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Pouvoir d’achat : ce qui a vraiment marché ailleurs ou dans le passé (spoiler : ça dépasse un peu la politique économique actuelle...)
Publié le 13 février 2018
Alors que le débat sur le pouvoir d'achat se fait très prégnant en France, il est tentant de regarder ce qui a pu marcher dans d'autres pays, ou même par le passé en France. Mais une chose apparaît claire : le pouvoir d'achat ne peut pas augmenter plus vite que la productivité.
Patrick Artus est économiste.Il est spécialisé en économie internationale et en politique monétaire.Il est directeur de la Recherche et des Études de Natixis. Patrick Artus est le co-auteur, avec Isabelle Gravet, de La crise de l'euro: Comprendre les...
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Patrick Artus est économiste.Il est spécialisé en économie internationale et en politique monétaire.Il est directeur de la Recherche et des Études de Natixis. Patrick Artus est le co-auteur, avec Isabelle Gravet, de La crise de l'euro: Comprendre les...
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Alors que le débat sur le pouvoir d'achat se fait très prégnant en France, il est tentant de regarder ce qui a pu marcher dans d'autres pays, ou même par le passé en France. Mais une chose apparaît claire : le pouvoir d'achat ne peut pas augmenter plus vite que la productivité.

Atlantico : Alors que le gouvernement est actuellement en prise avec la question du pouvoir d'achat, quels sont les précédents historiques, en France ou à l’étranger qui peuvent illustrer des périodes ou le pouvoir d'achat a pu connaître une amélioration ? 

Patrick Artus : Il y a des exemples qui sont très regardés dans les années 90 comme le Canada, la Suède, le Danemark ou l'Irlande. Ce sont des exemples de pays qui, au début des années 90, ont considérablement réduit leur déficit public, ce qui a résulté en une forte poussée de la croissance et une baisse du chômage. Il y a un grand débat sur cette question entre économistes. Entre d'une part, les tenants de la thèse de la neutralité ricardienne  qui pensent que la réduction des déficits publics s'est faite par la baisse des dépenses publiques, c'est à dire par une anticipation de la baisse des impôts par les ménages qui a engendré une baisse du taux d'épargne des ménages, ce qui fait que la croissance accélère alors qu'on réduit les déficits publics. Ce serait l'idée, reprise aujourd'hui dans des travaux récents par Alberto Alesina qu'une réduction des déficits publics peut être expansionniste si elle est faite par une baisse crédible des dépenses publiques qui conduit à une baisse des impôts anticipés.

Et, d'autre part, les gens qui contestent cette thèse en disant qu'il faut prêter attention à ce qui a été entrepris en globalité.  Parce qu'au Canada, en Suède ou au Danemark, à cette époque, il y a eu  très forte baisse des taux d'intérêt et une forte dévaluation du taux de change. La baisse du taux d'épargne est attribuée non pas à l'anticipation de la baisse des impôts mais au couple dépréciation des changes et baisse des taux d'intérêt.

Il y a un débat à ce niveau-là qui reste non tranché.

Ensuite, il y a un débat sur le Portugal aujourd'hui. On voit apparaître une thèse qui soutient que ce qui fait que la situation économique du Portugal s'est considérablement améliorée depuis 2/3 ans et que l'on constate un retour de la progression du pouvoir d'achat avec une croissance forte serait la conséquence de l'action du gouvernement de gauche qui  abandonné l'austérité pour adopter une politique de relance budgétaire. Sauf que ce n'est pas vrai. Quand vous regardez les chiffres des déficits publics au Portugal, qui est de -2% du PIB, on constate qu'il n'y a pas de relance budgétaire. C'est ce que le ministre des finances du Portugal a confirmé en disant qu'il a simplement corrigé quelques exagérations des plans d'austérité sur les retraites ou les bas salaires des fonctionnaires.

Quand on regarde ce qui fait la croissance du Portugal c'est le couple exportation-investissements, comme en Espagne. Ce sont donc les grands gains de compétitivité qui sont dû à la baisse des salaires qui ont construit ce retour de la croissance. Ce n'est donc pas la relance keynésienne au Portugal qui a amélioré l'économie. Le Portugal, comme l'Espagne, récupèrent les fruits d'une politique de très forte amélioration de la compétitivité.

On peut également évoquer la période de la zone euro avant crise. La croissance était forte mais la politique budgétaire n'était pas vraiment restrictive. Ce qui a tiré la croissance à cette époque, ce sont les taux d'intérêt très bas. C'est à dire une politique monétaire expansionniste avec des taux d'intérêt bas et une croissance mondiale synchrone avec une grosse progression du commerce mondial entre 2002 et 2008. Donc c'est une relance par la demande qui est d'origine monétaire plus les exportations.

Au regard de ces éléments, quelles sont les leçons que peut en tirer le gouvernement français pour améliorer le pouvoir d'achat ? 

L'amélioration du pouvoir d'achat peut être la baisse du chômage mais ce n'est pas ce qui nous intéresse aujourd'hui. La question est de savoir si, dans une économie en régime de croisière, donc pas simplement lorsqu'elle sort de récession, on peut avoir une politique d'augmentation du pouvoir d'achat.

Et ici, la réponse est claire : le pouvoir d'achat ne peut pas augmenter plus vite que la productivité. Les gains de productivité en France sont inférieurs à 1% par an et les salaires ont augmenté légèrement plus vite que la productivité (avec l'Italie ce sont les seuls pays de l'OCDE dans ce cas). Donc aujourd'hui on a un gain de pouvoir d'achat en France qui est plafonné aux gains de productivité, c’est-à-dire 0,7, 08% par an. Par ailleurs le gouvernement français va devoir réduire les déficits publics, puisque compte tenu du point de départ du PIB en déficit public, des baisses d'impôt et des hausses de dépense annoncées (formation militaire…) tout le monde est d'accord pour dire qu'à l'horizon 2021, pour ramener le déficit public à 2% du PIB, il faudra baisser ce déficit de 3 points de PIB. 3 points de PIB d'ici 2021 c'est la croissance attendue de la productivité. On va donc donner 3 points de PIB aux ménages pour leur en reprendre 3. Si  nous voulons respecter nos engagements budgétaires, nous devrons reprendre aux ménages tout le supplément de revenu engendré par les gains de productivité. Il n'y aura donc pas de gain de pouvoir d'achat des ménages sauf si , pour une raison qui nous échappe aujourd'hui les gains de productivité se mettent à devenir plus fort que ce que l'on a connu depuis 10 ans, ce qui est hautement improbable.

Le problème que nous avons en France c'est que toutes les enquêtes montrent que les difficultés de recrutement des entreprises sont considérables; Cela veut dire que même à 9,5% de taux de chômage il est peu probable que ce taux baisse de beaucoup puisque l'on arrive à des niveaux de difficulté de recrutement très élevés pour les entreprises. Les gains de pouvoir d'achat ne viendront pas non plus d'une baisse considérable du chômage. Les chômeurs qui restent auront beaucoup de mal à trouver un emploi et les gains de productivité seront repris par l'Etat en raison de ces objectifs de réduction des déficits. Sauf si les Français décident de laisser grimper le déficit public à 5% du PIB ce qui est hautement improbable, ce qui en plus serait l'objet d'une condamnation en Europe il n'y aura aucun gains de pouvoir d'achat dans les 3 prochaines années.

Si la hausse du pouvoir d'achat passe par la hausse de la productivité, comment agir pour soutenir ce dernier paramètre ? 

Les seules réformes intéressantes c'est tout ce qui permet de faire baisser le chômage structurel, rendre plus employable les chômeurs. La réforme du système de formation professionnelle qui aujourd'hui ne s'occupe pas des chômeurs (13% de l'argent est utilisé pour les chômeurs) qui est annoncée dans le programme de Macron est une chose très importante

Il y a la question de la sous modernisation du capital. La France est le pays de l'OCDE où il y a  le moins de robots par salarié dans les entreprises. On en a deux fois moins que les Allemands qui eux-mêmes en ont deux fois moins que les Coréens. Il faudrait réfléchir aux raisons pour lesquelles les entreprises modernisent peu leur capital. Une des raisons essentielles c'est aussi les compétences. Les entrepreneurs nous expliquent qu'il est difficile d'embaucher des salariés compétents alors robotiser est aussi difficile.

Par rapport aux exemples du passé on est dans des contextes différents. Quand les Suédois ou les Canadiens décident de réduire les déficits publics, ils ont un chômage qui est colossal. Les politiques d'expansion monétaire ou de dévaluation du taux de change qui accompagnent la réduction des déficits publics permettent de distribuer du pouvoir d'achat par la baisse du chômage. Si nous avions un chômage cyclique considérable on se dirait qu'il faut faire des politiques de relance de la demande. Le problème c'est que l'on a  une grande inquiétude sur le fait qu'il y a  peu de chômage cyclique et que nous sommes arrivés à une situation où le chômage est structurel. Les ¾ de création d'emplois dont on se vante en France en 2017 sont des emplois pris par des travailleurs détachés venant des autres pays de l'UE. Les entreprises françaises ont eu recours à ces travailleurs détachés car elles ne trouvaient pas en France les personnes qui leur allaient. En France c'est l'immigration qui satisfait l'emploi car les locaux ne répondent pas aux demandes des entreprises.

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
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JA MESTIVIER
- 13/02/2018 - 17:31
OK Kroissance
croissance
kelenborn
- 13/02/2018 - 15:39
Oui
Toujours excellent Artus!!! Ferjou, resservez nous plus souvent du Artus et du Husson !
Citoyen-libre
- 13/02/2018 - 12:04
Question "idiote"
A quoi donc peut servir la croissance, quand elle ne profite pas au peuple, dans leur vie de tous les jours ? M. ARTUS, c'est pas lui qui a dit qu'en baissant fortement les retraites, mécaniquement nous aurions 3 points de PIB en plus ? Et les actionnaires, ils auront combien ?