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Mauvais diagnostique
"What happened" : en voyant le sexisme et les Russes comme causes de sa défaite, Hillary Clinton rate une bonne partie de son problème
Publié le 30 juillet 2017
Dans son nouveau livre, Hilary Clinton promet de dire "ce qu'il s'est passé", de livrer son analyse sur le pourquoi de sa défaite à l'élection présidentielle face à Donald Trump. Au programme : le fait que ce soit une femme et l'implication des Russes dans la campagne. Pas dit que le diagnostic soit le bon.
Jean-Eric Branaa est spécialiste des Etats-Unis et maître de conférences à l’université Assas-Paris II. Il est chercheur au centre Thucydide et chercheur associé à l’institut l'IRIS. Il est notamment l'auteur de Hillary, une présidente des Etats-Unis ...
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Jean-Eric Branaa est spécialiste des Etats-Unis et maître de conférences à l’université Assas-Paris II. Il est chercheur au centre Thucydide et chercheur associé à l’institut l'IRIS. Il est notamment l'auteur de Hillary, une présidente des Etats-Unis ...
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Dans son nouveau livre, Hilary Clinton promet de dire "ce qu'il s'est passé", de livrer son analyse sur le pourquoi de sa défaite à l'élection présidentielle face à Donald Trump. Au programme : le fait que ce soit une femme et l'implication des Russes dans la campagne. Pas dit que le diagnostic soit le bon.

Atlantico : Hillary a-t-elle vraiment perdu parce qu'elle était une femme et parce que les Russes sont impliqués dans la campagne américaine ?

Jean-Eric Branaa : Je pense qu'Hilary Clinton essaye de dresser le portrait le plus calme possible de son échec en essayant de ne pas tirer sur son propre parti qui a organisé sa campagne  et l'a envoyé dans le mur. Difficile.

Sur la première hypothèse sa condition de femme, je crois au contraire que c'était le temps des femmes et que Clinton était la bonne personne même si elle avait en face d'elle des femmes américaines, en particulier les féministes, qui estimaient le contraire. C'est bizarrement pour cela que je pense que c'était la bonne personne, elle ne représentait pas les femmes en tant que tel mais toute son action pendant toute sa vie a montré que la condition des femmes était un problème qui l'intéressait et sur lequel elle a travaillé pour faire avancer le progrès en leur faveur aux Etats-Unis mais aussi dans le monde. Elle était donc bien placée et, on l'oublie aujourd'hui, mais pendant toute la campagne elle est apparue comme la plus compétente. Seulement, être compétent n'est pas forcément gage de succès aux Etats-Unis, la preuve, on se souvient d'Al Gore qui était l'était compétent  et qui avait été battu par Bush qui était soit disant complètement incompétent.

Mais elle était la mieux préparée, elle était à côté de son mari, elle a été avocate dès la sortie de ses études, puis conseillère auprès de son mari puis sénatrice puis secrétaire d'Etat… Elle connaissait très bien les rouages de l'Etat et avait tout pour être présidente. Je ne pense pas que sa condition de femme a pu effrayer les Américains.

La question de la Russie me semble complétement anecdotique et je crois que le Parti démocrate se trompe lourdement en exploitant ce dossier de la manière dont ils l'exploitent, comme s'ils avaient avec ça les moyens de faire tomber Donald Trump. On peut comprendre cette logique, surtout de la part d'Hilary Clinton qui a subi des attaques (infondées) sur l'"affaire des mails" qui ont pu lui être préjudiciable.

Même si l' "affaire russe" n'a pas eu d'effet en soit, cela n'empêche pas que l'acte soit grave et que le cyber terrorisme est un danger que l'on sous évalue et quand on réfléchit aux conséquences spectaculaires qu'il pourrait  avoir, ça fait froid dans le dos et ça pose de vrais questions.

Le souci c'est que la question n'est pas posée comme cela. Elle est posée dans le sens qu'il pourrait y avoir collusion avec les Russes et que cela aurait engendré la défaite de Clinton. Je pense donc qu'elle se trompe si son livre n'est que là-dessus, cela ne risque pas d'être son meilleur ouvrage, il y a à mon sens un autre diagnostique à porter sur la société américaine et sur cette défaite car les enseignements sont nombreux.

N’y a-t-il pas des facteurs sur lesquels elle ferme commodément les yeux à commencer par l'impact de la crise sur un certain nombre de catégorie sociale américaine ?

Je vais redire que c'était la mieux capable et la plus préparée. Je le redis car c'est elle qui a subi le rejet de l'électorat dès le départ; Elle a été mal aimée mais ce sentiment des américains fait désormais parti de son histoire. On lui reproche sa froideur alors que pour l'avoir approchée je sais qu'elle est tout sauf cela.

Mais elle n'a pas su parler, en particulier aux journalistes qui ne l'aimaient pas du tout car elle voulait verrouiller la communication, ce qui ne peut pas marcher dans une société comme aux Etats-Unis. Puis elle a fait des erreurs, si on reprend le 9 septembre quand elle a dit que la moitié des partisans de Trump étaient des "lamentables", c'était une erreur terrible car on attaque jamais les élec teurs, c'est une règle d'or en politique. Les "petites personnes" n'ont pas accepté ces propos, on ne supporte pas l'arrogance de la part des puissants. Cela a eu un impact chez les Républicains mais aussi chez les Démocrates.

Surtout elle a choisi la mauvaise stratégie avec le parti démocrate. Elle hésitait à savoir si elle voulait être l'héritière ou critiquer Barack Obama. Elle a voulu s'imposer comme son héritière, une erreur car elle s'est imposée comme la tenante du troisième mandat de Barack Obama et l'héritière des échecs des échecs du dernier président.

Elle aurait dû s'inspirer de Bernie Sanders qui a eu l'intelligence de parler du quotidien des gens, c'est tout ce qu'ils voulaient entendre. Elle a parlé grande politique quand il fallait, je crois, parler du quotidien, de politique quotidienne. C'est ce qu'attendait l'Amérique à ce moment.

Puis il y a le manque de transparence, c'est devenu assez symptomatique, comme lorsqu'elle s'était évanouie le 11 septembre et que l'on avait présenté cela comme un coup de chaud alors que l'on apprendra plus tard que c'était une pneumonie. Donald Trump a saisi l'opportunité pour dire que c'était une personne qui passait son temps à mentir, qui essayait de manipuler les gens…

Donald Trump a su exploiter les diverses divisions qu'il y avait dans la société, il a eu le langage adapté pour répondre à ces divisions. En favorisant les blancs qui ont racialisé leur situation. On avait une nouvelle catégorie qui était "blanc, classe moyenne" à qui Trump a su s'adresser. L'erreur du Parti Démocrate c'est d'avoir refusé d'écouter cette demande de la société blanche en s'appuyant sur la démographie. La démographie américaine nous explique que la société est multiculturelle et qu'il fallait s'adresser aux hispaniques, noirs… Donc qu'il faut arrêter de répondre aux demandes des blancs qui pourtant sont toujours majoritaires car ce sont ceux qui votent le plus.

Comment le parti démocrate risque de se condamner à d'autres défaites a venir en refusant de regarder en face la réalité de ses propres défauts, quels que soient ceux de Donald Trump

Il y a  trois problèmes. Le premier c'est que la Parti démocrate n'a plus de leader. C'est un problème car s'il n'y a plus de leader ils sont toujours nombreux à vouloir cette place et cela scinde le parti en plusieurs morceaux. C'est ce qu'il se passe aujourd'hui. Tom Perez qui dirige aujourd'hui n'est pas à la hauteur. Il n'est même pas à la hauteur pour imposer une unité entre l'aile gauche et droite du parti. Son ancien challenger n'était pas meilleur, il était très marqué sur la gauche du parti.

Il n'y a pas de leader car il n'y a pas de stratégie, c'est le deuxième point. Et tant qu'il n'y aura pas de stratégie pour répondre à Donald Trump ils n'arriveront pas à se reconstruire. Il y a une semaine ils ont parlé de "Better Deal" qui faisait écho au New Deal de Roosevelt, ce n'est pas un mauvais titre mais ce n'est qu'un slogan et il n'y a rien derrière.

On sent bien qu'ils ont identifié le problème mais n'arrivent pas à le résoudre.

Troisième problème, qui est idéologique, c'est que le parti est devenu "l'establishment", le parti des élites. Quand vous avez un président qui s'appelle Donald Trump qui se revendique comme anti-establishment, même maintenant en étant au pouvoir, c'est très difficile pour les Démocrates de se reconstruire en combattant Trump comme si il était une élite alors qu'il répète tous les jours qu'il ne l'est pas.

S'ils arrêtaient de l'attaquer systématiquement sur des détails du quotidien pour faire une attaque coordonnée et structurée, ce serait vraiment très différent. J'étais étonné qu'on n'attaque jamais Trump sur le fond mais sur la forme et cela continue.

N'oublions pas que le pays vit un patriotisme exacerbé depuis le 11 septembre 2001 qui n'est jamais retombé. Ça, ça ne peut servir que les intérêts de Trump qui s'est placé habilement sur ce créneau en bloquant les Démocrates qui auraient pu, voulu faire de même.

Ce que l'on attend de Clinton dans son livre c'est un constat froid, sur son échec personnel et l'échec de l'idéologie de son parti et cela ne semble pas en prendre la direction aujourd'hui. 

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Commentaires (6)
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ikaris
- 01/08/2017 - 19:20
Hilary dans les publeles de l'histoire
quel drôle d'idée d'user des pages Web à s'interroger sur le dernier livre d'Hilary ! Le sujet me parait vraiment sans intérêt à la base mais M. Branaa nous distille tout de même des réflexions intéressante sur la politique américaine ... J'ai envie de compléter un peu ce qu'il dit en utilisant un vocabulaire un peu plus "zémourien" en ajoutant que extérieurement le parti démocrate semble la forme la plus aboutie du "libéral libertaire" qui sait se protéger sous les étendards du politiquement correct et en diabolisant le discours antagoniste. Quoi que bénéficiant d'un soutient massif de la part des médias cette stratégie a échoué à la consternation générale. Y aura t il une sortie de la pensée unique du parti démocrate en étant un peu moins libéral (pour son électorat populaire) et et peu moins libertaire (pour ne pas braquer les conservateurs) ? Les piques de vocabulaire sur Trump se font plsu discrètes ce qui est bien !
adroitetoutemaintenant
- 31/07/2017 - 14:03
Dans une biographie précédente
La mère Hillary avait prétendue avoir été prénommée Hillary en mémoire du vainqueur de l’Everest, Sir Edmund Hillary. Malheureusement, elle est née 7 ans avant l’ascension de l’Everest par Edmund, un apiculteur de Nouvelle Zélande. Mais Branaa pense qu’elle aurait dû être élue !
adroitetoutemaintenant
- 31/07/2017 - 11:54
Suite
Etant moi-même neurochirurgien (ce que je ne dis jamais aux petits blancs) j’ai aussi eu droit aux commentaires acerbes sur Trump et aux louanges sur Hillary de la part de mes collègues élitistes. En les interrogeant je me suis aperçu qu’ils voulaient Hillary car elle leur conserverait leurs privilèges de classe (ce qui me fait marrer car sans les privilèges je suis beaucoup plus riches qu’eux). Quant à vos mensonges ils sont légions : - « Al Gore qui était compétent », non c’était un menteur, il a d’ailleurs eu le prix Nobel du mensonge, - « Hilary Clinton qui a subi des attaques (infondées) sur l'"affaire des mails", ceci est faux car elle a diffusé puis détruit des documents top-secret qui appartiennent à l’état fédéral ce pour quoi elle mérite 25 ans en taule, -« Donc qu'il faut arrêter de répondre aux demandes des blancs qui pourtant sont toujours majoritaires car ce sont ceux qui votent le plus », non monsieur, ils sont largement majoritaires en nombre, qu’ils votent ou pas !