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Dette : l'Europe fait-elle face à deux décennies de marasme à la japonaise ?
Publié le 30 avril 2012
Sommes nous comme les passagers du Titanic après le choc avec l'iceberg mais avant la prise de conscience que le naufrage était inévitable ? Le poids de la dette ne disparaîtra d'un coup de baguette magique... Mais les politiques économiques prennent-elles la mesure de l'équation à résoudre ?
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Sommes nous comme les passagers du Titanic après le choc avec l'iceberg mais avant la prise de conscience que le naufrage était inévitable ? Le poids de la dette ne disparaîtra d'un coup de baguette magique... Mais les politiques économiques prennent-elles la mesure de l'équation à résoudre ?

L'heure est grave et le temps nous file entre les mains sans que le débat ne se porte sur l'équation impossible à laquelle fait face l'Europe lorsque les principaux partenaires sont englués dans leurs propres problèmes. Lorsque le Titanic prenait l'eau les passagers continuaient à festoyer, faisant confiance à des convictions profondes: le Titanic est insubmersible. L'histoire nous a montré qu'ils ont eu tort.


L'équation impossible...

L'Europe fait face à un niveau d'endettement inégalé dans l'histoire post seconde guerre mondiale. Les ménages en Espagne, le secteur financier en Allemagne, en France et au Royaume-Uni, et les États dans la quasi-totalité des pays de l'Union européeene partagent un sombre sort: celui du désendettement.

Les procédures de surendettement montrent qu'il existe trois moyens (et trois seulement) pour résoudre une dette qui dérape: la rigueur, l'inflation ou le défaut.

L'austérité constitue la solution par laquelle le débiteur met une part plus importante de ses revenus pour payer son créancier. Le défaut fait porter une partie du surendettement sur son créancier. L'inflation quant à elle est une solution équivalente au défaut mais d'une façon plus "douce". Il existe une quatrième voix, celle de la dévaluation de la monnaie. Cette voix est équivalente à faire porter le coût du défaut sur les créanciers étrangers.

Cependant, à l'inverse de la Suède en 88, la situation de surendettement est généralisée dans les pays du monde développé. En effet, les partenaires qui pourraient, dans un monde idéal, aider l'Europe à absorber sa dette subissent aussi les même problèmes.

D'abord, les Etats-Unis se préparent à une crise politique importante post élection présidentielle de 2012, lorsqu'il faudra s'interroger sur le devenir des baisses d'impôts issues de la période G. Bush Junior (dit le fiscal Cliff).

Cette crise est d'autant plus intense que l'impossibilité de l'équation économique du surendettement crée, en règle général, un clivage entre l'emprunteur (qui cherche à réduire sa dette par le défaut sous toutes ses formes) et le prêteur, qui exige de son débiteur d'assumer la responsabilité de ses actes.

Pour réduire la tension économique et politique, la banque centrale américaine est devenue le "faussaire officiel" du billet vert, à travers les programmes répétitifs de création monétaire. À ce titre, la FED a décidé de faire une pause lors de sa réunion d'avril puisque la pression politique des républicains est devenue insupportable sur le Président de la banque centrale, jugé comme le destructeur du patrimoine des américains.

Les pays émergents qui pouvaient nous "aider" à supporter cette dette (à travers une croissance plus forte) connaissent aujourd'hui le contrecoup du ralentissement de l'activité en Europe. La Chine prépare sa transformation d'une économie à bas prix vers une économie de consommation (avec des salaires en hausse). Le Brésil subventionne son économie en imprimant de la monnaie. La Russie se complaît dans le prix des matières premières pour reporter les réformes que prévoient de faire les autres BRIC.

L'Allemagne a essayé d'opter pour la solution de l'austérité mais force est de constater qu'une telle perspective va à l'échec, de l'aveu même du président de la banque centrale européenne. L'Espagne ne supportera pas longtemps un taux de chômage de 25% et un chômage de près de la moitié de ses jeunes. Les Pays-Bas, bien que faisant partie des pays (encore pendant que ces lignes sont écrites) AAA, subit une crise politique ou l'austérité est jugée mettant en péril sa souveraineté. La France a voté dimanche dernier, à quasi 1/3 des voix exprimées, pour des "candidats antisystème" (front de gauche et front national).

Les hommes politiques essaient de théoriser sur le qualificatif de ces votes. Ils sont cependant clairs: ils représentent la manifestation de la grogne des années 30, qui s'est terminée en 1933 par l'accession au pouvoir d'un homme qui a changé le court de l'histoire...


Le piège abscon des leaders européens

La définition du piège abscon, chez les psychanalystes, repose sur le fait qu'un individu se trouve à défendre des positions même s'il est convaincu  après coup de son erreur. Pouvons-nous imaginer Mario Draghi critiquer ouvertement son programme (inutile, coûteux et inefficace) de financement des banques? Pouvons-nous penser que le président de la BCE avoue un jour que certaines banques, dont il a assuré le financement, sont des zombies, et qu'elles coûteront plus cher aux contribuables lorsque le zombie sera encore plus mal?

Nul besoin de parier sur la réponse à ces deux questions? Jamais un homme politique ou un banquier central n'avouera en plein exercice ces erreurs de gestion. Nous risquons alors de suivre les pas du Japon. L'état financerait des banques en faillite qui refinancent l'état dont la dette croît exponentiellement. Cela s'appelle un montage de Ponzi. Mais à l'inverse de l'affaire Bernard Madoff, personne ne pense à porter plainte.


Le courage d'embrasser de nouveaux modèles

Face aux montages de Ponzi, la première action est d'arrêter la spirale. Puis vient le temps des comptes douloureux ou chacun devra faire le deuil de sa richesse ou de ses avantages. Cela passe par une taxation plus forte et une réduction des avantages des modèles sociaux. Pour ce faire la question principale est d'être Juste.

Une étude intéressante, passée quasi-inaperçue (et pour cause, vu les propositions qu'elle préconise face à l'équation difficile), publiée par le très sérieux Boston Consulting Group, propose le retour à la Mésopotamie (le titre de cette note est "Back to Mésopotamia").

Cette étude préconise une taxe exceptionnelle sur tous les patrimoines, qui remettrait les compteurs à zéro et donnerait un coup d'accélérateur à la croissance. Il n’est pas difficile d'imaginer les sursauts de certains lecteurs qui verront dans ce texte un manifeste d'extrême gauche.

Mais quel que soit le mode d'analyse de l'équation de l'endettement, le modèle de croissance libérale proposée par Draghi ne fonctionnera pas, s'il ne propose par une forme "d'euthanasie des rentiers" (comme celle appliquée par les Etats-Unis ou le Royaume-Uni). Le modèle libéral de Draghi est basé sur les préconisations de l'école de Chicago, qui inspire le FMI depuis des années. Ce système ne fonctionne pas puisqu'il exige de transformer les industries en "tueuses de coûts" et les balances commerciales en créancières. Force est de reconnaître que lorsque la problématique est mondiale, tout le monde ne peut pas être exportateur! De plus, les pays émergents ne sont pas suffisamment riches pour être les nouveaux marchés de consommation.

Les solutions de flexibilité sont intéressantes à étudier dans des pays où la dynamique démographique est positive (nous sommes dans des pays vieillissants). La flexibilité nécessite un temps d'adaptation. Nous en manquons. La flexibilité crée, au début du moins, de la précarité. Les indices de misère (inflation et chômage) atteignent d'ores et déjà des sommets.

Nous pouvons bien sûr continuer à danser tant que la musique joue pendant que le Titanic sombre. Mais le montage de Ponzi fini toujours par rattraper ceux qui y participe. Espérons que nous ne résoudrons pas la crise de 2008 comme nos grands-parents ont résolu la crise de 1930 pour enfin découvrir qu'il y avait peut-être des solutions meilleures à tester.

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DEL
- 30/04/2012 - 23:05
Financiers inquiets...
pour leurs sous! Et clairement orientés dans leur choix de crainte: le Japon, les USA sont aussi, voire plus, endettés que l'Europe et cela ne les inquiète pas!
Que la France s'emprunte donc à elle-même, au lieu d'emprunter sur les marchés!
Mandos
- 30/04/2012 - 16:15
@Equilibre
Disons que pour moi nous ne sommes plus depuis belle lurette dans une situation de véritable libre-échange, mais bien de slalom entre les écueils administratifs dressés par les diverses forces en présence pour continuer à échanger tout court ; un jeu dans lequel je te l’accorde, l’Europe sort actuellement perdante, étouffée par sa bureaucratie pachydermique et les bourrelets de son train de vie de cigale qui a cru à ses propres contes de prévoyance sociale gratuite accordée par droit divin jusqu’à la fin des temps.
Pour faire court, qu’il s’agisse des prix du pétrole, du gaz, de l’eau, de la nourriture ou quelle que soit la matière qu’on jugera bon de prendre en exemple, je maintiens que les distorsions dans l’offre sont toutes liées à des impératifs de conservation du pouvoir. Pas à la liberté de commercer en elle-même, qu’il faut au contraire favoriser et encadrer efficacement. L’UE n’est pas un rempart car elle est une technocratie aux velléités de plus en plus ouvertement autoritaires, qui défend ses propres intérêts. Lorsqu’elle acceptera de n’être qu’un prestataire au service de ses ressortissants, on sera sur la bonne voie.
LeditGaga
- 30/04/2012 - 16:05
Fin à la Japonaise...
Puisqu'il s'agit de marasme "à la Japonaise", il ne reste plus qu'à nous faire... Amara qui rit, dans les futures favelas "à la Française", bien sûr !