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Comment Alain Juppé en vient à nuire à ses propres idées (et à ceux qui tentent de les défendre au sein des Républicains)
Publié le 23 novembre 2017
Selon diverses sources, dont RTL et l'Express, Alain Juppé aurait rencontré Emmanuel Macron​ à plusieurs reprises, notamment lors de l'entre deux tours de la présidentielle, mais également il y a 3 semaines à l'Elysée.
Erwan Le Noan est consultant en stratégie et président d’une association qui prépare les lycéens de ZEP aux concours des grandes écoles et à l’entrée dans l’enseignement supérieur.Avocat de formation, spécialisé en droit de la concurrence, il a été...
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Edouard Husson est spécialiste d’histoire politique contemporaine, en particulier de l’Allemagne et de la Grande-Bretagne. Il est professeur à l’Institut Franco-Allemand d’Etudes Européennes (Université de Cergy-Pontoise). Il a été membre du cabinet de...
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Selon diverses sources, dont RTL et l'Express, Alain Juppé aurait rencontré Emmanuel Macron​ à plusieurs reprises, notamment lors de l'entre deux tours de la présidentielle, mais également il y a 3 semaines à l'Elysée.

Selon diverses sources, dont RTL et l'Express, Alain Juppé aurait rencontré Emmanuel Macron​ à plusieurs reprises, notamment lors de l'entre deux tours de la présidentielle, mais également il y a 3 semaines à l'Elysée. En quoi un tel rapprochement peut il couper l'herbe sous le pied des juppéistes, dont Mael de Calan et Virginie Calmels, dans leur souhait de défendre leurs idées au sein de la famille LR, et libérant ainsi un espace toujours plus grand à leurs opposants ?  Ne peut-on pas estimer qu'en l'espèce, Alain Juppé n'assume pas les responsabilités d'un véritable leader de la droite ? 

Edouard Husson : Alain Juppé est-il de droite? De la droite orléaniste, sans doute. Alain Juppé est né trop tard: VGE était passé par là, avait déjà été élu sur un programme libéral, centriste, européen; puis battu. Juppé, comme Balladur, a aidé Chirac à se dé-gaulliser ou, si vous préférez, à se giscardiser. Il a fait élire Chirac, a été son Premier Ministre puis son fusible en justice, avant de se refaire en politique, comme maire de Bordeaux puis comme ministre de Sarkozy, pourtant incapable d’exploiter la faiblesse dans les sondages du président en 2011; enfin, comme candidat à la candidature favori des sondages mais désavoué par « le peuple de droite ».. Une dernière fois, l’Histoire est indulgente et tend le sceptre à Juppé en faisant vaciller Fillon, en pleine élection présidentielle, mais le maire de Bordeaux ne s’en saisit pas. Aujourd’hui, Juppé ne pèse plus politiquement sauf, vous avez raison, s’il parraine l’un ou l’autre de ses fidèles et le soutient contre Laurent Wauquiez. Mais Juppé est fasciné par Macron, qui a réalisé son rêve; qui est comme une sorte de réplique parfaite de Giscard quarante ans après. Quarante ans où Juppé aura été un président virtuel entre Giscard l’aîné et Giscard le Jeune.....Alain Juppé a—t-il conscience qu’il trahit doublement sa famille politique? D’abord en oubliant que c’est la droite qui l’a fait, qu’il le veuille ou non. Ensuite en ignorant les leçons de l’histoire: on n’est jamais élu, à droite, qu’en sachant rassembler, d’une manière ou d’une autre, les orléanistes, les bonapartistes et les légitimistes, pour reprendre la célèbre classification de René Rémond. 

Erwan Le Noan : Alain Juppé a, depuis longtemps, laissé transparaitre une forme de proximité politique implicite avec le Président Macron et évidemment beaucoup plus explicite avec le Premier ministre qui est l’un de ses proches. Pour autant, ce mouvement stratégique n’est effectivement probablement pas une aide pour Maël de Calan qui, du fait de ses liens avec le maire de Bordeaux, est, en somme, contraint d’expliquer qu’il est « bien de droite » et qu’il n’est pas l’agent d’un plan caché de rapprochement avec le gouvernement, c’est-à-dire de sabordement de la droite.

Alors qu’Alain Juppé avait été l’un des fondateurs de l’UMP en 2002, parti d’alliance de tous les mouvements de droite et du centre, il semble aujourd’hui vouloir lui donner le coup de grâce, comme  s’il avait acté qu’il n’était pas possible de faire vivre un parti de rassemblement et que dès lors une partie de la droite (qu’il incarnerait) devrait se rallier à la République en marché. C’est un peu la prophétie auto-réalisatrice : je ne crois pas que le grand parti de droite va survivre, je le quitte donc, entrainant sa mort.

En se rapprochant d’Emmanuel Macron, Alain Juppé fait un pari : allier le centre gauche et le centre droit autour d’un programme commun pour faire vivre ses idées ; mais il pourrait aussi se produire l’inverse, en noyant ses forces (dont il faudrait mesurer l’importance) dans un mouvement très large comme LREM, qui n’a pas besoin d’elles pour gouverner (et qui a fait du renouvellement de la vie politique un objectif affiché). L’avenir dira si, cette fois, Alain Juppé a fait le meilleur choix stratégique pour faire gagner ses idées.

En quoi les accusations d'Alain Juppé à l'encontre d'un parti qui serait en cours de "radicalisation" ne correspond pas à la réalité d'électeurs, qui ont montré, notamment lors des ateliers de la refondation de la droite, un attachement à la réforme et au libéralisme alors que la dimension "radicale" critiquée par l'ancien premier ministre n'est représentée que dans une moindre mesure ? Alain Juppé ne fait-il justement le jeu de ceux qu'ils critiquent ? N'est-ce pas ici la cause d'une part de la colère des républicains qui voient ici une forme de trahison ? 

Edouard Husson : Juppé est atteint de cette haine de soi qui caractérise tant d’hommes et de femmes politiques de droite. La droite se fonde sur un double effort, en France: le refus de l’individualisme absolu qui ne laisse d’autre forme possible de contrat social que l’accroissement incontrôlé du rôle de l’Etat; et donc, autant de méfiance vis-à-vis de l’étatisme que de l’individualisme. Ce que Furet et la dernière génération d’historiens de la révolution n’ont pas vu, c’est que leur opposition entre 1789 et 1793 est une construction intellectuelle. L’individualisme absolu de 1789 finit par susciter, par répercussion, Robespierre puis Bonaparte. Etre de droite, c’est avoir compris comment « la révolution est un bloc » et chercher à rétablir la continuité française malgré le traumatisme de la révolution et de ses fils, les totalitarismes du XXè siècle. La droite légitimiste s’efforce de recréer toutes les cellules sociales qui limitent l’individualisme tout en empêchant (différence avec le socialisme) la mainmise de l’Etat; la droite orléaniste prend son parti de l’émancipation individuelle et se berce de l’illusion qu’elle maîtrisera la croissance de l’Etat; la droite bonapartiste garantit aux individus que l’Etat, dont la puissance est selon elle inévitable, peut leur permettre d’assouvir leur ambition propre tout en contrôlant celle des autres. De Gaulle, Pompidou, Giscard, Chirac, Sarkozy, présidents de la Vè République issus de la droite ont imaginé un dosage différent des trois composantes de leur famille politique. Juppé voudrait que la droite ne soit qu’orléaniste. Il en déteste, au fond, les autres courants; et il leur attribue sa défaite. S’il avait été plus lucide et meilleur perdant, contre Fillon, il aurait utilisé le décalage, que vous pointez: les cadres et faiseurs d’opinion du parti sont moins « à droite » que les militants ou les électeurs. Mais cela implique, évidemment, d’être prêt, après avoir conquis le parti, à gagner des militants et des électeurs qui sont - à l’heure qu’il est - soit des défenseurs de la famille au sens le plus traditionnel soit des souverainistes. Et cela Juppé ne le veut pas. Il préférera la prophétie auto-réalisante de la conquête par Wauquiez d’un parti désormais rejeté, du fait de son conservatisme voire de son populisme, par tous les centristes, constructifs, juppéistes etc..... 

Erwan Le Noan : L’enquête menée par LR auprès de ses adhérents a montré, de façon intéressante, que la ligne dominante chez ceux qui ont répondu n’était pas celle du conservatisme rabougri, mais plutôt d’une forme de libéralisme-conservateur.

Il n’en reste pas moins que l’impression qui s’est dégagée de la campagne électorale est qu’une partie des adhérents LR, probablement minoritaire mais agissante, a fait le choix de camper sur des positions très solides dans un refus d’envisager le compromis avec d’autres partis : c’est tactiquement problématique car, pour gouverner, il faut savoir faire des compromis. Cette image de fermeture leur a nui. Cette tendance n’est pas propre à LR, elle s’observe dans de nombreuses démocraties occidentales, à droite comme à gauche.

Alain Juppé a critiqué cette évolution. Il l’a fait non sur le plan tactique mais moral, en choisissant un vocabulaire très fort qui a été très peu apprécié car il a semblé être une nouvelle expression d’une opinion technocratique condescendante. Ce faisant, il renforce l’opposition de cette minorité « radicalisée » ; il semble préparer ainsi la mise en place des critères (prétextes ?) qui lui permettront de quitter les LR par la suite.

Dans quelle mesure une telle attitude peut elle permettre l’ambiguïté actuelle de Laurent Wauquiez sur les questions économiques ? Si les "Universités de la liberté" ont été témoin d'un discours plus libéral qu'à l'accoutumée de la part du probable futur président des LR, certaines ambiguïtés subsistent. Quel risque y a t il pour Laurent Wauquiez de ne pas tenir compte de la nécessité d'une synthèse entre ces différents courants ? 

Edouard Husson : De Gaulle croyait en la continuité française à travers les siècles; Pompidou était un conservateur au sens britannique; Giscard est d’un orléanisme sincère; Sarkozy est un homme de droite par instinct. C’est à Mitterrand et Chirac que Wauquiez ressemble le plus; il est comme eux de la famille des nihilistes, capable d’être aussi insincèrement de droite ou de gauche. Il a été lancé en politique par Jacques Barrot, s’est après cela transformé en « bébé Sarko »; il a ensuite esquissé, avec tellement de précautions qu’il en a été inaudible,  un programme néo-protectionniste mais il est bien capable de se macroniser provisoirement pour gagner l’appareil de la droite à sa cause. On a surestimé Mitterrand, Rastignac en France et Monsieur Homais sur la scène internationale. On a sous-estimé Jacques Chirac, candidat besogneux mais qui s’est affirmé comme un virtuose manipulateur, une fois élu, un Tartuffe républicain jamais démasqué. Qu’en sera-t-il de Wauquiez? Saura-t-il, sinon maîtriser, du moins dissimuler sa fascination pour la violence? Au-delà de quelques idées picorées chez le très réactionnaire Patrick Buisson, saura-t-il comprendre l’époque, faite à la fois d’aspiration au réenracinement et de transformation digitale? Difficile à prédire chez un homme qui enchaîne les postures sans avoir pour l’instant trouvé son rôle. Mais il est vrai que Mitterrand et Chirac, eux aussi, se sont longtemps cherchés. 

Erwan Le Noan : Face à des adversaires qui proposent de saborder les LR en les fondant dans la République en marche, Laurent Wauquiez a une voie facile : être celui qui veut défendre l’existence de la droite. Cela lui permet d’avoir un discours assez général, dont on ne pressent pas toujours la cohérence idéologique. Chacun aura compris que Laurent Wauquiez souhaite avoir une parole très forte sur les questions de religion, mais quel est son programme économique ? quel est son projet de société ?

Laurent Wauquiez va probablement être élu prochainement à la tête des LR. Il devra d’abord consolider sa base, mais il lui faudra ensuite l’élargir. Cela ne peut se faire solidement qu’à partir d’un projet idéologique construit : or, la droite n’a aujourd’hui aucune base doctrinale. Elle n’est que dans la posture et les réactions pavloviennes.

Le défi est grand pour la droite, notamment si quelques uns des responsables des LR choisissent de quitter le parti. Pour autant, il leur faudra le justifier par des raisons idéologiques qu’on ne voit pas poindre non plus de manière très nette. L’Europe et l’identité émergent comme sujets de rupture, mais à ce stade, ce sont plutôt des prétextes : qui peut expliquer les différences précises qui existent entre ceux qui s’invectives ? Il y a beaucoup de postures, beaucoup de guerre d’égos, beaucoup de rancœurs et d’ambitions personnelles. La droite ne semble pas prête de, ni à, revenir au pouvoir.

 

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POLITQ
- 24/11/2017 - 20:12
D'accord avec Salgado
Mais : ….. qu'il reste à Bx?….. Non ! Qu'il aille au diable !!! Mais quel gaucho le remplacera?…. Car c'est ce qui nous pend au nez. Quoique… finalement il est déjà de gauche !
Salgado
- 24/11/2017 - 15:05
Une image :
Le lendemain du Trocadero Juppé prend la parole depuis Bordeaux.Peu importe ce qu'il dit mais il faut voir sa bouche de laquelle sort du fiel.Il n'à pas compris pourquoi les français n'en veulent pas alors il devient acariatre et torpille Fillon dejà touché.Un mec nuisible .Qu'il reste à Bordeaux.
vangog
- 24/11/2017 - 00:51
Un rad-soc typique, Ali Juppé!
de la même trempe que ceux qui ciraient les bottes des socialistes allemands et de Hitler, en 1936...