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Migraines à venir
Gel du SMIC ? Tout ce qu’il faut savoir pour se faire un avis sur un casse-tête 100 % Made in France
Publié le 06 décembre 2017
Dans un rapport transmis aux partenaires sociaux, un groupe d’experts recommande "de modifier la formule de revalorisation du SMIC". Une proposition qui fait débat.
Jean-Paul Betbeze est président de Betbeze Conseil SAS. Il a également  été Chef économiste et directeur des études économiques de Crédit Agricole SA jusqu'en 2012.Il a notamment publié Crise une chance pour la France ; Crise : par ici la sortie ;...
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Gilles Saint- Paul est un économiste spécialiste du marché du travail.
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Yannick L’Horty est Professeur à l’Université Paris-Est, directeur de la fédération de recherche « Travail, Emploi et Politiques Publiques » du CNRS.Il est spécialiste du marché du travail et de l’évaluation des politiques publiques dans le domaine de l...
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Jean-Paul Betbeze est président de Betbeze Conseil SAS. Il a également  été Chef économiste et directeur des études économiques de Crédit Agricole SA jusqu'en 2012.Il a notamment publié Crise une chance pour la France ; Crise : par ici la sortie ;...
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Dans un rapport transmis aux partenaires sociaux, un groupe d’experts recommande "de modifier la formule de revalorisation du SMIC". Une proposition qui fait débat.

Atlantico : Selon un groupe d'expert, la formule de revalorisation du SMIC devrait être modifiée, ceci répondant à deux objectifs : la baisse du chômage et la lutte contre la pauvreté. Un constat basé principalement sur le fait que les personnes les moins qualifiées sont exclues du marché du travail en raison d'un SMIC trop élevé, et d'une méthode de revalorisation qui conduit à des effets pervers de circularité (la hausse du SMIC entraînant la hausse des salaires qui entraîne, elle-même, une hausse du SMIC). Comment apprécier ces conclusions ? Quels seraient les bienfaits apportés à l'employabilité des personnes les moins qualifiées dans une logique d'intégration sur le marché du travail ? 

Gilles Saint-Paul : On peut affirmer à propos du SMIC trois choses. La première est que celui-ci est un mauvais outil pour donner du pouvoir d’achat aux pauvres, parce qu’il augmente le coût d’employer ces mêmes pauvres. Une hausse du SMIC de 100 euros peut se comprendre comme la combinaison d’un transfert de 100 euros au profit d’un travailleur, financé par une taxe du même montant frappant précisément l’emploi de la personne que l’on prétend aider. Il en résulte que sur longue période, le SMIC est un important facteur de chômage pour les travailleurs non qualifiés, surtout lorsqu’ils sont jeunes ou âgés. Le second aspect du SMIC est que la France est l’un des pays où il est le plus contraignant. En 2016 il représente environ la moitié du salaire moyen, ce qui situe la France au deuxième rang des pays développés après la Nouvelle-Zélande. La proportion d’employés au salaire minimum oscille entre 10 et 15% selon la conjoncture, ce qui est particulièrement élevé comparé aux autres pays développés, même si ce chiffre est dépassé par un certain nombre de pays de l’Est. Le troisième aspect est que le SMIC est devenu un symbole national, ce qui rend politiquement difficile de le réformer. Et c’est cet aspect symbolique qui contribue à la circularité déplorée par les auteurs, puisque le SMIC est utilisé comme point de référence par certaines branches. On sait pourtant qu’il a un coût important en termes d'emploi,  et qu’il frappe particulièrement les travailleurs les moins productifs, notamment dans les régions les plus pauvres. Le rapport en question a donc raison de s’attaquer à ce tabou. 

Yannick L’Horty : Le groupe d’expert sur le salaire minimum de croissance formule tous les ans depuis 2009 des recommandations sur l’évolution du Smic. Sa composition a été renouvelée l’été dernier et ce premier rapport marque une inflexion dans le discours. Les inconvénients du SMIC sur le chômage sont désormais très fortement soulignés et le rapport explore plusieurs pistes de réformes, en semblant privilégier celle de la fin des revalorisations automatiques du salaire minimum. Si elle était suivi d’effets, cette recommandation rendrait possible la baisse du salaire minimum en termes réels. Il s’agit d’une rupture profonde avec les règles d’évolution du Smic qui sont en vigueur depuis son instauration en 1970. Jamais le SMIC, ni le SMIG avant lui, instauré en 1950, n’ont diminué en pouvoir d’achat. Cette recommandation mettrait fin à des pratiques installées depuis l’après-guerre.

Le point de vue du comité est que nous avons depuis plusieurs décennies une inflation maîtrisée et de faibles gains de productivité, ce qui entretient la modération salariale. Dans un tel contexte de grande inertie des prix et des salaires, les moindres hausses du Smic se diffusent fortement sur les prix et les salaires. D’où l’idée d’un changement des règles d’indexation pour s’adapter aux singularités d’un contexte d’inertie nominale.

Si la portée symbolique de cette recommandation est très forte, sa portée pratique ne doit toutefois pas être exagérée. Le Smic est un salaire horaire brut et il y a une forme de myopie collective à focaliser les débats sur ce niveau de rémunération. Ce qui intéresse les employeurs est un coût horaire total, qui comprend les cotisations sociales et les diverses exonérations. Et ce qui intéresse les salariés est un salaire net mensuel, après prélèvements sociaux. L’évolution du salaire minimum brut est largement déconnectée en France de celle du coût du travail et de celle des revenus des smicards. Un changement des règles d’indexation du SMIC, a fortiori dans un contexte d’inflation quasi-nulle, peut ne produire aucune conséquence économique ou sociale, ni sur l’emploi, ni sur le pouvoir d’achat. Tout dépend des évolutions parallèles des cotisations sociales, des impôts et des transferts sociaux vers les ménages les plus défavorisés.

Jean-Paul Betbeze : Il faut saluer le fait que la question du salaire minimum en France, actuellement déterminé par des formules, a été enfin plus directement abordée. Et abordée en liaison avec le chômage et la pauvreté, ses objectifs. Il faut saluer aussi que l’approche ait été technique et statistique, en s’éloignant ainsi de jugements de valeurs, moraux ou surtout politiques. Ce n’est en effet pas la première fois que la dérive de cette méthode de calcul du SMIC a été mise en avant, avec les risques des « fameux coups de pouce », chers aux médias.Mais c’est la première fois que la démarche est sérieuse, autrement dit courageuse.

D’abord, l’emploi reprend enfin en France, avec la reprise économique actuellement en cours, comme en zone euro, mais relativement moins qu’ailleurs. Le contenu en emploi de la croissance reste toujours le problème français, et ceci ne peut venir que d’un coût trop élevé par rapport à une productivité trop faible, qu’on le veuille ou non. Les entreprises privées, partout dans le monde, embauchent jusqu’à ce que l’embauche marginale ne rapporte plus assez, en fonction de l’idée qu’elles se font des marges actuelles et futures, autrement dit de la croissance et des coûts.

Et ici, pendant des années, le Salaire minimum (SMIG puis SMIC) a monté en France, avec peut-être des idées politiques et sociales « généreuses », mais avec aussi le souci économique de faire progresser les entreprises, d’où le passage de SMIG à SMIC ! Mais, si l’on augmente trop vite le SMIG, les entreprises embauchent moins, sous-traitent, importent et, si elles ne peuvent, robotisent.

Quant aux effets de circularité, la hausse du SMIC entraînant la hausse des salaires qui entraîne elle-même une hausse du SMIC, ilsexistent et sont en fait devenus (heureusement)  assez limités. Les hausses de salaires suite aux hausses de SMIC se poursuiventdésormais sur deux trimestres, puis cessent.

Mais le plus grave est ailleurs, c’est d’avoir créé une « trappe à SMIC » : 10% des salariés bénéficient directement de sa hausse, jusqu’à un tiersde leu nombre, de façon presque imperceptible pour les derniers. On assiste ainsi à des carrières ouvrières ou de services entièrement liées aux SMIC, hors formation, ce qui est proprement désespérant. Or cette réalité n’est pas connue : le « coup de pouce » est ainsi largement apprécié, avec l’idée d’en profiter !Qu’il est grand, ce secteur public qui augmente les bas salaires du privé ! Mais rien, au fond, n’est aujourd’hui possible sans stabilisation du SMIC avec formation, pour permettre ensuite son augmentation significative, avec la productivité.

Atlantico : Selon un groupe d'expert, la formule de revalorisation du SMIC devrait être modifiée, ceci répondant à deux objectifs : la baisse du chômage et la lutte contre la pauvreté. Un constat basé principalement sur le fait que les personnes les moins qualifiées sont exclues du marché du travail en raison d'un SMIC trop élevé, et d'une méthode de revalorisation qui conduit à des effets pervers de circularité (la hausse du SMIC entraînant la hausse des salaires qui entraîne, elle-même, une hausse du SMIC). Comment apprécier ces conclusions ? Quels seraient les bienfaits apportés à l'employabilité des personnes les moins qualifiées dans une logique d'intégration sur le marché du travail ? 

Gilles Saint-Paul : On peut affirmer à propos du SMIC trois choses. La première est que celui-ci est un mauvais outil pour donner du pouvoir d’achat aux pauvres, parce qu’il augmente le coût d’employer ces mêmes pauvres. Une hausse du SMIC de 100 euros peut se comprendre comme la combinaison d’un transfert de 100 euros au profit d’un travailleur, financé par une taxe du même montant frappant précisément l’emploi de la personne que l’on prétend aider. Il en résulte que sur longue période, le SMIC est un important facteur de chômage pour les travailleurs non qualifiés, surtout lorsqu’ils sont jeunes ou âgés. Le second aspect du SMIC est que la France est l’un des pays où il est le plus contraignant. En 2016 il représente environ la moitié du salaire moyen, ce qui situe la France au deuxième rang des pays développés après la Nouvelle-Zélande. La proportion d’employés au salaire minimum oscille entre 10 et 15% selon la conjoncture, ce qui est particulièrement élevé comparé aux autres pays développés, même si ce chiffre est dépassé par un certain nombre de pays de l’Est. Le troisième aspect est que le SMIC est devenu un symbole national, ce qui rend politiquement difficile de le réformer. Et c’est cet aspect symbolique qui contribue à la circularité déplorée par les auteurs, puisque le SMIC est utilisé comme point de référence par certaines branches. On sait pourtant qu’il a un coût important en termes d'emploi,  et qu’il frappe particulièrement les travailleurs les moins productifs, notamment dans les régions les plus pauvres. Le rapport en question a donc raison de s’attaquer à ce tabou. 

Yannick L’Horty : Le groupe d’expert sur le salaire minimum de croissance formule tous les ans depuis 2009 des recommandations sur l’évolution du Smic. Sa composition a été renouvelée l’été dernier et ce premier rapport marque une inflexion dans le discours. Les inconvénients du SMIC sur le chômage sont désormais très fortement soulignés et le rapport explore plusieurs pistes de réformes, en semblant privilégier celle de la fin des revalorisations automatiques du salaire minimum. Si elle était suivi d’effets, cette recommandation rendrait possible la baisse du salaire minimum en termes réels. Il s’agit d’une rupture profonde avec les règles d’évolution du Smic qui sont en vigueur depuis son instauration en 1970. Jamais le SMIC, ni le SMIG avant lui, instauré en 1950, n’ont diminué en pouvoir d’achat. Cette recommandation mettrait fin à des pratiques installées depuis l’après-guerre.

Le point de vue du comité est que nous avons depuis plusieurs décennies une inflation maîtrisée et de faibles gains de productivité, ce qui entretient la modération salariale. Dans un tel contexte de grande inertie des prix et des salaires, les moindres hausses du Smic se diffusent fortement sur les prix et les salaires. D’où l’idée d’un changement des règles d’indexation pour s’adapter aux singularités d’un contexte d’inertie nominale.

Si la portée symbolique de cette recommandation est très forte, sa portée pratique ne doit toutefois pas être exagérée. Le Smic est un salaire horaire brut et il y a une forme de myopie collective à focaliser les débats sur ce niveau de rémunération. Ce qui intéresse les employeurs est un coût horaire total, qui comprend les cotisations sociales et les diverses exonérations. Et ce qui intéresse les salariés est un salaire net mensuel, après prélèvements sociaux. L’évolution du salaire minimum brut est largement déconnectée en France de celle du coût du travail et de celle des revenus des smicards. Un changement des règles d’indexation du SMIC, a fortiori dans un contexte d’inflation quasi-nulle, peut ne produire aucune conséquence économique ou sociale, ni sur l’emploi, ni sur le pouvoir d’achat. Tout dépend des évolutions parallèles des cotisations sociales, des impôts et des transferts sociaux vers les ménages les plus défavorisés.

Jean-Paul Betbeze : Il faut saluer le fait que la question du salaire minimum en France, actuellement déterminé par des formules, a été enfin plus directement abordée. Et abordée en liaison avec le chômage et la pauvreté, ses objectifs. Il faut saluer aussi que l’approche ait été technique et statistique, en s’éloignant ainsi de jugements de valeurs, moraux ou surtout politiques. Ce n’est en effet pas la première fois que la dérive de cette méthode de calcul du SMIC a été mise en avant, avec les risques des « fameux coups de pouce », chers aux médias.Mais c’est la première fois que la démarche est sérieuse, autrement dit courageuse.

D’abord, l’emploi reprend enfin en France, avec la reprise économique actuellement en cours, comme en zone euro, mais relativement moins qu’ailleurs. Le contenu en emploi de la croissance reste toujours le problème français, et ceci ne peut venir que d’un coût trop élevé par rapport à une productivité trop faible, qu’on le veuille ou non. Les entreprises privées, partout dans le monde, embauchent jusqu’à ce que l’embauche marginale ne rapporte plus assez, en fonction de l’idée qu’elles se font des marges actuelles et futures, autrement dit de la croissance et des coûts.

Et ici, pendant des années, le Salaire minimum (SMIG puis SMIC) a monté en France, avec peut-être des idées politiques et sociales « généreuses », mais avec aussi le souci économique de faire progresser les entreprises, d’où le passage de SMIG à SMIC ! Mais, si l’on augmente trop vite le SMIG, les entreprises embauchent moins, sous-traitent, importent et, si elles ne peuvent, robotisent.

Quant aux effets de circularité, la hausse du SMIC entraînant la hausse des salaires qui entraîne elle-même une hausse du SMIC, ilsexistent et sont en fait devenus (heureusement)  assez limités. Les hausses de salaires suite aux hausses de SMIC se poursuiventdésormais sur deux trimestres, puis cessent.

Mais le plus grave est ailleurs, c’est d’avoir créé une « trappe à SMIC » : 10% des salariés bénéficient directement de sa hausse, jusqu’à un tiersde leu nombre, de façon presque imperceptible pour les derniers. On assiste ainsi à des carrières ouvrières ou de services entièrement liées aux SMIC, hors formation, ce qui est proprement désespérant. Or cette réalité n’est pas connue : le « coup de pouce » est ainsi largement apprécié, avec l’idée d’en profiter !Qu’il est grand, ce secteur public qui augmente les bas salaires du privé ! Mais rien, au fond, n’est aujourd’hui possible sans stabilisation du SMIC avec formation, pour permettre ensuite son augmentation significative, avec la productivité.

Atlantico : Selon un groupe d'expert, la formule de revalorisation du SMIC devrait être modifiée, ceci répondant à deux objectifs : la baisse du chômage et la lutte contre la pauvreté. Un constat basé principalement sur le fait que les personnes les moins qualifiées sont exclues du marché du travail en raison d'un SMIC trop élevé, et d'une méthode de revalorisation qui conduit à des effets pervers de circularité (la hausse du SMIC entraînant la hausse des salaires qui entraîne, elle-même, une hausse du SMIC). Comment apprécier ces conclusions ? Quels seraient les bienfaits apportés à l'employabilité des personnes les moins qualifiées dans une logique d'intégration sur le marché du travail ? 

Gilles Saint-Paul : On peut affirmer à propos du SMIC trois choses. La première est que celui-ci est un mauvais outil pour donner du pouvoir d’achat aux pauvres, parce qu’il augmente le coût d’employer ces mêmes pauvres. Une hausse du SMIC de 100 euros peut se comprendre comme la combinaison d’un transfert de 100 euros au profit d’un travailleur, financé par une taxe du même montant frappant précisément l’emploi de la personne que l’on prétend aider. Il en résulte que sur longue période, le SMIC est un important facteur de chômage pour les travailleurs non qualifiés, surtout lorsqu’ils sont jeunes ou âgés. Le second aspect du SMIC est que la France est l’un des pays où il est le plus contraignant. En 2016 il représente environ la moitié du salaire moyen, ce qui situe la France au deuxième rang des pays développés après la Nouvelle-Zélande. La proportion d’employés au salaire minimum oscille entre 10 et 15% selon la conjoncture, ce qui est particulièrement élevé comparé aux autres pays développés, même si ce chiffre est dépassé par un certain nombre de pays de l’Est. Le troisième aspect est que le SMIC est devenu un symbole national, ce qui rend politiquement difficile de le réformer. Et c’est cet aspect symbolique qui contribue à la circularité déplorée par les auteurs, puisque le SMIC est utilisé comme point de référence par certaines branches. On sait pourtant qu’il a un coût important en termes d'emploi,  et qu’il frappe particulièrement les travailleurs les moins productifs, notamment dans les régions les plus pauvres. Le rapport en question a donc raison de s’attaquer à ce tabou. 

Yannick L’Horty : Le groupe d’expert sur le salaire minimum de croissance formule tous les ans depuis 2009 des recommandations sur l’évolution du Smic. Sa composition a été renouvelée l’été dernier et ce premier rapport marque une inflexion dans le discours. Les inconvénients du SMIC sur le chômage sont désormais très fortement soulignés et le rapport explore plusieurs pistes de réformes, en semblant privilégier celle de la fin des revalorisations automatiques du salaire minimum. Si elle était suivi d’effets, cette recommandation rendrait possible la baisse du salaire minimum en termes réels. Il s’agit d’une rupture profonde avec les règles d’évolution du Smic qui sont en vigueur depuis son instauration en 1970. Jamais le SMIC, ni le SMIG avant lui, instauré en 1950, n’ont diminué en pouvoir d’achat. Cette recommandation mettrait fin à des pratiques installées depuis l’après-guerre.

Le point de vue du comité est que nous avons depuis plusieurs décennies une inflation maîtrisée et de faibles gains de productivité, ce qui entretient la modération salariale. Dans un tel contexte de grande inertie des prix et des salaires, les moindres hausses du Smic se diffusent fortement sur les prix et les salaires. D’où l’idée d’un changement des règles d’indexation pour s’adapter aux singularités d’un contexte d’inertie nominale.

Si la portée symbolique de cette recommandation est très forte, sa portée pratique ne doit toutefois pas être exagérée. Le Smic est un salaire horaire brut et il y a une forme de myopie collective à focaliser les débats sur ce niveau de rémunération. Ce qui intéresse les employeurs est un coût horaire total, qui comprend les cotisations sociales et les diverses exonérations. Et ce qui intéresse les salariés est un salaire net mensuel, après prélèvements sociaux. L’évolution du salaire minimum brut est largement déconnectée en France de celle du coût du travail et de celle des revenus des smicards. Un changement des règles d’indexation du SMIC, a fortiori dans un contexte d’inflation quasi-nulle, peut ne produire aucune conséquence économique ou sociale, ni sur l’emploi, ni sur le pouvoir d’achat. Tout dépend des évolutions parallèles des cotisations sociales, des impôts et des transferts sociaux vers les ménages les plus défavorisés.

Jean-Paul Betbeze : Il faut saluer le fait que la question du salaire minimum en France, actuellement déterminé par des formules, a été enfin plus directement abordée. Et abordée en liaison avec le chômage et la pauvreté, ses objectifs. Il faut saluer aussi que l’approche ait été technique et statistique, en s’éloignant ainsi de jugements de valeurs, moraux ou surtout politiques. Ce n’est en effet pas la première fois que la dérive de cette méthode de calcul du SMIC a été mise en avant, avec les risques des « fameux coups de pouce », chers aux médias.Mais c’est la première fois que la démarche est sérieuse, autrement dit courageuse.

D’abord, l’emploi reprend enfin en France, avec la reprise économique actuellement en cours, comme en zone euro, mais relativement moins qu’ailleurs. Le contenu en emploi de la croissance reste toujours le problème français, et ceci ne peut venir que d’un coût trop élevé par rapport à une productivité trop faible, qu’on le veuille ou non. Les entreprises privées, partout dans le monde, embauchent jusqu’à ce que l’embauche marginale ne rapporte plus assez, en fonction de l’idée qu’elles se font des marges actuelles et futures, autrement dit de la croissance et des coûts.

Et ici, pendant des années, le Salaire minimum (SMIG puis SMIC) a monté en France, avec peut-être des idées politiques et sociales « généreuses », mais avec aussi le souci économique de faire progresser les entreprises, d’où le passage de SMIG à SMIC ! Mais, si l’on augmente trop vite le SMIG, les entreprises embauchent moins, sous-traitent, importent et, si elles ne peuvent, robotisent.

Quant aux effets de circularité, la hausse du SMIC entraînant la hausse des salaires qui entraîne elle-même une hausse du SMIC, ilsexistent et sont en fait devenus (heureusement)  assez limités. Les hausses de salaires suite aux hausses de SMIC se poursuiventdésormais sur deux trimestres, puis cessent.

Mais le plus grave est ailleurs, c’est d’avoir créé une « trappe à SMIC » : 10% des salariés bénéficient directement de sa hausse, jusqu’à un tiersde leu nombre, de façon presque imperceptible pour les derniers. On assiste ainsi à des carrières ouvrières ou de services entièrement liées aux SMIC, hors formation, ce qui est proprement désespérant. Or cette réalité n’est pas connue : le « coup de pouce » est ainsi largement apprécié, avec l’idée d’en profiter !Qu’il est grand, ce secteur public qui augmente les bas salaires du privé ! Mais rien, au fond, n’est aujourd’hui possible sans stabilisation du SMIC avec formation, pour permettre ensuite son augmentation significative, avec la productivité.

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Ganesha
- 07/12/2017 - 10:03
Hors sujet !
Si possible, essayez d'éviter les commentaires ''hors sujet'' ! La question que pose cet article, c'est : Macron réussira-t-il à faire baisser significativement le chômage par un mélange des ''mini-jobs'' allemands et des ''contrat zéro heure'' anglais ? Des travailleurs pauvres et précaires, voilà ''l'avenir radieux'' que nous promet cet article ! Les deux tiers des votants français ont donné leur accord. En toute connaissance de cause ?
vangog
- 06/12/2017 - 12:53
Trump réussit à baisser les impôts de 33% à 22%...
Entièrement d’accord avec la remarque d’ajm. La France souffre de rigidité Socialiste de toutes ses structures sociales, économiques, d’ajustement automatique etc...et un manque de visibilité des citoyens et des entreprises sur l’avenir! Les cadeaux électoraux qui ont permis l'élection du gourou de la finance internationale ne sont pas financés et réclameront des contreparties. Les impôts fonciers seront certainement augmentés, et les communes pauvres qui verront disparaître plus de 60% de leurs ressources fiscales devront faire appel à l’état PS: il y a donc de fortes perspectives d’augmentations des impôts socialistes exceptionnels (RSG, CRDS...) dans des proportions importantes...l’investissement immobilier est plombé pour longtemps par les lois Allur-Dufflot-baisse des APL. Les loyers vont donc augmenter exagérément dans les grandes métropoles favorisées par la politique gauchiste. Dans le même temps, ce gouvernement baisse le SMIC...incompréhensible!
ajm
- 06/12/2017 - 11:52
Cercle vertueux.
En tout cas, la reforme fiscale de Trump , que l'on l'approuve ou pas, se situe typiquement dans le sillage de Reagan et de Thatcher.
Les remarques des trois economistes de l'article n'apportent pas de nouveau sur les sujets abordés. On sait qu'il y a une insuffisance de la marge brute dégagée par les entreprises françaises par rappor5 à nos voisins, pas seulement Allemand, notamment dans l'industrie, à la fois pour des questions de coût mais aussi de positionnement de gamme. Le problème pour monter en gamme c'est qu' il faut beaucouo investir dans la durée, materiel, formation et recherche, marketing et image. Pour investir il faut de l'argent, donc de bonnes marges, c'est le cercle vicieux ou vertueux.