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Si tout le monde faisait comme l’Allemagne

Pourquoi la banque centrale européenne tient à ce que les syndicats obtiennent des hausses de salaires (et ce que ça nous dit sur les problèmes structurels de la zone euro)

Publié le 02 octobre 2017
Alors que la loi travail mise en place en France pourrait avoir pour objectif de permettre une réduction de la progression des salaires en France, la Banque centrale européenne constate une inflation encore trop faible dans la zone euro, qui serait elle-même consécutive d'une trop faible progression des salaires.
Alexandre Delaigue est professeur d'économie à l'université de Lille. Il est le co-auteur avec Stéphane Ménia des livres Nos phobies économiques et Sexe, drogue... et économie : pas de sujet tabou pour les économistes (parus chez Pearson). Son...
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Alexandre Delaigue
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Alexandre Delaigue est professeur d'économie à l'université de Lille. Il est le co-auteur avec Stéphane Ménia des livres Nos phobies économiques et Sexe, drogue... et économie : pas de sujet tabou pour les économistes (parus chez Pearson). Son...
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Alors que la loi travail mise en place en France pourrait avoir pour objectif de permettre une réduction de la progression des salaires en France, la Banque centrale européenne constate une inflation encore trop faible dans la zone euro, qui serait elle-même consécutive d'une trop faible progression des salaires.

Atlantico : Comment expliquer ce paradoxe entre les objectifs des uns et des autres ? Comment se divise la zone euro sur cette question ?

Alexandre Delaigue : On retrouve ici le dilemme de la zone euro. Si tout le monde essaie de capter la demande globale avec des salaires à la baisse, personne ne gagne et on se retrouve seulement avec des salaires stagnants. Ce qui est la stratégie gagnante pour un pays seul - regagner en compétitivité avec des bas salaires - est un échec lorsque c'est pratiqué par tous. Il faut ajouter que la BCE fait face à de nombreux obstacles réglementaires et pratiques pour mener la politique qui lui permettrait de tenir son objectif d'inflation aux alentours de 2%. Elle est limitée dans les achats de dettes publiques - la décision de la cour de Karslruhe cet été va encore dans ce sens - et ne dispose pas de la capacité d'acheter aisément d'autres titres à effet global sur la zone, faute de marché suffisamment développé. Du coup son seul recours provient des politiques nationales, qui sont, elles, prises dans le jeu de la compétitivité. Tout cela montre que les problèmes structurels de la zone euro ne sont pas résolus.

Il ne faut cependant pas être entièrement négatif. Il est possible de tenir un propos dans lequel la France est victime d'un marché du travail mal réglementé, qui ne bénéficie à personne, et dans lequel il serait préférable de troquer un peu moins de stabilité dans l'emploi contre un peu moins de chômage de longue durée, des travailleurs ayant moins peur du chômage et des employeurs ayant moins peur d'embaucher. Dans cette grille de lecture la contrainte européenne serait le moyen de forcer la France et les autres pays à converger vers les bonnes pratiques européennes. Dans cette lecture les salaires français sont un frein à l'emploi parce qu'ils augmentent trop vite, plus vite que la productivité du travail Il est trop tôt pour savoir laquelle de ces deux thèses se vérifiera.

Dès lors, quelle est la problématique pour la politique menée par la BCE ? En quoi la divergence de "l'état" des différentes économies des pays membres complique-t-elle la tâche pour Mario Draghi ?

Mario Draghi a déjà dû déployer des trésors d'ingéniosité pour soutenir l'activité en Europe alors que la zone euro était sur le point d'exploser, et accomplir son mandat malgré des statuts de la BCE qui restreignent les possibilités et des états membres qui freinent. Il est clair que dans ce contexte tout ce qui contribue à la déflation salariale en Europe est nuisible. On peut espérer que si la conjoncture favorable des derniers mois continue des mouvements dans différents paysa améliore la situation, que les salaires remontent en particulier en Allemagne ce qui donnerait de la marge aux autres pour soutenir l'activité chez eux. une autre possibilité serait une vaste hypocrisie dont l'Europe est coutumière; suivant l'exemple portugais, de nombreux pays renoncent de fait à l'austérité budgétaire, sans susciter autre chose que des récriminations verbales, et tout repart dans tous les pays en même temps. Là aussi cette hypothèse de l'hypocrisie généralisée est possible. Pour l'instant la politique budgétaire française reste dans la logique de réduction des déficits : mais on sait qu'il y a toujours une distance entre prévisionnel et théorique, et ce qui se fait au bout du compte. Cela exigerait cela dit une compétence machiévelienne dont nos ministres de Bercy semblent totalement dépourvus.

En dehors des questions macroéconomiques, quels peuvent être les autres freins à la progression des salaires en Europe ? Ces freins peuvent ils se "débloquer" ?

La condition de long terme sont les gains de productivité. Sans cela pas la peine d'espérer quoi que ce soit! et de ce point de vue on manque de politiques structurelles réellement efficaces, qui accroîtraient la productivité du travail partout en Europe. Plutôt que la focalisation sur les marchés du travail plein de marchés de biens et services pourraient bénéficier d'un peu plus de concurrence. Aux USA la réflexion sur l'antitrust progresse, en Europe on reste sur les mantras de la punition des méchants GAFA. Si l'on veut se cantonner à la France on a deux secteurs qui dans la concurrence internationale jouissent d'un excellent rapport qualité-prix : l'enseignement supérieur et la santé. Dans le premier on pourrait investir pour devenir le vrai concurrent d'une Grande-Bretagne qui commence à chasser ses étudiants étrangers et détruit son principal avantage comparatif à cause du brexit; dans le second on a aussi énormément d'avantages à jouer. Ce n'est clairement pas la direction que l'on prend.

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vangog
- 02/10/2017 - 21:42
Prendre un avantage comparatif par rapport aux Anglais????
Vous n'y pensez pas Delaigue! Macron et Philippe sont dans une logique gauchiste et régressive, et il ne leur viendrait même pas à l'idée de profiter de cette opportunité anglaise...on l'a vu avec les banques qui choisissent des villes sans rats plutôt que Paris, préférant Amsterdam ou Francfort à une ville bientôt revenue au moyen-âge! L'enseignement universitaire nécessiterait un fort dépoussiérage et une décontamination gauchiste, pour se réformer. Ni Macron ni Philippe n'auront le courage de s'attaquer à leurs électeurs...