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Grandes attentes
Liberté de choisir son avenir professionnel : ce que le projet de loi Pénicaud permet d’espérer… ou pas pour les 2 grands problèmes de l’économie française
Publié le 12 juin 2018
Le débat relatif à la loi « Pénicaud 2 », qui fait suite à la réforme de la loi travail de l’année 2017, et dont l’ambition est de « protéger » les salariés en réformant la formation, l’assurance chômage et l’apprentissage, a débuté ce 11 mars à l'Assemblée nationale.
Michel Ruimy est professeur affilié à l’ESCP, où il enseigne les principes de l’économie monétaire et les caractéristiques fondamentales des marchés de capitaux.
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Le débat relatif à la loi « Pénicaud 2 », qui fait suite à la réforme de la loi travail de l’année 2017, et dont l’ambition est de « protéger » les salariés en réformant la formation, l’assurance chômage et l’apprentissage, a débuté ce 11 mars à l'Assemblée nationale.

Atlantico : Alors que l’économie française est en proie à deux grands problèmes, à savoir les difficultés de recrutement des entreprises et l’incapacité des chômeurs de longue durée à retrouver un emploi, la loi Pénicaud 2 répond-elle à ces défis ? 

Michel Ruimy : Le constat que vous dressez est éclairant alors que la reprise économique est là. Mais la croissance ne sera bonne que si elle est inclusive c’est-à-dire si elle crée des emplois. Lors du dernier Forum économique mondial de Davos, le mot le plus usité était « reskilling ». Avec la révolution technologique en marche, la « requalification » des salariés est le défi le plus important que l’Europe ait eu à relever depuis 1945. Car le numérique et l’intelligence artificielle vont toucher chaque usine, chaque emploi et se propagent à une vitesse qui oblige ceux qui veulent ne pas subir le mouvement à faire un effort massif de formation. Les réformes en cours montrent que la France ne veut pas rester en marge de cette gigantesque et turbulente transformation.

En effet, depuis son accession à l’Elysée, Emmanuel Macron n’a pas caché sa volonté de transformer en profondeur le modèle social français. Une première pierre a été posée, il y a presqu’1 an, avec la signature des ordonnances visant à réformer le Code du travail. Il s’apprête désormais d’une part, à réformer la formation professionnelle et l’apprentissage en transformant le compte personnel de formation et en édictant de nouvelles règles pour l’apprentissage et d’autre part, à étendre l’assurance chômage, sous conditions, à certains démissionnaires. La réussite de ce projet de loi nécessite la prise en compte de certains éléments. En particulier, le financement et la gouvernance du système, avec passage progressif de la cotisation sociale vers la CSG et un cadrage budgétaire gouvernemental avant chaque négociation. Si cette réforme satisfait le Medef, elle fâche les régions, dépossédées d’une partie de leurs prérogatives. Concernant la formation professionnelle, la mesure-clé touche au compte personnel de formation, qui ne sera plus alimenté en heures mais en euros à partir de 2019 à raison de 500 euros par an (800 pour les moins qualifiés). Cette monétisation réduit les droits des salariés, etc. 

Même si ce projet n’est pas parfait- les réactions sont là pour le démontrer -, il me semble que toute initiative visant à améliorer la situation du marché du travail est bonne à considérer. Contre le chômage de longue durée pas plus que contre le chômage, il n’existe pas de solution unique. Des outils pertinents sont déjà là et il faut les utiliser, les compléter, les améliorer et innover. Mais surtout, il faut avant tout, que tous les acteurs - État, collectivités territoriales, partenaires sociaux, opérateurs de l’accompagnement vers l’emploi, acteurs de l’insertion…- se mobilisent autour d’actions communes. C’est pourquoi notamment, Pôle Emploi va mettre en place, dans chaque région, un correspondant spécialement chargé de répondre aux difficultés de recrutement locales.

>>> Pénicaud 2, à lire aussi : Pourquoi le travail post-retraite est indispensable à l'économie française <<<

Concernant les difficultés de recrutement, quel est le diagnostic peut-on dresser ? La loi Pénicaud 2 répond-elle à cette question ? Quelles sont les réformes qui pourraient faire la différence ?

On n’imaginait pas ce genre de situation il y a encore 1 an et demi ! Les difficultés de recrutement d’un grand nombre de PME et d’ETI et de rétention des compétences-clé sont les deux facteurs qui agissent le plus, sur le sentiment de manquer de talents. Selon le ministère du Travail, 1 entreprise sur 3, prise de court par l’accélération de la croissance, n’arrive pas à trouver les compétences qu’elle recherche et se voit ainsi contrainte de ne pas honorer leurs commandes. Rien qu’en 2017, ce sont, selon Pôle Emploi, entre 200 000 et 330 000 emplois proposés par les entreprises qui n’auraient pas été pourvus. Des difficultés de recrutement qui se sont nettement aggravées dans la période récente et qui se situent actuellement au même niveau qu’en 2007 alors que le taux de chômage était 2 points plus bas. Une situation suggère un lourd problème de compétences, surtout dans un contexte de transformation des emplois avec l’essor des nouvelles technologies. Si aucune action n’est engagée, la croissance plafonnerait à court terme de même que le chômage de masse. 

Diverses raisons peuvent expliquer quelquefois, voire souvent, la pénurie de compétences : implantation géographique des entreprises, manque d’attractivité des PME - ETI par rapport aux grandes entreprises - salaires, avantages sociaux, prestige… -, manque de structuration de la fonction « ressources humaines », en particulier pour ce qui concerne les profils opérationnels - ouvriers qualifiés, chauffeurs, comptables… -. Pour remédier à ces difficultés, il serait peut-être judicieux de faire évoluer la gestion des ressources humaines et le management, en proposant des primes de performance individualisées, en mettant en place une politique de participation ou d’intéressement, ou encore en ouvrant le capital de ces entreprises aux salariés. L’organisation de réunions ou de séminaires pourrait aussi leur permettre de fidéliser leurs salariés. Ensuite, ces entreprises pourraient amplifier leur présence sur les réseaux sociaux afin de développer leur « marque employeur » en nouant par exemple des partenariats avec des écoles, en obtenant des labels témoignant de la qualité de vie au travail ou encore en développant leur présence numérique. Enfin, les difficultés des industriels à trouver les compétences devraient les inciter à assurer une plus grande sécurité aux salariés afin de les attirer. 

Concernant l’action gouvernementale relative à la formation professionnelle, les changements de la loi Pénicaud 2 obéissent à une double logique : premièrement, une étatisation qui ne dit pas son nom. Tout d’abord, collecte des fonds consacrés à la formation continue actuellement effectuée par des Organismes paritaires collecteurs agréés (OPCA) vers le réseau des Urssaf et, ensuite, création, fin 2018, de France compétences, une agence nationale qui aura autorité sur la qualité, la régulation des prix ou la distribution des fonds mutualisés, hors l’essentiel de ceux liés à l’alternance. Deuxièmement, la libéralisation du marché de la formation symbolisée par le passage du compte personnel de formation (CFF), doté initialement d’un crédit d’heures, libellé demain en euros. 

Ce second point est un changement radical. Car même si cette mesure semble être « redistributive » - le coût d’une heure d’une formation pour un cadre est souvent plus élevé que pour d’autres catégories professionnelles -, ceci revient à convertir les droits, stockés sur le CPF au taux en gros de 14 euros de l’heure alors que la moyenne était plutôt de l’ordre de 30 à 40 euros auparavant. Concrètement, ceci signifie moins de droits pour certains salariés qui devront attendre plus longtemps pour pouvoir suivre une formation qualifiante alors qu’auparavant, 2 à 3 années suffisaient pour accumuler le crédit requis. Ceci est important car n’oublions pas qu’il y a 1,3 million de jeunes sans diplôme et sans emploi et que la croissance ne va pas suffire à raccrocher au train de l'emploi les non-qualifiés d’autant que les effets de la formation ne se font sentir qu’à partir 18 à 36 mois.

Concernant le chômage de longue durée, quel diagnostic peut-on faire de la situation ? La Loi Pénicaud 2 répond-elle efficacement au problème ? Quelles sont les réformes qui pourraient faire la différence ?

À fin 2017, 45% des chômeurs étaient au chômage depuis au moins 1 an (« longue durée ») et la moitié d’entre eux depuis au moins 2 ans. Le chômage de longue durée est plus fréquent chez les seniors : plus de 60% des chômeurs de 50 ans ou plus sont au chômage depuis au moins 1 an et parmi les moins diplômés et les moins qualifiés. Si rien ne change, d’ici quelques mois, près d’un chômeur sur deux sera un chômeur de longue durée. A ce rythme, le chômage risque de se doubler d’une exclusion massive du marché du travail, difficilement réversible même dans le cas d’un retour de la croissance. Quoi qu’il en soit, la réforme de la formation continue représente un instrument incontournable pour remédier aux problèmes de recrutement dès lors que jeunes décrocheurs et chômeurs de longue durée représentent une population de 2 millions de personnes injustement et durablement à l’écart de l’emploi. Le plus important dans la réforme en cours est de bien cibler les moyens dans leur direction. 

La formation professionnelle a été le premier levier présenté car on peut en attendre des résultats dans un délai raisonnable. Ce qui n’est pas le cas de la formation initiale. Les effets d’une réforme approfondie du baccalauréat ou de l’université prendront des années… Raison de plus, pour s’atteler à la tâche sans tarder ! Car les enquêtes disponibles (PISA, enquêtes spécifiques sur le niveau en mathématiques ou en conjugaison écrite des enfants) montrent que la France se situe toujours dans le peloton de queue des pays pour ce qui concerne le niveau des jeunes… Chaque année, ce sont près de 20% des 15 - 29 ans qui sortent du système scolaire sans aucun diplôme alors que la moyenne des pays de l’OCDE tourne autour de 6 à 8%. Ces jeunes déscolarisés et sans emploi constituent le réservoir des « chômeurs structurels » de demain. Agir conjointement sur les fronts de la formation professionnelle et de la formation initiale s’impose donc comme une urgence vitale pour préserver les chances de notre économie et notre cohésion sociale. Mais cela ne suffira en aucun cas à redresser la barre à court terme.

Face à ce phénomène, parfois présenté comme irréversible, il est possible de changer les choses, en faisant des périodes d’inactivité un temps de reconstruction et de préparation de l’avenir. Ce défi est, à la fois, économique et sociétal car les chômeurs de longue durée, moins qualifiés en moyenne, n’arrivent toujours pas à bénéficier du rebond de la croissance tandis que l’extrême tension observée sur le marché des personnes très qualifiées pourrait encore pénaliser la France dans la course aux talents dans plusieurs domaines, dont celui, prometteur, de l’intelligence artificielle.

Au final, l’agenda gouvernemental, par essence contraint, donne l’impression de privilégier une réponse et une seule aux difficultés à embaucher que rencontrent actuellement les employeurs : la formation professionnelle. On ne peut pas en vouloir à Emmanuel Macron. Après les ordonnances Travail de septembre dernier, il était indispensable de donner des gages à ceux qui pouvaient réclamer le juste équilibre entre le nécessaire « libérer » et le non moins important « protéger » qu’incarne si bien la formation.

>>> Pénicaud 2, à lire aussi : Pourquoi le travail post-retraite est indispensable à l'économie française <<<

 
 

 

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