En direct
Best of
Best of du 12 au 18 janvier
En direct
© Pixabay
Polarisation politique
Tous sur les réseaux sociaux et tous à cran politiquement : le graphique qui inquiète
Publié le 12 novembre 2017
Un graphique montre que depuis la naissance des réseaux sociaux, l'électorat démocrate américain tend à être de plus en plus libéral alors qu'au contraire les républicains deviendraient de plus en plus conservateurs.
Dominique Wolton a fondé en 2007 l’Institut des sciences de la communication du CNRS (ISCC). Il a également créé et dirige la Revue internationale Hermès depuis 1988 (CNRS Éditions). Elle a pour objectif d’étudier de manière interdisciplinaire la...
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Nicolas Vanderbiest est assistant et doctorant à l’Université Catholique de Louvain. Son sujet de thèse est « les crises de réputation des organisations sur les médias sociaux. Une approche systémique. Il est l’auteur du blog Reputatio Lab qui rassemble...
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Dominique Wolton
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Dominique Wolton a fondé en 2007 l’Institut des sciences de la communication du CNRS (ISCC). Il a également créé et dirige la Revue internationale Hermès depuis 1988 (CNRS Éditions). Elle a pour objectif d’étudier de manière interdisciplinaire la...
Voir la bio
Nicolas Vanderbiest
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Nicolas Vanderbiest est assistant et doctorant à l’Université Catholique de Louvain. Son sujet de thèse est « les crises de réputation des organisations sur les médias sociaux. Une approche systémique. Il est l’auteur du blog Reputatio Lab qui rassemble...
Voir la bio
Ajouter au classeur
Vous devez être abonné pour ajouter un article à votre classeur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Lecture Zen
Vous devez être abonné pour voir un article en lecture zen.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Un graphique montre que depuis la naissance des réseaux sociaux, l'électorat démocrate américain tend à être de plus en plus libéral alors qu'au contraire les républicains deviendraient de plus en plus conservateurs.

Atlantico : Un graphique du Pew Research Centre montre la polarisation des idées politiques depuis 2004 jusqu'à aujourd'hui, soit depuis la naissance et le développement des réseaux sociaux. Dans ce dernier on constate que l'électorat démocrate américain tend à être de plus en plus libéral alors qu'au contraire les républicains deviendraient de plus en plus conservateurs.  Est-ce que cette polarisation des idées est transposable en France ? Comment l'expliquer et est-ce que les réseaux sociaux sont les seuls responsables ?

 

The coincidence of the rise of political polarization with the rise of social media is terrifying pic.twitter.com/SQ5hohgJBc

— Christopher Mims🤳 (@mims) November 7, 2017

Le graphique montre la distribution de la population en fonction de leur sympathie politique par parti, aux Etats-Unis (Parti démocrate en bleu et Parti républicain en rouge). 

Dominique Wolton : On ne peut pas dire que les réseaux sociaux soient les uniques responsables. La mondialisation plus la fin de la guerre froide effacent tous les critères classiques de positionnement politique. Il y a une perte des valeurs, on pensait à une mondialisation de la démocratie, mais on se retrouve avec une mondialisation du capitalisme, ce qui n'a rien à voir. Il y a une perte de repères qui favorise, notamment à l'occasion de la crise de 2008, des positionnements qui n'étaient pas autrefois simples à assumer. Cela explique une montée de l'extrême droite. D'autant plus que la social-démocratie a du mal à retrouver un horizon.

La mondialisation de l'information aboutie à un effet pervers et imprévu. On pensait que plus il y aurait d'information, plus il y aurait d'informations sur le monde. Mais c'est l'inverse qui s'est produit. La concurrence, la multiplication des chaînes de télévision, des radios et des journaux a abouti à une simplification de l'information mondiale. Avec par conséquent, une angoisse qui monte. 24h d'informations c'est 24h d'angoisse.  Si l'on résume : angoisse + déstabilisation + absence de repères, il est normal que ce cocktail créé un sentiment d'insécurité donc de repli sur des valeurs plus traditionnelles.

La modernité triomphante qui se réduit clairement par le simple fait de consommer à grande échelle a détruit les identités. Contrairement à ce que disent tous les démocrates, il faut défendre les identités au lieu d'y voir systématiquement le populisme. C'est parce qu'on n'a pas su défendre les identités que le populisme remonte.

Les réseaux sociaux amplifient ce phénomène mais ne le créent pas. Corrélation n'est pas causalité.  Ils l'accentuent car l'expression généralisée se fait dans un cadre communautaire. Il n'y a pas que les algorithmes qui enferment les internautes dans des bulles composées de gens qui ne pensent que comme eux. C'est la logique même de l'expression qui fait que s'agrègent les gens qui pensent de la même manière.

C'est là où intervient la perversion de la démocratie. L'expression généralisée ne fait pas plus de démocratie.

Dans cette polarisation des idées politiques, quelle est la responsabilité des algorithmes utilisés par les réseaux sociaux pour "maximiser l'engagement" ?

Nicolas Vanderbiest : On avance souvent la question des algorithmes pour expliquer les phénomènes de bulles informationnelles dans lesquels nous nous situons. Or, si l’on prend un réseau social qui n’avait jusqu’à présent que très peu d’influence par algorithme, Twitter, nous observons exactement le même phénomène : nous ne suivons que ce que nous aimons. Mais ce constat était déjà le cas auparavant avec des journaux d’opinion. On ne voit pas la même information dans Le Figaro et dans Libération. Il y a un « cadrage informationnel » qui fait que l’on discute des mêmes faits, mais pas avec la même paire de lunettes. Pour moi, le problème tend plus à la surabondance de contenu sur le marché que de l’agencement des contenus. Comme il est devenu impossible de tout suivre et que vous avez un choix de contenus tellement large, vous faites des choix informationnels qui petit à petit vous isolent dans votre propre bulle.

Au final les réseaux sociaux longtemps décrits comme étant  un outil "utile" aux démocraties et aux débats ne se révèlent-ils pas être la némésis des démocraties occidentales ? 

Nicolas Vanderbiest : Le problème est que les réseaux sociaux ont permis quelque chose d’incroyable : n’importe qui peut publier n’importe quoi. A l’exception que cette chance qui nous a été offerte n’a pas été saisie par tout le monde. Aujourd’hui, nous nous retrouvons sur un marché non plus de l’information, mais un marché de contenu. Et un marché où les produits qui sont proposés sont biaisés par rapport à la population puisque les radicaux publient et produisent 3 à 6 fois plus de contenu que les personnes traditionnelles. Par ailleurs, petit à petit, les réseaux sociaux n’ont plus été utilisé pour écrire, mais pour commenter. Et dans une optique de commentaire, il faut que :

  1. - Vous ayez un avis sur quelque chose. (Ce qui n’est pas toujours le cas)

  2. - Que vous vouliez faire partager cet avis au reste des gens, ceci sans aucune gêne.

Ces deux conditions font que la plupart du temps, les commentaires sur une actualité ou une polémique sont également réalisés par des radicaux.  Comme la société a tendance à subir le phénomène de « Bandwagon effect » , qui fait que nous tendons à suivre la majorité, cela fait une situation bizarre, où l’on suit non plus une majorité sociétale, mais une majorité de production. Et comme la production est plus radicale, cela nous donne l’illusion de radicalité, et l’effet pervers est que les spectateurs tendent à avoir des opinions également plus radicales.

Le gros souci de la démocratie sur les réseaux sociaux provient donc du fait que la majorité silencieuse n’est pas assez pas considérée car celle ne produit pas, mais aussi du fait que ses principaux acteurs, les politiques, sont complètement à la rue par rapport à cet outil. Ils délèguent cela comme une basse tâche et n’ont rien compris aux codes, fabriquant davantage du jus de nombril ou de la déclaration tapageuse, que de la valeur ajoutée et de l’information.

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
Articles populaires
Période :
24 heures
7 jours
01.
Plus court mais mieux indemnisé : cette réforme de l’assurance chômage qui pourrait offrir une solution aux demandeurs d’emplois
02.
Changement climatique : Alexandria Ocasio-Cortez déclare que "le monde touchera à sa fin dans 12 ans"
03.
Aix-la-Chapelle ou la dernière illustration en date de l’intimidation morale qui asphyxie la démocratie française
04.
La tombe de Marc Antoine et Cléopâtre serait sur le point d'être découverte
05.
Ce biais statistique qui explique pourquoi la redistribution en France est loin d’être aussi efficace qu’on le croyait pour corriger les inégalités
06.
Les patrons américains préfèrent la France de Macron à l’Amérique de Donald Trump et l’idée du « grand débat » leur plait
07.
Pourquoi Oxfam se trompe de combat (et passe totalement à côté de ce qui se passe dans les pays développés)
01.
Glyphosate : l’incroyable manque de rigueur scientifique d’Envoyé Spécial
02.
Comment le Canard Enchaîné a envoyé François Fillon, Jacques Chaban-Delmas et Valéry Giscard d'Estaing au cimetière des éléphants de la politique
03.
Plus court mais mieux indemnisé : cette réforme de l’assurance chômage qui pourrait offrir une solution aux demandeurs d’emplois
04.
Jacques Chirac, ce soudard amateur de bières et de belles femmes qui s'est avéré être un excellent chef des armées
05.
Wauquiez pousse une colère contre la direction de LR, et Thierry Mariani contre Wauquiez ; L'Obs s'inquiète de la crise financière qui vient ; François-Xavier Bellamy en guerre contre le progressisme ; Ces députés LREM attaqués
06.
Emmanuel Macron est brillant, mais il n’est pas le président qu’il faut à la France
07.
Réponse à tout… sauf aux Gilets jaunes ? Pourquoi l’intelligence de Macron participe plus du problème que de la solution à la crise de défiance qui ébranle la société française
01.
Glyphosate : l’incroyable manque de rigueur scientifique d’Envoyé Spécial
02.
Réponse à tout… sauf aux Gilets jaunes ? Pourquoi l’intelligence de Macron participe plus du problème que de la solution à la crise de défiance qui ébranle la société française
03.
Traité d’Aix-la-Chapelle : la France ne vend pas l’Alsace à l’Allemagne mais les deux pays scellent la coupure entre les dirigeants et leurs peuples
04.
Traité d’Aix-la-Chapelle : la France est-elle en train de renouveler avec l’Allemagne l’erreur de François Mitterrand au moment de la réunification ?
05.
Aix-la-Chapelle ou la dernière illustration en date de l’intimidation morale qui asphyxie la démocratie française
06.
La tombe de Marc Antoine et Cléopâtre serait sur le point d'être découverte
01.
Réponse à tout… sauf aux Gilets jaunes ? Pourquoi l’intelligence de Macron participe plus du problème que de la solution à la crise de défiance qui ébranle la société française
02.
Glyphosate : l’incroyable manque de rigueur scientifique d’Envoyé Spécial
03.
Gilets jaunes : l’inexplicable (et énorme) échec des Républicains
04.
Aix-la-Chapelle ou la dernière illustration en date de l’intimidation morale qui asphyxie la démocratie française
05.
Radioscopie des dépenses de la France : ces nouvelles inégalités qui se cachent derrière la puissance apparente de l'État-providence
06.
Emmanuel Macron est brillant, mais il n’est pas le président qu’il faut à la France
Commentaires (1)
Ecrire un commentaire
Vous devez être abonné pour rédiger un commentaire.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.
*Toute validation est définitive, vous ne pourrez pas rééditer votre commentaire.
kelenborn
- 12/11/2017 - 19:30
Etrange
car je ne vois pas très bien en quoi cette situation diffère radicalement de la précédente. On suit parfaitement l'article quand il soutient que la bipolarisation apparente sur les schémas donne sans doute une idée déformée mais..en quoi la majorité silencieuse avait-elle plus la parole quand les merdias de tous bords avaient le monopole de l'info. Donc, à mon sens, la seule question qui vaille n'est pas de savoir si chaque camp se "radicalise" mais quelle est l'importance relative de chaque camp et son évolution. L'ImMonde avait publié des photographies de la fréquentations des sites web qui étaient intéressantes et montraient, notamment, à l'époque un gonflement des sites proches des idées du FN. Depuis je ne sais pas car je ne supporte plus ce torche-cul!