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Opposition
Ce grand parti conservateur que la droite devrait créer si elle veut vraiment construire une alternative crédible au parti d'Emmanuel Macron
Publié le 17 juillet 2017
Disraeli Scanner. Lettre de Londres mise en forme par Edouard Husson. Nous recevons régulièrement des textes rédigés par un certain Benjamin Disraeli, homonyme du grand homme politique britannique du XIXè siècle. Dans la Grande-Bretagne des années 1850-1870, le règne des idées libérales semblait assuré pour toujours. Il était incarné au pouvoir par le parti "whig", régulièrement soutenu par une aîle "constructive" des "Tories". Benjamin Disraeli (1804-1881), l'un des plus grands orateurs que la Chambre des Communes ait connus, se battit pied à pied pour créer un parti "conservateur": il proposa un compromis réaliste entre ibre-échangistes et protectionnistes à la droite de l'assemblée; il obtint l'élargissement du suffrage; il mit en place une législation sociale ambitieuse pour protéger le monde ouvrier. En 1874, bénéficiant du ralliement d'un électorat élargi, il devint Premier Ministre. En 1875, son intervention fut décisive pour mettre un terme à la tentation bismarckienne de déclencher une nouvelle guerre contre la France. En 1878, il sauva une nouvelle fois l'équilibre des puissances en empêchant la Russie de dépecer l'Empire ottoman. En 1880, quand il quitta le pouvoir, Disraeli avait fait mentir Marx sur le déterminisme des forces historiques et l'incapacité du système capitaliste à se réformer. Les textes reçus d'un homonyme contemporain de Benjamin Disraeli font ressortir de manière saisissante les ressemblances des situations politiques, d'un pays et d'une mondialisation à l'autre.
Benjamin Disraeli (1804-1881), fondateur du parti conservateur britannique moderne, a été Premier Ministre de Sa Majesté en 1868 puis entre 1874 et 1880.  Aussi avons-nous été quelque peu surpris de recevoir, depuis quelques semaines, des "lettres de...
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Benjamin Disraeli (1804-1881), fondateur du parti conservateur britannique moderne, a été Premier Ministre de Sa Majesté en 1868 puis entre 1874 et 1880.  Aussi avons-nous été quelque peu surpris de recevoir, depuis quelques semaines, des "lettres de...
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Disraeli Scanner. Lettre de Londres mise en forme par Edouard Husson. Nous recevons régulièrement des textes rédigés par un certain Benjamin Disraeli, homonyme du grand homme politique britannique du XIXè siècle. Dans la Grande-Bretagne des années 1850-1870, le règne des idées libérales semblait assuré pour toujours. Il était incarné au pouvoir par le parti "whig", régulièrement soutenu par une aîle "constructive" des "Tories". Benjamin Disraeli (1804-1881), l'un des plus grands orateurs que la Chambre des Communes ait connus, se battit pied à pied pour créer un parti "conservateur": il proposa un compromis réaliste entre ibre-échangistes et protectionnistes à la droite de l'assemblée; il obtint l'élargissement du suffrage; il mit en place une législation sociale ambitieuse pour protéger le monde ouvrier. En 1874, bénéficiant du ralliement d'un électorat élargi, il devint Premier Ministre. En 1875, son intervention fut décisive pour mettre un terme à la tentation bismarckienne de déclencher une nouvelle guerre contre la France. En 1878, il sauva une nouvelle fois l'équilibre des puissances en empêchant la Russie de dépecer l'Empire ottoman. En 1880, quand il quitta le pouvoir, Disraeli avait fait mentir Marx sur le déterminisme des forces historiques et l'incapacité du système capitaliste à se réformer. Les textes reçus d'un homonyme contemporain de Benjamin Disraeli font ressortir de manière saisissante les ressemblances des situations politiques, d'un pays et d'une mondialisation à l'autre.

Londres, le 15 juillet 2017

Mon cher ami,

Vous me faites part du grand désarroi des oppositions au nouveau gouvernement français. Alors que le premier tour de votre élection présidentielle avait vu la constitution de quatre tendances politiques à peu près égales, le deuxième tour de la même élection et les législatives qui ont suivi ont vu l'émergence d'une majorité large en faveur d'En Marche. La droite et l'extrême gauche ont eu beau appeler à voter contre Madame Le Pen et pour le vainqueur de l'élection, ils n'en ont retiré aucun bénéfice en nombre de députés. Madame Le Pen elle-même ne se remet pas d'une campagne manquée par obstination à se situer dans un populisme de gauche.. Quant au parti socialiste, il est sonné par le hold up d'Emmanuel Macron sur son électorat; et il est maintenu à terre par le camarade Mélenchon.

Nul ne peut dire si votre nouveau président saura bâtir une France plus optimiste et plus dynamique. Mais le candidat Macron restera dans l'histoire comme l'auteur d'une des plus remarquables campagnes présidentielles françaises. Il est aussi doué que notre Theresa May est désespérante, elle qui avait une majorité large dans les sondages au début de sa campagne, au printemps dernier, n'a su obtenir qu'un gouvernement minoritaire; tandis que M. Macron a fait d'une courte avance au premier tour de la présidentielle une majorité de gouvernement comme on n'en avait pas vu depuis longremps. Ce n'est pas seulement le nombre de sièges; c'est le fait, comme vous le dites,que le désarroi des opposants n'a jamais été aussi palpable.

Si vous voulez bien, je ne m'attarderai pas sur le cas de la gauche. Ce qui va se passer est assez prévisible. D'une part, les Insoumis auront à l'Assemblée le rôle tribunicien que le Front National n'est pas assez nombreux pour occuper. Quant au parti socialiste, sa survie ne dépend pas de lui mais de la capacité qu'aura M. Macron à maintenir une majorité alors que ses soutiens vont diminuer à gauche et, éventuellement, augmenter à droite. C'est à droite, en effet  que tout va se jouer. Une lutte va s'engager de plus en plus clairement au fur et à mesure que le quinquennat avance pour la conquête de l'électorat de la "droite d'en haut", celle qui a voté Fillon. La chance et la malchance du nouveau président tiennent à ce que cette situation ne dépend en fait pas de lui. Elle dépend de la capacité de la droite tout entière à faire émerger un grand parti conservateur capable de réduire l'influence de ce grand parti "libéral, centriste, européen" qu'Emmanuel Macron dirige d'une main de fer.

Il nous faut tout de suite dire qu'il n'y a pas grand monde en France, actuellement, qui sache ce que c'est que le conservatisme. Le mot a mauvaise presse chez vous. Depuis votre révolution, ce sont le mouvement et la notion de réforme qui accaparent le prestige. Il est plus chic, quand on appartient au monde parisien, de s'afficher de gauche - entendez "progressiste" - que de droite - entendez "passéiste". Conserver est, pour beaucoup de Français, synonyme de ne pas vouloir bouger, ne pas aimer le changement Alors que l'expérience politique de l'Angleterre, des Etats-Unis ou de l'Allemagne nous enseignent le contraire. Dans ces trois pays, les "conservateurs" sont fiers de leur engagement. Nous autres Britanniques avons inventé le parti conservateur- un certain Benjamain Disraeli, mon homonyme, a joué un rôle essentiel. Mais regardez vers l'Allemagne: le plus conservateur des Länder allemands, la Bavière, est aussi, aujourd'hui, le plus fier de sa modernité. Depuis quarante ans, dans l'Etat libre de Bavière, Franz Josef Strauss et ses successeurs ont su, en tant que Ministres-présidents de Bavière, allier fidélité aux valeurs ancestrales et troisième révolution industrielle,  Installation durable du mouvement chrétien-social au centre-droit, en même temps que forte assiste populaire.

Tel est l'enjeu pour vous en France. Les professionnels de la posture "insoumise" continueront à déclamer et finiront par lasser. Les socialistes revivront peut-être en dénonçant une dérive de Macron vers la droite et en prétendant réancrer le libéralisme là où il est né, à gauche. Seule la droite pourrait construire une force politique dangereuse pour Emmanuel Macron. Je m'empresse d'ajouter qu'il s'agit aujourd'hui d'une hypothèse d'école plus que d'une probabilité politique.

Je vois en effet, à droite, des forces politiques incapables d'expliquer leur défaite autrement que par les défaillances personnelles des candidats. Je vois des intriguants se perdre en conjectures sur les combinaisons et les dosages qui pourraient leur permettre d'attirer tous les électorats de droite sans prendre de risques pour eux-mêmes. Je vois aussi, en particulier chez Les Républicains, bien des personnalités estimables se tromper complètement de programme.

Mon cher ami, nous n'avons pas fini de reparler de ce sujet. Je me contenterai pour cette fois d'attirer votre attention sur le fait que le "conservatisme" auquel je pense n'est  pas une réédition de la juxtaposition qu'avait tentée Nicolas Sarkozy de l'européisme et du populisme de droite. Ce n'est pas non plus cette combinaison d'un "populisme des patriotes" et d'un "populisme chrétien" dont nous entretient désormais Patrick Buisson l'ancienne éminence grise du même Nicolas Sarkozy. Le populisme est défensif, le plus souvent négatif. Il caricature les angoisses de la société en empêchant qu'aucune politique réaliste puisse être greffée sur lui. Prenons le populisme chrétien, moins connu que celui des patriotes ou celui des Insoumis. Il s'agit en gros de ce mouvement qu'a révélé la "Manif pour Tous". Ce mouvement est fondé sur la fierté retrouvée d'un certain nombre de catholiques français depuis le pontificat de Jean-Paul II et sur l'expérience collective des "Journées mondiales de la Jeunesse", qui rassemblent de jeunes catholiques du monde entier depuis les années 1980. Mais quand il s'agit de parler de questions aussi fondamentales que la famille, l'éducation, la transmission, la solidarité entre les générations, le conservateur ne pourra pas adopter le seul point de vue de ces militants catholiques - il n'y va pas seulement de ma méfiance d'Anglican face à l'Eglise de Rome ni de votre juste préoccupation de laïcité mais de l'ampleur de vue nécessaire à la reconstruction des forces de la France dans la mondialisation multipolaire. L'horizon de ces populistes chrétiens en matière économique, quand il ne flirte pas avec le populisme patriote, ne semble pas dépasser, dans la plupart des cas, un européisme bon teint; et l'on cherche en vain chez eux, au-delà d'une certaine bien-pensance occidentale, une vision originale de la mondialisation.

Je vous laisserai pour aujourd'hui en insistant sur le fait que le "conservatisme" que doit construire la droite, si jamais elle veut revenir au pouvoir, doit affronter globalement la question de la transmission: cela veut dire donner une priorité à la culture et au patrimoine, favoriser un investissement massif dans l'éducation, à tous les âges de la vie. Ce nouveau mouvement devra répondre au défi de la troisième révolution industrielle, c'est-à-dire de la transformation globale de l'économie par la digitalisation de toutes les activités. Il devra aussi inventer l'Etat de l'ère digitale, forcément moins pyramidal et plus déconcentré que ce que nous avons actuellement. Enfin, un parti conservateur français devra être capable, comme son ancêtre britannique sous l'impulsion de Benjamin Disraeli, de réconcilier "les deux nations", la "France des élites" et la "France d'en bas". Il devra être le plus démocrate des partis français!  Tout ceci, bien entendu, doit s'accompagner d'un grand basculement de la politique étrangère française: la seule façon de faire repartir la croissance - et donc de sauver l'union monétaire européenne - c'est de se tourner vers les immenses marchés "eurasiatiques" qui émergent autour du projet chinois "One Belt. One Road".

Telles sont, mon cher ami, les conditions à remplir pour empêcher Emmanuel Macron de consolider à droite - dans la droite de la "mondialisation heureuse" - son assise politique très vraisemblablement plus fragile à gauche.  Croyez-vous la famille politique qui est la vôtre capable d'une telle prise de conscience?

Votre très dévoué Benjamin Disraeli"

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
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A M A
- 18/07/2017 - 15:52
La vieille droite s'est
La vieille droite s'est complètement déconsidérée. La nouvelle droite existe déjà. C'est "En Marche". Elle a rallié Macron, son nouveau maître. Le glissement à gauche continue. L'opposition s'est réfugiée dans des extrêmes bien mal en point. eux aussi Le césarisme montre le bout de son nez..
Anouman
- 17/07/2017 - 20:08
Nouvelle droite
On se demande bien pourquoi la droite devrait se mettre à réfléchir à sa doctrine puisque Macron a démontré qu'on peut être élu (certes par peu d'électeurs, mais élu) sans avoir aucune doctrine, pas même une ou deux idées originales. La droite pour revenir dans le jeu politique doit arrêter de s'auto-détruire, c'est à dire qu'elle doit se débarrasser (et En Marche est une super opportunité) de tous ses représentants les plus nuisibles à son élection. Après il ne restera plus qu'à trouver un bon publicitaire.
Liberte5
- 17/07/2017 - 19:53
Toutes les conditions sont réunies pour reconstruire une droite
libérale et conservatrice. Les électeurs de F. Fillon sont un socle important qui a soutenu un candidat pour le programme qu'il portait. Il faut maintenant trouver les hommes et les femmes dont les convictions sont suffisamment fortes pour porter un programme solide et cohérent et ensuite le faire appliquer. Jusqu'à ce jour ce qui a manqué à la droite c'est le courage de porter des idées qui sont majoritaires dans le pays. Ce qui a surtout a manqué à la droite c'est aussi la volonté de ne pas subir l'emprise de la gauche.