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Enjeux de pouvoirs ou travail détaché ? Ce que cache réellement la tournée européenne d’Emmanuel Macron
Publié le 24 août 2017
Emmanuel Macron a débuté une tournée en Europe où il compte proposer une réforme du travail détaché. Il devrait recevoir le soutien de certains de ses homologues. Toutefois, Angela Merkel qui brigue un quatrième mandat à la tête de l'Allemagne reste à convaincre. Le couple franco-Allemand pourrait jouer un nouveau rôle en cas de succès.
Florent Parmentier est maître de conférences à Sciences Po et chercheur associé au Centre de géopolitique de HEC. Il a récemment publié, aux Presses de Sciences Po, Les chemins de l’Etat de droit, la voie étroite des pays entre Europe et Russie. Il est...
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Universitaire, Edouard Husson a dirigé ESCP Europe Business School de 2012 à 2014 puis a été vice-président de l’Université Paris Sciences & Lettres (PSL). Il est actuellement professeur à l’Institut Franco-Allemand d’Etudes Européennes (à l’Université...
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Emmanuel Macron a débuté une tournée en Europe où il compte proposer une réforme du travail détaché. Il devrait recevoir le soutien de certains de ses homologues. Toutefois, Angela Merkel qui brigue un quatrième mandat à la tête de l'Allemagne reste à convaincre. Le couple franco-Allemand pourrait jouer un nouveau rôle en cas de succès.

Atlantico : Emmanuel Macron a débuté sa tournée européenne, se rendant en Autriche, en Bulgarie, mais également en Roumanie, avec de recevoir deux autres dirigeants européens. Le thème central de ce déplacement semble être le travail détaché, que le Président a qualifié de "trahison de l'esprit européen". Derrière ce projet de réforme du travail détaché, quels sont les enjeux plus larges de ces déplacements européens ? Faut-il y voir une tentative française d'élargir son influence en Europe ? Dans quel contexte de "rapports de force" cette tournée intervient-elle ?

Florent Parmentier : Emmanuel Macron a, il est vrai, affiché très clairement l’objectif principal qu’il donne à ce déplacement européen, avec un franc parler assumé. Ce n’est pas le seul : au-delà de l’enjeu des travailleurs détachés, l’objectif est également de voir quels Etats centre-européens sont volontaires pour une plus grande coopération européenne, et enfin de relancer le moteur franco-allemand sur de nouvelles bases.

La coopération avec les Etats centre-européens constitue un objectif important pour Emmanuel Macron : il ne fait pas partie de cette génération qui, au cours des années 1990, voyait d’un mauvais œil l’élargissement européen, qui s’est concrétisé alors qu’il n’était encore qu’étudiant. Par contraste, on peut estimer que l’idéal européen qui le porte s’inspire, en grande partie, de la réunification (l’actuel Président n’ayant que 12-13 ans au moment des faits), mais aussi de l’élargissement. Toutefois, il se trouve à présent confronté à des pays bien moins favorables à l’intégration européenne, voir qui peuvent lui être hostile. Le Président a évidemment en tête les cas de la Pologne de PiS et de la Hongrie, qui sont les plus problématiques. Ainsi que j’avais pu le montrer dans mon ouvrage Les chemins de l’Etat de droit (Presses de Sciences Po, 2014), l’émergence de l’Etat de droit ne suit pas nécessairement un chemin linéaire ; nous vivons actuellement cette contradiction au niveau européen. 

En fin de compte, ce déplacement peut se comprendre aussi comme une volonté française de faire bouger des lignes en Europe, en marquant sa présence, ce qu’elle avait manqué de faire il y a quelques années. La Roumanie et la Bulgarie faisait clairement partie des Etats les plus soutenus par la France au moment de l’élargissement, même si les relations ont pu être distendues depuis. Le « triangle d’Austerlitz » - Autriche, Slovaquie, République tchèque – constitue un moyen de contrebalancer l’alliance de Visegrad, ou V4 (Pologne, Hongrie, Slovaquie, République tchèque), qui a joué ces dernières années le rôle de pôle de contre-intégration européenne. Le but est donc de permettre à la Slovaquie et à la République tchèque de se positionner sur les questions d’intégration européenne. Quant à l’Autriche, qui menaçait de suivre la même ligne que le V4 il y a quelques mois si Alexander van der Bellen n’avait pas remporté une victoire in extremis, c’est également l’occasion de se positionner. Ce travail de concertation au plus haut niveau est nécessaire avant de travailler avec une Allemagne dont les élections sont imminentes.

Edouard Husson : L'Europe ne va pas bien. Avoir laissé partir la Grande-Bretagne de l'Union a été une faute de la part de la France et de l'Allemagne. Il aurait suffi d'écouter les avertissements de David Cameron mais on n'a pas voulu le croire sur la possibilité du Brexit. Madame Merkel, non seulement, n'a rien voulu entendre, mais elle a voulu imposer à ses partenaires européens de coopérer à la politique d'accueil massif de réfiugiés au risque d'effrayer les électeurs britanniques.  Au sud, les mécanismes monétaires et financiers européen asphyxient lentement les pays de la façade méditerranéenne et l'Allemagne est tenue pour responsable de cette situation par son refus des transferts financiers entre pays de l'UE. A l'est, Pologne, Tchéquie et Hongrie sont de plus en plus hostiles à l'attitude de Berlin, non seulement concernant les réfugiés mais aussi les relations énergétiques avec la Russie. La France devrait vouloir  rééquilibrer le couple franco-allemand et profiter d'une situation politiquement favorable: l'Allemagne a besoin d'elle pour faire passer des décisions dans les instances de l'Union Européenne à un moment où elle perd une partie de sa clientèle traditionnelle de petits et moyens Etats. Paris pourrait s'installer en position de médiateur, écoutant les Etats d'Europe centrale, réveillant la solidarité méditerranéenne et proposant un Brexit réussi. Berlin serait alors amenée à faire des concessions, aussi bien dans les relations franco-allemandes qu'à l'échelle européenne. Notre intérêt à tous, c'est la solidarité européenne, au moment où nous pouvons moins compter sur les Etats-Unis et où nous devons élaborer une position commune pour entrer dans la nouvelle organisation de l'Eurasie, en réponse au projet chinois "One Belt. One Road". M. Macron préfère, lui, tendre la main tout de suite à l'Allemagne. Je comprends bien les raisons de politique intérieure qui poussent à obtenir un succès rapide sur la question des "travailleurs détachés". Mais je trouve dommage de faire une tournée en Europe centrale qui ignore les gouvernements les plus hostiles à l'Allemagne, à commencer par le gouvernement polonais. 

Le 24 septembre prochain auront lieu les prochaines élections générales allemandes, qui devraient aboutir à la réélection d'Angela Merkel. La Chancelière semble soutenir Emmanuel Macron sur la question du travail détaché, et la question d'une intégration financière européenne plus développée a été soulignée ce 23 août par les services du ministère des finances. Assiste-t-on à un réel renouveau du couple franco-allemand ? Sur quelles bases ?

Florent Parmentier : Angela Merkel bénéficie d’une forte côte de popularité, ainsi que d’une expérience quasi-unique en Europe : Emmanuel Macron est le quatrième Président français avec lequel elle travaille. La position française, affaiblie ces dernières années, dépend bien sûr de réformes internes – la France n’étant guère montré comme un modèle en Europe en matière de maîtrise des déficits publics ou de lutte contre le chômage – mais également d’un volontarisme diplomatique, d’autant que le Brexit fait de la France le seul pays avec une Armée consistante et un siège au Conseil de Sécurité des Nations unies.

Ce soutien allemand est donc conditionnel aux réformes en France, sur lequel Emmanuel Macron est attendu. Il est indéniable qu’avant même le second tour, l’actuel Président avait une très forte popularité parmi l’élite allemande ; il est à présent attendu au tournant, mais il y a une volonté claire des deux Etats de coopérer, dans la mesure où le Brexit créé un sens de l’urgence.

Edouard Husson : Comme M. Macron, la Chancelière fait de la politique intérieure. Elle sait que la bonne entente avec la France est très importante pour une partie de son électorat, en tout cas dans la partie occidentale de l'Allemagne. C'est un signe de continuité et de sagesse alors que Madame Merkel a pu paraître déraisonnable dans les effectifs de sa politique d'accueil des réfugiés. Sur la question de l'euro aussi, le chef du gouvernement allemand doit agir subtilement. Une partie de l'électorat allemand est sceptique sur la gestion de la monnaie unique par Mario Draghi et sur le sens qu'il y avait à renflouer les caisses de la Grèce. En même temps, il eswt bien évident que sans la politique de quantitative easing de la BCE - même si elle n'a jamais pris les dimensions de la politique équivalente aux Etats-Unis - l'euro n'aurait pas tenu. L'élection d'Emmanuel Macron et ses propositions sur un renforcement de l'euro par la création d'un budget et d'un ministre des Finances européens offre à Berlin une espèce de via media: le nouveau président français inspire plutôt confiance aux relais d'opinion allemands et il vaut mieux construire avec lui un véritable fonds monétaire européen, comme le propose Wolfgang Schäuble, que de jouer l'avenir de l'euro à pile ou face lors d'une prochaine crise.  

Dès lors, comment anticiper l'avenir européen au cours de ces prochaines années ?

Florent Parmentier : La question de l’avenir de l’Europe avait été posée à l’occasion des soixante ans de la signature du traité de Rome ; la Commission avait d’ailleurs commis un « Livre blanc sur l’avenir de l’Europe », présentant différentes options à horizon 2025, dont la lecture est utile.

Un scénario de la continuité, que la paresse intellectuelle conduit souvent à n’envisager que comme le seul futur possible, existe bel et bien, mais introduit également l’idée d’une Europe à plusieurs vitesses. Dans un espace où les acteurs sont nombreux, les facteurs de blocages tout autant sinon plus, cette idée peut émerger comme celle permettant de recueillir le plus de suffrages, mettant chacun devant ses responsabilités. Pour fonctionner, il faut que le moteur franco-allemand soit fort, et il nécessite également de savoir quels Etats pourraient suivre. C’est bien l’un des enjeux du déplacement d’Emmanuel Macron. 

Edouard Husson : L'Allemagne est en train de se rendre compte qu'elle ne peut plus compter sur les Etats-Unis. Trump met en cause le modèle libre-échangiste et il n'hésitera pas, pour sauver le dollar, à torpiller l'euro. Mais la rupture est encore plus impressionnante avec le parti démocrate: en votant une nouvelle vague de sanctions contre la Russie et l'Iran et en mettant les enjeux énergétiques au coeur des motivations, le Congrès américain va directement contre les intérêts de l'Allemagne, qui au-delà de tous les différends entre Angela Merkel et Vladimir Poutine, veut approvisionner son industrie en gaz russe. L'Allemagne est en train de se rallier à l'idée d'une Europe "européenne" et elle y est encouragée par le Brexit. Cette Europe recentrée sur ses intérêts et commençant à compter plus sur ses propres forces, ne peut pas se faire sans la France. Au-delà de la politique intérieure, c'est une raison essentielle du bon accueil réservé par le gouvernement allemand aux propositions du nouveau président français. Du point de vue de Paris, le schéma a cependant de nombreux inconvénients. Le partenariat est asymétrique tant il est vrai que la France est inférieure à l'Allemagne en matière d'industrie. Et puis un partenariat franco-allemand réaffirmé sans subitilité risquerait d'aggraver certaines divisions de l'Europe: entre le Nord et le Sud; entre l'Allemagne et ses voisins centre-européens. Donald Trump s'est d'ailleurs engouffré dans la brêche en se rendant à Varsovie pour rencontrer les pays de l'I3M (Intitiative des Trois Mers) qui rassemble, des pays baltes aux Balkans, des pays se méfiant non seulement de la Russie mais aussi, de plus en plus, de l'Allemagne. Dans le même ordre d'idées, pourquoi ignorer le gouvernement britannique comme le fait le président français? Pourquoi maltraiter l'Italie  à propos des chantiers navals français? L'Europe est confrontée à des défis nombreux: contrôler les flux migratoires qui se pressent vers ses frontières du sud et du sud-est; pacifier le pourtour de la Méditerranée pour pouvoir commencer à en utiliser les ressources énergétiques; répondre de manière appropriée à la proposition chinoise d'une grande zone économique eurasiatique; trouver un accord avec la Grande-Bretagne berceau des libertés politiques européennes; inventer un modus vivendi avec les Etats-Unis dont nous avons besoin dans une logique d'équilibre mondial etc.... Pour tout cela il faut rassembler les forces de l'Europe plutôt que de créer, selon la vieille idée de Wolfgang Schäuble, un noyau dur franco-allemand. 

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
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Ganesha
- 25/08/2017 - 08:29
Cloette
Merci pour ce commentaire empli d'humanité ! Les vieillards rabougris qui viennent ici cracher leur haine des autres sont une honte répugnante !
cloette
- 25/08/2017 - 07:38
Pierre de Robion
Sachez qu'il y a des français qui travaillent pour "quelques dizaines d'euros" et qui sont SDF les loyers étant supérieurs à leur salaire . Ces gens n'ont pas d'allocations car pas de domicile. Si on commençait par donner les possibilités à tous de vivre correctement, on n'aurait pas besoin de travailleurs détachés . eux dans leur pays avec de plus petits salaires peuvent vivre au moins .
pierre de robion
- 24/08/2017 - 22:25
Loi du marché? Des fainéants plutôt!
Cloette et Ganesha (le bien nommé), Killian, comme le poète a dit la Vérité: s'il y a tant de travailleurs immigrés ou détachés, c'est parce que les autochtones ou nombre de clandestins, ou pas, repus de subventions et d'allocs ne voient pas d'intérêt à se fatiguer pour quelques dizaines d'euros, sans compter les déplacement, la "gras'mat'" ou la pétanque, à moins que ce ne soit la coinche!
Faut-il l'exécuter pour autant?