En direct
Best of
Best of du 3 au 9 août
En direct
© LIONEL BONAVENTURE / AFP
Feuilleton de l'été

Pourquoi l’affaire Benalla a le potentiel d’une vraie affaire d’Etat

Publié le 21 juillet 2018
L’Elysée est frappé de tétanie et compte sur la lassitude et les vacances pour s'en sortir. Mais, puisque le tour de France ne passionne plus les foules et que le Mondial est fini, l'affaire Benalla aura du mal à s’apaiser.
Serge Federbusch est président d'Aimer Paris et candidat à l'élection municipale de 2020. Il est l'auteur de La marche des lemmings ou la 2e mort de Charlie, et de Nous-Fossoyeurs : le vrai bilan d'un fatal quinquennat, chez Plon.
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Serge Federbusch
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Serge Federbusch est président d'Aimer Paris et candidat à l'élection municipale de 2020. Il est l'auteur de La marche des lemmings ou la 2e mort de Charlie, et de Nous-Fossoyeurs : le vrai bilan d'un fatal quinquennat, chez Plon.
Voir la bio
Ajouter au classeur
Vous devez être abonné pour ajouter un article à votre classeur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Lecture Zen
Vous devez être abonné pour voir un article en lecture zen.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
L’Elysée est frappé de tétanie et compte sur la lassitude et les vacances pour s'en sortir. Mais, puisque le tour de France ne passionne plus les foules et que le Mondial est fini, l'affaire Benalla aura du mal à s’apaiser.

Plus encore que le soutien de l’oligarchie administrative et des patrons du CAC 40, qui ont financé son émergence médiatique, Emmanuel Macron bénéficiait d’être le « dernier espoir » des classes moyennes supérieures, éduquées et insérées dans des carrières stables, qui forment l’armature de la bourgeoisie française.

Peut-être tenaient-elles enfin le « Joker » qui allait gérer en douceur l’énorme dette française dont Bruxelles et Francfort fixent les conditions de remboursement ? Peut-être parviendrait-on, grâce à Macron, à réinsérer dans la communauté nationale les millions de musulmans qui s’en éloignent peu à peu, plus enclins aux effets intégrateurs du mode de vie coranique qu’aux règles parfois anxiogènes de la société ouverte, capitaliste et libérale ? Peut-être allait-on remettre la CGT et les beuglards de la fonction publique syndicalisée à leur juste place ? Peut-être la fermeté jupitérienne allait-elle redonner dignité à la fonction présidentielle et autorité à l’Etat régalien ? Le tout sous les regards attendris des magazines « people » et de la presse internationale redécouvrant la France comme marque glamour.

Les observateurs les plus affutés ont vite compris qu’il ne s’agissait que d’une vaste entourloupe médiatique. Quelques réformettes du droit du travail ou du statut de la SNCF ne suffisent pas, après un an, à qualifier une véritable entreprise refondatrice. La « bande des quatre » qui affaiblissent la République : grands corps de l’Etat, bureaucratie européenne, intégristes communautaires et donneurs d’ordres médiatiques, prospèrent comme jamais car il n’a nullement été dans le projet de Macron de les affronter, bien au contraire.

La pratique macronienne du pouvoir apparaît donc de plus en plus comme ce qu’elle est : une aventure personnelle qui, coup de chance pour lui, a rencontré et servi les intérêts bien compris de quelques camarillas.

Mais le poisson, c’est bien connu, pourrit par la tête. Le pouvoir corrompt et le pouvoir absolu corrompt absolument. C’est donc dans l’entourage le plus proche du chef de l’Etat que cette ivresse, que ce narcissisme infantile projeté à tout un entourage, que cet effet de « tour d’ivoire » se font le plus cruellement et le plus vite sentir.

Comme certains rejetons de la bourgeoisie sont fascinés par le monde des loubards et de la castagne, Macron est parti s’enivrer au contact de quelques petites frappes jouant les gros bras. Et c’est ainsi, par un phénomène aussi désolant que banal, que des individus à la psyché hasardeuse se retrouvent à graviter autour du soleil, comme des astéroïdes lugubres mais inflammables.

L’histoire ne se répète pas si ce n’est en se caricaturant et Benalla n’est certes pas un nouveau Vidocq mais une sorte de videur installé sur le paillasson de l’Elysée.

Le sentiment d’impunité a ceci de dangereux qu’il ne permet pas de développer une culture de la riposte quand les affaires prennent mauvaise tournure. L’Elysée est frappé de tétanie et compte sur la lassitude et les vacances pour s’en sortir. Mais, puisque le tour de France ne passionne plus les foules et que le Mondial est fini, le cirque médiatique a besoin d’un nouvel agenda.

Il lèche, il lâche, il lynche : Benalla est en train de lui fournir par son nom les deux derniers « l » de la séquence.

Il est clair et quasiment établi par les témoignages des caciques de l’Elysée que Macron a couvert son factotum quand le récit de sa petite équipée flico-sadique a été porté à sa connaissance. Comment du reste pourrait-il en être autrement ? Un très proche collaborateur dans une pareille embrouille : le chef est immédiatement informé dans n’importe quel milieu professionnel. Et la sanction infligée n’était que poudre aux yeux.

Désormais, de deux choses l’une. Soit le fil Benalla est tiré, montrant la bobine d’un président sous l’influence d’un comité de barbouzes hors-sol qui le servent et s’en servent pour tout et pour rien. Déjà Tout Paris bruit de rumeurs ambiguës sur le garde trop proche du corps. Ce sera alors pour Macron au mieux le pourrissement et au pire un climat propice à quelques émeutes dans un discrédit complet.

Soit Macron, comme naguère Chirac, trouve sa Christine Albanel, un conseiller presse qui lui cisèle une formule qui claque, l’abracadabrantesque ou le pschiit de l’affaire Méry,  qui met les rieurs de son côté et détourne l’attention des gazettes.

Alors, fort de son immunité présidentielle, les choses progressivement se calmeront et la servilité retrouvera son cours. Il ne faut pas oublier que le fol espoir de voir Macron traiter en douceur le mal français continue d’habiter ceux qui l’ont soutenu et qui ont voté pour lui. Macron ou le chaos, pensaient-ils. Macron c’est le chaos est un rapprochement qu’ils ne sont pas encore en état mental d’accepter. Tel est bien l’ultime et plus solide bouclier de ce président de fin de cycle.

 

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
Commentaires (30)
Ecrire un commentaire
Vous devez être abonné pour rédiger un commentaire.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.
*Toute validation est définitive, vous ne pourrez pas rééditer votre commentaire.
Paulquiroulenamassepasmousse
- 22/07/2018 - 20:55
Tu n'as pas tort car son
Tu n'as pas tort car son intelligence n'est pas forcément mise au service du Bien...!D'ou la différence entre SERVIR, et SE SERVIR ..dans mon pays, on aurait pu dire qu'il était...... “matois”. L'avenir nous le dira.
kelenborn
- 22/07/2018 - 20:27
Paulkiroule
je suis aussi agacé par cette habitude de considérer que Manuléon est un deus ex machina habile et voyant loin. Il est très intelligent, ses diplômes le prouvent mais chez les gens très intelligents il y a toujours des failles et chez lui c'est sans doute l'immaturité et le narcissisme! Je refais le parallèle avec Giscard qui ne s'est pas rendu compte qu'il était ridicule quand il s'invitait chez les gens! idem pour Macron qui ne se rend pas compte que ses saillies n'amusent ni les sans-dents, ni les males blancs et on peut toujours dire: y a pas de quoi fouetter un chat: le sentiment populaire est que ces gens la se permettent ce qu'eux ne pourraient pas faire!
kelenborn
- 22/07/2018 - 20:20
sinon naïf quand il fait les
sinon naïf quand il fait les yeux doux à cette pute de Joffrin Mouchard! Il n'en reste moins que Giscard est mort parce qu'il a fait joujou avec les symboles: on ne peut pas se prendre pour Jupiter ou donner des leçons de morale à un gamin en même temps qu'on fait le pitre à l'Elysée , qu'on y abrite un voyou et que l'on se paie la tête des sans_dents!Il y a un parallèle à faire avec Trudeau. Par ailleurs, faut pas pousser: il a gâté ses copains de la gauche caviar! Qui accueille des réfugiés de l'Aquarius et insulte Salvini?