En direct
Best of
Best of du 6 au 12 juillet
En direct
© Reuters
Edito

L’affaire de Nantes montre les difficultés de la France à épouser son siècle

Publié le 15 décembre 2017
Le feuilleton de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes n'a pas connu son dénouement avec le rapport circonstancié de trois experts indépendants réputés. Et alors que les conditions du développement économique se sont profondément transformées, les protagonistes continuent de palabrer comme si l’on était encore à la période du Général de Gaulle.
Michel Garibal , journaliste, a fait une grande partie de sa carrière à la radio, sur France Inter, et dans la presse écrite, aux Échos et au Figaro Magazine.
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Michel Garibal
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Michel Garibal , journaliste, a fait une grande partie de sa carrière à la radio, sur France Inter, et dans la presse écrite, aux Échos et au Figaro Magazine.
Voir la bio
Ajouter au classeur
Vous devez être abonné pour ajouter un article à votre classeur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Lecture Zen
Vous devez être abonné pour voir un article en lecture zen.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Le feuilleton de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes n'a pas connu son dénouement avec le rapport circonstancié de trois experts indépendants réputés. Et alors que les conditions du développement économique se sont profondément transformées, les protagonistes continuent de palabrer comme si l’on était encore à la période du Général de Gaulle.

On avait cru que le rocambolesque feuilleton de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes allait connaitre son dénouement avec le rapport circonstancié de trois experts indépendants réputés. Pendant des mois, ceux-ci ont procédé à des auditions de deux cents personnalités de tous bords. Ils ont produit un document de grande qualité, qui énumère les différentes solutions possibles, sans toutefois prendre position. La balle est renvoyée au président de la République qui affirme qu’il prendra une décision au cours du mois de janvier. Il y a eu tant de déceptions dans le passé qu’on ne peut s’empêcher de ressentir un certain doute, avec la crainte qu’une fois de plus, l’affaire se termine par un non-lieu. Elle dure en effet de plus d’un demi-siècle : elle a commencé bien avant que le chef de l’Etat ne voie le jour et elle a multiplié les péripéties, les avancées et les reculades, au rythme des humeurs des politiques, avec les travers de l’administration comme de la magistrature, oscillant selon les époques entre Kafka et Courteline, sans que le pouvoir ait pu tracer un fil conducteur.

Pourtant, en cinquante deux ans, le monde a évolué, mais les protagonistes continuent de palabrer comme si l’on était encore à la période du Général de Gaulle. C’est lui qui avait chargé Paul Delouvrier, son grand bâtisseur, l’homme qui a multiplié les chantiers à base de béton. C’était l’époque où l’Etat était le grand maître alors que les populations s’adaptaient aux changements d’un pays qui connaissait un développement  rapide. Les aéroports étaient plaqués sur une région au milieu des champs, avec un  urbanisme qui se diversifiait autour. Mais on oubliait de créer des liaisons transversales, comme on le voit aux difficultés de circulation entre Rennes et Nantes par exemple. Aujourd’hui, personne ne conteste que l’aéroport en cause devrait avoir pour objectif de mettre fin à une période de sous-équipement. Nantes a seulement une piste de grande envergure, incapable de faire face au trafic dans les périodes  de pointe. Mais il faut tenir compte des rivalités qui se sont développées avec les autres villes équipées au trafic aérien comme Rennes ou Brest, qui ne souhaitent pas faire face à une nouvelle concurrence.

Car les conditions du développement économique se sont profondément transformées. La période de l’Etat-Roi est révolue. Il faut désormais tenir compte de deux paramètres essentiels : la décentralisation qui a fait monter une série de petits potentats locaux qui s’arcboutent sur leurs pouvoirs récents pour mettre des bâtons dans les roues pour faire prévaloir leurs situations personnelles. A l’autre bout de la chaine, il y a aujourd’hui la mondialisation avec les règlements européens et internationaux qui exercent  une influence croissante, tandis que certains pays comme la Chine manifestent un intérêt vif en particulier pour les territoires agricoles.

Par ailleurs, l’Etat aménageur et de plus en plus contesté par des populations qui se rebiffent, tandis que les idées écologiques gagnent du terrain et que l’empreinte carbone devient un porte-drapeau. Les quelques centaines de marginaux qui occupent quelques centaines d’hectares inquiètent le pouvoir, car la tentative de les faire évacuer en 2012 s’est soldée par un échec. Ils ont opéré un véritable enracinement, avec des enfants qui naissent sur ces territoires, et ils ont une faculté de mobiliser le cas échéant des milliers de manifestants venus du monde entier et adeptes d’une contre culture, à l’opposé du modèle de consommation occidental, sans hiérarchie, vivant en autogestion, Ils sont très minoritaires, mais ont réussi à faire oublier le  referendum de juin  2016 qui s’était pourtant  prononcé en faveur de la construction du nouvel aéroport. Ils ont infligé ainsi un camouflet à l’Etat de droit.

Il sera pourtant bien difficile à Emmanuel Macron de sortir de l’impasse dans laquelle se trouve le pays. L’aura dont il bénéficie présentement à l’étranger lui sera bien  utile. Mais rien ne dit  qu’elle sera suffisante dans une société malmenée de plus en plus comme le constate le Président de l’Assemblée nationale François de Rugy par une « dérive dans l’obstruction et l’enlisement ».

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
Articles populaires
Période :
24 heures
7 jours
01.

Immigration : quand la vérité des chiffres émerge peu à peu

02.

Céline Dion envoie DEUX stylistes à l’hosto; Nabilla veut de grandes études pour son bébé; Elizabeth II recueille une milliardaire en fuite; Laeticia Hallyday humiliée à Saint-Tropez; Cyril Hanouna achète à Miami, François H. & Julie Gayet à Montsouris

03.

Auriez vous le brevet des collèges ou... signé une pétition car les épreuves étaient trop difficiles ?

04.

Safari des gérants du Super U : pourquoi leur cas est bien plus défendable qu’il n’y paraît d’un point de vue environnemental

05.

Ces cinq erreurs de politiques publiques qui coûtent incomparablement plus cher à la France que quelques dîners au luxe malvenu

06.

Ces 6 questions que soulèvent les révélations sur François de Rugy et qui en disent long sur le niveau de dysfonctionnement politique et économique de notre pays

01.

Greta Thunberg à l’Assemblée nationale : le révélateur de la faiblesse des écologistes politiques ?

02.

Immigration : quand la vérité des chiffres émerge peu à peu

03.

Ces cinq erreurs de politiques publiques qui coûtent incomparablement plus cher à la France que quelques dîners au luxe malvenu

04.

L’humanité a-t-elle atteint son pic d’intelligence ?

05.

Chasse aux comportements indécents : ce que la France a à gagner … et à perdre dans sa quête grandissante de vertu

06.

François de Rugy, le bouc émissaire dont la mise à mort inquiète le monde de l’entreprise

Commentaires (11)
Ecrire un commentaire
Vous devez être abonné pour rédiger un commentaire.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.
*Toute validation est définitive, vous ne pourrez pas rééditer votre commentaire.
jurgio
- 15/12/2017 - 17:22
Ma petite planète à moi ! à moi !
avec mon petit champ (fertile) mon petit jardin (fleuri), mes chers animaux domestiques, ma petite masure (où il n'y a pas de bruit ! ) ! Oui, en fin de siècle, il y aura sans doute 12 milliards d'hommes à nourrir. Mais où sera ma maison ? Les problèmes du futur, en ai-je vraiment la vision ? De quelles espèces se nourrira-t-on ? Nantes, c'est demain, et notre capacité s'arrête là.
ROX-CROSIR
- 15/12/2017 - 17:14
l'affaire de nantes...la France hésite à épouser son siècle
Oui en construisant l'aéroport de Nantes, la France épouserait le ...20ème siècle ! Le 21ème siècle attend d'autres décisions, attend de relever des défis majeurs : rien de moins que la survie de l'espèce humaine. Ce défi sera plus visible au prochain aléa climatique qui compromettra la récolte de céréales au USA et de riz en Asie.
ROX-CROSIR
- 15/12/2017 - 17:03
Aréoport Notre-Dame des Landes
Les arguments économiques en faveur de l'aéroport me paraissent périmés. Dans très peu d'années ce qui aura de la valeur ce sera l'agriculture et l'alimentation. Il y a une équation : explosion démographique mondiale / pertes de terres agricoles : nous risquons une famine majeure dans les prochaines 10 années. La protection des terres agricoles et l'autosuffisance alimentaire me paraissent une priorité; En tant qu'investisseur je préfèrerais parier sur des valeurs de l'alimentation que sur le nouvel aéroport.