En direct
Best of
Best of 15 au 21 juin
En direct
© Shannon Stapleton / Reuters
Nouvelle génération
Comment le nouvel homme le plus riche du monde l'est devenu en imposant une vision du capitalisme très éloignée de celle des marchés financiers
Publié le 30 juillet 2017
Jeff Bezos a été cette semaine, de manière éphémère, l'homme le plus riche du monde. L'homme d'affaires avait expliqué il y a quelques années qu'il refusait de se plier aux exigences du court-termisme des actionnaires, en soutenant la nécessité d'investir toujours plus dans son entreprise.
David Fayon est consultant Web pour des entreprises et organisations françaises depuis la Silicon Valley, co-fondateur de PuzlIn et membre de l'association Renaissance Numérique. « Il est l'auteur de Géopolitique d'Internet : Qui gouverne le...
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
David Fayon
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
David Fayon est consultant Web pour des entreprises et organisations françaises depuis la Silicon Valley, co-fondateur de PuzlIn et membre de l'association Renaissance Numérique. « Il est l'auteur de Géopolitique d'Internet : Qui gouverne le...
Voir la bio
Ajouter au classeur
Vous devez être abonné pour ajouter un article à votre classeur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Lecture Zen
Vous devez être abonné pour voir un article en lecture zen.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Jeff Bezos a été cette semaine, de manière éphémère, l'homme le plus riche du monde. L'homme d'affaires avait expliqué il y a quelques années qu'il refusait de se plier aux exigences du court-termisme des actionnaires, en soutenant la nécessité d'investir toujours plus dans son entreprise.

Atlantico : Amazon.com a longtemps déçu ses investisseurs avec des pertes records, et un chiffre d'affaires en baisse, mais aujourd'hui la tendance s'est inversée à tel point que son PDG Jeff Bezos a dépassé Bill Gates un court instant au classement des hommes les plus riches du monde. S'agit-il enfin de la consécration pour le géant de la distribution et de sa stratégie du long terme?

David Fayon : Ce n’est pas tout à fait exact. Le chiffre d’affaires d’Amazon effectue une progression spectaculaire depuis le lancement du site en 1995 qui correspond au boom d’Internet aux Etats-Unis et dans les pays occidentaux. En revanche, la croissance a toujours primé la rentabilité sur le court terme. Il est plus stratégique de devenir leader sur un marché naissant et moins coûteux si on raisonne sur une longue période que de gagner des parts de marché sur un marché en maturité.

Par ailleurs, si la partie e-commerce qui a fait la réputation d’Amazon a toujours eu un équilibre précaire et qu’elle est une source inépuisable d’innovation en e-logistique, en livraison par drones, etc., Amazon c’est aussi des entités très profitables comme AWS dans le cloud. Le principe est la location de serveurs pour au départ compenser les périodes de trafic plus faibles. AWS tire les bénéfices d’Amazon. C’est aussi Amazon Echo, le boîtier intelligent à reconnaissance vocale (pas encore disponible en France), Amazon Studios, le Kindle, Amazon Fire, etc.

Amazon fait partie des géants du numérique et contrairement à Google, Apple ou Facebook, l’entreprise n’a pas son siège dans la Silicon Valley mais est voisine de celui de Microsoft.

Quant à Jeff Bezos, il convient de souligner que Bill Gates a de son côté beaucoup donné pour la Bill & Melinda Gates Foundation – qui est dotée de 43,5 milliards de dollars la classant numéro 1 mondiale. Alors que Bill Gates est dans la philanthropie, Jeff Bezos est plus que jamais aux manettes d’Amazon. Enfin pour l’estimation des fortunes, comme celles-ci sont composées en grande partie d’actions dans des sociétés, la valorisation de la richesse varie au gré des fluctuations boursières, ce qui peut expliquer les changements de leader. Je ne serai pas étonné de voir Mark Zuckerberg glaner cette place à terme du fait de la plus forte croissance du Groupe Facebook avec une profitabilité à 2 chiffres.

Dans sa lettre envoyée aux investisseurs en 2012, Jeff Bezos indiquait qu'il refusait de se plier aux exigences du court-termisme des actionnaires, en soutenant la nécessité d'investir toujours plus dans son entreprise. Plus largement, le dirigeant d'Amazon critiquait ce capitalisme du court terme. En quoi ce refus de la rentabilité à court terme a été la voie du succès pour Amazon ?

Amazon, même si l’entreprise est plus discrète dans sa communication qu’un Google, investit énormément en R&D, en rachats d’entreprises innovantes (Kiva Systems pour la robotique, Zappos, Goodreads, Twitch, etc.) mais aussi dans le monde physique (récemment le mois dernier la chaîne de magasins américains plutôt bio et haut de gamme WholeFoods pour 13,7 milliards de dollars).

La philosophie est un peu comme si Amazon restait une start-up. Cela fait partie de l’ADN de l’entreprise. Un de ses principaux bâtiments à Seattle est baptisé « Day 1 » comme le premier jour d’une start-up et aussi la volonté d’être le premier, ce qui implique des sacrifices pour se tourner vers l’avenir. Toute entreprise est toujours un équilibre à trouver entre les salariés, les clients, les actionnaires. La balance pour Amazon penche du côté des clients et à un degré moindre des salariés.

Amazon se doit de continuer de grandir sachant que dans certaines zones du monde non occidental, il n’est pas leader (au Japon, c’est Rakuten, en Inde, Flipkart) et que le chinois Alibaba pourrait présenter une menace sur le long terme.

A l'inverse, Amazon est régulièrement critiqué pour ses pratiques fiscales et le traitement de ses employés. Les bienfaits du long terme vantés par Bezos ne sont-ils que le masque de pratiques douteuses ?

Amazon n’a pas le monopole de  l’optimisation fiscale. Les autres GAFA ainsi que d’autres entreprises le font, avec par exemple les sièges sociaux en Irlande où la fiscalité est avantageuse. C’est l’un des problèmes de l’Europe face aux Etats-Unis, son manque d’homogénéité qui permet de s’engouffrer dans des failles. Ces optimisations et ce manque à gagner pour les Etats sont compensés par des impôts qui affectent les citoyens par ailleurs consommateurs.

Chaque acteur a une face plus obscure. Chez Amazon, c’est le client qui prime (le service Amazon Prime en est l’illustration ainsi que le renvoi assez facile de produits ne satisfaisant pas le client pour ne pas le perdre mais le fidéliser sur le long terme). Jeff Bezos fait partie de ces leaders qui ont une vision. Après le côté humain peut être moins bon. Mais je pense qu’en matière de rapport humain, le visionnaire ElonMusk a une réputation bien pire. Notons toutefois qu’au sein d’Amazon, les équipes sont mises en concurrence pour plancher sur des projets innovants avec une logique de Go / no Go pour la poursuite ou l’arrêt des projets. Cet état d’esprit de pression permanente peut être usant sur le long terme, ce qui fait qu’a contrario, beaucoup d’événements pour souder les équipes, de team building sont organisés. L’entreprise n’est pas toujours conciliante en cas de difficultés passagères. Notons aussi que les nouveaux VP passent 6 mois aux côté de Jeff Bezos pour qu’ils apprennent à le connaître, ce qui poussé à l’extrême pourrait passer pour un endoctrinement sectaire.

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
Articles populaires
Période :
24 heures
7 jours
01.
Quand les secrets du succès du Bon Coin intriguent Amazon et eBay
02.
Vol MH370 : "le pilote se serait envolé à 12 000 mètres pour tuer l'équipage dans la cabine dépressurisée ", selon un nouveau rapport
03.
Retour des moustiques tigre : voilà comment s'en protéger efficacement cet été
04.
Amazon : 11,2 milliards de profit, 0 dollars d’impôts payés… : mais dans quel état erre un certain capitalisme ?
05.
Semaine de canicule : ces erreurs qui vous feront encore plus ressentir la chaleur alors que vous cherchiez l’inverse
06.
Taxe d’habitation : les Français organisent leur propre malheur immobilier
07.
Amin Maalouf et Boualem Sansal, deux lanceurs d'alerte que personne n'écoute. Est-ce parce qu'ils sont arabes ?
01.
Sarkozy à l'heure du bilan
01.
Retour des moustiques tigre : voilà comment s'en protéger efficacement cet été
02.
Pourquoi les Francs-maçons ne sont certainement pas les héritiers des constructeurs de cathédrale qu’ils disent être
03.
Vol MH370 : "le pilote se serait envolé à 12 000 mètres pour tuer l'équipage dans la cabine dépressurisée ", selon un nouveau rapport
04.
L'homme qui combat la bien-pensance pour sauver le monde agricole
05.
Dents de la mer : les grands requins blancs remontent vers le Nord aux Etats-Unis, faut il redouter la même chose en Europe ?
06.
Meghan & Harry : all is not well in paradise; Mariage sous couvre-feu pour Laura Smet; Laeticia Hallyday, délaissée ou entourée par ses amis ? Voici & Closer ne sont pas d’accord; Taylor Swift & Katy Perry se câlinent vêtues d’un burger frites de la paix
01.
Amin Maalouf et Boualem Sansal, deux lanceurs d'alerte que personne n'écoute. Est-ce parce qu'ils sont arabes ?
02.
L'Ordre des médecins autorise Jérôme Cahuzac à exercer la médecine générale en Corse
03.
Ce piège dans lequel tombe le gouvernement en introduisant le concept d’islamophobie dans le proposition de loi Avia sur la lutte contre les contenus haineux
04.
Et la banque centrale américaine publia une bombe sur les "méfaits" du capitalisme financier
05.
Indignez-vous… en permanence ! Stéphane Hessel et Twitter ont-il étranglé la démocratie ?
06.
Acte II : mais comment définir la ligne suivie par le gouvernement en matière de politique économique ?
Commentaires (4)
Ecrire un commentaire
Vous devez être abonné pour rédiger un commentaire.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.
*Toute validation est définitive, vous ne pourrez pas rééditer votre commentaire.
Lazydoc
- 02/08/2017 - 09:09
Immobilier!!!
Ne pas oublier que c'est aussi un des plus gros propriétaire privé. Classé 25eme aux USA en terme de surface et de valeur. Ses entrepots ne sont pas loués mais achetés.
ajm
- 30/07/2017 - 16:08
Investisseur rentier ou spéculateur.
Vous avez une vision très caricaturale des gestionnaires d'actifs et des investisseurs en général, y compris des fonds de pension. Certains visent un rendement intéressant à travers un horizon temporel très long. Tout est une question de stratégie choisie dès le départ.
Par exemple, un investisseur comme Buffet, aux USA, garde ses participations en capital pendant de nombreuses années. De même, pour certains fonds souverains moyen-orientaux, norvégiens etc....
D'autre part, le rentier vise souvent le long terme alors que le spéculateur fait souvent des allers et retours très fréquents.
Mais comme indiqué ci-dessus des investisseurs aimant le risque peuvent aussi viser le long terme.
En fait, on trouve de tout parmi les investisseurs, y compris d'ailleurs ceux qui gèrent en parallèle différents horizons avec des niveaux de risque et de liquidité variés.
Dans ce domaine la simplification n'est assurément pas possible.
Anouman
- 30/07/2017 - 13:42
Vision
La rentabilité à court terme est souvent l'ennemie de la pérennité d'une entreprise. Mais les fonds de pension veulent du rendement, les marchés de la plus-value à court terme. Il y a toujours eu une opposition entre entre les rentiers et les productifs.