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Ce que les attentats de Téhéran pourraient changer au Moyen Orient en général et entre l’Arabie Saoudite et l’Iran en particulier
Publié le 08 juin 2017
Alors qu'ils devraient être unis, les pays du Moyen-Orient peinent à trouver une entente pour combattre l'Etat Islamique. Une difficulté en partie due à la confrontation entre l'Arabie Saoudite et l'Iran, et qui ne va pas s'améliorer suite aux attentats de mercredi...
Farhad Khosrokhavar est un sociologue franco-iranien, directeur de recherche à l'EHESS et chercheur au Centre d'Analyse et d'Intervention Sociologiques (CADIS, EHESS-CNRS). Ses recherches portent sur la sociologie de l'Iran contemporain,...
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Thierry Coville est chercheur à l’IRIS, spécialiste de l’Iran. Il est professeur à Novancia où il enseigne la macroéconomie, l’économie internationale et le risque-pays. Docteur en sciences économiques, il effectue depuis près de 20 ans des recherches...
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Farhad Khosrokhavar est un sociologue franco-iranien, directeur de recherche à l'EHESS et chercheur au Centre d'Analyse et d'Intervention Sociologiques (CADIS, EHESS-CNRS). Ses recherches portent sur la sociologie de l'Iran contemporain,...
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Alors qu'ils devraient être unis, les pays du Moyen-Orient peinent à trouver une entente pour combattre l'Etat Islamique. Une difficulté en partie due à la confrontation entre l'Arabie Saoudite et l'Iran, et qui ne va pas s'améliorer suite aux attentats de mercredi...

Atlantico : L'Iran a été la cible de deux attaques terroristes, ce mercredi, qui ont frappé le Parlement iranien et le mausolée de l'imam Khomeyni à Téhéran. Pour la première fois de son histoire, l'Iran a été la cible de l'Etat Islamique, qui revendique les attentats. Quelles peuvent être les conséquences de ce "djihadisme sunnite" pour le pays? 

Farhad Khosrokhavar L’Iran a été plusieurs fois la cible d’attaques de l’Etat Islamique, mais ils n’ont jamais réussi. Les autorités iraniennes ont réussi, jusqu’ici, à toujours arrêter les personnes. Quant aux conséquences, il n’y a pas grand chose que l’Iran puisse faire. Actuellement, l’Iran est engagée en Syrie et en Irak contre l’Etat Islamique. Par conséquent, c’est une sorte de vengeance de Daesh. L’Iran ne peut pas faire autrement que de continuer le combat par le biais de son armée et de l’armée irakienne, et par le biais du pouvoir syrien qu’il aide directement avec des moyens financiers et des armes. 

 

Thierry Coville : Cet attentat va sans doute être "utilisé" comme argument de politique intérieure par les "radicaux" qui viennent de subir une lourde défaire aux élections présidentielles avec la victoire de Rohani. On peut penser qu'ils vont dire que du fait cet "attentat", il faut que l'Iran affirme une ligne "dure" dans la région et ne fasse aucune concession notamment sur les dossiers syrien et irakien. Pour les durs en Iran, Daesh est "manipulé" par les Etats-Unis et l'Arabie Saoudite. Les radicaux vont donc accroître leur pression sur le président Rohani et tout faire pour qu'il suive une politique plus dure dans la région et vis-à-vis des occidentaux. L'un des principaux objets de discorde entre les modérés et les radicaux est que ces derniers disent qu'il n'est pas question de faire un Barjam (nom en persan de l'accord sur le nucléaire) 2 ou 3 ou 4 à propos d'autres questions (comme éventuellement la Syrie). Ils signifient ainsi qu'il ne faut plus que l'Iran fasse de concessions dans le domaine diplomatique, notamment vis-à-vis des Etats-Unis. Or, lors de la campagne présidentielle, Rohani a promis qu'il ferait lever le reste des sanctions qui pèsent toujours sur l'économie iranienne. Or, ces sanctions viennent des Etats-Unis et y mettre fin impliquerait donc des négociations directes avec les Etats-Unis... On peut noter à ce sujet que Rohani a appelé après ces attentats à plus de coopération internationale pour lutter conter le terrorisme. 

Sur le plan intérieur, on peut s'attendre à un affrontement entre deux visions. En effet, l'Etat Islamique à travers ces attentats tente de faire monter les tensions entre les chiites qui représentent 90 % de la population iranienne et les sunnites (près de 9 %). Or, on sait qu'il existe des discriminations et ethniques contre certaines parties de la populations comme les Baloutches (qui sont sunnites). Les "radicaux" vont sans doute appeler à une approche plus "sécuritaire" vis à vis de ces populations. Il est intéressant de noter qu'en Iran du fait de la modernisation des mentalités depuis la révolution (on peut noter à ce sujet qu'il y près de 47 % de filles dans les universités au Sistan-Baluchistan), les minorités ethniques et religieuses en Iran, en dépit de réelles discriminations ne croient pas à l'action violente et privilégient la lutte politique et culturelle. On peut ainsi noter que ces minorités sont allées massivement voter pour Rohani lors des deux dernières élections présidentielles. Ce dernier est plutôt favorable à accroître les droits politiques et culturels de ces minorités (les élèves des collèges et lycées au Kurdistan iranien peuvent ainsi apprendre le kurde depuis 2015). On verra si ce dernier arrivera à répondre aux demandes de ces minorités dans ce nouveau contexte. Les autorités iraniennes venant d'annoncer que les auteurs des attaques terroristes étaient iraniens (probablement sunnites) qui avaient fait allégeance à l'Etat islamique en Iran, on peut penser qu'il va y avoir dans les prochains mois de fortes tensions entre ces deux lignes politiques.

Alors que l'Arabie Saoudite et ses voisins ont annoncé avoir rompu toute relation diplomatique avec le Qatar,et suite aux déclarations offensives de Donald Trump à l'égard de Téhéran, dans quel contexte cet attentat intervient-il ? Quelles sont les tensions profondes qui traversent la région actuellement ? 

Farhad Khosrokhavar Les tensions avec l’Arabie Saoudite datent de plusieurs années. Il y a, depuis quelques années, une nouvelle équipe de dirigeants qui ont pris le pouvoir en Arabie Saoudite. Il y a eu une sorte de radicalisation supplémentaire. Les points de friction sont le Yémen, où l’Arabie Saoudite tente d’imposer le régime officiel, et l’Iran qui dépend des Houtis. Il y a aussi la Syrie, où l’Iran défend le régime d’Assad et l’Arabie Saoudite est contre. Au Liban, l’Iran soutient le Hezbollah, et l’Arabie Saoudite le rejette totalement. Il y énormément de points de friction entre les deux. A cela il faut également ajouter l’Irak, où l’Iran est beaucoup plus écoutée par le pouvoir Chiite irakien que le gouvernement saoudien. Sur tous ces plans-là, il y a un antagonisme qui atteint des niveaux beaucoup plus élevé depuis que Riyad essaie d’imposer une discipline de fer aux pouvoirs sunnites sur la région. L’Egypte, après le coup d’Etat militaire qui a renversé Morsi, est maintenant devenu proche de l’Arabie Saoudite, qui l’aide massivement à combler son déficit. Il y a un seul pays rebel, qui est le Qatar. C’est un petit pays qui vient de se voir infliger la rupture de relations diplomatiques. L’Arabie Saoudite lui reproche d’être trop ouvert vers l’Iran, vers les frères musulmans (ce qui irrite le pouvoir égyptien), et vers le Hamas. C’est à partir de là qu’ils ont inventé cette histoire - qui ne tient pas debout - que le Qatar soutient Daesh. On sait très bien que parmis les 19 personnes qui ont commis l’attentat de 2001, il y en avait 15 de l’Arabie Saoudite. Ce qui est important, c’est que l’Arabie Saoudite veut maîtriser, en un sens, le Qatar, qui est le seul pays à encore avoire une presse libre. Je crois que c’est vraiment Daesh derrière tout ça, mais l’Arabie Saoudite doit se réjouir de ces attaques car l’Iran était le seul grand pays de la région qui avait échappé au djihadisme sunnite. 

 Thierry Coville : Très clairement, la région est marqué par deux grands conflits. Il y a d'abord l'action de Daesh et d'Al Qaeda qui menace tous les pays de la région que ce soit Turquie, les pays arabes du Golfe Persique, l'Iran, l'Afghanistan. Parallèlement, il existe une lutte pour la suprématie régionale entre l'Iran et l'Arabie Saoudite. Chacun de ces deux pays est persuadé que l'autre le menace. Le narratif iranien est de de considérer que l'Arabie Saoudite a entraîné et soutenu ces groupes sunnites extrémistes (Etat Islamique, Al Qaeda) dans leur lutte en Syrie et en Irak pour faire "tomber" les gouvernements de ces pays et affaiblir l'Iran. Et les Iraniens considèrent donc qu'ils sont obligés de soutenir les gouvernements syrien et irakien pour éviter que ces pays tombent aux mains des djihadistes. Du côté saoudien, depuis la chute de Saddam Hussein et plus récemment l'accord sur le nucléaire, le sentiment est que le Moyen-Orient tombe progressivement aux mains de l'Iran. Les autorités saoudiennes sont "obsédées" par la "menace" iranienne dans la région.C'est pour cela notamment qu'ils se sont lancés dans la guerre contre les Houthis au Yémen alors que le soutien iranien à ces derniers est sans doute très limité.

Dans un tel contexte, on peut être assez critique vis-à-vis du voyage récent de Trump dans lé région. Tout d'abord, est-ce qu'il n'est pas risqué de prendre parti aussi violemment pour l'Arabie Saoudite dans son conflit avec l'Iran. Quelles vont être les conséquences à long terme d'un soutien aussi aveugle à l'Arabie Saoudite ? Est-ce que cela ne risque pas d'accroître les tensions entre ces deux pays ? Est-ce qu'une sortie de crise en Syrie ne passe pas au contraire par une amélioration des relations entre l'Arabie saoudite et l'Iran ? Est-ce que la volonté du gouvernement américain de sanctionner encore plus l'Iran pour son rôle soi-disant "déstabilisateur" dans la région ne risque pas de renforcer le camp des plus radicaux en Iran qui se nourrit de l'antiaméricanisme ?

Mais je pense que l'erreur stratégique la plus grave du président américain est de mettre sur le même plan en tant que risque pour la région l'Iran et l'Etat islamique. C'est une erreur d'analyse fondamentale car elle met sur le même plan un pays où existe une société civile moderne qui rejette le fondamentalisme religieux et un groupe comme l'Etat Islamique. C'est également une erreur grave car cela revient à se priver de toute collaboration de l'Iran dans la lutte contre l'Etat islamique. C'est également une erreur potentiellement dangereuse à long terme car elle dénote une absence totale de réflexion quant à l'origine de l'extrémisme religieux dont se nourrit l'Etat islamique. Dans un article récent, un sociologue (1) établit un lien entre le fondamentalisme religieux et le monopole en matière d'offre de religions allié à une absence de démocratie (comme en Arabie Saoudite). Il est donc dangereux d'encourager comme le fait Donald Trump des pays qui refusent la tolérance religieuse ainsi que l'ouverture politique. Cela peut favoriser à terme des groupes d'opposants qui choisissent pour leur lutte politique une vision encore plus extrême du modèle religieux déjà imposé dans ces pays. 

Le soutien aveugle de Trump à tous les régimes autoritaires de la région ne peut pas conduire à l'émergence de sociétés ouvertes qui refusent l'extrémisme religieux ou la violence. On peut rappeler également que quelques jours après le séjour de Trump en Arabie saoudite le gouvernement du Bahrain a tué 5 manifestants lors d'une manifestation pacifique d'opposants chiites. A quoi va ressembler la région à terme si les régimes autoritaires locaux pensent qu'ils ont un blanc-seing américain pour réprimer toute opposition comme bon leur semble ?

Engagé contre l'Etat Islamique en Irak comme en Syrie, comment peut on anticiper la réaction de Téhéran à l'égard de l'Etat Islamique, mais également en rapport aux différentes rivalités existantes dans la région ? 

Farhad Khosrokhavar L’Iran est totalement en guerre. Il n’y a rien à faire de plus que ce qu’elle a fait. Par conséquent, vis-à-vis de ces attentats, son attitude est totalement identique à celle qu’elle était auparavant. Le fait que tous les pays, que ce soit l’Egypte, l’Iran, l’Arabie Saoudite ou la Jordanie, soit exposés à l’Etat Islamique devrait les unifier. Mais ça ne se fait pas, parce qu’il y a ces tensions entre Riyad et Téhéran, et qui paralyse la situation. 

Thierry Coville : Je pense que cet attentat va de toute façon renforcer la volonté de l'Iran de lutter dans la région contre l'Etat islamique. Par contre, comme je l'ai dit plus haut, deux options vont s'affronter en Iran. Les radicaux qui estiment que ces attentats sont bien, le preuve que l'Iran ne doit jamais baisser la garde face aux Etats-Unis et à l'Arabie Saoudite. Les modérés avec Rohani comme chef de file qui estiment que, si c'est dans l'intérêt de l'Iran, il faut être prêt à négocier, même avec les ennemis d'hier ...

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vangog
- 08/06/2017 - 21:51
Très confuses, ces analyses!
Bon, d'accord, la situation est confuse et les alliances se démêlent aussi rapidement qu'elles s'entre-mêlent...mais cela aurait été plus clair si le chercheur à l'Iris n'avait pas tout enfumé avec son anti-Trumpisme primaire... Il tente vainement de nous prouver que l'intervention de Trump va embraser la région, alors que les dernières nouvelles du Front montrent que daesch est quasiment vaincu, que les Kurdes sont en droit d'espérer une région autonome au Nord de la Syrie, afin de faire la jonction avec leur région d'Iran (Erdogan en est vert-de-rage...tant mieux!). et l'Iran qui a fait monter les enchères nucléaires, grâce à la faiblesse coupable d'Obama, se voit obligé de baisser ses prétentions nucléaires, s'il veut atténuer les sanctions qui pèsent sur lui...Israël peut enfin souffler! Enfin bref, la dircection que prend le Proche et moyen-Orient est bonne, grâce à la nouvelle diplomatie Trump...mais peut-être est-ce ce qui irrite ce "chercheur"?...