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Gros bémol
Oui, la France dépense un "pognon de dingue" sans effet majeur sur la pauvreté. Mais Emmanuel Macron oublie totalement une brique du raisonnement (et voilà laquelle)
Publié le 14 juin 2018
Emmanuel Macron critique la vision curative des aides sociales. Mais il propose lui-même une vision curative du curatif, en évitant de chercher la cause.
Nicolas Goetzmann est responsable du pôle Economie pour Atlantico.fr. Il est l'auteur chez Atlantico Editions de l'ouvrage :
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Emmanuel Macron critique la vision curative des aides sociales. Mais il propose lui-même une vision curative du curatif, en évitant de chercher la cause.

Atlantico : Sibeth Ndiaye, conseillère en communication d'Emmanuel Macron a pu rendre publique une vidéo, à l'occasion de la préparation de son discours au congrès de la Mutualité relatif aux aides sociales, au cours de laquelle le président déclare "Moi je ferais un constat qui est de dire, tout le système social, on met trop de pognon, on déresponsabilise et on est dans le curatif". Comment déconstruire la vision économique développée par Emmanuel Macron sur la base d'une telle déclaration ?

Nicolas Goetzmann : Il y a deux éléments distincts dans cette déclaration. D'une part, Emmanuel Macron fait le constat d'un système "curatif", c’est-à-dire que les aides sociales permettent de traiter les conséquences des situations, mais ne visent aucunement à en traiter les causes. Sur ce point, il n'y a pas de difficultés, le constat ne prête pas réellement au débat, mais cela ne veut pas dire pour autant que les aides sociales seraient mauvaises par nature.

D'autre part, Emmanuel Macron évoque la notion de responsabilité. L'idée sous-jacente est que les aides sociales conduiraient une partie de la population à "profiter du système" – elles sont déresponsabilisées- en touchant les aides tout en ne fournissant pas les efforts nécessaires pour trouver un emploi par exemple. La vision qui émerge ici est celle d'une politique qui chercherait à réduire les aides sociales, ce qui permettrait "d'inciter" les allocataires à chercher un emploi. Mais cette vision fait abstraction de la réalité.

Au cours de ces 10 dernières années, l'emploi (industrie, construction et tertiaire marchand) a progressé de 0.48% en France (entre le T1 2008 et le T1 2018) alors qu'il avait progressé de 15.41% la décennie précédente. La France a créé plus de 2.2 millions d'emplois sur ces seuls secteurs entre 98 et 2008 alors que seuls 80 000 emplois ont été crées au cours de la décennie suivante. C'est un rapport de 1 à 27 sur les deux décennies. Il est difficile de faire porter la "responsabilité" de ce constat sur les épaules d'allocataires "déresponsabilisés". Parce que chercher un emploi n'est pas réellement une garantie de pouvoir en trouver un. C'est l'incapacité du pays à créer de l'emploi qui provoque ce besoin d'aides sociales, et non l'inverse.

La question qu'évite Emmanuel Macron, dans sa déclaration, c'est celle des causes de ce résultat catastrophique sur le front de l'emploi en France depuis 10 ans. Peut-être qu'une autre cause que la simple "responsabilité" pourrait expliquer cela ?

Emmanuel Macron critique la vision curative des aides sociales, mais il propose lui-même une vision curative du curatif, il rajoute une couche, et évite de chercher la cause.

A titre de comparaison, le Royaume Uni a vu le nombre de personnes en emploi progresser de 8.71% entre 2008 et 2018, si la France avait suivi le même rythme, ce sont 1.450 million d'emplois qui auraient été créés et non 80 000. Il y a donc bien quelque chose à faire.

Atlantico : Sibeth Ndiaye, conseillère en communication d'Emmanuel Macron a pu rendre publique une vidéo, à l'occasion de la préparation de son discours au congrès de la Mutualité relatif aux aides sociales, au cours de laquelle le président déclare "Moi je ferais un constat qui est de dire, tout le système social, on met trop de pognon, on déresponsabilise et on est dans le curatif". Comment déconstruire la vision économique développée par Emmanuel Macron sur la base d'une telle déclaration ?

Nicolas Goetzmann : Il y a deux éléments distincts dans cette déclaration. D'une part, Emmanuel Macron fait le constat d'un système "curatif", c’est-à-dire que les aides sociales permettent de traiter les conséquences des situations, mais ne visent aucunement à en traiter les causes. Sur ce point, il n'y a pas de difficultés, le constat ne prête pas réellement au débat, mais cela ne veut pas dire pour autant que les aides sociales seraient mauvaises par nature.

D'autre part, Emmanuel Macron évoque la notion de responsabilité. L'idée sous-jacente est que les aides sociales conduiraient une partie de la population à "profiter du système" – elles sont déresponsabilisées- en touchant les aides tout en ne fournissant pas les efforts nécessaires pour trouver un emploi par exemple. La vision qui émerge ici est celle d'une politique qui chercherait à réduire les aides sociales, ce qui permettrait "d'inciter" les allocataires à chercher un emploi. Mais cette vision fait abstraction de la réalité.

Au cours de ces 10 dernières années, l'emploi (industrie, construction et tertiaire marchand) a progressé de 0.48% en France (entre le T1 2008 et le T1 2018) alors qu'il avait progressé de 15.41% la décennie précédente. La France a créé plus de 2.2 millions d'emplois sur ces seuls secteurs entre 98 et 2008 alors que seuls 80 000 emplois ont été crées au cours de la décennie suivante. C'est un rapport de 1 à 27 sur les deux décennies. Il est difficile de faire porter la "responsabilité" de ce constat sur les épaules d'allocataires "déresponsabilisés". Parce que chercher un emploi n'est pas réellement une garantie de pouvoir en trouver un. C'est l'incapacité du pays à créer de l'emploi qui provoque ce besoin d'aides sociales, et non l'inverse.

La question qu'évite Emmanuel Macron, dans sa déclaration, c'est celle des causes de ce résultat catastrophique sur le front de l'emploi en France depuis 10 ans. Peut-être qu'une autre cause que la simple "responsabilité" pourrait expliquer cela ?

Emmanuel Macron critique la vision curative des aides sociales, mais il propose lui-même une vision curative du curatif, il rajoute une couche, et évite de chercher la cause.

A titre de comparaison, le Royaume Uni a vu le nombre de personnes en emploi progresser de 8.71% entre 2008 et 2018, si la France avait suivi le même rythme, ce sont 1.450 million d'emplois qui auraient été créés et non 80 000. Il y a donc bien quelque chose à faire.

Atlantico : Sibeth Ndiaye, conseillère en communication d'Emmanuel Macron a pu rendre publique une vidéo, à l'occasion de la préparation de son discours au congrès de la Mutualité relatif aux aides sociales, au cours de laquelle le président déclare "Moi je ferais un constat qui est de dire, tout le système social, on met trop de pognon, on déresponsabilise et on est dans le curatif". Comment déconstruire la vision économique développée par Emmanuel Macron sur la base d'une telle déclaration ?

Nicolas Goetzmann : Il y a deux éléments distincts dans cette déclaration. D'une part, Emmanuel Macron fait le constat d'un système "curatif", c’est-à-dire que les aides sociales permettent de traiter les conséquences des situations, mais ne visent aucunement à en traiter les causes. Sur ce point, il n'y a pas de difficultés, le constat ne prête pas réellement au débat, mais cela ne veut pas dire pour autant que les aides sociales seraient mauvaises par nature.

D'autre part, Emmanuel Macron évoque la notion de responsabilité. L'idée sous-jacente est que les aides sociales conduiraient une partie de la population à "profiter du système" – elles sont déresponsabilisées- en touchant les aides tout en ne fournissant pas les efforts nécessaires pour trouver un emploi par exemple. La vision qui émerge ici est celle d'une politique qui chercherait à réduire les aides sociales, ce qui permettrait "d'inciter" les allocataires à chercher un emploi. Mais cette vision fait abstraction de la réalité.

Au cours de ces 10 dernières années, l'emploi (industrie, construction et tertiaire marchand) a progressé de 0.48% en France (entre le T1 2008 et le T1 2018) alors qu'il avait progressé de 15.41% la décennie précédente. La France a créé plus de 2.2 millions d'emplois sur ces seuls secteurs entre 98 et 2008 alors que seuls 80 000 emplois ont été crées au cours de la décennie suivante. C'est un rapport de 1 à 27 sur les deux décennies. Il est difficile de faire porter la "responsabilité" de ce constat sur les épaules d'allocataires "déresponsabilisés". Parce que chercher un emploi n'est pas réellement une garantie de pouvoir en trouver un. C'est l'incapacité du pays à créer de l'emploi qui provoque ce besoin d'aides sociales, et non l'inverse.

La question qu'évite Emmanuel Macron, dans sa déclaration, c'est celle des causes de ce résultat catastrophique sur le front de l'emploi en France depuis 10 ans. Peut-être qu'une autre cause que la simple "responsabilité" pourrait expliquer cela ?

Emmanuel Macron critique la vision curative des aides sociales, mais il propose lui-même une vision curative du curatif, il rajoute une couche, et évite de chercher la cause.

A titre de comparaison, le Royaume Uni a vu le nombre de personnes en emploi progresser de 8.71% entre 2008 et 2018, si la France avait suivi le même rythme, ce sont 1.450 million d'emplois qui auraient été créés et non 80 000. Il y a donc bien quelque chose à faire.

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Le gorille
- 15/06/2018 - 22:51
@Caldeter
Soit ! Il est vrai que Ganesha nous offre souvent des hors piste pas piqués des vers, parfois très rocailleux, où il se perd corps et biens, et nous, nous nous faisons plaisir en lui posant quelques jalons pour lui suggérer, très amicalement, parfois un peu énervés, c'est vr la "bonne direction". Pas vous ? Sinon, m'avez-vous répondu sur le comment la FED agit sur la demande ? merci de m'éclairer !
Le gorille
- 15/06/2018 - 22:40
Cloette
Je veux bien croire que Ganesha puisse parfois "barrir" pour avoir du "son", mais là, le parfum vient comme un cheveu sur la soupe pour qui n'est pas dûment chapitré !
caldeter
- 15/06/2018 - 22:33
c'est quoi ces post sans intérêt sur la bible ?
Affligeant Ganesha, cloette, Dorine, Le gorille etc...