En direct
Best of
Best of du 8 au 14 juin
En direct
© Toru Hanai / Reuters
Bonnes feuilles
Pourquoi l'idée des machines au service d’une humanité qui ne sera pas dépendante de ces machines... est un leurre
Publié le 07 mai 2017
Ce livre plein d’humour nous apprend beaucoup sur nous-mêmes, sur les hommes (et femmes) politiques, sur les grands singes… et les robots. Ce livre est aussi un bestiaire à clés, où toute ressemblance avec des personnages existants risque de ne pas être pure coïncidence… Extrait de "Qui va prendre le pouvoir ?" de Pascal Picq, aux Editions Odile Jacob (2/2).
Pascal Picq est paléoanthropologue et maître de conférences au Collège de France. Ses recherches sur l’évolution de l’homme s’intéressent à ses origines comme aux profonds changements anthropologiques en cours.
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Pascal Picq
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Pascal Picq est paléoanthropologue et maître de conférences au Collège de France. Ses recherches sur l’évolution de l’homme s’intéressent à ses origines comme aux profonds changements anthropologiques en cours.
Voir la bio
Ajouter au classeur
Vous devez être abonné pour ajouter un article à votre classeur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Lecture Zen
Vous devez être abonné pour voir un article en lecture zen.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Ce livre plein d’humour nous apprend beaucoup sur nous-mêmes, sur les hommes (et femmes) politiques, sur les grands singes… et les robots. Ce livre est aussi un bestiaire à clés, où toute ressemblance avec des personnages existants risque de ne pas être pure coïncidence… Extrait de "Qui va prendre le pouvoir ?" de Pascal Picq, aux Editions Odile Jacob (2/2).

Deux grands sujets préoccupent les femmes et les hommes partout dans le monde en ce début de XXIe siècle : le travail et le revenu universel. Les débats politiques et de société autour de ces sujets semblent nouveaux. Or il n’en est rien.

L’allocation universelle, le revenu pour tous ou encore l’impôt négatif – il existe d’autres dénominations –, apparaît dans tous les projets de nouvelles sociétés, à commencer par L’Utopie de Thomas Moore (1516) dont le six centième anniversaire a échappé à toutes les commémorations historiques, sans oublier La Nouvelle Atlantide de Francis Bacon (1624). On retrouve cette idée chez Thomas Paine dans le cadre de la Révolution américaine, puis chez les utopistes socialistes et même chez les ultralibéraux de l’école de Chicago. Cela fait environ un quinquennat qu’on en parle dans tous les pays avancés du monde (États-Unis, Canada, pays scandinaves, Hollande, Suisse…), avec diverses expériences déjà en cours. Cette idée revient tout juste dans les débats de société et de politique en France, notamment avec un rapport du Sénat présenté à la fin de l’année 2016 (voir « Instauration d’un revenu de base » sur www.senat).

L’anthropologie des temps modernes montre avec une récurrence infaillible que chaque changement de socio-économique dans l’histoire de l’Occident depuis la Renaissance s’accompagne de nouvelles utopies dont les promesses sont invariables : vivre plus longtemps, vaincre les maladies et la mort, libérer les femmes et les hommes du travail de production, construire le bonheur. Mais qui produit dans de telles sociétés ? Aujourd’hui, on ne pense plus à des grands singes au service des machines, mais à des machines de plus en plus autonomes, les robots, au service des humains. Personne ne semble conscient que toutes ces promesses fondées sur la fin de la pénibilité préparent l’invasion des machines qui, non seulement, se substituent de plus en plus aux métiers de production et de services, mais sont déjà devenues incontournables dans les professions utilisant la recherche et le traitement de données.

Les robots et l’intelligence artificielle, le numérique, remplacent de plus en plus la main-d’œuvre et, ce que n’avaient pas vu les utopistes, le cerveau d’œuvre. Les projets utopistes souffrent tous de la même tare originelle, il faut des entités de chair ou de métal pour produire et rendre des services. Le mythe des machines au service d’une humanité de plus en plus heureuse sans être dépendante de ces machines est un leurre qui nous précipite justement dans le « syndrome de la planète des singes » qui est au cœur de ce chapitre.

Comment se fera le financement de ces machines et de ce revenu universel ? Sur la base de quelles richesses à redistribuer ? La seule redistribution à partir des revenus salariaux n’est plus viable et déjà notoirement insuffisante. Alors taxons les robots (on en parle) ! Mais qu’importe puisque les machines feront des machines : tout ira pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles. Seulement le démiurge technologique frappe déjà à la porte de notre postmodernité avec la question soulevée par le développement des objets connectés (IdO pour Internet des objets ou IoT pour Internet of Things) et la mise en place de groupes éthiques sur les dangers de ne plus contrôler cette évolution comme le craignent des personnalités comme Stephen Hawkins, Elon Munsk et d’autres.

Reste une question, pourquoi les robots auraient des droits que des êtres animés, humains ou pas, n’ont jamais eus ? Les robots présentent l’avantage d’être aussi efficaces que dociles, tant qu’ils respectent les trois lois d’Isaac Asimov :

1. Un robot ne peut attenter à un humain, ni rester passif s’il est en danger.

2. Un robot doit obéir à un être humain, sauf si cela va contre la règle précédente.

3. Un robot doit protéger son existence tant que cela ne contredit pas les règles 1 et 2.

Ces lois fondamentales des robots sont rappelées tout au long du film I, Robot adapté de plusieurs livres de science-fiction d’Isaac Asimov, dont Les Robots et Le Robot qui rêvait. Ces lois restent respectées tant que les ingénieurs et les informaticiens contrôlent les logiciels tout en croyant qu’aucun piratage ne soit possible… Et surtout tant que les robots n’acquièrent pas un début de conscience, comme dans le film I, Robot d’Alex Proyas sorti en 2004 (et inspiré justement de plusieurs récits d’Asimov) dans la série diffusée par Arte Real Humans ou encore dans la toute récente première saison de la série produite par HBO et qui a battu des records d’audience, Westworld (elle-même adaptée du film Mondwest réalisé par Michael Crichton en 1973). Mais une fois de plus, insistons sur ce paradoxe ahurissant : on a exploité des catégories humaines et des animaux en leur niant toute sensibilité et toute conscience alors que l’on discute déjà de droits universels pour des robots qui, pour l’heure, n’ont ni sensibilité ni conscience. Les fondements de ces valeurs éthiques, comme leur négation, s’appuient sur des traditions anthropologiques profondément inscrites dans nos  "inconscients collectifs ".

Extrait de "Qui va prendre le pouvoir ? Les grands singes, les hommes politiques ou les robots" de Pascal Picq, aux Editions Odile Jacob

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
Le sujet vous intéresse ?
Mots-clés :
robots, machine, Humanité, revenu
Thématiques :
Articles populaires
Période :
24 heures
7 jours
01.
Véhicules propres : la Chine abandonne l'électrique pour miser sur la voiture à hydrogène
02.
Mariage de Karine Ferri : Nikos n'est pas venu, les autres stars non plus; Laeticia Hallyday se rabiboche avec son père, Meghan Markle aurait fait fuir sa mère, Rihanna renoue avec son milliardaire;  Kate Middleton snobe Rose, Britney Spears s'arrondit
03.
Crise au sein de LREM dans le Nord : six députés claquent la porte
04.
Laura Smet a épousé Raphaël Lancrey-Javal au Cap Ferret
05.
Le "chat renard", une nouvelle espèce de félin découverte en Corse
06.
Vous pensiez qu’un verre de lait et un jus d’orange étaient le petit-déjeuner parfait ? Voilà pourquoi vous avez tort
07.
Stars ET milliardaires : quand la puissance de la célébrité transforme Jay Z ou Rihanna en magnats des affaires
01.
Véhicules propres : la Chine abandonne l'électrique pour miser sur la voiture à hydrogène
02.
Mariage de Karine Ferri : Nikos n'est pas venu, les autres stars non plus; Laeticia Hallyday se rabiboche avec son père, Meghan Markle aurait fait fuir sa mère, Rihanna renoue avec son milliardaire;  Kate Middleton snobe Rose, Britney Spears s'arrondit
03.
Cette nouvelle technique du dépistage du cancer de la prostate qui pourrait sauver de nombreuses vies
04.
Justification des violences contre les femmes : les étonnants propos de l’imam de l’université la plus prestigieuse du monde sunnite
05.
Crise au sein de LREM dans le Nord : six députés claquent la porte
06.
Révolution sur canapé : une enquête montre que 92% des activistes berlinois d’extrême-gauche vivent chez papa-maman
01.
PMA : la droite est-elle menacée de commettre la même erreur qu’avec le progressisme des années 60 qu’elle a accepté en bloc au nom de l’évolution de la société ?
02.
“Droite moderne”, “LREM pragmatique pour le bien du pays” : mais au fait, qu’est ce que cela veut vraiment dire ?
03.
Justification des violences contre les femmes : les étonnants propos de l’imam de l’université la plus prestigieuse du monde sunnite
04.
Mais pourquoi s’abstenir de faire des enfants pour sauver la planète alors que le pic démographique est passé ? Petits arguments chiffrés
05.
Réforme des retraites : pourquoi les salariés du privé ont toutes les raisons de s’inquiéter
06.
De Benalla à Loiseau en passant par Castaner : ces déceptions personnelles d'Emmanuel Macron qui montrent son incapacité à bien s'entourer
Commentaires (2)
Ecrire un commentaire
Vous devez être abonné pour rédiger un commentaire.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.
*Toute validation est définitive, vous ne pourrez pas rééditer votre commentaire.
vangog
- 07/05/2017 - 13:36
Et les robots-pirates?
Imaginons un dictateur-fou, un menteur pathologique ou un telévangéliste sectaire...suffisamment doué d'intelligence pour lancer une armée de robots-medias, robots-justice, robots-panurge...contre ses adversaires politiques. Ces robots sauront créer leur propre piratage informatique et décideront, un beau jour que, "non, décidément, les humains sont trop bêtes, et ils ne méritent pas de nous contrôler!...". Le monde sera, alors, contrôlé par une armée de robots-pirates clonés sur des êtres malveillants, des gauchistes-centristes, par exemple...le début d'une collaboration malsaine et d'une soumission mortelle...
totor101
- 07/05/2017 - 12:08
LES INTELLOS ! ! !
il y a une cinquantaine d'années les intellos de service hurlaient en dénonçant les conditions de travail des ouvriers et ils avaient raison ....
Aujourd'hui ils dénoncent les robots ! ! ! !
J'ai comme l'impression qu'ils ont zappé 50 ans de progrès technologique .....
En effet, nous sommes passé d'un travail et d'une conduite de machine manuels à une automatisation, de plus en plus grande des postes de travail.....
Il y a eu trois effets dont aucun n'est pervers !
- De moins en moins de fatigue physique ! (efforts de manutention et semaines de 48 heures)
- une sécurité accrue, moins d'accidents de travail ! (J'ai travaillé le bois et je me souvient de tous ceux qui perdaient un doigt)
- une amélioration du niveau de vie! (il y a 50 ans, quel % de ménages avaient une voiture, un frigo, une machine à laver?)
Alors POURQUOI serions nous malheureux si des robots bossaient à notre place ?
Devons nous nous faire lobotomiser pour ne PLUS RIEN inventer ? ? ? ? ?