'adresser pour passer de 10-15% à 20-25% et être en mesure de se qualifier au second tour de la présidentielle. Il y a deux options possibles : l'option Pécresse qui considère qu'il faut rester sur la ligne originelle, celle de l'union de la droite et du centre, en attendant que les juppéistes reviennent dans le giron familial. L'option de Wauquiez pense l'inverse : les juppéistes sont durablement perdus pour la droite. Rien ne sert de leur courir après, ils nous ont quitté. En prenant acte de cette configuration politique nouvelle, il s'agit dès lors pour lui de dévier le centre de gravité du parti vers la droite pour essayer d'aller chercher un autre électorat en plus de celui qui est resté fidèle. A l'opposée, Wauquiez considère qu'il peut attirer les frontistes et ce d'autant plus que sa leader est affaiblie et n'a pas réussi à incarner l'opposition principale alors même qu'elle était au second tout face à Macron. Là où Pécresse pense que ces électeurs sont indéboulonables à moins de trahir la ligne de LR. Et dans les cas, il y a une tentative de s'adapter à la nouvelle donne qui s'impose à eux.
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