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Elections
Pourquoi le prochain président du Medef pourrait bien n’être aucun des deux grands favoris Geoffroy Roux de Bézieux / Alexandre Saubot
Publié le 30 mars 2018
Le Medef s’apprête à choisir un nouveau président : Geoffroy Roux de Bézieux et Alexandre Saubot apparaissent pour l’instant comme les deux favoris du scrutin. Pourtant, leurs candidatures sont loin de répondre aux attentes des membres d’une organisation en quête de changement.
Jeff Dentreprise est un fin connaisseur des arcanes du Medef souhaitant garder son anonymat sous peine de ne plus l’être
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Le Medef s’apprête à choisir un nouveau président : Geoffroy Roux de Bézieux et Alexandre Saubot apparaissent pour l’instant comme les deux favoris du scrutin. Pourtant, leurs candidatures sont loin de répondre aux attentes des membres d’une organisation en quête de changement.

Le Medef s’apprête à choisir un nouveau président : Geoffroy Roux de Bézieux et Alexandre Saubot apparaissent pour l’instant comme les deux favoris du scrutin. Pourtant, leurs candidatures sont loin de répondre aux attentes des membres d’une organisation en quête de changement.

En juillet prochain, le Medef devra choisir un successeur à Pierre Gattaz. Et dans une indifférence générale, les candidats se multiplient : déjà neuf prétendants à la présidence de l’organisation sont en lice. Étonnant, quand on sait qu’il s’agit d’endosser le rôle probablement le plus détesté de France. Une inflation du nombre de concurrents qui ne contrarie pas les plans de campagne des deux grands favoris, Geoffroy Roux de Bézieux et Alexandre Saubot.

Un « appel d’air » pour un troisième candidat

Alors que le Medef est contraint de repenser de fond en comble ses moyens d’action, sa raison d’être et ses objectifs, ces deux vice-présidents sortants incarnent la continuité.  Des postes où ils n’ont pas brillé par leurs propositions et actions de réformes… Difficile de porter le renouveau quand on a représenté le statu quo pendant des années. 

Cette situation est un véritable « appel d’air » pour un troisième candidat capable de proposer un programmealternatif à la hauteur des besoins et des attentes. 

C’est le scénario de la dernière élection présidentielle française : à l’automne 2016, le duo François Fillon — Marine Le Pen semblait acté, mais ne correspondait pas aux attentes d’une majorité de Français. La candidature d’Emmanuel Macron a pu alors émerger en personnifiant une rupture, une nouveauté, face aux concurrents issus du sérail.

Mais qui sera le Macron du Medef ? Qui arrivera à bousculer les deux favoris et s’imposer en incarnant un nouveau souffle ? Il est encore trop tôt pour le dire. Derrière Geoffroy Roux de Bézieux et Alexandre Saubot, sept candidatssouhaitent jouer ce rôle. C’est évidemment beaucoup trop, et cela pourrait nuire à l’émergence d’un troisième candidat alternatif.

L’élection à la présidence du Medef est toujours le résultat des rapports de forces entre les différentes structures de l’organisation, les organisations territoriales -un quart des votants seulement-, mais surtout les fédérations professionnelles. Une base électorale restreinte, propice aux arrangements et aux intrigues. Pour l’instant, les deux favoriss’échinent à faire basculer dans leurs escarcelles les organismes qui représentent le plus de voix : les grandes fédérations de l’industrie, du BTP, de la banque ou de l’assurance. 

Autre sujet problématique pour les deux sortants, ils ont eu le temps de se faire de nombreux ennemis. Beaucoup d’influenceurs importants du Medef ne leur ont pas pardonné d’avoir comploté pour bloquer la candidature de Jean Dominique Sénard (comme nous en parlions dans un précédent article). On reproche également à Geoffroy Roux deBézieux un côté mondain et superficiel, quant à Alexandre Saubot, il s’est fait une réputation de technocrate mou, incarnation du modèle social-démocrate français, toujours prêt au compromis avec ses amis énarques du Gouvernement.  

Roux de Bézieux, beaucoup de forme, moins de fond ?

Ancien parachutiste, sportif, portant beau, son charisme estsans aucun doute l’un de ses principaux atouts dans les affaires et les médias. Mais l’élection à la présidence du Medef n’est pas le concours de Monsieur Univers, et parmi les membres de l’institution patronale, beaucoup suspectent un certain vide derrière les prises de position convenues et opportunistes du candidat. Ses motivations semblent essentiellement égotiques. Geoffroy Roux de Bézieux cache difficilement son goût pour les attributs du pouvoir. Cet « homme du beau monde » a aussi le grand défaut de s’appeler Roux de Bézieux. Un patronyme aristocratique qui ne va pas aider à régler le problème d’image du Medef. Les patrons se souviennent encore douloureusement des caricatures subies par « Ernest-Antoine Seillière de Laborde », l’ancien président du Medef, qui faisait la joie des humoristes et des responsables politiques de gauche. 

Alexandre Saubot, le technocrate de la vieille industrie

Alors que GRDB fait peser la menace d’un Medef caricaturé en représentant « des riches et des 100 familles », le second challenger peut, quant à lui, provoquer une véritable crise interne. Car Alexandre Saubot, c’est avant tout l’UIMM, l’Union des Industries et Métiers de la Métallurgie, la puissante fédération professionnelle qui a longtemps trusté le pouvoir au sein de l’organisation patronale. Elle pèse de tout son poids au Medef avec 34 sièges sur 545, le plus gros contingent de voix. Pierre Gattaz étant lui-même issu des rangs de l’IUMM. Du coup, beaucoup de fédérations professionnelles, notamment issues du secteur des services, rechignent à accorder une nouvelle présidence aux représentants de la vieille industrie, héritiers du comité des forges. 

La campagne ne fait que commencer. Alors que les deux favoris phagocytent l’attention médiatique, il y a fort à parier que les cartes seront rebattues dans les prochaines semaines. Le candidat, ou la candidate, qui arrivera à proposer une alternative crédible pourra tirer son épingle du jeu.

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