En direct
Best of
Best of du 8 au 14 juin
En direct
© Rich Polk / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP
Disraeli Scanner
Ce que Le dernier Jedi révèle de la crise politique de l’Occident
Publié le 02 janvier 2018
Lettre de Londres mise en forme par Edouard Husson. Nous recevons régulièrement des textes rédigés par un certain Benjamin Disraeli, homonyme du grand homme politique britannique du XIXè siècle.
Benjamin Disraeli (1804-1881), fondateur du parti conservateur britannique moderne, a été Premier Ministre de Sa Majesté en 1868 puis entre 1874 et 1880.  Aussi avons-nous été quelque peu surpris de recevoir, depuis quelques semaines, des "lettres de...
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Disraeli Scanner
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Benjamin Disraeli (1804-1881), fondateur du parti conservateur britannique moderne, a été Premier Ministre de Sa Majesté en 1868 puis entre 1874 et 1880.  Aussi avons-nous été quelque peu surpris de recevoir, depuis quelques semaines, des "lettres de...
Voir la bio
Ajouter au classeur
Vous devez être abonné pour ajouter un article à votre classeur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Lecture Zen
Vous devez être abonné pour voir un article en lecture zen.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Lettre de Londres mise en forme par Edouard Husson. Nous recevons régulièrement des textes rédigés par un certain Benjamin Disraeli, homonyme du grand homme politique britannique du XIXè siècle.

Londres, 

31 décembre 2017

Mon cher ami, 

J’ai fait comme vous, je suis allé voir « L’épisode VIII ». Nous sommes d’une génération qui aura vu tous les épisodes lors de leur sortie en salle. Et comme vous, j’appréhendais d’être déçu. Si Star Wars est « Le Ring » du XXè siècle finissant (ne trouvez-vous pas que Wagner aurait fait un bon compositeur hollywoodien; né un siècle plus tard, il aurait évité de devenir le mégalomaniaque de Bayreuth), alors nous en sommes déjà au double d’épisodes par rapport à la saga wagnérienne. On peut imaginer des ratés. 

Eh bien, je n’ai pas été déçu, loin de là. Je pardonnerai volontiers quelques longueurs et une ou deux faiblesses, sans conséquence, de l’intrigue, pour une oeuvre qui jette un jour crû sur les tourments actuels de la conscience occidentale. 

Pourquoi la liberté est-elle si fragile dans notre Galaxie ? 

Je l’avais déjà pensé lors de l’épisode précédent, Le réveil de la Force: la Galaxie aura attendu moins d’une génération pour replonger dans le malheur et la menace impériale. Il faut se rappeler que Le retour du Jedi est du milieu des années 1980. Nous arrivons à la fin des années 2010. L’épisode VII nous a montré lHan Solo (Harrison Ford) vieillissant et se sacrifiant en tentant vainement de sauver son fils. Et l’épisode VIII était la dernière occasion de voir Carrie Fisher, l’interprète de la princesse Leia - l’actrice est entretemps décédée. Comment expliquer que ni Leia, ni Luke Skywalker ni Han Solo n’aient pu léguer l’héritage sans partage de la liberté à leurs enfants? Voilà qui en dit long sur la crise de la liberté en Occident. Les épisodes IV, V et VI de la saga, les premiers à avoir été tournés, étaient contemporains de la dernière phase de la Guerre Froide. A l’époque, non seulement nous nous identifions à la Résistance, aux Jedi, mais nous n’aurions pas été complètement surpris de voir Ronald Reagan prendre conseil auprès de Maître Yoda ou de découvrir le visage de Gorbatchev sous le masque de Darth Vador réconcilié avec son fils. Les épisodes I, II et III, montrés entre 1997 et 2004 respiraient encore franchement l’optimisme d’un Occident qui avait la bonne conscience du vainqueur de la Guerre froide. Evidemment, c’est l’époque où nous commencions à douter de l’Occident. Nous étions réceptifs à l’idée que le côté obscur pouvait emporter certains des nôtres. J’aurais bien vu Donald Rumsfeld arrachant son masque de respectabilité pour revêtir la robe d’un Seigneur Sith. Et j’avoue que je ne suis jamais entré dans l’hémicycle du Parlement européen sans qu’il me rappelle - le réel imite l’art aurait dit Oscar Wilde - la terrifiante salle du Sénat de la République où les parlementaires deviennent si anonymes qu’ils sont facilement la proie de Palpatine. 

Pour autant, nous nous rassurions en nous rappelant que I, II et III racontaient l’histoire d’avant. Nous pouvions compter sur ce « retour du Jedi » que nous connaissions par coeur. Eh bien tout se passe comme si  l’épisode VII et l’épisode VIII avaient été conçus comme pouvant être regardés directement après III. Imaginons qu’on nous explique que Palpatine et Darth Vador sont morts et remplacés par Snore et Kylo Ren..... Cela marcherait aussi. La liberté a l’air de n’être plus qu’un lointain souvenir. 

Non seulement nos héros d’il y a trente ans et leurs enfants sont placés sur la défensive par le réveil du côté obscur de la Force mais la nouvelle  Résistance est de plus en plus menacée. Elle apparaissait déjà bien fragile dans l’épisode VII; sa survie, dans l’épisode VIII relève du miracle. Les scènes où une poignée de rebelles sont à la merci de l’Empire métamorphosé en Premier Ordre portent à la puissance dix la tension qui présidait déjà à des scènes équivalentes dans les épisodes précédents. Si l’on regarde les épisodes dans l’ordre où ils ont été réalisés, nous avons l’histoire du pessimisme croissant de l’Occident. 

Je voudrais m’arrêter quelques instants sur le dénouement. Avez-vous remarqué que jamais aucun personnage des épisodes précédents, pas même Darth Vador, n’avaient exprimé une soif de violence aussi déchaînée que Kylo Ren? Le fils de Han Solo et de Leia fasciné par son grand-père Vador, dont il veut imiter la carrière au service du côté obscur, demande soudain que toute la puissance de feu de son armée soit déclenchée pour anéantir un seul adversaire, son oncle, Luke Skywalker, « le dernier Jedi » venu le défier. Comment ne pas voir dans le comportement de Kylo Ren, l’expression de la croissante tentation de la violence qui habite l’Occident depuis la chute de l’Union Soviétique? 

Luke Skywalker, les doutes d’un « conservateur » et la fragilité de la liberté

Malgré le déchaînement de feu qui le vise, Luke Skywalker reste debout parce que sa présence est un leurre: le « dernier Jedi » se trouve en fait à quelques années-lumières, sur une planète retirée, à mobiliser tout ce qu’il peut de la Force au service de Leia et de la Résistance par la puissance de son esprit. Les auteurs de l’épisode ont eu l’idée de faire s’affronter des forces spirituelles et toute la violence de Kylo Ren ne peut être - provisoirement -  vaincue que par une force spirituelle supérieure. Voilà qui pourrait nous rendre espoir. Mais pourquoi Luke est-il « le dernier Jedi »? Comment se fait-il que l’ordre monastique qui avait vaincu l’Empire n’ai pas suscité, dans les décennies qui ont suivi un renouveau des vocations et garanti ainsi quelques générations de liberté? 

Le personnage de Luke, ce Jedi qui n’arrive pas, sauf ’à la fin du film, à être à la hauteur de sa vocation, nous met sur la voie. La crise de la liberté, en Occident, est une crise de la tradition. Luke l’avoue lorsqu’il reproche à sa visiteuse, Rey, d’avoir contribué à faire émerger des légendes le concernant; il n’en veut pas ou du moins il en a peur; il n’aime pas l’idée d’être une source d’inspiration. Après le départ de Rey, il veut mettre le feu aux livres sacrés des Jedi. Apparaît alors maître Yoda qui montre à Luke que si la caverne sacrée doit brûler, ce ne sera pas de son fait mais parce que les livres sont devenus inutiles maintenant que Rey a pris le relais et fait revivre la tradition de la liberté. Lorsque Luke est rentré en lui-même et se laisse habiter par la force au point de pratiquer la bilocalité, il peut soudain affirmer à Kylo Ren qu’il n’est pas le dernier Jedi et que la liberté est bien vivante. La continuité des générations a été réaffirmée; la liberté peut à nouveau être conservée, cultivée et transmise.  

Notre liberté est ancienne. Elle doit être préservée, cultivée, transmise

Je ne me réjouis pas parce que nous aurons encore des épisodes de Star Wars. Mais parce que Le dernier Jedi indique que l’Occident pourrait être en train de redécouvrir le secret de notre liberté. Elle n’est pas sortie de l’esprit d’intellectuels, aussi bien disposés aient-ils été. Elle n’est pas le fruit d’un contrat social. Non, notre liberté est née il y a très longtemps dans une galaxie très lointaine, celle du Moyen-Age. Elle s’est incarnée dans ces assemblées populaires qui élisaient les évêques, dans ces ordres religieux qui ne voulaient dépendre que du pape, dans les assemblées communales qui ont accompagné le développement urbain, dans ces premiers parlements qui ont entendu encadrer l’arbitraire royal. Notre liberté est protégée par notre histoire et c’est pour cela que « la Grande Charte » est devenu un symbole si puissant. Notre liberté est menacée à chaque fois que se perd le sens de la continuité historique, de la transmission. Le dernier Jedi nous fait comprendre parfaitement comme la liberté individuelle est fragile. L’individu qui se proclame libéré des « chaînes du passé » est comme une plante déracinée, il ne survit que le temps d’avoir épuisé toutes ses réserves. La grandeur de l’Occident est de ne jamais avoir complètement perdu le sens des « libertés fondatrices »: Montesquieu savait ce qu’il faisait en enracinant les libertés modernes dans les libertés féodales. Chateaubriand, le plus grand de vos conservateurs, savait lui aussi que la liberté est enracinée dans la continuité d’une tradition, sous peine de dépérir. Les individus, livrés à eux-mêmes - et au nom de leur liberté incompressible - sont très forts pour inventer toutes les contraintes imaginables, pour renforcer l’intervention de l’Etat, pour mobiliser toutes les ressources de la raison au service d’une uniformité qui favorise l’avènement de la tyrannie.

Star Wars témoigne de la lutte de la culture occidental avec l’individualisme qui, lorsqu’il n’est pas canalisé par la solidarité des générations, finit par se retourner en son contraire, le totalitarisme. Episode après épisode, nous découvrons comme la liberté des modernes est fragile et comme elle ne tient qu’à un fil, celui d’une tradition quelquefois si obscurcie que les combattants de la liberté se demandent s’ils ne vont pas être définitivement engloutis. 

Mon cher ami, je me réjouis de vous revoir en 2018. Je vous souhaite une année pleine de succès et je reste 

Votre fidèle et dévoué 

Benjamin Disraëli

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
Articles populaires
Période :
24 heures
7 jours
01.
Véhicules propres : la Chine abandonne l'électrique pour miser sur la voiture à hydrogène
02.
Mariage de Karine Ferri : Nikos n'est pas venu, les autres stars non plus; Laeticia Hallyday se rabiboche avec son père, Meghan Markle aurait fait fuir sa mère, Rihanna renoue avec son milliardaire;  Kate Middleton snobe Rose, Britney Spears s'arrondit
03.
Crise au sein de LREM dans le Nord : six députés claquent la porte
04.
Laura Smet a épousé Raphaël Lancrey-Javal au Cap Ferret
05.
Le "chat renard", une nouvelle espèce de félin découverte en Corse
06.
Vous pensiez qu’un verre de lait et un jus d’orange étaient le petit-déjeuner parfait ? Voilà pourquoi vous avez tort
07.
Stars ET milliardaires : quand la puissance de la célébrité transforme Jay Z ou Rihanna en magnats des affaires
01.
Véhicules propres : la Chine abandonne l'électrique pour miser sur la voiture à hydrogène
02.
Mariage de Karine Ferri : Nikos n'est pas venu, les autres stars non plus; Laeticia Hallyday se rabiboche avec son père, Meghan Markle aurait fait fuir sa mère, Rihanna renoue avec son milliardaire;  Kate Middleton snobe Rose, Britney Spears s'arrondit
03.
Cette nouvelle technique du dépistage du cancer de la prostate qui pourrait sauver de nombreuses vies
04.
Justification des violences contre les femmes : les étonnants propos de l’imam de l’université la plus prestigieuse du monde sunnite
05.
Crise au sein de LREM dans le Nord : six députés claquent la porte
06.
Révolution sur canapé : une enquête montre que 92% des activistes berlinois d’extrême-gauche vivent chez papa-maman
01.
PMA : la droite est-elle menacée de commettre la même erreur qu’avec le progressisme des années 60 qu’elle a accepté en bloc au nom de l’évolution de la société ?
02.
“Droite moderne”, “LREM pragmatique pour le bien du pays” : mais au fait, qu’est ce que cela veut vraiment dire ?
03.
Justification des violences contre les femmes : les étonnants propos de l’imam de l’université la plus prestigieuse du monde sunnite
04.
Mais pourquoi s’abstenir de faire des enfants pour sauver la planète alors que le pic démographique est passé ? Petits arguments chiffrés
05.
Réforme des retraites : pourquoi les salariés du privé ont toutes les raisons de s’inquiéter
06.
De Benalla à Loiseau en passant par Castaner : ces déceptions personnelles d'Emmanuel Macron qui montrent son incapacité à bien s'entourer
Commentaires (0)
Ecrire un commentaire
Vous devez être abonné pour rédiger un commentaire.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.
*Toute validation est définitive, vous ne pourrez pas rééditer votre commentaire.
Pas d'autres commentaires