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Schengen : la ville du libre-échange où chacun vient y poser un cadenas

Publié le 15 octobre 2017
Trois millions de pas : d’octobre 2016 à mars 2017, de Dunkerque à Menton, Gérald Andrieu a parcouru à pied la frontière terrestre de notre pays. Pour aller à la rencontre de la France périphérique. Loin de Paris, des médias et des sondages, il a recueilli les paroles, observé les actes, partagé la vie de ces Françaises et de ces Français anonymes et oubliés. Ceux auxquels les candidats ne s’adressaient pas. Extrait du livre "Le peuple de la frontière" de Gérald Andrieu, aux éditions du Cerf (2/2).
Journaliste indépendant, Gérald Andrieu a été rédacteur en chef à Marianne. Il est coauteur de Bienvenue dans le pire des mondes. Le triomphe du soft totalitarisme (2016). 
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Trois millions de pas : d’octobre 2016 à mars 2017, de Dunkerque à Menton, Gérald Andrieu a parcouru à pied la frontière terrestre de notre pays. Pour aller à la rencontre de la France périphérique. Loin de Paris, des médias et des sondages, il a recueilli les paroles, observé les actes, partagé la vie de ces Françaises et de ces Français anonymes et oubliés. Ceux auxquels les candidats ne s’adressaient pas. Extrait du livre "Le peuple de la frontière" de Gérald Andrieu, aux éditions du Cerf (2/2).

Un grand oui à 59,16% à Maastricht en 1992, suivi d’un non, plutôt étonnant ici, à 53,83% au traité constitutionnel européen treize ans plus tard. Bienvenue à Apach, en Moselle, ses 1 000 habitants et ses « navetteurs » par centaines. Malgré ce nom qui éveille la curiosité, à Apach, il semble que les gens ne fassent que passer. A commencer par ces travailleurs frontaliers français que j’aperçois stopper leur voiture, façon arrêt au stand en Formule 1, auprès d’un distributeur automatique de baguettes pareil à ceux qui délivrent traditionnellement des canettes de soda et des friandises. C’est une découverte pour moi. Dans cette France périphérique qui n’arrive même plus à conserver ses boulangers, c’est en fait un phénomène classique qui ne surprend plus personne. Deux minutes après en être descendus, ils remontent dans leurs bagnoles. Direction le Nord, vers le Luxembourg ou l’Allemagne. Si à Apach, on ne s’arrête pas – si ce n’est donc pour y dormir et acheter du pain industriel –, c’est que c’est sa célèbre voisine, Schengen, qui attire tous les regards. Pour l’atteindre, il me faut marcher moins de 2 km et passer devant un ex-poste frontière improbable.

A Bray-Dunes, dès mon premier jour de marche, j’avais déjà pu découvrir les anciens locaux de la douane transformés en magasin de chocolats Léonidas. A Macquenoise, entre Hirson en France et Chimay en Belgique : pas de chocolat, mais un musée de poche à la gloire du film Rien à déclarer (de Dany Boon avec Benoît Poelvoorde) que je visiterai avec ma logeuse du moment, Claudine, 80 ans, et la famille de sa fille, Sophie. Là, sur la route pour Schengen, la reconversion touche au sublime : le poste frontière, grand comme trois cabines téléphoniques accolées, a été transformé en « armoire aux livres » en libre-service. Celui qui y pénètre – mais vu l’emplacement en bord de route, combien sont-ils à le faire ? – est invité, en français et en allemand, à ne déposer que des livres qu’il lirait lui-même. Le tout premier ouvrage sur lequel je tombe est – croyez-le ou non – le chef-d'œuvre pour enfants d’Enid Blyton : Oui-oui et le gendarme ! Trouver ce livre ici, sur la route pour Schengen, ce lieu qui incarne en un sens cette « Europe des marchands » qui n’aime guère les gendarmes en tout genre, il faut croire que le hasard a encore plus mauvais esprit que moi. Mais ce n’est qu’un avant-goût de ce à quoi je vais avoir droit à Schengen même. Un lieu qu’on croirait le fruit de l’accouplement de Philippe Muray et Michel Houellebecq. J’y découvre une poignée de touristes, espagnols et polonais principalement, tous venus en bus et errant sur cette esplanade en bord de rivière après avoir visité le musée européen. Certains, perches à selfies en main, semblent encore plus paumés que les autres : ils aimeraient trouver un fond sur lequel poser.

Mais sans succès. Comment photographier ce que l’on ne voit pas, ce qui – du moins physiquement – n’existe pas : la convergence des frontières de la France, du Luxembourg et de l’Allemagne en un point inaccessible au milieu de la Moselle qui s’écoule sous leurs yeux... Il y a bien deux pans du mur de Berlin qui sont exposés, arborant une colombe bleue de la paix et un portrait de Mikhaïl Gorbatchev, mais trop à l’écart pour que les groupes de touristes aillent jusqu’à eux. Des panneaux viennent rappeler les principales étapes de la construction européenne. Une fois encore, ils sont boudés. Si ce n’est par les cygnes qui, à leurs pieds, font une toilette très appliquée. Après tout, qui aurait envie de se faire photographier devant le traité de Lisbonne sinon des masochistes ? Le point infos touristiques et sa boutique de souvenirs installés sur un bateau, ses peluches de lions à 15 euros, ses badges « I love Schengen » à 1 euro et ses autocollants « Schengen is alive » distribués, eux, gratuitement – histoire certainement de convaincre ceux qui en doutent – ne fait pas plus le plein. Alors pour célébrer leur passage dans la capitale de la libre circulation intra-européenne, les visiteurs tentent de se mettre en scène au milieu de deux œuvres érigées en face du Centre européen qui accueille le musée. D’un côté, un ensemble de colonnes de béton constellées d’étoiles représentant les pays signataires (voilà la France résumée à la Tour Eiffel, un coq et des coureurs cyclistes). De l’autre, une petite structure en métal rouillé. Sur cette dernière chacun est convié à venir accrocher... un cadenas ! Le paradoxe de ce monument censé glorifier l’absence de verrou à l’intérieur de l’Union européenne ne semble avoir sauté aux yeux de personne. Si bien que les propriétaires des antivols, pas peu fiers de participer à ce rite, ont même pris soin de les graver de leur nom. On découvre ainsi qu’une délégation de la commune de Bayeux est passée par là. Tout comme le lycée Mariette de Boulogne- sur-Mer ou encore « Catherine & Jérôme » en « juin 2009 ». Et comme on n’est pas à une bizarrerie près, chaque pays possède son propre espace où fixer son cadenas, comme si l’auteur du monument voulait que l’on évalue, d’un simple coup d’œil, la sincérité de « l’attachement » de chaque nation à l’espace Schengen. Amis slovènes, maltais et islandais, prenez garde, vous allez finir par être repérés.

1er tour : Macron 26,42%; Le Pen 22,08%; Mélenchon 17,55 %.

2e tour : Macron 69,41%; Le Pen 30,59%; abstention 28,19%: nuls et blancs 7,78 %.

 

Extrait du livre "Le peuple de la frontière" de Gérald Andrieu, aux éditions du Cerf

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vangog
- 15/10/2017 - 12:47
Marine Le Pen: 30,59% il y a sept mois...
et aujourd'hui?...grâce aux patriotes français, autrichiens, Italiens, Polonais, hongrois...la prise de conscience nationale est tardive, mais générale! Cette description Orwellienne du néant touristique de l'UE confirme ce que savaient, ce que disaient les patriotes. Contre la dictature européiste, patriotes de tous pays, unissez-vos intelligences et transformez ce monstre technocratique stérile en union de Nations prospères et adultes! Première connerie à abroger: Le traité de Schengen! Il n'y a plus à tortiller...