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Pour une réforme du travail réservée aux PME

Publié le 05 juin 2017
Le droit du travail français, aveugle à la taille, préserve les puissants et terrorise les faibles.
Denis Jacquet
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Denis Jacquet est entrepreneur (Edufactory), investisseur (Entreprise et conquête) et président de Parrainer la croissance, une association d'aide aux PME pour rechercher la croissance, et cofondateur de l'observatoire de l'Uberisation. 
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Le droit du travail français, aveugle à la taille, préserve les puissants et terrorise les faibles.

Le droit du travail français ne tue pas l’emploi de la même façon pour tout le monde. Le droit du travail français, aveugle à la taille, préserve les puissants et terrorise les faibles. C’est un souverain absolu qui exige des gueux une obole proportionnellement plus forte que celle qu’il exige des riches. Il est à lui seul l’éclatante démonstration que la France ne raisonne que par les grands et donc par l’absurde. Il est à lui seul l’incontestable preuve que nos législateurs ne connaissent rien à nos PME. Ils sont presbytes et refusent de porter des lunettes pour voir cet infiniment petit qui, pourtant, constitue le terreau français et son seul espoir d’embauche. C’est une réserve sans cesse obstruée, une cache fantastique renfermant des armes de destruction massive de chômage. Cette terre sans cesse brûlée ou ignorée, qui pourrait donner plus de blé qu’un meilleur avril dirait Brel. Les PME, ces gladiateurs qui malgré leurs victoires, souvent laborieuses, se voient toujours promettre un pouce retourné quand l’heure vient de décider de leur sort. L’empereur législatif le renvoie toujours aux lions et la France doit se contenter d’ossements.

Réformer le droit du travail c’est avant tout un chiffon rouge. Avant même que l’on indique quelle réforme on envisage, les drapeaux rouges flottent Avenue de la République et visent la Bastille. Avant même qu’on parle de changement, les dogmatiques crient au génocide des plus faibles. Avant même que le premier message soit lancé, on parle déjà de viol des acquis sociaux. En clair, réformer agite les dogmatiques, c’est une matière qui ne permettrait pas qu’on puisse même penser à la transformer. Il est interdit même de l’évoquer. En réalité, c’est simplement le reflet de la paresse de nos tenants du dialogue social, qui préfèrent le dialogue quand il est muet. On devrait d’ailleurs le rebaptiser le « Mutisme Social » tant les sujets intouchables sont plus nombreux que ceux qui sont ouverts au changement. L’immobilisme en la matière préserve leur rente, et quelle rente. Elle préserve la paresse, un système qui confine souvent à une organisation Sicilienne, masque une armée qui ne travaille plus tout en étant payée aux frais de l’Etat et de grandes entreprises publiques, afin d’acheter leur silence et qui ne souhaite pas que cela cesse. Derrière le refus du changement, se cache la rente. La vertu masque de plus en plus mal l’argent et les privilèges, dont la masse déborde et devient trop visible en ces temps de crise.

Le droit du travail c’est avant tout un contenant qui a oublié son contenu. La forme est devenue plus importante que le fonds. Savoir comment l’on doit travailler est devenu plus important que de travailler tout court. Le contenu s’efface derrière le cadre, comme une forêt derrière un arbre. Pourtant, travailler, est d’abord un affranchissement social, une source possible d’élévation et pour une large partie de la population, un véritable épanouissement. Le travail comme une contrainte existe, le travail dans de mauvaises conditions existe, mais il est minoritaire. Nos  grands parents hurleraient de honte quand on leur présente l’addition de la pénibilité. A vivre une vie sédentaire et trop confortable, nous trouvons tout « pénible ». J’incite ceux qui soutiennent cette thèse à m’accompagner dans le désert de Lompoul au Sénégal, par exemple, et de voir les femmes travailler le sol par 45° de température. Au même moment nous osons parler de pénibilité pour ceux qui montent un escabeau de plus de 20cm de hauteur !

Le droit du travail enfin, c’est un papyrus. Il est né avec l’industrie et survit, s’incruste malgré sa disparition. Ainsi le modifier pour le faire rimer avec son temps devrait sembler naturel et ne devrait causer aucun traumatisme. Il ne s’agit pas de supprimer les acquis sociaux, mais de les adapter au 21ème siècle. Parler comme le feraient des Gérard Filoche, du « patron salaud » qui remettait les ouvriers à la mine après les coups de grisous, ne concerne qu’une petite partie de la population qui n’a pas remarqué que le monde changeait sauf elle. Ces personnages politiques, comme leurs propos ne sont même pas datables au Carbone 14 ! Regardons la société en face, regardons le travail en face, regardons les brèches colossales que le numérique ouvre dans la définition, le contenu, l’organisation et la réalité du travail et bâtissons un ouvrage digne de notre siècle, le tout encadré par quelques principes fondamentaux, qu’ils ne faut pas abandonner. Car ils font la saveur et la vertu de la France et de l’Europe, en tous cas l’ancienne  Europe.

Les Français sont prêts depuis longtemps. A part les terroristes de la pensée unique, et les jeunes en mal de zapper les cours pour cause de grèves, les français, eux, ont bien compris que ce droit du travail n’avait empêché personne de perdre son emploi et avait encore moins permis d’en créer. Ils ont compris que l’illusion vendue d’interdire le licenciement appartenait désormais au passé et réalisent que les entreprises, les petites, ont vraiment peur, sincèrement et légitimement, d’embaucher. Malgré les ruptures conventionnelles et autres exceptions à une règle inique et unique, la PME n’embauche pas, même quand tout va bien. Pourtant elle est seule à pouvoir le faire. Alors que devons nous décider ?

La réponse vient de l’observation :

Je ne reviendrai même pas sur la folie qui consiste à demander à une PME de 10 salariés de subir le même code du travail qu’une entreprise de 160 000. Cela ne mérite plus de commentaires, et pourtant la situation n’offusque personne côté législateur et syndical.

Les grands groupes font leur croissance à l’étranger. Rares sont ceux qui dépendent encore pour plus de 15% de leur chiffre d’affaire, du marché français. Le solde net d’emploi, pour pratiquement tous les grands groupes, est négatif. Il y a plus de sorties que d’entrées et rien ne pourra inverser l’ordre des choses. C’est terminé. Ou seulement à la marge. L’automatisation et le digital vont finir de classer cette affaire sans suite. Il n’y aura plus de solde net d’emploi positif chez nos grands groupes. Et on ne peut leur reprocher, car leur croissance se fait ailleurs et donc ils embauchent ailleurs. On ne parle plus de délocalisation, c’est uniquement de l’internationalisation. Les sociétés publiques, parapubliques ou anciennement publiques ne font pas de plans sociaux, mais perdent plusieurs dizaine de milliers d’emplois chaque année par le jeu des départs à la retraite non remplacés. Le digital y contribue largement, c’est le cas pour la poste, la SNCF ou EDF.

L’Etat va devoir dégraisser le mammouth également. La dette française est insupportable, et nous n’allons plus pouvoir hypothéquer la vie de nos arrière petits enfants très longtemps. Ou bien, ils viendront cracher sur nos tombes et sur l’ENA. Et ils auront raison. La mode est à la baisse et si ce ne sont les 500 000 suppressions que promettaient Fillon, (emploi de son épouse inclus), ce seront au moins 300 ou 400 sur les années à venir.

En clair, l’emploi n’est pas dans ces entreprises. Il serait donc légitime de préserver ceux qui y travaillent, afin de s’assurer que leur licenciement soit vraiment lié à des raisons vertueuses, et non à satisfaire des caprices boursiers. Notamment pour les seniors, ce génocide que nous commettons depuis trop longtemps.

Si ce ne sont pas eux c’est donc leurs sœurs. Et leurs sœurs c’est nous !! Les entrepreneurs, les PME, TPE, les petits. Ces entreprises de moins de 20 personnes, qui constituent la majorité de nos entreprises.

Ces entreprises là, les français les comprennent et les aiment. Ces entreprises là sont dirigées par des hommes et des femmes qui gagnent le même salaire et souvent moins (le salaire médian des entrepreneurs de PME hors ETI est de l’ordre de 1800eur, moins que les 2350eur des salariés français), tout en subissant une pression et des conséquences en cas d’échec que les tenants des acquis sociaux auraient bien du mal à même comprendre. Les français eux les comprennent, ils les voient souffrir et galérer, tout perdre quand la situation pousse à la liquidation, comme ce fut le cas ces 3 dernières années pour plus de 120 000 entreprises ruinées et disparues.

Ces entreprises ne peuvent garantir l’emploi puisque leur propre activité est en danger permanent et que leur carnet de commande n’excède que rarement 2 ou 3 mois. Promettre un CDI et des acquis quand rien n’est acquis. Voilà le paradoxe français !

Ces entreprises, dont un tiers meurent faute d’être payées par les grands groupes alors même qu’elles sont viables et que personne ne vient soutenir. On laisse mourir des enfants viables. C’est impossible à l’hôpital, c’est normal dans notre monde économique, qui préfère le cimetière à la médecine.

Nos législateurs qui n’ont jamais travaillé ou s’acharnent contre ceux qui travaillent, certainement parce que notre travail met leur paresse trop en évidence, ne connaissent pas nos entreprises. Le but d’une PME n’est jamais de licencier, mais de réussir. La réussite s’accompagne toujours d’emplois. Si nous laissons à nos 2 millions d’entreprises une chance d’embaucher nous serions certainement au plein emploi. Paradoxalement, pour leur donner une chance d’embaucher, il faut les laisser licencier. Mais réfléchissez, de la même façon que la porte fermée aux sorties à empêché les entrées, une porte enfin ouverte, sanctionnée par un contrôle des excès, permettraient à tous de rentrer. Et si cela ne marchait pas, rien ne nous empêcherait de faire marche arrière. Nous subissons une machine à perdre, nous avons tout à gagner à tenter autre chose.

Alors j’implore le nouveau Président et sa Ministre du Travail, qui est une femme de bon sens et d’expérience, ce qui n’est pas arrivé à ce Ministère depuis bien longtemps, de réserver la modification du droit du travail aux seules entreprises de moins de 500 salariés. Cette mesure permettra d’éviter le grand soir syndical, car les français aiment leurs petites entreprises et connaissent leurs difficultés. Cette mesure permettra de voir immédiatement l’effet en termes d’emplois créés ou sauvegardés. Cette mesure leur donnera les moyens de s’adapter à une concurrence féroce que le digital leur oppose et qui risque de leur être fatale. Si nous n’avons plus ni grands groupes, ni PME, il restera le droit du travail mais plus de travailleurs !!!

Pour cela il faudra en même temps abaisser les délais de paiement à 30 jours et vous aurez en moins de 2 ans, un taux de création d’emplois comme la France n’en a pas vu depuis 10 ans. Faisons de chaque jour un 14 juillet, la date approche, les PME, sont les seuls détenteurs de l’allumette qui peut embraser la mèche du feu d’artifice à emploi. Allumons ensemble et regardons le spectacle. Emmanuel Macron, Muriel Penicaud. A vous de gratter l’allumoir !

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Commentaires (1)
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cerimo
- 05/06/2017 - 23:28
Ben oui tout simple
Reste a le faire !