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Les entrepreneurs parlent aux Français
Un premier pas vers un partage de la valeur avec les indépendants. Une ubérisation humaine est possible
Publié le 20 août 2018
« Breaking News : Un premier amendement. Une première victoire. Pour les indépendants ».
Denis Jacquet est entrepreneur (Edufactory), investisseur (Entreprise et conquête) et président de Parrainer la croissance, une association d'aide aux PME pour rechercher la croissance, et cofondateur de l'observatoire de l'Uberisation. 
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« Breaking News : Un premier amendement. Une première victoire. Pour les indépendants ».

« Breaking News : Un premier amendement. Une première victoire. Pour les indépendants ». Cela pourrait ressembler à un texte en morse, édité par un syndicaliste pour se féliciter d’une victoire face à l’oppresseur, l’entreprise. Ce n’est pas le cas, pour une raison simple. Le syndicalisme lui même va être ubérisé par la bonne volonté des parties, qui va pousser à un équilibre bénéfique pour tous, sans que conflits et noms d’oiseaux, syndicalistes rétrogrades et mouvements patronaux, d’ailleurs absents de ces débats sur le digital, n’aient eu à s’affronter dans la rue. Une victoire pour tous, car chacun accepte de trouver ce qui l’unit à l’autre, plutôt que se concentrer, dans un combat syndical dépassé, sur ce qui les divise, les oppose, et se déchire pour ramener à la base la plus grosse partie de la « viande disponible ».

Cette semaine un premier amendement voté à l’assemblée nationale, va permettre de se diriger vers l’acceptation qu’une charte, signées par les acteurs, puisse réglementer ce qu’on pourrait appeler le « socle social », indispensable aux indépendants des plateformes. Une discussion qu’il n’y a pas eu besoin d’imposer par la force, le chantage, la grève. Une discussion entamée notamment par l’Observatoire de l’Ubérisation, encouragée et soutenue par le Ministère du Travail, où les acteurs ont accepté de trouver un accord mutuellement acceptable et profitable, et surtout, un accord qui puisse évoluer dans le temps. Un accord qui puisse s’alimenter des pratiques de chacun, pour en retenir le meilleur, en fonction de son activité et des ses caractéristiques. Le cas d’un livreur, n’est pas le même que celui d’un chauffeur VTC, ou d’un programmeur informatique ou une esthéticienne. Fini le « one size fits all » que la Loi impose de façon aveugle à un secteur entier d’activité. On définit un contenant et les acteurs définissent et adaptent le contenu. L’Ubérisation de la Loi !

Nous avions tous un problème évident. Pendant que les consommateurs inconscients continuent à vouloir confier à Amazon, leurs achats frénétiques, excités comme jamais par la promesse d’une livraison rapide qui ne présente dans 90% des cas aucun intérêt ni nécessité, ils bâtissent eux même la pauvreté potentielle des livreurs. En effet, le consommateur aveugle, ou qui préfère le rester, pour que la dure réalité ne vienne pas gâcher sa folie consommatrice et ses achats compulsifs, est le premier responsable de la situation des livreurs. Au moins à égalité avec la plateforme qui les emploie. Si nous étions moins stupides, et que nous acceptions d’être livrés des biens commandés en quelques jours, ce qui ne serait pas choquant puisque nous n’en avons quasiment jamais vraiment besoin immédiatement, alors la pression serait moins forte sur la rémunération, la sécurité physique, la prise de risque des livreurs. Si nous n’étions pas aussi sourds et aveugles aux conséquences d’un slogan qui vous promet une livraison par abonnement, facile et pas chère, nous pourrions réaliser que lorsque ce n’est « pas cher », c’est que quelqu’un le paie. En général, le livreur, qui le paie de sa précarité potentielle.

Nous ne pouvions pas attendre que la conscience des consommateurs retrouve le chemin de l’interrupteur et soient à nouveau éclairés. Alors nous sommes tous passés à l’action. Et les plateformes ont joué le jeu. Immédiatement. Cela a supposé de nombreuses rencontres, des négociations avec les institutions, mais au final, nous avons un premier « deal sociétal », qui convient à tous. Cela permet également de montrer à quel point ces plateformes que l’on accuse de tous les maux, sont en réalité souvent très conscientes de leur responsabilité, et souhaitent l’assumer. Il y a chez tous les acteurs de cette nouvelle économie, une fibre sociale, que les jeunes qui les dirigent, partagent bien plus que nous ne l’avons fait avant eux, et cherchent non pas à faire le grand écart entre leur fibre personnelle et les impératifs du business, mais à les conjuguer.

C’est la raison pour laquelle, les grandes plateformes ont répondu présentes. En échange, il faut espérer que les engagements seront tenus, de ne pas requalifier en contrat de travail, ces contrats d’indépendants. D’ailleurs, le jour où l’on remplacera le terme « auto-entrepreneur », par « auto-employé »,  nous mettrons fin à une guerre que la sémantique a entraîné. Démontrer la dépendance, la subordination,  pour remettre en cause le terme d’entrepreneur n’est arrivé que parce que nous avons mal traduit le concept anglo-saxon de « self employed », en le transformant en « auto-entrepreneur ».  Bien entendu, un auto-entrepreneur, comme un auto-employé est économiquement dépendant. Et alors ? 70% des TPE et PME le sont aussi, de leurs « donneurs d’ordre » (terme évoquant une forme d’esclavagisme économique mais encore prononcé régulièrement) et aucun d’entre nous, n’envisagerait de demander à devenir salarié de notre client !!!!

En contrepartie donc, la requalification n’interviendra pas. Et pourquoi serait-elle nécessaire ? Car en dehors des chauffeurs VTC, parfois, et des coursiers (et là aussi en nuançant car une large partie exerce pour des durées très courtes), l’Ubérisation et l’indépendance est non seulement un long fleuve tranquille, mais les sondages réalisés auprès d’eux, prouvent qu’une majorité, ne souhaite en aucun cas échanger son statut « libre » pour rejoindre la « souplesse légendaire et la machine à créer le chômage » que constitue le droit du travail français.

Un grand pas vient donc d’être réalisé. La Loi ne décrit plus la totalité du dispositif. Mais simplement une volonté, une vision. Les acteurs s’entendent pour lui donner vie et réalité. L’observation et l’expérimentation prennent le pas sur la planification castratrice qui s’avère généralement impuissante et totalement décalée face à la réalité. Nous devons nous féliciter, entrepreneurs, indépendants, institutions, de commencer, même timidement à inventer une société, dans laquelle les acteurs et « cibles » de la Loi, contribuent enfin à sa conception. Cela me paraît plus proche d’une nouvelle forme de démocratie éclairée et flexible, réaliste sans naïveté, juste et adaptable, collaborative pour économie qui en revendique le qualificatif. Continuons !

 

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