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Qu’est-ce que le conservatisme : redécouvrir l’équilibre des puissances et la neutralité
Publié le 14 mai 2018
Il est urgent de faire comprendre que le conservatisme en politique étrangère, ce n’est pas une Realpolitik à courte vue. Le réalisme ce n’est pas le cynisme ni l’apologie de la violence.
Benjamin Disraeli (1804-1881), fondateur du parti conservateur britannique moderne, a été Premier Ministre de Sa Majesté en 1868 puis entre 1874 et 1880.  Aussi avons-nous été quelque peu surpris de recevoir, depuis quelques semaines, des "lettres de...
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Benjamin Disraeli (1804-1881), fondateur du parti conservateur britannique moderne, a été Premier Ministre de Sa Majesté en 1868 puis entre 1874 et 1880.  Aussi avons-nous été quelque peu surpris de recevoir, depuis quelques semaines, des "lettres de...
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Il est urgent de faire comprendre que le conservatisme en politique étrangère, ce n’est pas une Realpolitik à courte vue. Le réalisme ce n’est pas le cynisme ni l’apologie de la violence.

Londres, 

Le 13 mai 2018, 
 
Mon cher ami, 
 
Le Ministre allemand des Affaires étrangères vient de redécouvrir les lois de la politique internationale
 

Nous avons entendu, cette semaine, les dirigeants européens s’agiter beaucoup suite à la décision du président américain de dénoncer l’accord avec l’Iran signé par son prédécesseur. Il y avait de quoi sourire devant le mélange de naïveté et de mauvaise foi des propos tenus, sauf exception. Madame Merkel et bien d’autres ne dirigent-ils pas des pays dont les Etats-Majors sont dans le commandement intégré de l’OTAN? Les Etats-Unis ne sont-ils pas le pilier militaire de l’OTAN, son plus gros financeur, de très loin? A-t-on entendu que Berlin ait parlé, récemment, d’investir une part plus importante du PIB allemand dans l’effort de défense? Le sommet a été atteint avec la demande formulée par le ministre allemand des Affaires étrangères, Heiko Maas, profitant d’une visite à Moscou pour demander à ses interlocuteurs de soutenir l’Union Européenne dans le maintien de l’accord avec l’Iran.

En fait, Heiko Maas redécouvre le principe de l’équilibre des puissances. Et lorsqu’il explique aux entreprises allemandes que Berlin n’est pas en mesure de les protéger contre d’éventuelles sanctions, il vient de redécouvrir la vielle sagesse des nations: en 1990, l’Allemagne réunifiée a fait le choix de rester dans l’OTAN; elle le paie très cher aujourd’hui en liberté d’action; et le pays va devoir à présent revoir complètement sa politique russe. Après avoir largement contribué à la destruction de l’Ukraine, depuis 2004, en encourageant, par fondations et réseaux interposées, la Galicie orientale à faire sécession, il va falloir accepter de traiter avec Moscou, revoir la participation de l’Allemagne à la  politique de sanctions. Mais les Etats-Unis laisseront-ils faire?

La sagesse des nations

Je vous concèderai bien volontiers que doctrine de l’équilibre des puissances a été conçue au XVIIè siècle dans l’environnement intellectuel et culturel où Newton inventait  la physique classique. Une partie du discours a vieilli. Le potentiel de destruction technologique des guerres modernes est tel qu’il est devenu impossible d’imaginer quelque chose comme la « guerre en dentelles ». Mais la destruction mutuelle assurée est un équilibre! Le Général de Gaulle et les concepteurs de l’arme nucléaire française avaient d’ailleurs formulé la « dissuasion du faible au fort ». La possession de l’arme nucléaire nivelle l’effet de la puissance militaire. Dans les années 1960, la France cherchait à persuader Moscou qu’une attaque nucléaire française détruirait suffisamment de l’Empire soviétique pour ébranler sa puissance. La « dissuasion du faible au fort », c’est d’ailleurs la motivation fondamentale de l’Iran. Pourquoi le pays aspire-t-il à entrer dans le club des puissances nucléaires? Pour voir ses intérêts fondamentaux respectés! Constatant qu’à l’Ouest Israël a la bombe; et qu’à l’Est c’est le cas de l’Inde, du Pakistan, de la Chine, l’Iran réfléchit en termes d’équilibres fondamentaux.  En particulier, il est clair que l’Iran veut acquérir la bombe pour exactement les raisons qui ont poussé Israël à la développer dès les années 1960: garantir son existence; ne plus courir le risque d’être menacé dans ses intérêts vitaux.

On comprend bien que le club des puissances nucléaires des années 1960 ait voulu refermer la porte et imposer au reste du monde la « non-prolifération ».  La multiplication des puissances nucléaires réduit largement la marge de manoeuvre des premiers entrés dans le club s’ils ont des pulsions impériales, comme les Etats-Unis. Israël et les Etats-Unis convergent pour empêcher l’Iran de devenir une puissance nucléaire car ils savent que le jeu proche-oriental serait plus compliqué avec un Iran à traiter sur un pied d’égalité. La Corée du Nord est entrée clandestinement dans le club des puissances nucléaires; et ne vous faites pas d’illusions: ce n’est pas le seul Donald Trump qui a fait bouger Pyongyang.  C’est l’interaction entre les pressions de Trump et celles de Moscou et Pékin, deux autres puissances nucléaires; quant à l’affreux dictateur nord-coréen, disposant de la technologie et d’un petit arsenal nucléaire, il arrive serein à la négociation: il va  tenter de faire reconnaître à son Etat un statut de puissance.

Etes-vous horrifié par la logique de la dissuasion nucléaire, version moderne de l’équilibre des puissances? Alors il vous reste le champ immense de la neutralité. La Suisse en a montré les vertus depuis plusieurs siècles. Mais sous préférez des références plus anciennes, relisez le Livre d’Isaïe et vous y verrez comment le prophète conjure les rois d’Israël de ne pas choisir entre l’Egypte et l’Assyrie; la neutralité était pour lui la meilleure garantie de l’intégrité du pays.

Impossible unité européenne?

La difficulté pour l’Europe actuelle, c’est qu’elle comprend dans ses rangs d’une part des puissances nucléaires, qui aspirent à jouer un rôle actif dans les relations internationales, telles la France et la- Grande-Bretagne; et des puissances comme l’Allemagne, la Pologne ou l’Ukraine, qui n’envisagent pas de déployer un effort militaire de premier plan et dont l’Intérêt profond est dans la stabilité de leur développement économique et de leurs relations commerciales. A première vue participation à l’équilibre des puissances et la logique de neutralité sont incompatibles. En revanche, si l’on réfléchit en termes de grande Europe, on comprend la profondeur de la vision du Général de Gaulle: la sécurité européenne est possible à condition de traiter la Russie comme une puissance européenne et les Etats-Unis comme une puissance....américaine.  Nous en sommes très loin mais la déclaration commune signée par Emmanuel Macron, Theresa May et Angela Merkel pour s’opposer à la décision de Donald Trump sur l’Iran, la visite de Heiko Maas à Moscou d’autre part, esquissent la voie. Il me semble qu’une coopération entre le triangle Paris-Londres-Berlin d’une part et Moscou d’autre part, est irrésistible pour peser dans les affaires du monde. Cela voudra dire revoir complètement l’attitude vis-à-vis de la Russie. Est-ce possible? C’est la condition pour que l’Europe existe entre les Etats-Unis et la Chine.

Substituer le conservatisme au libéralisme dans les relations internationales

Vous le voyez, mon cher ami, penser le monde du 21è siècle oblige de sortir largement des cadres de pensée libéraux, dont l’Union Européenne et ses membres sont prisonniers. L’Europe ne peut pas se laisser entraîner dans les soubresauts d’un recentrement des Etats-Unis sur eux-mêmes. Elle ne peut pas non plus se mettre à dépendre entièrement de la Chine, dont il est probable qu’elle va être de plus en plus absorbée par ses tensions internes. Mais pour réussir la substitution d’une politique conservatrice à la politique libérale, il va falloir 1. Que la France et la Grande-Bretagne augmentent encore leur budget militaire. 2. Que l’Allemagne revienne à sa vocation profonde, la neutralité. 3. Que les trois pays se réconcilient avec la Russie. Je vois bien la possible protestation de la Pologne; mais elle ne pourra pas résister à la pression de ses partenaires tchèque et hongrois, qui ont intérêt à de bonnes relations avec Moscou. Le premier terrain test de la nouvelle politique pourrait être un règlement du conflit ukrainien. La seule possibilité de protéger l’intégrité du pays, c’est de faire garantir leur neutralité par la France, la Grande-Bretagne et l’Allemagne d’un côté; la Russie de l’autre.

Il est urgent de faire comprendre que le conservatisme en politique étrangère, ce n’est pas une Realpolitik à courte vue. Le réalisme ce n’est pas le cynisme ni l’apologie de la violence. La force des conservateurs, c’est qu’ils peuvent prouver, en référence à l’histoire, que leur vision du monde atteint plus sûrement la paix que la vision droit-de-l’hommiste fondée sur le droit d’ingérence. Nous devons rendre à la souveraineté et aux frontières leur titre de noblesse. Le droit fondamental d’un pays est de pouvoir choisir son modèle: participation active à l’équilibre des puissances ou neutralité.

Bien fidèlement à vous

Benjamin Disraëli

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GP13
- 15/05/2018 - 16:43
Faut-il remercier Trump ?
Parce que, par sa manière d'agir, il a montré qu'il tenait ses alliés pour quantité négligeable. Si Macron veut bien se réveiller et comprendre la fausse route sur laquelle il veut nous embarquer, et décider de changer son fusil d'épaule, alors bravo à Trump.