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© AHMAD AL-RUBAYE / AFP
© AHMAD AL-RUBAYE / AFP
Toujours vivant

Daech, un territoire en moins mais une structure mafieuse toujours aussi sophistiquée et néfaste

Publié le 26 novembre 2017
Dans "Un cartel nommé Daech", les journalistes Benoît Faucon et Clément Fayol décrivent le fonctionnement d'un Daech moderne et connecté, qui continue à survivre malgré la perte de son territoire en Syrie et en Irak.
Clément Fayol est un journaliste d’investigation. Il collabore notamment avec Le Monde et Le Point.
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Clément Fayol
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Dans "Un cartel nommé Daech", les journalistes Benoît Faucon et Clément Fayol décrivent le fonctionnement d'un Daech moderne et connecté, qui continue à survivre malgré la perte de son territoire en Syrie et en Irak.

Atlantico : Votre livre ("Un cartel nommé Daech" de Benoît Faucon et Clément Fayol, chez First Editions) décrit le fonctionnement d'un Daech qu'on ne connait pas vraiment, dont on parle très peu, un Daech moderne et connecté, loin des descriptions très primitives habituelles. Daech est-elle une organisation particulièrement moderne ?

Clément Fayol : Nous nous sommes éloignés de toute forme de jugement de valeurs ou d'analyse générale propres aux experts. Nous sommes journalistes et nous évitons de suivre la démarche des travaux sur l'État islamique dans son ensemble ou qui cherchent à proposer de grands axes de lecture de ce mouvement. Nous nous sommes focalisés sur les détails en ne faisant que des déductions factuelles et de système. Ce qu'on peut quand même conclure de nos révélations, c'est que Daech ressemble à ses membres et ses membres viennent de nos sociétés et des sociétés en général. Ce qui fait qu'effectivement il y a des similitudes et une certaine porosité culturelle, on l'a observé notamment sur le volet technologique avec une culture d'entreprise qui ressemble à celle que connaissent nos plus jeunes générations. Et ils sont évidemment modernes, parce qu'ils sont comme nous issus de la modernité, il n'y a pas de raison qu'ils se comportent comme des gens du Moyen Age. A mon avis les renvoyer vers un obscurantisme médiéval est un peu simpliste.

Jusqu'où la comparaison avec le "cartel" ou de mafia est-elle intéressante pour comprendre un mouvement comme Daech ?

Nous utilisons le terme de cartel car il désigne une association de réseaux qui ne communiquent pas nécessairement entre eux, qui ne font pas nécessairement la même chose mais travaillent dans le même "sens". Quand on suit des réseaux d'argent, de drogue, on se rend compte que cela nous ramène à des réseaux constitués qui existaient avant. Alors certes Daech est beaucoup d'autres choses très largement décrites, mais nous mettons à jour un fonctionnement mafieux dans plusieurs domaines. Déjà nous prouvons et décrivons qu'il existe  des contacts avec des organisations qui ont leurs racines dans les milieux criminels, de banditisme.

La comparaison avec la mafia fonctionne tout simplement aussi parce que le business de Daech, ce sont aussi des vols, des trafics, avec toutes les problématiques du crime organisé. C'est-à-dire de réussir à transformer en patrimoine, à blanchir en argent propres des fonds  qui viennent du vol et du trafic. Par ailleurs, on a croisé plusieurs personnages qui sont clairement à cheval entre les deux mondes. Nous parlons d'un trafiquant lié aux services secrets de Daech qui a trafiqué de la drogue, des voitures, et est mêlé à toutes sortes d'activités généralement réservées à la haute criminalité, alors même qu'il fait partie de l'organisation.

On a souvent parlé de la porosité entre ce "cartel de Daech" et les milieux mafieux institués, souvent italiens. L'avez-vous constatée ?

Sur la mafia italienne, non nous n'apportons aucune nouveauté. Mais ce que nous avons vu, c'est que tous les réseaux du crime organisé se sont positionnés sur l'appel d'offre que représentait Daech. Étant donné que Daech mettait la main sur de nombreuses ressources, il leur fallait des intermédiaires. Nous en avons pisté quelques-uns qui sont soit des revendeurs soit des personnes disposant de réseaux de contacts, notamment dans les pays du Golfe : un vrai réseau organisé en quelque sorte. Avec des intermédiaires, des transporteurs, des exportateurs.

Vous nous expliquez aussi que Daech est aujourd'hui "virtuellement mort", dans le sens où certes le territoire a été perdu, mais que malgré cela la structure du "cartel" existe elle toujours…

Ce que nous disons plus précisément, c'est qu'il y avait deux Daech. Il y a celui dont les analystes parlent depuis le début, celui qui envoie un communiqué pour revendiquer des attentats, celui qui forme des soldats, celui qui gérait les territoires. Et il y a le Daech que nous avons étudié, le Daech de l'ombre, qui a toujours eu un rapport à la clandestinité très intime, et qui connait cette clandestinité depuis longtemps. Du coup quand on entend que "Daech va rentrer dans la clandestinité", nous pouvons prouver qu'ils y étaient déjà, qu'il existait déjà un certain nombre de réseaux, de cellules envoyées à droite à gauche. Il n'y a donc pas de raisons que la grosse secousse provoquée par la perte du territoire et la désorganisation territoriale et administratif ne fasse sombrer tous ces réseaux. Au contraire, car il y avait des personnalités très importantes et influentes qui n'étaient jusque-là pas dans la clandestinité qui y sont entrés maintenant.

Cela donne une situation plus ou moins dangereuse que celle qu'on connaissait jusque-là ?

Je ne saurai vous dire, il s'agit justement d'un jugement général. Ce que nous disons simplement, c'est qu'il est logique de déduire que l'organisation est devenue aujourd'hui vraiment insaisissable. Parce qu'avant les services de renseignements, toutes les données technologiques permettaient d'identifier un QG, une école de formations militaire ou d'autres lieux stratégiques. Mais désormais, ces endroits existeront toujours mais seront beaucoup moins institutionnalisés.

Comment les témoins estiment-ils la puissance ou capacité de résilience de la forme actuelle de Daesh ?

Ce qui est assez paradoxal, c'est que les gens qui nous ont parlé n'ont fait que confirmer ce qu'on savait de Daech : une organisation extrêmement hiérarchisée, des membres de la Sura… mais nous montrent aussi l'informalité du fonctionnement interne. Il faut savoir que nos témoins ont souvent soit été otages de Daech soit carrément sont désenchanté car au contact de Daech se sont rendus compte que ce n'était pas aussi parfait que ce qu'on pensait. Ce sont des gens qui s'en sont sorti, et qui ne peuvent pas nous dire ce qui se passe dans Daech aujourd'hui, et donc qui n'ont pas d'idée de ce que peut devenir Daech demain.

Qu'est-ce qui vous a le plus marqué au contact de ces gens qui, avant d'en revenir, ont un jour basculé et rejoint Daech ?

Il y a plusieurs choses. Il y a deux grandes catégories de personnes : il y a les locaux qui se sont intégrés dans l'économie de Daech comme ils l'ont pu, des Syriens, des Irakiens… qui n'allaient pas arrêter de vivre pendant 4 ans. On parle d'un d'entre eux qui a vu sa famille être massacrée par Daech mais a fini malgré cela par être leur revendeur.

Et l'autre catégorie, qui est la plus fantasmée chez nous et qui est la plus difficile à comprendre, qui est celle des combattants étrangers. Ce qui nous a le plus marqué, c'est l'ingénieur Syrien que nous appelons "Steve" que mon co-auteur a rencontré et qui lui a dit qu'il ne comprend pas les motivations de ces occidentaux qui étaient autour de lui dans les laboratoires de Daech. Ils  avaient tout chez eux,  pour certains de bons  diplômes, et ils se retrouvent dans la même galère que lui alors que lui aurait aimé être ailleurs.

S'il fallait poursuivre votre enquête, où faudrait-il aller chercher aujourd'hui ?

L'enquête est loin d'être terminée. Il y a encore beaucoup de travail en cours et des pistes à suivre. Certains aspects n'ont pas été abordés par manque de recoupements et de détails à l'époque. Nous apprenons déjà chaque jour que nos révélations sur la liste des cellules de 2017 sont pertinentes. Ce est intéressant pour la suite, c'est de voir dans quelle mesure cette période d'existence sans territoire va correspondre aux plans des différents réseaux que nous avons identifié. Dans quelle mesure leurs plans vont fonctionner ? Comment le patrimoine constitué dans les pays du Golfe, en Libye, en Asie du Sud-Est et un peu partout va être utilisé ? Va-t-on le voir être réinvesti ailleurs ? Vont-ils le garder pour la cause ? Le travail sur les réseaux et la mutation du groupe en absence de territoire ne fait en fait que commencer! 

"Un cartel nommé Daech" de Benoît Faucon et Clément Fayol, chez First Editions

 

 

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cloette
- 26/11/2017 - 13:26
Stupéfiant
Deux couches de la population n'ont pas encore compris : Les bobos-gauchos -konkon et les cathos-béats ( infime minorité cependant ).
kelenborn
- 26/11/2017 - 11:24
OH BEH
Il y a une solution simple et je m'étonne que Vangode et Anguerrand ne l'aient pas déjà proposée: on enferme et on torture les gauchistes: Macroléon en premier !