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Bonnes feuilles

Comment Emmanuel Macron a organisé, en catimini, le début de son ascension présidentielle

Publié le 20 mai 2017
Le 7 mai 2017, Emmanuel Macron devient le plus jeune président de la Ve République. Quasi inconnu des Français il y a deux ans et demi, il a mené une campagne unique dans notre histoire, à l'écart des grands partis, porté par un mouvement créé seulement un an plus tôt, avec la volonté de dépasser le clivage droite-gauche. Extrait de "Emmanuel Macron, le président inattendu" de Nicolas Prisette aux Editions First (1/2).
Nicolas Prissette
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Nicolas Prissette est chroniqueur sur LCI, ancien rédacteur-en-chef adjoint au service politique du JDD. Il a publié Les Bobards économiques, en collaboration avec Hervé Nathan (Hachette Littérature, 2009) et Emmanuel Macron, En marche vers l'Elysée...
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Le 7 mai 2017, Emmanuel Macron devient le plus jeune président de la Ve République. Quasi inconnu des Français il y a deux ans et demi, il a mené une campagne unique dans notre histoire, à l'écart des grands partis, porté par un mouvement créé seulement un an plus tôt, avec la volonté de dépasser le clivage droite-gauche. Extrait de "Emmanuel Macron, le président inattendu" de Nicolas Prisette aux Editions First (1/2).

Le secret fut bien gardé. Les premiers signes d’une ambition présidentielle étaient apparus au début de l’été 2015, avec son interview dans Le Un où il déplore l’absence de la figure du roi, sa conférence de presse du 15 juillet suivie d’une réunion Facebook à Bercy le même jour. Mais à ce moment, nul ne pouvait imaginer ce qu’il se tramait. À l’automne, Emmanuel Macron planche bel et bien sur un projet personnel. Plus de six mois d’élaboration. Son ami et parrain en politique Henry Hermand l’y a encouragé. À la rentrée 2015, ce financier de la deuxième gauche qui a fait fortune dans les centres commerciaux constitue autour de son protégé une petite cellule composée de Jean Peyrelevade, ancien patron du Crédit Lyonnais qui suivit François Bayrou en 2007 après avoir commencé sa carrière à Matignon chez Pierre Mauroy, et de l’ancien banquier Henri Moulard, le président de Truffle Capital, fonds d’investissement qui fit naître notamment Carmat, la société de recherche sur le cœur artificiel. Ces hommes d’âge respectable à la vie bien remplie se sont entichés du jeunot. Ils veulent publier un texte : la vision d’Emmanuel Macron, sa position au-dessus des clivages, ses propositions… Le document est destiné à être soumis à la signature de ses soutiens, anciens ou nouveaux, avec pour objectif majeur d’établir son poids politique. Henry Hermand s’est irrité qu’on le dise isolé, ne représentant que lui-même, qu’on l’attaque sans cesse sans que des porte-flingues répondent… Y compris quand les projectiles émanent de tireurs isolés comme Gérard Filoche. Ah, Filoche ! Son meilleur ennemi autoproclamé. L’ancien inspecteur du travail, figure médiatique de la gauche du PS, pense « se refaire la cerise » en tapant comme un sourd sur le ministre de l’Économie. Sans le vouloir, il serait partiellement à l’origine d’En Marche ! Un comble ! Fin septembre 2015, il a lancé une pétition sur Internet, via un site au nom explicite : macron-demission.fr. L’attaque fait bondir Hermand.

« Tes contempteurs sont en train de se compter, il faut réagir ! », explique-t-il à son poulain. Et il prend les choses en mains. « Nous avons travaillé pendant trois mois. Cela devait être le premier stade de son éventuelle préparation de candidature », raconte-t-il. Las, les attentats du 13 novembre 2015 rebattent l’agenda. Impossible de dévoiler une telle initiative individuelle quand la priorité est l’unité autour du président de la République. Dans ce laps de temps, Emmanuel Macron va, après réflexion, inverser la stratégie proposée par Hermand. Au lieu que des soutiens fassent appel à lui, il fera appel à des soutiens en trouvant ces Français qui, dans les sondages, disent l’appuyer. Ils devraient être assez nombreux, vu sa cote. Le ministre de l’Économie y réfléchit avec son vieil ami mais aussi avec d’autres. Plusieurs petits groupes opèrent autour de lui, complémentaires. Depuis son arrivée à Bercy, il anime dans son appartement du ministère des dîners secrets avec les chercheurs de centre gauche qui comptent dans Paris, parfois des invités de droite, diverses personnalités…

« La vie des idées a toujours été importante pour moi, j’ai toujours échangé avec des intellectuels, j’ai toujours essayé de faire avancer mes réflexions. Quand je suis devenu ministre, j’ai continué à réunir de manière régulière des écrivains, des philosophes, des compagnons de route, pour réfléchir », souligne-t-il. Tous sont tenus au silence après avoir quitté les lieux. Souvent, c’est Gilles Finchelstein, le patron de la Fondation Jean-Jaurès, qui introduit la discussion en évoquant un point d’actualité. Puis chacun apporte son eau au moulin. Finchelstein et Macron se connaissent et s’apprécient depuis longtemps. Ce petit cercle compte aussi parmi ses membres réguliers Thierry Pech de la fondation Terra Nova, ou encore Laurent Bigorgne, de l’Institut Montaigne, une maison classée à droite, fondée par le libéral Claude Bébéar, ancien patron d’AXA considéré en son temps comme un parrain du capitalisme français. Bigorgne, ancien proche collaborateur de Richard Descoings à Sciences Po, a fait la connaissance du futur ministre dans l’institution de la rue Saint-Guillaume. Leur amitié remonte à ces années de jeunesse. La naissance d’En Marche ! va révéler leur proximité au grand jour, puisque le microparti est domicilié à son adresse et au nom de sa femme. Mediapart y voit la preuve d’une collusion entre Macron et le grand capital. Le patron de l’Institut Montaigne, lui, est meurtri pour une autre raison : son indépendance intellectuelle et surtout celle de son enseigne sont mises en cause. Éploré, il présente sa démission à la direction du think tank qui le rembarre. « J’ai dit à Bigorgne lors du comité directeur : on arrête les conneries, ces excuses… Chacun a ses affinités. Tu as choisi le membre du gouvernement le plus convenable, sans doute le moins sectaire, ça va ! », explique René Ricol, l’influent président des experts comptables. Cette péripétie n’entame en rien le fond. Les dîners secrets laissent un agréable souvenir aux participants.

« Je ne le connaissais pas. On a découvert un type dans le chaudron avec une vraie culture intellectuelle. Il n’y a pas beaucoup de gens en politique avec qui on peut avoir une discussion intéressante. La pensée d’un homme comme lui est sans cesse en construction, on aurait dit la même chose de Rocard », considère un des visiteurs réguliers, qui ajoute : « Il a énormément d’humour, on ressortait toujours avec le sentiment d’avoir réfléchi et rigolé. » Les témoignages sont louangeurs – personne ne se risque à le critiquer a posteriori, évidemment : « Il discute beaucoup, argumente beaucoup, cela a surpris tout le monde. On l’a vu arriver comme un technocrate ne touchant pas le sol, on a découvert quelqu’un à qui parler. C’est la politesse des sociaux-démocrates, que n’ont pas les sociaux-libéraux. »

Ce n’est pas le seul cercle à phosphorer. Un autre petit groupe, plus technique, plus jeune, planche autour du ministre sur son organisation stratégique, ses leviers, sa communication. Ismaël Emelien et Julien Denormandie, deux membres de son cabinet à Bercy, trentenaires, en sont les chevilles ouvrières. Ce noyau de fidèles va constituer sa garde rapprochée, celle qui va l’accompagner durant la campagne. Denormandie est ingénieur de formation. Ex-collaborateur de Pierre Moscovici et de la sénatrice Nicole Bricq, il a rencontré Macron à l’Élysée. Avec eux, une poignée d’autres trentenaires et de quadras, souvent d’anciens proches de DSK15. Macron réunit aussi fréquemment quelques élus autour du député Richard Ferrand, le rapporteur général de la loi Macron, qui examinent avec lui son avenir politique. « Je réfléchis à cela tout l’automne 2015, je m’appuie sur l’expérience des débats en commission autour de la loi Croissance et je veux sortir d’un entonnoir. Certaines personnes qui se définissent comme de droite mais qui pensent comme moi n’ont pas de cadre politique, et sont prisonnières de logiques d’appareil. La gauche s’épuise dans un débat avec elle-même et sur elle-même.

Les progressistes, eux, n’ont pas la possibilité de mener une action concrète », analyse le ministre16. En février, la réflexion a abouti. Ce sera un mouvement, En Marche !, aux initiales de son fondateur. Une légende a voulu qu’il ait trouvé le nom lui-même. L’idée sort du cerveau d’Adrien Taquet, le patron de l’agence publicitaire Jesus et Gabriel. Voilà sa rampe de lancement pour la campagne. Un « mouvement », dans la terminologie macroniste, pour ne pas dire un parti. Les adhésions seront gratuites.

Extrait de "Emmanuel Macron, le président inattendu" de Nicolas Prisette aux Editions First

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vangog
- 22/05/2017 - 00:35
L'idée sort du cerveau...
Si Macron avait eu des idées pour réduire le chômage, la dette, les impôts, les déficits budgétaires et commerciaux du socialisme...ça se saurait! À défaut de résultats sur du concret, les publicitaires gauchistes post-soixanthuitards phosphorent et pondent des slogans qui font mouche sur la ménagère de cinquante ans! Quand on n'a pas de pétrole...