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Colère des retraités : l’erreur de com’ du gouvernement qui se transforme en faute politique
©BENOIT TESSIER / POOL / AFP

Spirale infernale

Le chef de l'Etat n’a pas pris la peine d’expliquer le sens de la hausse de la CSG qu’il a imposée au 1er janvier 2018. Convaincu que son impact serait marginal, lui et son équipe ont, depuis l’automne, minimisé l’effet de cette mesure qui est devenue très impopulaire. Cette stratégie du déni, vécue comme du mépris, produit un véritable effet boomerang sur la popularité du chef de l’État.

Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe est le fondateur du cabinet Parménide et président de Triapalio. Il est l'auteur de Faut-il quitter la France ? (Jacob-Duvernet, avril 2012). Son site : www.eric-verhaeghe.fr Il vient de créer un nouveau site : www.lecourrierdesstrateges.fr
 

Diplômé de l'Ena (promotion Copernic) et titulaire d'une maîtrise de philosophie et d'un Dea d'histoire à l'université Paris-I, il est né à Liège en 1968.

 

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Tous ceux qui ont tenté, à l’automne, de justifier la hausse de la CSG et la fiscalisation de la sécurité sociale ont rapidement compris combien la bataille serait délicate à mener pour le Président de la République. Les retraités touchés par cette mesure disposent en effet d’une arme absolue pour défendre leurs intérêts: le temps. Un temps souvent vide, facile à occuper par des revendications d’autant plus hargneuses que, chaque mois, le versement des retraites rappelle l’amputation décidée par le Président de la République.

Quel est le partisan de la fiscalisation de la sécurité sociale qui n’a pas reçu des courriers de haine, de violence, et mêmes des coups de téléphone menaçants à son domicile après avoir osé soutenir qu’une hausse de la CSG n’était pas choquante? La génération qui a fait Mai 68, et qui est fortement touchée par la mesure, a tôt fait de retrouver sa fougue d’antan pour expliquer combien elle est injuste. 

La règle est celle, la solidarité consiste à recevoir, pas à donner. Tout ce qu’on reçoit est un dû, tout ce qu’on donne est une spoliation.

Cette conception unilatérale de la solidarité explique largement pourquoi l’état des finances publiques en France est aussi délabré.

Le déni macronien face à la hausse de la CSG et à ses effets

Dès l’automne, l’affaire était pliée. Alors que la haine pure montait parmi nos sexagénaires et septuagénaires, la majorité a innocemment passé sous silence la vague qui commençait à gronder. Pourtant, un député de la majorité avait fini par porter plainte au vu des menaces de mort qu’il avait reçues d’un retraité mécontent. 

Mais la majorité est longtemps restée dans son déni moralisateur, expliqué dès le mois de mai par Aurore Bergé: les retraités doivent faire un effort. Ils doivent partager. Jusqu’il y a quelques semaines, la majorité macronienne s’en est tenu à ce service minimum en matière de pédagogie politique. 

Dans la pratique, la hausse de la CSG revenait pourtant à baisser les pensions, mesure inédite en France que même la Suède a hésité à prendre alors que son système le lui permettait. Officiellement, comme la mesure ne concernait que la fraction la plus aisée des retraités, l’exécutif n’a pas saisi l’ampleur du mécontentement auquel il s’exposait. 

Bien mal lui en a pris, puisque la hausse de la CSG touche les retraités les plus éduqués et les mieux rodés à l’expression publique ou à l’influence politique. Ceux-là ont rapidement rallié à eux les retraités plus modestes qui subissent la baisse malgré les projections officielles. Il est désormais impossible d’avoir une réunion de famille en France sans entendre citer le cas d’une grand-mère qui a à peine 1.000 euros de retraite et qui a perdu 25 euros par mois. 

Le corner dans lequel Macron s’est mis tout seul

De fait, il faut un train de vie de grand bourgeois (salarié) pour ne pas mesurer le cataclysme psychologique que produit une baisse ne serait-ce que de 300€ annuels sur une « petite retraite ». Imaginer que la pilule allait passer à la seule invocation du « partage de l’effort » témoigne d’une singulière méconnaissance de la réalité électorale. Et la majorité a commis une grave faute politique en ne réévaluant pas les risques auxquels elle s’exposait cet automne, au vu des premières remontées de terrain. 

Désormais, Macron s’est mis dans un corner qui tient plus à sa méthode qu’à la mesure elle-même. En donnant le sentiment de prendre à la légère l’embarras réel dans lequel il a mis certains retraités, il a incarné, matérialisé, ce sentiment d’arrogance cassante qu’il produit face à l’autre.

Ce sentiment diffus est pour lui une spirale infernale. Désormais, le moindre écart qui pourrait nourrir ce sentiment est retenu et amplifié contre lui. Il suffit de voir le succès d’audience remporté par la séquence où il « recadre » sèchement une journaliste française en Inde pour comprendre comment infuse dans l’opinion l’image d’un Président perdu sur son Olympe et méprisant vis-à-vis des petites gens. 

Faute d’avoir écouté, Macron peut ne s’en prendre qu’à lui-même de cette impasse où il se trouve. Et ce n’est pas faute d’avoir tiré la sonnette d’alarme sur les insuffisances de la majorité dans ce dossier il y a plusieurs mois. 

La stratégie qui aurait pu sauver Macron

Dans la pratique, le choix macronien de ne pas expliquer clairement que le pouvoir d’achat de nombreux retraités allait baisser se paie cash aujourd’hui. Les dénis ou les minimisations de l’automne ont toutes pris le goût amer de la trahison, du mépris et du mensonge. 

Au vu de l’impopularité durable qui guette le Président aujourd’hui, un meilleur choix eut été d’affronter l’opinion publique en expliquant clairement en quoi la fiscalisation de la sécurité sociale est une mesure juste.

On ne répètera jamais assez que les retraités français sont les mieux traités d’Europe en terme de niveau de revenu de remplacement. On comprend bien que ce rappel soit vécu par les mauvais coucheurs comme une mise en accusation. Pourtant, aucun système de retraite en Europe ne permet à ses bénéficiaires de vivre mieux que les salariés. Sauf en France.

Beaucoup de retraités ont connu une période de forte inflation qui leur a permis de devenir propriétaire à moindre frais. Les cotisations qui leur étaient prélevées à l’époque pour financer les retraites de leurs anciens étaient inférieures à celles des actifs actuels qui les font vivre. 

Contrairement à la légende colportée par les retraités, ils ont donc beaucoup moins cotisé que les actifs actuels pour accéder à leur retraite. Ils ont aussi beaucoup moins connu le chômage. Et ils sont beaucoup plus consommateurs de soins que les actifs. 

Ce discours-là, il fallait le tenir durant l’automne. Il fallait expliquer que la France ne peut indéfiniment se plaindre du chômage de masse et faire peser sur les actifs le prix de prestations qui sont consommées par les retraités. Sauf à aimer le chômage, le statu quo est absurde. 

Ce travail de pédagogie n’a pas eu lieu. Macron résume le discours politique à une communication et à des postures qui ne donnent pas de sens à sa vision. Le mal est désormais fait, et on voit mal comment les morceaux de l’étoffe pourraient être recousus. 

Cet article a été initialement publié sur le site Décider & Entreprendre

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