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© CHRIS YOUNG / AFP
Il n’y a pas que les insultes
Ces redoutables stratégies que déploient ceux qui veulent faire taire les critiques de l’islamisme politique
Publié le 09 octobre 2017
Un article de Benoit Rayski portant sur l'agression d'une famille juive au nom des préjugés sur la "richesse des juifs" a provoqué la critique immédiate de certains observateurs.
Née en 1970, diplômée de sciences politiques, Céline Pina a été adjointe au maire de Jouy-le-Moutier dans le Val d'Oise jusqu'en 2012 et conseillère régionale Ile-de France jusqu'en décembre 2015, suppléante du député de la Xème...
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Guylain Chevrier est docteur en histoire, enseignant , formateur et consultant.Il est membre du groupe de réflexion sur la laïcité auprès du Haut conseil à l’intégration.Dernier ouvrage : LAÏCITÉ, ÉMANCIPATION ET TRAVAIL SOCIAL L’Harmattan, Sous la...
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Née en 1970, diplômée de sciences politiques, Céline Pina a été adjointe au maire de Jouy-le-Moutier dans le Val d'Oise jusqu'en 2012 et conseillère régionale Ile-de France jusqu'en décembre 2015, suppléante du député de la Xème...
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Guylain Chevrier
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Un article de Benoit Rayski portant sur l'agression d'une famille juive au nom des préjugés sur la "richesse des juifs" a provoqué la critique immédiate de certains observateurs.

Après la publication dans nos colonnes d'un article de Benoit Rayski portant sur l'agression d'une famille juive au nom des préjugés sur la "richesse des juifs", Gilles Bruno, fondateur de l'Observatoire des médias s'en est alors pris à Atlantico.fr, demandant en premier lieu à France Info de ne plus inviter Jean-Sébastien Ferjou, directeur de la rédaction, sur son antenne. Quand à Judith Weintraub, journaliste au Figaro, elle est mise en examen pour des tweets opportunément interprétés comme islamophobes. Comment décrire de telles stratégies d'intimidation ? 

Céline Pina : Je n’ai pas eu connaissance de ces polémiques qui n’ont pas été relayée par la presse, mais il est vrai que depuis la parution du livre de Daniel Lindenberg en 2002, « le rappel à l’ordre », qui dressait la liste des penseurs du camp du Bien et ceux du camp du Mal, on ne peut pas dire que les stratégies médiatiques d’intimidation se soient calmées. En attaquant notamment Pierre-André Taguieff, Marcel Gauchet, Pierre Manent, Philippe Muray et en les amalgamant avec d’authentiques personnalités sulfureuses, Lindenberg ne s’est jamais penché sur la réalité de la pensée de ceux qu’il clouait au pilori, plus acharné à obtenir leur décrédibilisation qu’à analyser leur pensée, il a choisi d’abandonner l’honnêteté intellectuelle pour mieux servir sa thèse, sombrant ainsi dans une forme de propagande sans grand intérêt. Déjà des intellectuels lucides devant la montée du totalitarisme islamiste se voyaient accuser, non de vouloir combattre l’obscurantisme, mais de l’utiliser pour donner libre-cours à leur racisme. I
En 2014, je me souviens d’un sociologue sans envergure, Geoffroy de Lagasnerie et de son comparse, Eddy Louis, construisant son personnage médiatique en attaquant violemment Marcel Gauchet dans le cadre des Entretiens de Blois. Refusant d’y participer et appellant au boycott de la conférence inaugurale, les deux grandes consciences autoproclamées expliquaient : « Ce serait faire comme si nous nous inscrivions dans un même monde que ce militant de la réaction. Cela reviendrait à être complice d’instances qui font exister dans l’espace de l’acceptable des idéologies néfastes et inquiétantes. ». Qualifier ainsi Marcel Gauchet, par des anathèmes fleurant bon l’accusation de crypto-fascisme est déjà ridicule, mais ce qui est intéressant c’est le refus de tout débat. Parce qu’ils posent un oukase, il faut leur sacrifier Marcel Gauchet, penseur reconnu et non susceptible de sympathie avec quelque totalitarisme que ce soit. Là encore, pas d’analyse de la pensée de l’adversaire, juste des accusations intuiti personae. Un fonctionnement où l’excommunication a remplacé le débat et qui se répand de plus en plus. 
 
Cela peut aller d’ailleurs jusqu’au procès : Un certain nombre d’intellectuels se sont retrouvés ainsi devant les tribunaux (Pascal Bruckner, Georges Bensoussan), comme un certain nombre de militants laïques (Ahmed Meguini, Mohamed Louizi). Ce jihad judiciaire commence d’ailleurs au début des années 2000 avec le procès intenté à Michel Houellebecq et à Charlie Hebdo. Selon Valentina Colombo, professeur de géopolitique à l'Université européenne de Rome : « de tels procès sont prédateurs, lancés sans espoir sérieux de victoire, mais menés dans le but de pousser à la faillite, de détourner l'attention, d'intimider et démoraliser les accusés. Les plaignants cherchent moins à l'emporter dans la salle d'audience qu'à détruire des chercheurs et des analystes. Même lorsque ceux-ci sortent vainqueurs, ils acquittent une facture élevée en temps, en argent, et en courage moral ».
Le but de toutes ses manœuvres est de rendre la prise de parole sur certains sujets dangereuse, vous exposant à vindicte des médias, au risque judiciaire, à la diabolisation de votre personne et à un risque de mort sociale. Pour cela, la complicité des médias est indispensable : elle participe de la représentation du monde, du bien et du mal, du licite et de l’illicite, d’où la pression mise aujourd’hui également sur les journalistes. 
 
En effet, les paroles qui avaient vocation à être éteintes sont portés par des personnalités courageuses, qui ne cèdent pas et comme les témoignages des personnes confrontées à la réalité vont dans leur sens, le déni de certains organes de presse (Libération, Les Inrockuptibles, Le Monde sur certains sujets), comme leurs positions très orientées les desservent et cela se traduit par la baisse continue de leur lectorat comme de la qualité de leurs articles. Mais même si leur lectorat se réduit comme peau de chagrin, leur prestige, lui, n’est pas totalement mort et ils continuent à donner le ton dans un microcosme parisien qui se prend pour la seule réalité tangible. Et pour que ce petit monde puisse continuer à tourner insouciant entre entresoi et anathèmes, il faut aussi que, pour les journalistes, relayer certaines paroles deviennent couteux et dangereux. Le but est de maintenir le plafond de verre afin de cantonner certaines paroles à un niveau bas de rayonnement. Ainsi on invite les laïques dans des émissions en matinale, mais ce sont les militants de l’islamisme ou des indigènes de la république qui viennent donner la réplique dans les grandes messes des prime time politique. France 2 est une référence en la matière.
 
Bref toutes ces stratégies d’intimidation visent à instaurer une véritable censure, mais comme la censure n’a pas bonne presse, le mieux est encore d’amener les personnes à l’exercer sur elles-mêmes pour se protéger. Quand on arrive ainsi à faire de l’autocensure, la seule mesure de protection dans un environnement médiatique agressif et biaisé, c’est rarement la démocratie qui y gagne.
 
Guylain Chevrier : Tout d'abord, on n'a toujours pas compris comment, à partir d'un tel article que celui de Benoît Rayski (1), on peut déclencher ce genre de polémique. A moins, il est vrai, de ne s’accrocher qu’au titre avec une belle couche de présupposés, à l'égard de celui qui écrit ou celui qui publie. Il n'y a rien dans cet article qui justifie de tels emportements, à moins d’être allergique à l’humour. A moins encore, de se rapporter à ce climat de procès permanent fait à la liberté de pensée, dès qu'il est question, sinon de critique des religions, d'un traitement qui semble ne pas respecter le sacré, qui revient en force dans notre société.

 
Benoît Rayski, comme cela fait partie de son style, traite les choses par l'absurde en ne banalisant nullement la violente et ignoble agression subie par une famille juive qui est le sujet de sa livraison. Il tente d'attirer l'attention sur un événement tragique, et de faire réfléchir, en l’éclairant autrement à l’aune de ce constat que celui-ci n'ait tenu curieusement qu'une lointaine seconde place dans l'actualité. Pourtant, il y a de quoi s’inquiéter relativement à cet antisémitisme, bien réel celui-là, qui fait florès dans les banlieues sur fond de préjugés. Le trait d'esprit peut passer pour retors, il n'en révèle pas moins et fréquemment de façon savoureuse bien des contradictions que, sinon, on étoufferait sans sourciller, Il requière occasionnellement une certaine dose de provocation, d’exagération. Vouloir l’interdire selon le sujet, ce serait retirer à la « liberté de la presse » une de ses expressions favorites des plus riches, en rayant d'un trait de l'histoire certaines de nos plus belles plumes passées et à venir. 

Gilles Bruno a, pour justifier ses attaques, sorti une phrase de son contexte du texte de l'auteur : "Les juifs sont réputés influents, surtout dans les médias. Ils devraient par tous les moyens faire savoir que les arabes aussi ont de l'argent", laissant entendre que cela aurait pu être écrit au premier degré, doublant en quelque sorte l'attaque contre les juifs, d'une attaque contre les arabes. C'est là faire preuve d'une sacrée dose de manichéisme ! Il est évident qu'ici on traite un préjugé en en lui opposant l'invention d'un autre, renversant la charge, ce qui en quelque sorte les annule, pour servir à une prise de conscience, celle de l'absurdité des préjugés. Une méthode forgée dans le trait d’esprit qui désamorce, pour peu que l’on souhaite l’entrevoir, bien des malentendus, et ouvre des angles quelle seule peut dévoiler. On y retrouve « l'esprit français », dans le prolongement d'un Montaigne. Sans vouloir être grinçant, définitivement contre les réactions primaires à ce titre d'un article de Benoît Rayski, c’est qu’à s’y méprendre, une fois qu’on a lu l’article, c’est typiquement de l’humour juif!

Il semble qu'ici le second degré soit devenu tabou, jusqu’à en arriver à désigner à la vindicte un directeur de publication qui a permis que soit publié cet article, pour justifier un tweet qui met en cause sa participation à des débats médiatiques, à Franceinfo ou ailleurs, ce qui porte un nom : « censurer » ! Sans vouloir exagérément insister, on signalera qu’Atlantico est l’un de ces rares médias à aborder sans concession, et un certain esprit de défi, tous les sujets, avec une audace qui manque à beaucoup.
 
Concomitamment, l'usage du terme "islamophobie" est sans doute le plus symptomatique de ce climat, qui a envahi le débat politique sur la place de l’islam dans notre société. Il servirait la défense des musulmans, présentés comme y subissant une hostilité permanente, ce qui est une pure falsification. Une victimisation largement sujette à caution, au regard d’un concept d’islamophobie systématiquement mobilisé pour contester les lois de la République, dont la laïcité est la principale cible (2). La mise en accusation d'"islamophobie" se révèle ainsi bien plutôt servir une conception agressive du religieux, que de défendre la non-application du droit commun à des croyants. Ce terme est l'un de ces fers de lance du retour du cléricalisme religieux qui se cache derrière les fausses bonnes intentions qu'on veut y accrocher, comme la lutte contre le racisme. Bien au contraire, il tourne le dos à cette lutte qui elle, concerne l’ensemble des individus par-delà, précisément, leurs différences, de façon universelle. Il s'agit ici en réalité avant tout, pour ceux qui jouent sur ce terme en cherchant à intimider, d'imposer les normes d'une conception du religieux qui refuse toute adaptation à notre société.
 
La poursuite de la judiciarisation du terme islamophobie est sans doute l'attaque la plus dangereuse et la plus violente pour un retour du religieux dans le politique, et contribue à l'encouragement de la radicalisation contre notre modèle républicain. On s'inquiétera que dans ce climat, la Commission nationale consultative des droits de l'homme, qui apporte son travail à la protection de nos libertés fondamentales, face dans son dernier rapport sur l‘état du racisme et de l’antisémitisme en France, un dangereux parallèle entre "antisémitisme" et "islamophobie". D’autant plus, que ce rapport souligne que l’indice de tolérance des Français en la matière n’a jamais été aussi bon, dans un contexte d'attentats qui y est, de prime abord, peu favorable. 

Comment interpréter ce type de stratégies visant à disqualifier "l'adversaire"? Peut-on parler de stratégie "d'épuisement" ?

Céline Pina : C’est exactement cela. Il faut un infini courage pour affronter sans relâche l’accusation de faire partie de la fachosphère qui est instruite par une extrême gauche islamo-gauchiste et totalitaire et reprise bien souvent par ce qu’il reste du PS et par une partie de la France insoumise. De l’autre côté il faut marcher sur une ligne de crête pour éviter de donner du grain à moudre à une extrême-droite qui, elle, utilise réellement la laïcité pour servir un discours xénophobe et raciste. On le voit, le chemin est étroit et périlleux et les ennemis sont nombreux. D’autant que pour tous ceux qui manient si aisément l’accusation d’appartenir à la fachosphère, la cible n’est pas le FN ou « les fachos » : de ceux là, ils ont besoin, ils sont un mal apprivoisé, qu’ils connaissent, un miroir inversé qui leur renvoie une belle image d’eux-mêmes. Non leurs vrais ennemis sont les laïques, les républicains, ceux qui refusent le déni face au totalitarisme islamiste qui met le feu au monde et qui refusent avec tout autant de force de réagir en passant de la lutte des classes à la lutte des races. Pour nous être français ce n’est pas être blanc et catholique, c’est croire que les hommes sont égaux en droit et qu’il ont le pouvoir de créer eux-mêmes les lois qui les régissent, les devoirs qui les lient et les droits qu’ils se garantissent, sans autre tutelle que leur raison. 
 
Guylain Chevrier : Nous sommes entrés dans une période d'intimidation contre la liberté de pensée qui va avec des attaques devant les tribunaux qui visent à épuiser, même lorsque les procès sont perdus, ceux qui oseraient tenter de s'opposer à un retour du sacré, qui arrange bien du monde.


Il en va d'un ré-encadrement des esprits par le religieux que voit d'un bon oeil une partie de nos élites, dans cette période de crise morale d'une France dont l'Etat entend de plus en plus s'effacer devant le culte du marché.  Ce qui donne au passage les coudées franches aux bienpensants et aux communautaristes. La montée en puissance de l'influence du FN souligne aussi, à l'autre bout, l'état des dangers qui pèsent, à l'aune d'un l'affrontement identitaire que certains recherchent au sein de notre société.

Il y a, dans l'arc politique en ce moment aussi, un excès dans ce domaine bien palpable. L'accusation porté ces jours derniers par Jean-Luc Mélenchon contre Manuel Valls, de faire partie aujourd'hui de la "fachosphère", sous prétexte que l'ex-premier ministre parle d'islamo-gauchisme à l'égard de la France insoumise, participe de ce climat délétère. Même si l'ex-Premier ministre généralise un peu vite, la FI apporte de l'eau à son moulin. Il suffit de s'en référer à la polémique embarrassante de la députée de Paris, Danièle Obono, ex-militant de la LCR, qui a estimé sur le plateau de BFMTV qu'un chauffeur de bus refusant d'en prendre le volant après une femme, ce n'était pas de la radicalisation...  L'accusation porté avec colère sinon haine, vise avec violence à vous défaire moralement dans le débat politique, tout en confinant à l'usage de sentiments qui flattent dangereusement le populisme. Le terme "faschosphère", dont on ne sait plus très bien très bien à présent, à l'aune de ce type d'accusation, où elle commence et où elle s'arrête, vaut, comme instrument d'intimidation et d'amalgame, le terme "islamophobie". 

C'est dans ce contexte que le Collectif Contre l'Islamophobie en France (CCIF) s'étonne d'être la cible d'attaques aujourd'hui. On croit rêver ! Mais comment pourrait-il en être autrement alors que cet organisme insulte en permanence les laïques qui résistent aux accommodements déraisonnables en faveur de l'islam revendicatif et communautariste, systématiquement assimilés à l'extrême droite, selon une technique bien connue de la souillure par amalgame, pour tenter de leur faire perdre tout crédit, tout en échauffant dangereusement les esprits? Un organisme qui passe son temps à encourager les musulmans à imposer la règle religieuse partout, tout en intentant tous azimuts, des procès aux journalistes et aux intellectuels, comme contre Pascal Bruckner ou Jeannette Bougrab, qu'il perd heureusement. Ce fonctionnement met en danger directement les conditions de l'exercice de la libre pensée en France. Un certain nombre d'associations se réclamant de "la gauche" ou de "l'extrême gauche", ont leur part de responsabilité dans cette situation, en pratiquant le même genre d'attaque, parce que le pauvre serait aujourd'hui avant tout l'immigré mythifié dans la  figure du musulman, justifiant tout, en se trompant totalement de combat. Attaques qui culminent dans l'indigence du discours (3).

La disqualification de l’adversaire passe par l’identification de l’autre comme tel, et ici par la disqualification morale, qui à l’avantage de rendre celui visé comme infréquentable. C’est par la réputation sur laquelle on va médire qu’on entend atteindre l’autre, à défaut de pouvoir le défaire par l’affrontement sincère des idées, en le désignant ainsi comme l'ennemi à abattre. L'argument d' "antisémitisme" utilisé à mauvais escient ou celui d' "islamophobie", justifient même de le faire sans sommation. La simple accusation en est déjà meurtrière, au vu de l'émotion déclenchée, avec quoi il ne faut donc pas jouer ou laisser jouer.

Quelles sont les conséquences de ce genre de procédés pour un média ?

Céline Pina : Il y a bien des conséquences en termes de lectorat mais elles sont neutralisées parce qu’une certaine presse n’a plus pour rôle de faire remonter les faits, de partir du réel, elle est là pour conforter les représentations du monde de ceux qui la financent. C’est ainsi que Libération peut se permettre d’avoir un lectorat réduit à la portion congrue, l’essentiel c’est que la marque reste et qu’elle puisse servir à cette police des idées. Le journal devient une part du marché de l’opinion. Et s’il n’a plus d’assise de lectorat, tant pis. En attendant pour ceux qui entretiennent et financent cette forme de presse, celle-ci sert autant à empêcher la prise de conscience du réel, qu’à maintenir les personnes dans un état de sidération : une partie de ce qu’elles vivent au quotidien est considéré par nombre de titres comme des mensonges, de la propagande extrémiste ou le fruit de leur absence de tolérance et de générosité, alors qu’ils sont en face d’une montée de revendications obscurantistes et inégalitaires et de faits de violence. Ils se sentent donc non seulement abandonnés mais illégitimes. On les désarme ainsi intellectuellement et politiquement.
 
Cela aide aussi à les soumettre : leur réalité est non seulement niée mais on leur dit en filigrane que s’ils vivent mal leur environnement, c’est parce qu’ils sont racistes et intolérants.
 
Quand je faisais mes études, il y avait un journal de référence, le Monde et son existence comme sa rigueur, tirait toute la presse vers le haut. Aujourd’hui le Monde n’est plus un journal de référence. Il n’y en a d’ailleurs plus. La plupart des titres sont plutôt des journaux d’opinion où l’éditorialisation a remplacé l’enquête et le culte des faits. Pourquoi pas, si les choses sont dites clairement. Là où le bât blesse, c’est quand le titre n’assume pas son orientation, croit détenir la vérité et fort de ses certitudes transforme tout journaliste en petit procureur et tout contradicteur en facho impénitent.  
En attendant aujourd’hui, on se retrouve avec une information de moins en moins fiable, vérifiée, garantie et avec des débats d’idées qui tournent au concours d’excommunication. Cela ne grandit personne.
 
Guylain Chevrier : Cela rappelle les attaques contre Charlie Hebdo, et les velléités de politiquement correct qui ne sont jamais totalement sans arrière-pensées chez ceux qui entendent limiter le droit de dire où d'écrire, de caricaturer. Il est curieux que cela touche toujours aux mêmes thèmes, celui des religions et plus encore, du sacré, comme si la liberté de pensée devenait un délit, ainsi que sur ces sujets l'humour et la satire. On intimide les esprits en criant au loup, en jouant sur des réseaux sociaux friands de la moindre émotion susceptible de faire le buzz, et peu importe trop souvent qu’on ait pris connaissance de ce qui en est à l'origine, ou cherché à savoir si la source en est polluée. Mais attention à ne pas trop en user, car à force de crier au loup pour n'importe quoi, le désordre susceptible d’en résulter pourrait aussi facilement faire des arroseurs arrosés. C'est bien ce que reprochent ensuite les imprécateurs qui sont à l'initiative de ces attaques lorsque l'on s'en défend. Cette stratégie du procès en moralité, qui va jusque devant les tribunaux, cherche à tuer toute initiative hors d’une certaine bien-pensance ou d'un respect du sacré qui va avec le délit de blasphème. Ceux qui usent de ce fonctionnement, ne le font pas sans risques, moins pour eux que pour ceux qu'ils prétendent défendre, représenter, et que finalement ils fragilisent avec notre démocratie, en jouant avec le feu.
 

Cinq personnes ont été interpellées par les services antiterroristes après la découverte samedi de plusieurs bonbonnes de gaz avec un dispositif de mise en feu dans le hall et à l'extérieur d'un immeuble du 16e arrondissement de Paris. Les terroristes pensaient viser "un associatif militant contre l'islamisme radical". De son côté Gérard Collomb, a déclaré : "Est-ce que faire sauter un immeuble dans un quartier chic de Paris, c'était pas aussi un signe que personne n'est en tranquillité et que cela ne se passe pas simplement dans la banlieue et les quartiers un peu populaires, mais que cela peut se passer partout en France?" Par rapport aux stratégies d'intimidations évoquées précédemment, comment en est-on arrivé à de tels extrêmes ? Quelles peuvent être la conséquence de ce genre de procédés ?

Guylain Chevrier :On laisse s’exprimer librement des personnes qui professent la haine contre l’Etat et la République, jusque dans de hauts lieux comme l’Université (4), et ainsi, on favorise ce genre de risque. On sait que la radicalisation est galopante, sous le feu d’un discours qui centre son argumentaire sur un racisme d’Etat sans aucun fondement, et une racialisation des rapports sociaux, sous couvert de défendre le droit à la différence. Les organisations sont connues. Ce sont les mêmes qui font des procès permanent aux défenseurs des institutions, de la laïcité et de la République. C’est tout un climat de tensions qui traverse la société et qui la met gravement en péril, comme on le voit avec ces bouteilles de gaz qui n’ont pas, bien heureusement, explosé. Dans ce contexte tout devient possible, y compris le pire.

 
Il y a une tendance à la peur qui crée de mauvais réflexes, comme de croire qu’en modérant toute réaction, en intimant de faire le dos rond, ça va passer. Mais ce n’est qu’une façon de préparer le pire, car prévenir les risques de ceux qui ont dans l’idée de commettre des attentats passe par alerter, dénoncer, un usage du religieux qui pousse au crime, même si cela met en cause certains musulmans. C’est la condition pour que la réprobation publique puisse jouer son rôle de contrepoids moral face à ces nihilistes, pour prévenir du danger ceux qui risqueraient de les suivre.   

1-"Et si les Juifs, au lieu de se plaindre, popularisaient l’idée que les Arabes aussi ont de l’argent?" http://www.atlantico.fr/decryptage/et-juifs-au-lieu-se-plaindre-popularisaient-idee-que-arabes-aussi-ont-argent-3160924.html
2-"Pour en finir avec le procès permanent en islamophobie", Agoravox, 14 juin 2017 https://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/pour-en-finir-avec-le-proces-194101
-Désaccords, oui. Attaques indignes, non ! (CLR, 8 sep. 17) http://www.laicite-republique.org/desaccords-oui-attaques-indignes-non-clr-8-sep-17.html
3-"La Fédération Nationale de la Libre pensée réduite à l’indigence du discours, pour étouffer tout débat sur la laïcité" https://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/la-federation-nationale-de-la-196563

4- « Colloque annulé à Lyon 2 : l’islamisme et ceux qui le légitiment » http://www.laicite-republique.org/colloque-annule-a-lyon-2-l-islamisme-et-ceux-qui-le-legitiment-g-chevrier.html

 
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gerint
- 09/10/2017 - 11:04
On n'a que faire de l'Islam en France
Trop insoluble dans notre société sauf à la remplacer, ce qui se passe, pacifiquement et aussi par la violence qui s'annonce de plus en plus. Pour l'Islam, il faut un gouvernement islamique.
Borgowrio
- 09/10/2017 - 08:59
Révisionnistes
Il va falloir que tout ce petit monde de crétins élimine de notre histoire , Voltaire , Jules Ferry , Diderot , Rousseau , Molière , Kant sans oublier Victor Hugo ( sic ... " que serait l'Afrique sans les blancs ") Et la palme revenant à Gandhi , dont je n'ose même pas répéter ce qu'il a dit
Liberte5
- 08/10/2017 - 22:43
La régression de la liberté a commencé avec F. Mitterrand
et depuis cela a été de mal en pis. Droite et gauche réunie pour nous priver de liberté. Il y a une volonté politique délibérée pour imposer le politiquement correct.La presse est subventionnée, sinon Le Monde , Libé et bien d'autre auraient disparu. Chirac, Sarkozy et Hollande les ont maintenu sous perfusion pour continuer leur travail de sape. C'est dire que le peuple Français ne peut compter que sur lui même pour inverser la donne . Mais pour le moment le peuple ne bouge pas beaucoup.