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L’Europe, un train de retard pour l’industrie 4.0 ?

Publié le 11 mai 2018
Selon une étude menée en 2018 par PwC, 10 % des entreprises industrielles mondiales sont à la pointe de l’industrie 4.0 quand, dans le même temps, près des deux tiers n’ont pas engagé de mutation digitale de leur activité.
Philippe Crevel est économiste, directeur du Cercle de l’Épargne et directeur associé de Lorello Ecodata, société d'études et de conseils en stratégies économiques.
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Selon une étude menée en 2018 par PwC, 10 % des entreprises industrielles mondiales sont à la pointe de l’industrie 4.0 quand, dans le même temps, près des deux tiers n’ont pas engagé de mutation digitale de leur activité.

Le concept d’industrie 4.0 renvoie au fait que l’industrie serait engagée dans sa quatrième révolution. La première qui a commencé au XVIIIe siècle a été marquée par la mécanisation et par le recours aux machines à vapeur. La deuxième qui s’est étalée de la fin du XIXe au début du XXe s’est caractérisée par la production de masse et le déploiement de l’énergie électrique. La troisième s’est construite autour de l’automatisation des tâches et l’informatique. La quatrième repose sur la gestion des données, la connectivité des objets et l’intelligence artificielle. Dans le cadre de l’industrie 4.0, les usines fonctionnent en réseaux à la fois avec leurs clients et leurs fournisseurs. Les modes de production flexibles et reconfigurables permettent une personnalisation des produits en temps réel. À travers des systèmes itératifs, la production intègre facilement les corrections et les modifications communiquées du fait des données transmises automatiquement par les consommateurs. L’industrie 4.0 consiste également à la mise en place de moyens de maintenance prédictive avec un suivi fin des besoins énergétiques et de tous les intrants.

Selon une étude menée en 2018 par PwC, 10 % des entreprises industrielles mondiales sont à la pointe de l’industrie 4.0 quand, dans le même temps, près des deux tiers n’ont pas engagé de mutation digitale de leur activité. Si 20 % des revenus actuels des entreprises proviennent déjà totalement ou partie du digital, ce ratio devrait être de 30 % d’ici 5 ans. Sans surprise, en raison de leur création plus récente et de la forte croissance de l’industrie, les entreprises asiatiques sont les plus en pointe en matière de digitalisation. 19 % d’entre-elles ont des process de production totalement digitalisés contre 11 % sur le continent américain et 5 % en Europe. Les entreprises industrielles digitalisées mondiales ont mis en œuvre pour 48 % d’entre elles des systèmes de maintenance prédictive et, pour 45 % d’entre elles des systèmes d’exécution de fabrication. 42 % des entreprises concernées ont déployé des réseaux d’objets connectés afin d’avoir en temps réel une remontée et une gestion automatisée des données dans le cadre de leur production.

Les entreprises françaises sont proches de la moyenne mondiale pour la mise en œuvre des nouvelles technologies. Elles prévoient des économies de 15 % grâce aux investissements digitaux qui seront réalisés d’ici deux ans. Le gain en termes de revenus généré par des changements dans la gamme des produits et par la numérisation des plates-formes des modèles est évalué à 10 % sur les 5 prochaines années. La France apparaît en pointe pour l’intelligence artificielle avec un taux d’implémentation de 7 % contre 5 % en Europe mais elle est précédée par l’Asie où ce taux est de 10 %. Par rapport à leurs homologues de la région Asie-Pacifique, les entreprises européennes affichent généralement un degré moyen d'intégration de la chaîne d’approvisionnement notamment à travers le faible niveau d’automatisation et de connectivité des processus de production. L’écart pourrait s’accroître en raison des programmes d’investissement déjà engagés. La diffusion des nouvelles technologies est plus rapide en Asie et aux États-Unis qu’en Europe. Le déficit de personnel qualifié constitue une entrave au développement du digital sur le vieux continent. Le problème dépasse l’Europe car selon PwC, à l’échelle mondiale, seulement 27 % des entreprises mondiales estiment que leurs collaborateurs sont suffisamment formés pour maîtriser l'avenir digital. Les entreprises les plus avancées pour le numérique son celles qui investissent directement dans la formation de leurs collaborateurs et qui mettent en place des équipes multidisciplinaires en charge de l’innovation et de la diffusion des nouvelles techniques.

L’écart entre l’Asie, les États-Unis et le reste du monde est également lié à l’appétence des populations. En Europe, le goût pour la technologie s’étiole. En France, le recours au smartphone pour le paiement est lent par rapport à ce qui est constaté au sein de plusieurs pays émergents. De même, notre pays est un des rares pays à ne pas avoir déployé la radio numérique et à avoir conservé la FM. En France, la petite taille des entreprises constitue également un frein à la mise en œuvre des techniques digitales.

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