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Pourquoi Bruno Le Maire se trompe en faisant de la baisse de la dette publique un objectif prioritaire dans le contexte actuel

Publié le 15 juillet 2018
Pour Bruno Le Maire, "ce qui est raisonnable, c’est de réduire à la fois les impôts et la dépense publique pour pouvoir diminuer la dette." Une nouvelle fois, la dette est utilisé comme argument pour justifier des positions politiques.
Alexandre Delaigue est professeur d'économie à l'université de Lille. Il est le co-auteur avec Stéphane Ménia des livres Nos phobies économiques et Sexe, drogue... et économie : pas de sujet tabou pour les économistes (parus chez Pearson). Son...
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Alexandre Delaigue est professeur d'économie à l'université de Lille. Il est le co-auteur avec Stéphane Ménia des livres Nos phobies économiques et Sexe, drogue... et économie : pas de sujet tabou pour les économistes (parus chez Pearson). Son...
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Pour Bruno Le Maire, "ce qui est raisonnable, c’est de réduire à la fois les impôts et la dépense publique pour pouvoir diminuer la dette." Une nouvelle fois, la dette est utilisé comme argument pour justifier des positions politiques.

Atlantico : Afin d'introduire sa dernière interview donnée au Figaro, Bruno Le Maire a déclaré sur son compte Twitter : "Ce qui est raisonnable, c’est de réduire à la fois les impôts et la dépense publique pour pouvoir diminuer la dette qui est un poison pour notre économie : c’est ce que nous faisons !". En quoi cette affirmation de ce qui serait ou non raisonnable est fausse ? 

Alexandre Delaigue : Elle est fausse pour plusieurs raisons. Premièrement, si nous réduisons les impôts et les dépenses publiques en même temps, nous sommes tout à fait en mesure de contenir et de stabiliser le déficit. Mais un effet pervers peut également se produire en cas de réductions des dépenses : ces mêmes mesures de relance par l'offre peuvent-elles même mener à un déficit plus important en raison de l'impact qu'elles peuvent avoir sur la croissance.

En d'autres termes, nous sommes face à un artifice de langage qui est le poison du discours politique français depuis des années qui est d'utiliser la dette comme argument servant à justifier des prises de positions politiques. La dette est donc ramenée à l'image du grand Croquemitaine servant alors de moyen de légitimation d'options politiques en rabâchant « la dette, la dette, la dette... ». C'est un phénomène récurrent, des choix sont faits et rendus crédible par cet argument de la dette.

Est ce qu'il faut réduire les dépenses publiques ? Faudrait-il envisager de réduire le poids de l’état en France en abaissant l'imposition ? Il est tout à fait raisonnable de dire que ce quota est trop élevé comme il est d'ailleurs raisonnable de dire qu'il n'est pas assez élevé. C'est un vrai débat politique et l'ampleur de la taille du secteur public illustre concrètement ces mesures. Les gens qui le composent ont des opinions différentes et les sujets abordés sont propice au débat. L'analyse économique n'a, sur ce point, pas grand-chose à dire.

Les économistes libéraux souligneront le fait que oui il faut réduire et d'autres diront que non : il n'y a pas d'objets de consensus là-dessus. La question du déficit et de la dette est quant à elle une question différente. Avoir une dette élevée peut générer un certain nombre de difficultés, dans ce cas-là on pourrait très bien vouloir agir pour une réduction du déficit en agissant sur les leviers de l’imposition et de la dépense du secteur public.

Quels seraient les cas où une tolérance aux déficits et à la dette pourrait être considérée comme un meilleur choix potentiel que leur maîtrise ?

Nous sommes ici inscrits dans le contexte d'une situation où les nuages de la récession nous guettent, ou la conjoncture économique et ses signaux sont très inquiétants. Une situation relativement comparable aux années 2007 2008 durant lesquelles on a beaucoup reproché à Nicolas Sarkozy d'avoir soit disant fait exploser la dette, mais cela était finalement et fatalement le seul choix raisonnable pour nous éviter une situation dans laquelle nous nous serions vu confrontés à une récession virulente. D'autres pays européens ont en effet été contraints d'adopter des mesures de consolidations budgétaires.

En période de récession, il est tout à fait légitime de décider de laisser « filer » le déficit dans l'optique de soutenir l'activité et pour éviter une récession de long terme, davantage pénalisante et génératrice d'un chômage de longue durée. Un autre argument est aussi de dire que la dette n'est qu'un moyen de financement des dépenses publiques comme un autre. C'est ce que nous pouvons avoir si nous sommes confrontés à des dépenses publiques rentables.

Ce que l'on peut toutefois constater c'est que la France s'endette à des taux extrêmement bas et -même si cela est sujet à débat- si l'on compare le taux payé sur la dette publique par rapport à la rentabilité potentielle dans les investissements publics, on peut se demander s'il est vraiment utile de réduire la dette.

Toutefois, un des autres arguments notables consiste à dire que dans les périodes d'embellie de la conjoncture on peut tenter de réduire la dette, cet élément fait partie des règles de la bonne gestion économique. Le moment où l'austérité doit s'appliquer pour se reconstituer des marges de manœuvres correspond aux périodes d'amélioration de la conjoncture

Dans quelle mesure pourrait-on considérer que la France pourrait être dans ce cas-là ?  

Nous nous accordions récemment pour dire que nous étions en sortie de crise, avec des indicateurs économiques assez positifs sur la croissance économique notamment. Cela semblait suggérer que l'on était en mesure de pratiquer de la consolidation budgétaire qui n'aurait pas été trop difficile et restrictive. Toutefois de nombreuses menaces s'annoncent, la fameuse reprise économique annoncée n'a duré que quelques trimestres et semble aujourd'hui se tasser. Ce n'est donc peut-être pas le moment de prendre ces mesures de consolidations à moins que la conjoncture s'y prête véritablement, et ce n'est pas le cas aujourd'hui.

C'est d'ailleurs le calcul qui a été fait par le gouvernement et par Emmanuel Macron dans sa campagne électorale qui comptait sur une base conjoncturelle positive pour se faire élire. On n'a cependant l'impression que ce choix n'a pas été validé et si l'on se retrouve en ce moment en plein contexte de guerre commerciale et d'autres enjeux, cela ne sera plus du tout le contexte de retour de la croissance qui s'imposera.

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
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Yves3531
- 15/07/2018 - 14:40
@ajm...
bien sûr d’accord sur les éléments qui brouillent partiellement au niveau macro-économique les comparaisons statistiques de pays à pays, notamment par exemple les soignants fonctionnaires en France et pas ailleurs. Maintenant incidemment, on peut constater au niveau micro-économique les couts financiers et humains de l’attribution de statuts fonctionnaires ou “simili-para-fonctionnaires” au sein de secteurs non régaliens comme l’ex France Telecom (voir article récent sur les suicides chez Orange...), ou les activités portuaires, ...
Guy Bernard
- 15/07/2018 - 11:09
de l'Economie elémentaire.
le probleme est très simple : il s'agit de remplacer des dépenses improductives par des dépenses productives et de traiter le marche amont de l’économie en capitaux, compétences, produits, logistique etc.
ce qui veut dire que nos dépenses étaient improductives et notre marché amont bloqué.
par qui et pour qui, on se le demande, et les keynésianistes simplets devraient revoir leurs positions.
moneo
- 15/07/2018 - 10:14
l'auteur a raison
si ,si ....
si on veut ne rien changer. Nous vivons à credit depuis Chirac 1974 pourquoi ne pas continuer .