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Nouvelle ère : la doctrine Trump va obliger la France et l'Europe à négocier âprement un nouvel équilibre de puissance avec Washington

Publié le 29 mai 2017
Passée quasi inaperçue en France, la doctrine Trump en matière de politique étrangère pose un véritable problème à la France. Comment, en effet, concilier à l’avenir nos engagements internationaux avec une vision du monde qui contreviennent à nos doctrines fondamentales? Face à la doctrine Trump, les réactions connues à ce stade d’Emmanuel Macron ne laissent pas augurer du meilleur…
Éric Verhaeghe est le fondateur du cabinet Parménide et président de Triapalio. Il est l'auteur de Faut-il quitter la France ? (Jacob-Duvernet, avril 2012). Son site : www.eric-verhaeghe.fr Il vient de créer un nouveau site : www...
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Éric Verhaeghe est le fondateur du cabinet Parménide et président de Triapalio. Il est l'auteur de Faut-il quitter la France ? (Jacob-Duvernet, avril 2012). Son site : www.eric-verhaeghe.fr Il vient de créer un nouveau site : www...
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Passée quasi inaperçue en France, la doctrine Trump en matière de politique étrangère pose un véritable problème à la France. Comment, en effet, concilier à l’avenir nos engagements internationaux avec une vision du monde qui contreviennent à nos doctrines fondamentales? Face à la doctrine Trump, les réactions connues à ce stade d’Emmanuel Macron ne laissent pas augurer du meilleur…

Trump vient de définir à l’occasion de trois rendez-vous les grands éléments de sa politique étrangère. Il faut tout particulièrement lire son discours de Ryad, dont il ressort clairement que la politique étrangère américaine sera « orientalisée » pendant au moins 4 ans. En comparaison, les conclusions du G7 et du sommet de l’OTAN prennent un tout autre sens. Il est en effet désormais assez évident que la politique américaine obéira à une logique reposant sur des schémas simples: alliance avec les monarchies sunnites, lutte contre les Rogue States (Syrie, Iran, Corée du Nord), réaffirmation de la politique anti-russe.

Pour le reste, les USA de Donald Trump devraient essentiellement s’inscrire dans une logique pragmatique de contrats et coopérations bilatérales, beaucoup plus que dans un univers structuré par des doctrines multilatérales, notamment sur le plan commercial. Autrement dit, Trump favorisera les alliances qui rapportent et freinera les grandes continuités comme l’OTAN, issues de la Seconde Guerre Mondiale et de la Guerre Froide.

« We are adopting a Principled Realism, rooted in common values and shared interests » (Nous nous rallions au Principe de Réalité, fondé sur des valeurs communes et des intérêts partagés) .Donald Trump Discours de Ryad

L’étonnant contre-sens de la doctrine Trump

La doctrine Trump repose sur d’étranges malentendus qui inspirent l’ensemble de la politique étrangère américaine depuis plusieurs années. Ceux-ci sont tous liés à la compréhension du sunnisme et de son rôle dans le désordre international.

Globalement, Donald Trump considère que les chiites sont les seuls responsables du terrorisme international. Selon lui, l’Iran est la principale cause de cet état de fait. On ne manquera pas de rester perplexe vis-à-vis de cette explication binaire où s’opposent le Bien et le Mal.

Le Bien, c’est l’Occident et l’Islam sunnite. Le Mal, c’est l’Iran et ses « produits dérivés »… y compris le terrorisme sunnite. On en reste perplexe, dans la mesure où, sans le dire clairement, Trump a quand même reproché aux monarchies pétrolières de se montrer un peu trop bienveillantes avec les terroristes, et tout particulièrement avec Al-Qaeda et Daesh.

L’importance des contrats récupérés par les Américains à l’occasion du voyage à Ryad semble avoir convaincu Donald Trump de ne pas se montrer trop regardant sur la cohérence de sa doctrine. « Aucun projet d’éradication de cette menace ne sera complet sans mentionner le gouvernement qui apporte aux terroristes trois choses: un abri salutaire, un soutien financier et un contexte culturel nécessaire pour le recrutement. Ce régime est le responsable principal de l’instabilité dans la région. Je parle bien entendu de l’Iran. » Donald Trump, discours de Ryad.

Macron face à la doctrine Trump

Face à la doctrine Trump, la réaction occidentale semble branler dans le manche, celle de la France y compris. S’il est un peu tôt pour juger de la totalité de la doctrine française dans ce dossier, plusieurs points appellent néanmoins l’attention.

Tout d’abord, Emmanuel Macron, comme les autres chefs d’États occidentaux, a souscrit à la doctrine du libre-échange réaffirmée au sommet du G7 à Taormina. Dans ces conditions, on voit bien que l’ordre occidental qui se dessine est celui d’un « achat » du droit à commercer avec les États-Unis en échange d’un maintien artificiel en vie de l’Alliance Atlantique, au besoin à un prix exorbitant et en acceptant toutes les compromissions possibles.

 

Ensuite, Emmanuel Macron a toujours affirmé sa préférence pour le multilatéralisme atlantiste. On le voit mal revenir sur ce point de doctrine sous prétexte que Donald Trump marque une évolution probablement durable de la position américaine. Une prise de position frileuse cadrerait mal avec l’exaltation de « l’ouverture » entendue pendant toute la campagne.

La doctrine Trump menace nos intérêts vitaux

La doctrine Trump officialise une continuation en ordre orthogonale avec les discours de Trump durant sa campagne électorale. Le président américain rejoint désormais la ligne dure des faucons, obsédés par les Rogue States, dont l’Iran, et grands amateurs d’une alliance suicidaire avec les monarchies sunnites les plus rétrogrades.

Pour la France, cette orientation est mortifère pour plusieurs raisons.

D’une part, la stratégie américaine vise à créer un réseau de gouvernements sunnites inféodés à l’Arabie Saoudite qui sont au coeur de la contestation, sur notre sol, de la tradition républicaine. C’est en effet l’Arabie Saoudite qui abreuve depuis des années les mosquées les plus rétrogrades et les plus agitées par le fantasme du colonialisme français.

D’autre part, la stratégie américaine entre en collision frontale avec nos alliances historiques: la Syrie, l’Iran en partie, la Russie. La réaffirmation d’une ligne dure avec ces pays et notre alignement sans nuance sur ces positions dissoudra à court terme l’héritage dont nous sommes porteurs, et auquel nous devons une bonne part de notre influence dans le monde.

Vers un nouvel équilibre souverain

Le bon sens consiste donc à poser les bases d’une nouvelle donne dans nos relations internationales, en adoptant nous aussi le principe de réalité. Le sens de l’alliance atlantique ne peut durablement échapper à l’interrogation et à la remise à plat, dès lors que cette alliance nous oblige unilatéralement à suivre une politique dangereuse pour notre sécurité et contraire à nos intérêts vitaux.

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vangog
- 29/05/2017 - 21:37
La doctrine réaliste ou real-Politik trumpienne est limpide!
Trump base sa politique sur quelques axiomes simples: les USA ont réussi, jusqu'à présent, à éradiquer le terrorisme sur leur sol; la population musulmane y est ultra-minoritaire et forcée à l'assimilation par un système éducatif intelligent non-trotskyste; après la sécurité vient immédiatement le commerce dans l'ordre des priorités (pour nous, c'est le droidelhommisme betifiant...); et les régimes sunnites sont des alliés manipulables, car gros consommateurs de produits Américains, et plutôt enclins à réfréner le terrorisme alimenté par les sunnites radicaux, plutôt qu'à l'encourager (soit tout l'inverse des régimes chiites qui encouragent le terrorisme au plus haut sommet de l'état. À partir de ces principes non démentis, la doctrine Trump devient claire et lisible! Elle change peu par rapport aux précédents...Mais avec treize millions de musulmans peu ou pas assimilés, une diplomatie de phoque, et une influence de plus en plus faible, à cause des politiques gauchistes, la France Macronienne est à la ramasse-grave! et soumise à toutes les tentations hégémoniques des groupes terroristes qui se rapprochent comme des hyènes du cadavre français...
Deneziere
- 29/05/2017 - 14:34
Nous sommes effectivement descendus très bas
Au moment de l'invasion de l'Irak par les Etats-Unis, il nous restait encore assez de muscle diplomatique pour que Chirac puisse s'opposer à Bush. Sarko ne s'entendait notoirement pas très bien avec les diplomates, mais il a réussi quelques jolis coups, il me semble, comme la base française d'Al Dhafra aux Émirats. Mais il est indéniable que les années Hollande ont été catastrophiques pour toute notre politique étrangère, et singulièrement au Moyen-Orient.
adroitetoutemaintenant
- 29/05/2017 - 11:32
Trump est un businessman
Et il fait les choses de façon simple sous forme de deals. Pour lui l’islam est l’ennemi mais tout l’islam c’est beaucoup. Alors il s’est tourné vers le seul pays allié et démocratique du Moyen-Orient : Israël. Et Israël a défini les chiites de l’Iran comme les pires ennemis et les sunnites comme un peu mieux. Alors Trump est allé en Arabie Saoudite faire son prêche puissant. « Vous aurez mon soutient si vous participez au combat contre les terroristes et l’Iran ! » Attention, ils doivent participer au combat anti-terroriste ! J’ai eu l’occasion de parler aux ambassadeurs américain, anglais et français d’un pays du Golfe auxquels j’ai posé la même question : combien de temps vous faut-il pour obtenir une entrevue en urgence avec le chef d’état de ce pays ? Américain : 3 heures, anglais : quelques jours, français : 6 mois ! Alors l’influence de la France = zéro !