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Echos des sommets
"Quand on est alpiniste, le véritable exploit n’est pas forcément d’atteindre le sommet mais surtout de rentrer vivant"
Publié le 10 décembre 2017
Connu comme le "sprinteur de l'Everest", titre qu'il n'affectionne pas, Marc Batard est un des plus grands alpinistes de notre époque. Atypique, il nous livre une vision de la montagne beaucoup plus intime et mesurée à l'occasion de la sortie d'un livre sur sa vie écrit par Frédéric Thiriez à First Editions.
Marc Batard est un alpiniste, conférencier, peintre et photographe français. Il est notamment connu pour avoir effectué la première ascension de l'Everest en solitaire et sans oxygène en moins de 24 heures.
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Marc Batard
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Marc Batard est un alpiniste, conférencier, peintre et photographe français. Il est notamment connu pour avoir effectué la première ascension de l'Everest en solitaire et sans oxygène en moins de 24 heures.
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Connu comme le "sprinteur de l'Everest", titre qu'il n'affectionne pas, Marc Batard est un des plus grands alpinistes de notre époque. Atypique, il nous livre une vision de la montagne beaucoup plus intime et mesurée à l'occasion de la sortie d'un livre sur sa vie écrit par Frédéric Thiriez à First Editions.

Atlantico :  Frédéric Thiriez signe un livre retraçant votre parcours, aussi bien professionnel qu'intime, une longue épopée pleine d'anecdotes à altitude déraisonnable pour nous autres, hommes des plaines. Un alpiniste n'est-il pas toujours, en plus d'un spécialiste et d'un sportif, un conteur de métier ? La façon dont on vous voit toujours vous référer à vos illustres prédécesseurs n'est-elle pas la marque de cette tradition qui veut qu'en même temps que vous gravissez une montagne, vous l'écriviez ?

Marc Batard : Oui, c'est une certaine tradition. J'ai trouvé ma vocation grâce à des grands hommes comme Lionel Terray. J'ai ensuite rencontré des légendes comme Edmund Hillary. Et un livre comme celui de Frédéric Thiriez permet de laisser des traces aux futures générations.

Ne s'agit-il pas toujours d'aller chercher un sommet, un exploit à rapporter ? N'y a-t-il pas un côté chercheur d'or dans votre métier ?

Oui et non. Parce que le véritable exploit est surtout de rentrer vivant. Aller au sommet n'en est pas forcément un. Frédéric Thiriez a très bien repris un thème que j'avais beaucoup développé dans un livre précédent intitulé La sortie des cimes, c'est la beauté du renoncement. Il peut y avoir exploit à renoncer quelques mètres sous le sommet. Et l'exploit peut être moindre quand on l'atteint. L'exploit est bien de rentrer vivant.
 

Oui, il y a un très beau passage dans ce livre où il est dit que "le vrai courage, c'est de savoir renoncer". Cela ressemble à cette belle phrase d'Albert Camus : "un homme, ça s'empêche".

Je suis très heureux dans cet esprit que Frédéric Thiriez ait mis le poème écrit par mon fils quand il avait 16 ans pour introduire son ouvrage, parce que cela raconte exactement ça : la montagne peut nous être "fatale/ Ou vitale."
 

Comment l'alpiniste vit-il la proximité qu'induit son activité avec la présence symbolique et réelle de la mort sur les flancs élevés de la montagne et dans son cœur ?

La connaissance de cette proximité est un garde-fou. Ceux qui sont inconscients, malheureusement, ne vont pas très loin. La peur nous protège. Ceux qui n'ont pas peur sont plus en danger, même si pour faire cette activité, il faut être un peu fêlé, ce que j'étais. C'est quelque chose de compliquer de pratiquer un tel sport extrême. J'y ai trouvé beaucoup de sens, mais cela a été difficile pour mes enfants parce qu'ils sont nés alors que j'avais déjà cette passion. Ils en ont un peu souffert et ont fini par accepter.
 

Comment jugez-vous ces polémiques autour des grimpeurs qui s'élancerait à l'assaut de hauts sommets sans préparation, provoquant de nombreux accidents parfois tragiques, vous qui passiez énormément de temps à vous préparer ?

Si vous faites référence aux accidents bêtes qui ont eu lieu sur le Mont Blanc, notamment avec ces gens qui vont faire des ascensions en tennis à la "Kilian Jornet", je ne suis pas d'accord avec ceux qui considèrent que ce sont les gens comme Kilian Jornet qui sont responsables de ces accidents-là. Médiatiquement, on parle d'ailleurs trop de ces accidents idiots, et on ne met pas assez l'accent sur ceux qui sont bel et bien équipés et qui vont en cordée vaincre le Mont Blanc mais qui ne savent pas se servir d'une corde.

Donc si quelqu'un est apte à faire le Mont Blanc en tennis et en short, qu'on le laisse faire. Et si malheureusement il y a des idiots qui meurent, il ne faut pas oublier de mettre le doigt sur les vrais problèmes. Le maire de Saint Gervais est bien gentil, mais il s'est fait mal conseiller quand il a décrété ses arrêtés municipaux. Parce qu'imposer un matériel à des gens, cela peut paraître normal, mais il faut aller jusqu'au bout : les gens savent-ils vraiment se servir de leur corde et de leurs crampons. Il y a des miracles tous les jours sur le Mont Blanc, et même chez des gens qui sont en cordée. Parce que s'il y en a un qui tombe, comme ils ne savent pas utiliser la corde, la mort en attrape deux ou trois…

On reste trop sur le sensationnel : alors oui il y a l'accident d'untel qui est mort en short, mais l'information n'est pas assez développée.

Et on retrouve le même phénomène en mer : des gens croient connaître la mer et subissent les mêmes aléas liés à leur inconscience.

La haute montagne, un peu comme la mer par ailleurs, semble être une expérience assez particulière en ce qu'elle connait sa propre temporalité. Qu'est-ce qui explique que le temps se vit différemment qu'on soit là-haut ou à des altitudes plus communes ?

Je ne sais pas. C'est l'affrontement avec la nature. Je ne connais pas la mer, mais je connais des marins, que j'ai pu côtoyer, comme Titouan Lamazou. Nous avons des points en commun puisque nous aimons tous les deux la peinture. Titouan aurait voulu être guide de haute montagne, et finalement il a été marin. Il y a beaucoup de similitudes entre nos deux univers, c'est certain, c'est le côté extrême de nos environnements qui veut ça. C'est aller chercher quelque chose dans la nature, mais aussi aller chercher la nature elle-même.

Votre livre retrace un parcours déjà bien fourni avec de grands exploits, de magnifiques renoncements, mais on apprend aussi de façon surprenante que tout cela n'est pas encore terminé pour vous. Vous projetez ainsi de gravir une dernière fois l'Everest en 2022 à l'âge de 70 ans, un nouveau record peut-être ! Qu'est-ce qui vous motive cette fois-ci ?

C'est l'opportunité de la vie. Je vis depuis quatre ans avec un jeune Brésilien qui est très sportif, et il y a un peu plus d'un an, je lui ai dit que comme j'étais en pleine forme, et qu'il était tout jeune et sportif, j'allais l'amener faire l'Everest pour mes 70 ans. Il a dit oui, et j'ai commencé un dossier de recherche de sponsoring. J'ai demandé à mon ami Emmanuel Petit de m'aider à trouver des sponsors. Et il m'a dit que j'étais complètement fou et qu'il ne voulait pas que j'aille me tuer à l'Everest avec sa caution. Et cela s'explique, parce que Emmanuel Petit lui-même ne connait pas la haute-montagne ! Il la voit comme quelque chose de diabolique, parce que dans les médias, on la voit trop souvent sous l'angle des accidents parce que cela fait vendre du papier. Mais grâce à lui, j'ai gardé ma motivation, je suis en pleine forme, et j'ai donc rassemblé une cordée. Pour refaire l'Everest à 70 ans sans oxygène, je me suis constitué une cordée très solide pour me donner plus de chance de réussir. J'ai pris un jeune Franco-Tunisien, un sherpa qui a fait neuf fois l'Everest, un autre qui l'a fait une fois. Et je lui ai donné du sens. Ce projet va permettre la création d'une école de guide de très haute montagne pour permettre qu'il y ait moins d'accident dans l'Himalaya et dans les Alpes. On m'a appelé le "sprinteur de l'Everest" alors que je suis contre la compétition. Mais pourquoi m'a-t-on appelé ainsi ? Parce que j'ai été le premier à gravir l'Everest sans oxygène et en moins de 24h. Cela ne me plait pas, mais je l'assume parce que cela me permet de faire parler de la montagne comme en ce moment.

Vous semblez déplorer les travers du côté romantique et donc excessif de ce monde qui semble toujours pousser à faire plus…

Oui bien sûr. Et depuis ma jeunesse, mes professeurs de gymnastique m'ont poussé à faire de la compétition, mais cela ne m'a jamais intéressé. L'alpinisme m'a donné la capacité d'utiliser mes compétences physiques exceptionnelles dans un domaine où la nature nous laisse découvrir, et donc un sport de haut niveau totalement adapté à ma personne.

Qu'est-ce que vous diriez à un jeune qui regarde les sommets avec fascination et rêve de suivre vos pas ou d'ouvrir d'autres chemins inaccessibles au-dessus des 8000 mètres ?

Moi je l'encouragerai à réaliser ses rêves. Parce que pour être heureux il faut le faire ! Et en même temps je lui conseillerai de lire le poème de mon fils Alan. Parce qu'en quelques lignes, tout est dit. La montagne m'a moi-même fasciné, elle m'a prise. Mais je leur dirai bien que c'est dangereux. Néanmoins, si tu respectes la montagne, cela se passe bien.

Hélas, il y a beaucoup de dérives ces dernières années. Il y a trop de guides qui ont des accidents avec leurs clients. Que les guides en aient seul, ce n'est pas un problème. Mais ce n'est pas normal qu'il y ait autant d'accidents avec des clients, car ils sont responsables de gens qui leur confie leurs vies. Justement l'école d'alpinisme de très haute montagne que je crée veux remédier à cela, pour ne pas rester à la technique mais pour apprendre à ne pas prendre de risques dans une approche plus pédagogique qui transmet l'amour de la montagne.

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