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Entretien politique

Corinne Lepage : "Sur la scène internationale je n'éprouve aucune réserve sur l'action d'Emmanuel Macron. En revanche sur le plan interne, il y a quand même une forme d'autoritarisme"

Publié le 30 juillet 2017
Les premiers mois d'Emmanuel Macron à l'Elysée, la loi de moralisation de la vie politique, ambition écologique ou encore coupes budgétaires, Corinne Lepage qui avait rallié le candidat "En Marche !" lors de la campagne présidentielle revient sur ce qui fait l'actualité politique. Entretien.
Corinne Lepage est avocate, ancien maître de conférences et ancien professeur à Sciences Po (chaire de développement durable).Ancienne ministre de l'Environnement, ancienne membre de Génération écologie, fondatrice et présidente du parti écologiste...
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Les premiers mois d'Emmanuel Macron à l'Elysée, la loi de moralisation de la vie politique, ambition écologique ou encore coupes budgétaires, Corinne Lepage qui avait rallié le candidat "En Marche !" lors de la campagne présidentielle revient sur ce qui fait l'actualité politique. Entretien.

Atlantico : La loi sur la moralisation de la vie politique vient d'être votée, vous satisfait-elle ? Que vous ont inspiré les débats et les hésitations des députés REM ayant finalement mené à la version finale qui ne contient pas deux promesses faites par le candidat sur la prévention des conflits d'intérêts et les casiers judiciaires vierge pour les élus ?

Corinne Lepage : Il y a beaucoup de choses qui ont été acquises, je m'en réjouis totalement. Je souhaitais un certain nombre de mesures qui sont désormais dans la loi. Il y a quelques points qui manquent tout de même. Le casier judiciaire d'abord, je ne suis pas d'accord avec l'argument qui consiste à dire qu'il est anticonstitutionnel  de prévoir qu'il faille un casier vierge pour être député. Ou alors il faut supprimer la même disposition pour les 400 professions pour lesquelles c'est exigé.

Puis le verrou de Bercy, je suis pour qu'il saute et depuis très longtemps. Et je dirais que c'est assez faible sur la question des conflits d'intérêt, nous ne sommes pas allé assez loin sur ce dossier, pareil pour le financement de la vie politique. Le Conseil d'Etat a fait valoir qu'on ne pouvait pas exiger un contrôle des comptes des partis par la Cour des Comptes (ou la commission de contrôle des comptes des partis) car ce serait anticonstitutionnel. Je ne vois pas pourquoi. A posteriori, la liberté d'association n’est pas en cause et je ne vois pas pourquoi il n'y aurait pas de contrôle sur ces dépenses alimentées par des fonds publics.

Ces sujets auraient dû être traités comme la suppression des micros partis qui ne participent pas à la vie politique et qui ne sont que des moyens pour certaines personnalités de se constituer une cagnotte.

Cette loi va dans le bon sens et est conforme aux engagements du président mais malheureusement c'est la 31loi et je pense qu'il en faudra une 32e dans les années qui viennent.

Sur les débats et les hésitations des parlementaires, je dirais que beaucoup d'entre eux font leurs débuts et qu'il faut de la bienveillance malgré tout. Ceci étant, c'est quand même l'Assemblée nationale  et c'est dommage que, notamment au niveau de la présidence, il y ai pu avoir les atermoiements qu'il y a eu. Il y a des vice-présidents qui devraient être formés avant de prendre leur fonction surtout sur des textes qui sont délicats.

Aurait-il fallu aller plus loin, intégrer au périmètre de la loi d'autres domaines de la vie publique comme les fonctionnaires (notamment en matière de conflits d'intérêt) ou les syndicats dont on sait que leurs modes de financement sont particulièrement opaques ?

Je pense qu'il faudra s'attaquer à la question du financement des syndicats. L'expérience du rapport Perruchot est quelque chose qui reste en travers de la gorge de beaucoup de nos concitoyens. Mais on ne pouvait pas dans un temps aussi court poser une question si délicate. Il faudra travailler sur ce sujet. Par contre, que la disposition interdisant aux lobbys de financer des assistants parlementaire ait été votée contre l'avis du gouvernement et 14 députés me révolte. Comment peut-on défendre une chose pareille. Je crois que sur tous les conflits d'intérêt  et sur les questions de pantouflage, la loi est très faible. Enfin,  la confiance ne concerne pas que les parlementaires, il y a aussi l'exécutif, que ce soit pour les membres de cabinets ou les ministres eux-mêmes et les hauts fonctionnaires. La loi est muette et le sujet devra être traité.

Vous avez soutenu ces derniers jours les militants de la République en Marche qui contestent y compris sur le plan juridique les statuts du parti qu'ils ne trouvent pas assez démocratiques, qu'est-ce qui vous dérange le plus dans le fonctionnement du mouvement ?

Je souhaite souligner deux points. Le premier est je n'ai pas directement soutenu cette action. Je ne suis ni requérante ni intervenante .En revanche, j’ai tenu à dire parce que j'ai fait une campagne aussi active que j'ai pu en faveur d'Emmanuel Macron que la promesse qui a été faite de construction démocratique du mouvement n'a pas été satisfaite au regard de la manière dont les choses se passent aujourd'hui. Le second est qu’il est dommage que les actions formidables qu’engage notre président à l'international soient gâchées par des procédés insuffisamment ou peu démocratiques qui se développent notamment au sein de la construction du parti.

Quand vous avez un parti politique dans lequel il n'y a quasiment pas d'élections, c'est un problème démocratique. Le tirage au sort me semble d'une part extrêmement populiste et en plus peu sûr. Et cela ne concerne jamais que 25% d'une institution qui n'est pas l'institution principale.

La sagesse aurait consisté à créer un bureau provisoire nommé et se donner un laps de temps suffisant pour construire des statuts en harmonie avec la promesse d'Emmanuel Macron d'un système démocratique dans lequel les gens prennent en main leur destin.

Pensez-vous que La République en Marche pourra réussir son pari de renouvellement profond de la vie politique française et notamment conserver et développer le souffle citoyen qui lui permettrait de raviver vraiment la démocratie parlementaire française ?

Si le centralisme actuel persévère, c’est peu probable. La manière dont se profile le choix des investitures pour les sénatoriales ne va pas davantagedans la bonne direction. On est retombé dans la vieille politique où la commission d'investiture va aller chercher tel ancien sénateur ou sénatrice ou personnalité qui va pouvoir faire l'affaire sans choisir dans le vivier des élus locaux. Il y a pourtant suffisamment d'élus locaux impliqués dans la vie locale à qui on pourrait donner une chance. J'ai quelques cas en tête de choix pour les sénatoriales qui tournent le dos au renouvellement promis

Deux mois après l'élection d'Emmanuel Macron, ce Président que personne n'attendait ni ne connaissait vraiment, vous êtes-vous forgé une définition de ce qu'est le macronisme ?

C'est une question délicate.  Il y a incontestablement une approche gaullienne dans le positionnement du président. Sur la manière dont il procède sur la scène internationale, les résultats sont remarquables et je suis très admirative. En revanche sur le plan interne, l'autoritarisme (qui est cohérent avec l'approche gaullienne)est peu compatible avec la France de 2017. La verticalité que le Président a voulu instaurer est en pleine contradiction avec l’horizontalité propre à la société connectée contemporaine.

Au regard de la théorie des 100 jours qui veut que ce qu'un Président et un gouvernement n'ont pas réalisé dans les semaines suivant leur entrée en fonction a peu de chances d'être rattrapé ensuite, que vous inspirent ceux d'Emmanuel Macron ? En résumé rapide, on peut donc citer la loi sur la moralisation, la réforme du marché du travail et une communication radicalement différente des précédents présidents, est-ce un premier bilan à la hauteur de l'espoir qu'avait suscité chez vous M. Macron pendant la campagne ?

Encore une fois sur le plan international c'est formidable de faire autant de choses en si peu de temps. Sur le plan intérieur les deux grands sujets si je puis dire qui avaient été avancés, c’est-à-dire les ordonnances sur le travail et la loi de moralisation sur la vie publique ont été traités  et les engagements tenus. La simplification au niveau des normes est en phase d'être faite…

Là où je suis plus interrogative c'est sur les choix budgétaires. Non pas sur le fait qu'il faille atteindre les 3% (même si la question de l’urgence à les atteindre peut être discutée) et réduire la dépense publique  mais sur la manière dont on  atteint ces objectifs. Je suis choquée que nous dépensions en 2017 plus de 10 milliards d'euros à fond perdus pour renflouer EDF et Areva. Pendant ce temps-là on rationne l'armée, le ministère de l'Intérieur, l'Education Nationale, les hôpitaux… On a des canadairs qui ont 50 ans…les vaches sacrées n’ont plus leur place quand il s’agit  de réduire l’enveloppe globale.

En ce qui concerne la communication, Jetrouve que le fait d'avoir redonné de la hauteur à la présidence, c’est-à-dire d'avoir fait cesser une forme de connivence qui n'a pas lieu d'être entre le chef de l'Etat et la presse est utile. On ne peut pas avoir un fonctionnement au plus haut niveau de l'Etat  en connexion directe avec les journalistes comme le démontre « un président ne devrait pas dire ça ». En revanche je pense que le balancier est reparti beaucoup trop loin de l'autre côté. On a quitté le domaine de l'information pour rentrer dans la pure communication. Tout cela m'apparait assez proche du verrouillagealors que l’information et la presse d’investigation notamment sont indispensables.

Emmanuel Macron s'est placé en clé de voûte incontournable de son quinquennat et il n'existe quasiment aucun poids lourd politique à ses côtés, s'agit-il pour vous d'une nécessité pour assurer le renouvellement ? Ou d'une erreur d'analyse du nouveau président qui aurait pu avoir intérêt à s'appuyer sur l'expérience politique de certains ?

Ce qui a été fait était impensable, c'est à dire un énorme coup de balai sur toute la classe politiquefrançaise. L'inconvénient c'est que c'est le vide absolu. Au sein du gouvernement il n'y a pas une personnalité politique forte. Les oppositions sont totalement explosées. Il est tout à fait clair que la stratégie suivie par le président semble maintenant de faire exploser la droite sénatoriale comme il a fait exploser la gauche socialiste à l'Assemblée nationale. Vouloir déprofessionnaliser la politique comme il l'a fait, permettre à une nouvelle génération d'accéder au pouvoir, c'est une formidable occasion de faire émerger de nouveaux talents, mais les inconvénients sont patents.

A l'intérieur  de la majorité, car le Président  va avoir besoin de personnalités fortes  pour le soutenir et il n'en apparait pas dans l’immédiat. A l'extérieur, car la démocratie française a besoin d'avoir une opposition. Une démocratie sans opposition réelle, cela n'existe pas. Aujourd'hui c'est le vide absolu. Ce que je dis ne va pas plaire à M. Mélenchon qui estime être le chef incontournable de l'opposition mais il ne peut représenter l’opposition.

Les partis ont explosé et c'est une bonne chose. Maintenant l'important c'est la reconstruction. Il y a eu une stratégie de déconstruction très forte mais on ne voit pas celle de la reconstruction, que ce soit au niveau de la majorité gouvernementale, de la droite ou de la gauche.

Une polémique a éclaté sur la plus-value de plus d'un million d'euros qu'aurait réalisé Muriel Penicaud en tant que dirigeante de Danone après l'annonce d'un plan de suppression d'emplois. Absolument rien d'illégal mais cela vous paraît-il 1) aider à la cohésion sociale du pays 2) envoyer le signal qu'on est entré dans le nouveau monde de bienveillance promis par Emmanuel Macron pendant sa campagne ?

Quand madame Pénicaud a réalisé cette opération il y a plusieurs années elle n'était pas en fonction. Mais ce cas illustre les nouveaux problèmes qui apparaissent avec la déprofessionnalisation de la vie publique. Du temps des professionnels de la politique, il y avait de très mauvaiseshabitudes qui faisaient que de temps en temps, « une affaire «  apparaissait.

Les personnes issues de la société civile sont dans un autre cas de figure. Elles agissaient sans se préoccuper  d'une quelconque conséquence publique potentielle. Elle a gagné de l'argent alors que des centaines de personnes se retrouvaient sur le carreau. Aucune infraction n’a été commise. C'est une question d'éthique personnelle mais est-il possible d'exiger des responsables politiques de n'avoir jamais commis d'infraction mais en plus d'avoir toujours été d'une éthique irréprochable ? J'en doute.

Polémique sur les crédits de l'armée, baisse des APL, zig zag budgétaires et promesses qui paraissent aussi difficiles à tenir que les budgets établis par les gouvernements précédents, que pensez-vous des premiers pas de ce gouvernement en la matière ? Fallait-il respecter l'objectif des 3% dès 2017 et ne pas vouloir de collectif budgétaire pour rétablir les dérapages de ce qui avait été prévu dans la loi de finances votée par le gouvernement socialiste sortant ?

J'ai été très choquée de ce qu'il s'est passé pour l'armée. L’état de nos matériels est calamiteux et il est désolant de voir ce sujet exposé sur la place publique alors que des engagements très fermes avaient été pris. Tout le régalien manque de moyens. Madame Belloubet a dit que la Justice participerait aussi à l'effort budgétaire alors que nous dépensons deux fois moins que les autres pays industrialisés avec les conséquences désastreuses en termes de délai d’instruction et de jugement que nous connaissons.

Sur les APL très franchement, je ne sais pas quelles sommes reviennent dans les caisses de l’Etat. Mais aller prendre cinq euros aux étudiants par mois je ne suis pas sûre que cela soit une bonne idée. Par contre qu'on ait une vache sacrée comme le nucléaire dans lequel on met à fonds perdus plus de 10 milliards cette année (il ne s’agit pas d’investir) ce n'est ni rationnel ni légitime.A contrario, nationaliser temporairement les chantiers de Saint-Nazaire je trouve que c'est une bonne idée.

Sur les 3%, j’ignore où en sont les négociations entre Angela Merkel et Emmanuel Macron, et le degré d’engagement qui a été pris.Il faut réduire les dépenses publiques mais atteindre  3,1 ou 3,2% ne serait pas une catastrophe absolue.

Vous vous êtes battue depuis des années pour l'environnement, que vous inspirent les premiers pas de Nicolas Hulot ?

Je pense que Nicolas Hulot a beaucoup de difficultés. Elles se traduisent par des prises de position sur le moyen et le long terme très courageuses mais des décisions immédiates qui sont décevantes. La question des perturbateurs endocriniens m'est restée en travers de la gorge. Le texte n'a pas changé depuis 2016 alors qu'il est très mauvais. Sur le nucléaire il annonce qu'on va fermer 17 réacteurs, c'est très bien, c'est ce qu'il faut pour atteindre l'objectif des 50% d'énergies renouvelables. Mais il n'y a pas un mot sur les sommes astronomiques mises sur le nucléaire   ou sur Bure malgré le rapport de l'IRSN…

J'ai le sentiment que Nicolas Hulot est terriblement bridé, qu'on le laisse s'exprimer sur ce qu'il se passera d'ici 15 ou 20 ans mais qu'en revanche les décisions immédiates qu'on l'oblige à cosigner ne sont pas forcément les bonnes.

Comment expliquez-vous que ce que vous aviez écrit dans votre livre sur les pratiques du Modem qui faisait rémunérer au moins pour partie des salariés du parti en tant qu'assistants parlementaires européens n'ait absolument pas été écouté avant l'élection ? Ne peut-on y voir une forme de politisation de la justice puisqu'il semble que les affaires soient plus rapidement traitées quand les personnalités qu'elles concernent sont des "cibles" de choix, quitte à les oublier ensuite (cf le cas de Nicolas Sarkozy qui paraissait encerclé par la justice au moment de l'imprimer sans beaucoup de choses sur le terrain judiciaire) ?

Ce n'était pas l'élément central de mon livre mais ceci dit le système que je décrivais à l'intérieur est encore d'actualité. Je pense que l'opinion n'avait pas perçu le sujet tout simplement. Ce n'est pas une question de politisation de la justice selon moi. Tout cela est sorti car il y a eu dépôt de plainte et témoignage d'un ancien salarié du Modem. Les affaires sortent car elles arrivent à maturation tout simplement. 

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g16
- 01/08/2017 - 18:47
les micros partis
Tout d'abord, ce n'est que lobbysmes ou trafic d'influence, si en plus, cela ne sert qu'a enrichir le personnage fort qui s'en sert pour se faire élire, c'est vrai qu'il fallait le supprimer, de même qu'il faut aussi supprimer la franc-maçonnerie et tout ces genres de sectes qui organisent dans l'ombre le destin du pays.
28furka
- 31/07/2017 - 20:33
c est qui cette dame ?
et qu a t elle fait en son temps quand elle fut aux affaires ?
celajun
- 31/07/2017 - 15:01
Lepage, qu'est ce que c'est ?
Mais qui peut bien s'intéresser à l'avis de cette inutile sur Macron et le reste ? Atlantico gaspille de l'espace pour du néant.