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"It’s the economy stupid !" : voilà comment Angela Merkel s’apprête à être réélue dans un fauteuil
Publié le 15 août 2017
A un mois des élections générales allemandes, Angela Merkel peut se féliciter d’un bilan économique flatteur...malgré les critiques.
Philippe Crevel est économiste, directeur du Cercle de l’Épargne et directeur associé de Lorello Ecodata, société d'études et de conseils en stratégies économiques.
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A un mois des élections générales allemandes, Angela Merkel peut se féliciter d’un bilan économique flatteur...malgré les critiques.

Une nouvelle fois, les résultats du commerce extérieur allemand sont en hausse. Au mois de juin, notre voisin a dégagé un excédent de 21,2 milliards d’euros, selon l’institut statistique Destatis. Sur le même mois, la France a connu un déficit de 4,7 milliards d’euros selon les chiffres des Douane.

L’appréciation de l’euro a peu d’incidence sur les résultats extérieurs de l’Allemagne en raison de la relative insensibilité de ses exportations aux variations de prix. Le résultat de 2017 de la balance commercial devrait être proche de celui de 2016 dont le solde avait été positif de 252,9 milliards d’euros.

Notre voisin est accusé par ses partenaires de ne pas suffisamment investir et de ne pas favoriser la consommation. Face à la montée des protestations notamment américaines, plusieurs responsables allemands défendent le bienfondé de leur modèle économique. Dans une tribune publiée le 25 juillet dans le quotidien Handelsblatt, l’ancien directeur de l’Institut de recherche économique de l’université de Munich (IFO) considère que les Etats-Unis et les pays du sud de l’Europe sont à l’origine des excédents allemands » en appliquant des politiques budgétaires et monétaires laxistes favorisant l’achat de produits allemands ».

L’Allemagne dispose d’une forte tradition industrielle. Ses entreprises ancrées au cœur des Länder bénéficient du soutien actif des pouvoirs publics et peuvent compter sur l’appui d’un secteur bancaire décentralisé. Depuis 70 ans, le modèle de développement est resté identique. Une monnaie forte permet de réduire le coût des importations, matières premières, énergie et biens intermédiaires, tout en renchérissant la valeur des exportations, ces dernières portant le label « deutsche qualität ». Plusieurs études ont prouvé que les importateurs placent en tête de leurs choix les biens industriels allemands. Si, pour des raisons de prix ou de disponibilité, ils ne peuvent pas les acquérir, ils mettent en concurrence les produits en provenance des autres pays, France, Italie, Espagne, Chine, etc. Les produits américains et japonais peuvent sur certains créneaux résister dans le haut de gamme aux produits allemands. La France comme l’Italie conservent quelques niches industrielles mais elles sont de plus en plus rares.

Le Fonds monétaire international (FMI), la Commission européenne et l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE) demandent à l’Allemagne de relancer tant l’investissement et la consommation  pour renforcer la reprise européenne et diminuer l’imposant excédent commercial. Le Président de la République, Emmanuel Macron, a également réclamé un geste de l’Allemagne. Le 13 juillet dernier, il a déclaré que Berlin « doit accompagner une relance de l’investissement public et privé en Europe ».

En Allemagne, le débat est relancé dans le contexte de la campagne pour le renouvellement du Bundestag prévu le 24 septembre prochain. Martin Schulz, le candidat du Parti social-démocrate (SPD) à la chancellerie, estime que les excédents allemands ont atteint un tel niveau qu’il convient désormais de fixer « un montant minimum pour les investissements ». Selon lui, la situation du pays permet en effet de mettre en œuvre une telle politique sans mettre en question le « frein constitutionnel à la dette » inscrit dans la Loi fondamentale à la fin du premier mandat d’Angela Merkel, en 2009, et qui limite le déficit structurel de l’Etat fédéral à 0,35 % du produit intérieur brut (PIB). Martin Schulz est, selon les derniers sondages, largement devancé par Angela Merkel. Selon une enquête Emnid publiée le 5 août dernier, le SPD n’est crédité que de 23 % des intentions de vote, quinze points derrière la CDU. La désignation de Martin Schultz avait conduit au début à une réduction de l’écart. Depuis « l'effet Schultz » s'est évanoui. Au printemps, les défaites du SPD en Sarre, au Schleswig-Holstein et en Rhénanie-du-Nord-Westphalie, ont contribué à son recul au niveau national. La défection d’une élue écologiste au sein de la majorité SPD-Grünen en Basse Saxe a également affaibli le SPD. Cette dernière a décidé de rallier la CDU. Son départ entraîne la perte de la majorité au sein du parlement régional. Une nouvelle élection a été ainsi rendue obligatoire. Elle est programmée le 15 octobre prochain. La crise politique en Basse-Saxe y est d’autant plus mal vécue que ce Land est important pour le SPD. De nombreux dirigeants du parti sont originaires. Gerhard Schröder en a été, par ailleurs, dans le passé le dirigeant. Les responsables de Basse-Saxe doivent, par ailleurs, gérer un nouveau scandale lié à Volkswagen. Les responsables de l’entreprise auraient édulcoré un discours du Ministre Président de Basse Saxe, Stephan Weil, prononcé devant l'assemblée régionale après le début du « dieselgate » afin de minimiser leurs responsabilités. Cette affaire est d’autant plus gênante que le Land de Basse-Saxe est actionnaire à 20 % de Volkswagen. Si Stephan Weil a qualifié ces accusations de «totalement infondées », il avoue néanmoins avoir transmis son discours à Volkswagen  mais seulement pour des raisons juridiques.

Cette affaire conforte les positions d’Angela Merkel qui se pose comme le chef de file de l’Europe vertueuse. Elle met en avant son bilan, plein emploi, excédent budgétaire et excédent commercial. Les polémiques liées à l’arrivée de plus d’un million de migrants semblent s’estomper. Elle s’est engagée à réduire les impôts en 2018 afin de relancer la consommation. En ce qui concerne l’investissement, elle rappelle que leur montant est passé de 24,9 milliards d’euros en 2014 à 36,4 milliards d’euros cette année. Elle admet que ces crédits sont mal consommés en raison de  lourdeurs bureaucratiques et du manque de moyens des collectivités locales, qui n’ont pas les compétences de gérer l’argent mis à leur disposition par l’Etat fédéral. A ce sujet, la CDU a inscrit dans son programme une « loi favorisant l’accélération » des investissements dans le domaine des infrastructures et du numérique ». L’opinion publique allemande demande une modernisation des infrastructures. Selon un sondage de l’institut Civey publié mi-juillet, 86 % des Allemands estiment, en effet, que l’Etat investit trop peu. 

 

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vangog
- 15/08/2017 - 22:24
Land de basse-Saxe actionnaire à 20% de VW...
Quand on pense qu'on reproche au FN d'être étatiste, parce qu'il veut protéger certaines entreprises des prédateurs par des nationalisations temporaires, ou parce qu'il souhaite relancer les participations de l'état dans certaines entreprises stratégiques...les allemands ne se privent pas de cet appui de l'état ou des Régions, eux!
Anouman
- 15/08/2017 - 20:40
Elections
Si elle est réélue c'est qu'ils n'ont rien de mieux à se mettre sous la main. Ce qui est amusant c'est que 86% des Allemands estiment que l'état n'investit pas assez. Des gens qui veulent payer plus d'impôts ça m'étonnera toujours. Ou alors c'est comme chez nous, la majorité n'en paye pas ou presque pas.