En direct
Best of
Best of 15 au 21 juin
En direct
© JOEL SAGET / AFP
Gabegie à venir
Et le plan Borloo pour les banlieues s’inscrivit dans la grande tradition d’une superbe indifférence aux souhaits réels de leurs habitants
Publié le 01 mai 2018
Avec H16
L’idée de base est, comme d’habitude, aussi consternante que dispendieuse : et si on claquait une montagne d’argent public pour faire semblant de résoudre un problème ?
H16 tient le blog Hashtable.Il tient à son anonymat. Tout juste sait-on, qu'à 37 ans, cet informaticien à l'humour acerbe habite en Belgique et travaille pour "une grosse boutique qui produit, gère et manipule beaucoup, beaucoup de documents".
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
H16
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
H16 tient le blog Hashtable.Il tient à son anonymat. Tout juste sait-on, qu'à 37 ans, cet informaticien à l'humour acerbe habite en Belgique et travaille pour "une grosse boutique qui produit, gère et manipule beaucoup, beaucoup de documents".
Voir la bio
Ajouter au classeur
Vous devez être abonné pour ajouter un article à votre classeur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Lecture Zen
Vous devez être abonné pour voir un article en lecture zen.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
L’idée de base est, comme d’habitude, aussi consternante que dispendieuse : et si on claquait une montagne d’argent public pour faire semblant de résoudre un problème ?
Avec H16

Jean-Louis Borloo est un homme de chiffres. Avec beaucoup de zéros derrière, certes, mais un homme de chiffres tout de même : une nouvelle fois, le voilà solidement positionné sur un grand projet de dépenses gouvernementales plantureuses. L’idée de base est, comme d’habitude, aussi consternante que dispendieuse : et si on claquait une montagne d’argent public pour faire semblant de résoudre un problème ?

Et afin de rendre plus crédible le monceau d’argent qu’il s’agira de cramer en pure perte, on trouvera un sujet d’importance et d’ampleur au moins nationale. Jean-Louis s’est donc empressé de produire un magnifique rapport : le « plan Borloo pour les Banlieues » est né. Comme pour les plans précédents qui se succèdent depuis le premier, en 1977 (ce qui ne nous rajeunit pas), il s’agira de casser les ghettos, de favoriser l’égalité des chances ou de redonner des moyens (les fameux moyens dont il manque toujours plusieurs brouettées, où qu’on aille et où qu’on se trouve) à ces quartiers si défavorisés mais pourtant si présents dans l’actualité.

L’analyse un minimum lucide des éléments de langage et des petites propositions peu originales de Jean-Louis et son équipe ne laisseront évidemment aucun doute : clientélisme politique, planisme bureaucratique digne des heures les plus « Plan Quinquennal » de notre Histoire et, in fine, échec programmé sont au détail d’une facture finale frisant les 48 milliards d’euros aux petits fers (sachons vivre).

Mise à part celle d’une disparition prématurée de 48 milliards d’euros de la poche des contribuables, il n’y a qu’un autre certitude à attendre de ce plan : outre l’évidente esbroufe de cet effet d’annonce, on sait que la situation de ces quartiers « oubliés de la République » ne changera pas d’un iota, ce qui, à 48 milliards d’euros, fait cher l’immobilisme.

Pourtant, il semble bien que, malgré l’injection massive et répétée de fonds publics, l’ambiance dans ces quartiers n’a jamais été aussi peu festive ni citoyenne.

Ici, je pourrais assez peu subtilement revenir sur les petites péripéties rigolotes de certains quartiers de Marseille qui sont en proie à des petits débordements miliciens d’autochtones armés. Il me suffirait de replacer ce petit billet qui narrait les péripéties de Manuel Valls dans la cité phocéenne, où il s’était rendu avec la ferme intention de parler des chiffres de la délinquance ; le politicien s’était retrouvé à pérorer sur les performances de la police et de la justice alors qu’à quelques centaines de mètres de là, la faune locale d’une cité pudiquement dite « sensible » se trémoussait au son des kalachnikovs. Le patron de la sécurité publique, Pierre-Marie Bourniquel, s’était même retrouvé sous les rafales alors qu’il se rendait sur place. Moyennement cocasse, mais totalement illustratif du niveau assez phénoménale de branquignolitude de nos gouvernants.

Notons au passage que, depuis et conformément à ce que j’écrivais plus haut, la situation n’a pas évolué d’un pouce : les fusillades se suivent et se ressemblent, aboutissant parfois à quelques procès médiatiques dont on sait qu’ils ne mettront au frais qu’une poignée de spécimens pendant que le reste continuera, à qui mieux-mieux, de régler ses comptes en place publique.

Je pourrais de même et sans me forcer rappeler quelques autres billets où je revenais sur le beau respect de nos lois républicaines qui interdisent scrupuleusement le port d’arme dans ce beau pays calme et sans lequel, il y aurait plusieurs fusillades par semaine comme aux Zétazunis où tout le monde sait que ce sont tous des cow-boys fous, là-bas, m’ame Michu.

Ou je pourrais encore m’attarder sur la récente flambée de festivités de Bagnolet qui finit par faire parler d’elle. Il faut dire qu’après trois semaines de voitures brûlées, de blessés par balles sur fond d’émeutes dans une zone devenue impénétrable aux services de l’ordre, il devenait difficile de cacher que deux des quartiers de cette ville de Seine-Saint-Denis étaient en proie à une petite guerre de gangs.

Étonnamment, interrogés par l’une ou l’autre équipe de courageux journalistes tentant un safari sauvage en banlieue parisienne, les habitants de ces quartiers parviennent à la même conclusion que tant d’autres, avant eux et autour d’eux :

« Ça fait des années qu’on attend la sécurité et ça ne bouge pas »

Sapristi ! On nous avait pourtant dit qu’il y avait eu moult Plans Banlieue qui, tous, contenaient d’épais volets sur la sécurité ! Que n’ont-ils été appliqués ? Nous aurait-on raconté des carabistouilles ? Et si oui, où sont passés les milliards ?

Le constat est amer : cela fait des décennies (et quelques uns de mes billets plus anciens l’attestent facilement) que ce problème n’est absolument pas géré. Oui, vous avez bien lu : il ne s’agit pas de dire que les plans précédents ont échoué, ni que les moyens n’ont pas été mis ni même que les politiques menées ne furent pas les bonnes, mal ciblées ou mal exécutées. Il s’agit plutôt d’expliquer que ces quartiers n’ont jamais été l’objet du moindre égard aux préoccupations réelles des habitants.

Oh, certes, il y a bel et bien eu des tomberaux de pognon public qui ont été déversés dans des brochettes d’associations lucratives sans but chargées de redistribuer les emplois inutiles, des subventions dodues et des palanquées d’équipements divers et variés. Combien de salles multimédias, de bibliothèques interactives, de terrains de foot ou de baskets furent construits, rénovés, re-construits, re-rénovés, repeints, re-repeints et re-re-rénovés avec ces dizaines de milliards ? Combien d’emplois idiots au contenu vide, à l’impact nul et aux débouchés inexistants ont été distribués ainsi ? Même la Cour des comptes sera bien incapable d’en connaître le nombre précis, mais il doit être assez croquignolet.

La réalité est que ces monceaux d’argent ont été dépensés pour une unique raison : acheter une relative tranquillité sociale, un calme politiquement vendable et l’éventuelle orientation des suffrages une fois de temps en temps. Toute sécurité ou même vague efficacité des politiques n’ont jamais été l’objet de ces épandages massifs.

Et d’épandage massif en aspersion vigoureuse, on a créé au fil des générations de véritables enclaves que certains, Jean-Louis en tête, semblent découvrir les yeux exorbités devant l’ampleur des dégâts : zones de non-droit où l’ambiance autorise le jet d’objets divers sur les impudentes forces de l’ordre en goguette, les habitants y vivent de façon quasi-autarcique en se reposant sur l’économie toxique du trafic de drogue et d’armes.

Et pendant que tout le monde regarde, effaré, la situation se dégrader à grande vitesse dans ces banlieues « abandonnées de la République », on constate le même délitement, à grande échelle, sur tout le reste du pays. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, le pays s’enfonce à présent lui aussi dans les délices de l’épandage subventionné et la distribution de cathéter pour l’injection directe d’argent public en intraveineuse.

Son ambiance globale est largement détériorée par des années de ponctions sans bride, la reproduction vigoureuse de plans Vigipirate tabassant essentiellement du conducteur de Doblo à 92km/h sur une départementale bien droite, la multiplication d’acquis sociaux indéboulonnables et pernicieux ou la disparition progressive de toute responsabilité personnelle au profit d’un collectif de plus en plus étouffant, tout ceci favorisant les expressions les plus agressives de l’égocentrisme le plus crasse.

Il n’y a aucun doute à avoir : le plan Borloo est une nouvelle fumisterie jetée en pâture pour occuper la presse. Nos banlieues et leurs habitants continueront de souffrir et tout indique que la cause des maux dont ils souffrent sera consciencieusement reproduite à l’échelle du pays tout entier.

Dès lors, ce pays est foutu.

Cet article a été initialement publié sur le blog de Hashtable

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
Articles populaires
Période :
24 heures
7 jours
01.
Vol MH370 : "le pilote se serait envolé à 12 000 mètres pour tuer l'équipage dans la cabine dépressurisée ", selon un nouveau rapport
02.
Retour des moustiques tigre : voilà comment s'en protéger efficacement cet été
03.
Amazon : 11,2 milliards de profit, 0 dollars d’impôts payés… : mais dans quel état erre un certain capitalisme ?
04.
Semaine de canicule : ces erreurs qui vous feront encore plus ressentir la chaleur alors que vous cherchiez l’inverse
05.
Amin Maalouf et Boualem Sansal, deux lanceurs d'alerte que personne n'écoute. Est-ce parce qu'ils sont arabes ?
06.
« L'homme-arbre » demande à être amputé
07.
Pourquoi l’influence de Melania Trump sur son mari dépasse de loin ce qu’on en voit
01.
Retour des moustiques tigre : voilà comment s'en protéger efficacement cet été
02.
Pourquoi les Francs-maçons ne sont certainement pas les héritiers des constructeurs de cathédrale qu’ils disent être
03.
Vol MH370 : "le pilote se serait envolé à 12 000 mètres pour tuer l'équipage dans la cabine dépressurisée ", selon un nouveau rapport
04.
L'homme qui combat la bien-pensance pour sauver le monde agricole
05.
Dents de la mer : les grands requins blancs remontent vers le Nord aux Etats-Unis, faut il redouter la même chose en Europe ?
06.
Meghan & Harry : all is not well in paradise; Mariage sous couvre-feu pour Laura Smet; Laeticia Hallyday, délaissée ou entourée par ses amis ? Voici & Closer ne sont pas d’accord; Taylor Swift & Katy Perry se câlinent vêtues d’un burger frites de la paix
01.
Amin Maalouf et Boualem Sansal, deux lanceurs d'alerte que personne n'écoute. Est-ce parce qu'ils sont arabes ?
02.
L'Ordre des médecins autorise Jérôme Cahuzac à exercer la médecine générale en Corse
03.
Ce piège dans lequel tombe le gouvernement en introduisant le concept d’islamophobie dans le proposition de loi Avia sur la lutte contre les contenus haineux
04.
Et la banque centrale américaine publia une bombe sur les "méfaits" du capitalisme financier
05.
Nominations européennes: le jeu dangereux d’Emmanuel Macron face à l’Allemagne
06.
Indignez-vous… en permanence ! Stéphane Hessel et Twitter ont-il étranglé la démocratie ?
Commentaires (6)
Ecrire un commentaire
Vous devez être abonné pour rédiger un commentaire.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.
*Toute validation est définitive, vous ne pourrez pas rééditer votre commentaire.
gilbert perrin
- 02/05/2018 - 10:50
plan banlieue ? et la province ?
BORLOO ? bis répétita... c'est quoi un LR ou quoi ?
Atlante13
- 01/05/2018 - 17:46
Inutile de donner
des stdistiques bidon, autant il est facile de détecter l'alcoolisme, autant on ne fait pas de contrôles systématiques sur les drogués. C'est Tabou. A-t-on un jour noté les accidents, les agressions et les morts causés par les drogués? Non.
Maintenant, je suis d'accord sur un point, libéralisons encore plus les drogues, ça éliminera encore plus vite les tarés qui se shootent, eux et leurs descendances de plus en plus hypothétiques. On appelle ça la sélection naturelle.
Ganesha
- 01/05/2018 - 14:25
Référence Internet
http://mobile.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2016/04/19/en-france-l-alcool-et-le-tabac-sont-les-drogues-les-plus-meurtrieres_4904754_4355770.html